Louis Pouzin

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Louis Pouzin
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Louis Pouzin en 2013.
Naissance (89 ans)
Chantenay-Saint-Imbert (Nièvre) (France)
Nationalité Drapeau de la France France
Diplôme École polytechnique (France)
Renommé pour Pouzin est l'inventeur du datagramme et le concepteur du premier réseau à commutation de paquets.
Distinctions Officier de la Légion d'honneur

Louis Pouzin est un ingénieur français en informatique né le à Chantenay-Saint-Imbert (Nièvre) dans une famille modeste[1]. Il a inventé le datagramme et a contribué au développement des réseaux à commutation de paquets, précurseurs d'Internet. Ses travaux ont été utilisés par Vint Cerf pour la mise au point de l'internet et du protocole TCP/IP.

Biographie[modifier | modifier le code]

Polytechnicien informaticien ?[modifier | modifier le code]

En 1953, Louis Pouzin, ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1950)[2],[Note 1] , est embauché à la Compagnie Industrielle des Téléphones (CIT, qui deviendra plus tard CIT-Alcatel). Après avoir lu un article du quotidien Le Monde parlant de calculateurs[4], il répond, en 1957, à une offre d'emploi chez Bull. Il y dirige le service qui met au point les programmes pour les clients qui ont acheté un ordinateur Bull, programmes qu'une équipe de techniciens transforme en cartes perforées. Ses camarades de l'X ne comprennent pas pourquoi Louis Pouzin s'est fourvoyé dans un domaine et une fonction aussi peu intéressants : la programmation est une tâche de technicien et les calculateurs ne servent qu'à la comptabilité. Il fait partie des trois seuls diplômés de sa promotion à s'intéresser à cette nouvelle discipline qui deviendra l'informatique.

Temps partagé[modifier | modifier le code]

MIT-Boston[modifier | modifier le code]

C'est alors qu'il rencontre Fernando J. Corbató, professeur au MIT, qui lui parle de son projet de recherche baptisé Multi Access Computer. Il s'agit de permettre à plusieurs usagers d'utiliser un même ordinateur en temps partagé (Time sharing). Le concept séduit Louis Pouzin qui se laisse inviter au MIT. De [4] à juin 1965, il est l'un des six programmeurs du Compatible Time Sharing System (CTSS). Il conçoit une bibliothèque d'utilitaires, et différents éléments du programme. Il écrit également un programme appelé RUNCOM qui permet l'exécution de commandes contenues dans un fichier, et que l'on peut considérer comme l'ancêtre de l'interpréteur de commandes et des shell scripts. Comme le CTSS évolue vers Multics, un système d'exploitation plus ambitieux pouvant accueillir simultanément des centaines d'utilisateurs, il définit les spécifications de l'interpréteur de commandes baptisé "shell" (coquille) qui sera écrit par Glenda Schroeder au MIT après son retour en France.

Météo-France[modifier | modifier le code]

En France, Louis Pouzin rejoint Bull qui, entre temps, a été acquis par General Electric. Il donne des conférences afin de présenter les concepts qu'il a mis en œuvre aux États-Unis. L'ordinateur Bull-GE 600 est convoité par Météo-France qui demande à Louis Pouzin de modifier le système d'exploitation pour permettre des usages multiples. Mais GE décide brusquement de ne plus commercialiser le GE-600 en Europe. À la suite d'un appel d'offre, Météo-France fait affaire avec Control Data et demande à Louis Pouzin d'adapter le système d'exploitation du nouvel ordinateur.

En 1967, Louis Pouzin quitte Bull et se fait embaucher par une jeune société, SACS, qui donnera naissance à la Société d'économie et de mathématiques appliquées (SEMA, future Atos). Il conçoit le système d'exploitation qui permet de travailler en temps partagé et qui restera quinze ans en service à Météo-France. Le but du projet était d'automatiser les cartes géographiques de l'organisme (à l'époque tout était fait à la main).

Louis Pouzin participe entre-temps à la Conférence d'Edimbourg, du , où Donald Davies fait une présentation sur l'importance des questions de réseau[5] pour le temps partagé. En 1969, il visite les universitaires du réseau ARPANET américain (Philadelphie, Los Angeles – UCLA, Rand, SDC et IBM –, San Francisco – SRI, Berkeley – et à nouveau le MIT à Boston)[6]. ARPANET est le premier réseau d'ordinateurs partagés à l'échelle d'un pays. Pouzin est sensible aux difficultés rencontrées par ses collègues américains, en particulier le problème des adresses physiques, de la trop grande dépendance envers les cartes physiques et de la faible efficacité du protocole "host to host"[5].

En 1970, le projet chez Météo France est terminé. Louis Pouzin cherche un autre projet d'envergure. Il répond à une petite annonce pour un poste de chef du service informatique chez le constructeur automobile Simca qui est équipé d'un ordinateur IBM qu'il ne connait pas encore. Mais c'est un poste transitoire.

Réseau Cyclades[modifier | modifier le code]

Réalisation[modifier | modifier le code]

En 1970, Louis Pouzin revoit l'un de ses camarades à Polytechnique, Michel Monpetit, qui cumule alors les fonctions de principal adjoint de Maurice Allègre au Plan Calcul et de directeur adjoint de l'IRIA, sous la direction du professeur Michel Laudet. Michel Montpetit et une délégation française viennent de visiter les États-Unis et de découvrir l'existence du réseau ARPANET. Ils veulent construire un système semblable en France et sollicitent Louis Pouzin pour en prendre la responsabilité.

En 1971, la décision politique est prise de créer Arpanet français avec l'appui industriel de la Compagnie internationale pour l'informatique (CII, prononcer C 2 i) créée en 1966 avec le Plan Calcul. Avec l'accord de Maurice Allègre, Michel Monpetit recrute Pouzin à l'IRIA. Ce dernier s'installe à Rocquencourt et constitue son équipe (Jean Le Bihan, Jean-Louis Grangé, Hubert Zimmermann, Gérard Le Lann, Jean-Pierre Touchard) pour créer un réseau capable de relier une vingtaine d'ordinateurs hétérogènes de différentes institutions de recherche et d'Universités françaises. Le cahier des charges est le suivant [4]: le réseau doit être apte :

  • à la transmission de données ;
  • aux applications interactives ;
  • aux bases de données réparties ;
  • au travail collaboratif à distance.

Le projet, baptisé Cyclades par analogie à l'archipel grec homonyme, est doté du budget, énorme pour l'époque, de 5 millions de francs par an pendant 5 ans. Dans l'esprit de ses promoteurs, il doit aider les chercheurs à travailler à distance, et susciter de nouveaux axes de recherche, mais aussi faire un contre-poids industriel à une recherche jugée trop universitaire au sein de l'IRIA de l'époque.

En 1972, l'équipe définit les spécifications du réseau, acquiert un ordinateur Mitra 15 de la CII comme cœur de réseau et se lance dans la programmation. En novembre 1973, une première démonstration est réalisée en présence des autorités scientifiques et politiques. Trois ordinateurs, l'un à l'IRIA, l'autre à la CII et le troisième à l'IMAG de Grenoble fonctionnent de concert. En 1975, le réseau Cyclades relie 25 ordinateurs répartis sur le territoire, plus un à Rome et un à Londres. En 1976, il fonctionne de manière routinière. C'est un succès total[4].

Pourtant, Louis Pouzin reçoit une lettre d’André Danzin, son supérieur hiérarchique, directeur de l’IRIA, « qui me disait qu’il ne fallait plus que je m’occupe de réseaux, qu'il avait ordre d’écrire cela de la part du ministère de l’Industrie »[7]. Les crédits sont coupés. Le réseau continue de fonctionner quelque temps et est finalement dissous en 1978, trois ans à peine après sa mise en service.

Transpac contre Datagramme[modifier | modifier le code]

En 1976, le CCITT, ancêtre de l'Union Internationale des Télécommunications (UIT), adopte la norme X.25 de transfert des données sur les réseaux téléphoniques, norme qui est adoptée en France par Transpac et qui est différente de celle qui est mise en oeuvre sur le réseau Cyclades.

  1. La transmission par paquets (Transpac) est une technologie basée sur une technique dite du circuit virtuel, issue des télécoms. « L'information y est découpée en morceaux de quelques centaines de caractères (paquets), un chemin est établi entre l'émetteur et le récepteur et les paquets sont acheminés en séquences, les uns à la suite des autres puis remis au destinataire (Louis Pouzin). » C'est le principe du réseau Transpac sur lequel fonctionnera le Minitel.
  2. La commutation par paquets est issue des informaticiens. « Les paquets étaient transmis d'un commutateur du réseau au commutateur suivant, mais de manière individuelle, indépendamment les uns des autres, sans contrainte de séquencement, puis remis en ordre par le destinataire. Le principe de base, baptisé plus tard Datagramme, avait été imaginé par un anglais, Donald Davies, ainsi qu'un américain, Paul Baran, et publié la première fois en 1964 » mais n'avait jamais été mis en œuvre. Louis Pouzin l'a intégralement appliqué à la construction de Cyclades car il lui paraissait plus simple à réaliser et à administrer, et aussi plus fiable que le protocole X.25 ou que le protocole utilisé aux États-Unis pour ARPANET.
« En 1973, j'ai présenté le concept de Cyclades dans une conférence internationale. C'est à ce moment-là que Vinton Cerf et Robert Kahn s'en sont emparés pour concevoir le futur protocole de commutation d'Internet, le désormais fameux TCP/IP. Ils l'ont défini en s'inspirant de nos solutions, en particulier de la notion d'indépendance des paquets[4]. » (Louis Pouzin)

Destruction[modifier | modifier le code]

Après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République en 1974, la Délégation à l'informatique qui avait initié et soutenu le développement du réseau Cyclades a été supprimée et remplacée par la Direction des industries électroniques et informatiques (DIELI). Le projet Cyclades n'est qu'une victime collatérale de la nouvelle politique. La principale cible est Unidata, le projet lancé en 1973 de création d'un Airbus de l'informatique européenne. Dirigée par un entrepreneur français, Jean Gaudfernau, Unidata s'appuyait sur les points forts des trois associés, issus de trois pays :

Une utilisation ingénieuse de la microprogrammation devait permettre à cette gamme de machines de fonctionner avec les instructions machine de la série P1000 Philips, des machines Siemens compatibles IBM 360, et des Iris 80 de CII[8]. Au même moment le MITI japonais lançait un plan similaire, avec des choix techniques très proches[8].

En 1975, après seulement deux ans d'existence, la France dénonça unilatéralement l'accord Unidata[9]. La décision politique[Note 2] fut prise de fusionner la Compagnie internationale pour l'informatique (qui produisait les machines du réseau Cyclades) avec Honeywell-Bull, contre la volonté de son patron et de ses personnels mais à la demande d'un de ses actionnaires, la CGE, dont le PDG, Ambroise Roux[10], a été le véritable artisan de cette calamiteuse erreur de la France, selon les termes d'Éric Reinhardt[11].

Selon Maurice Allègre, délégué à l'informatique du Plan Calcul :

« Louis Pouzin, polytechnicien et chercheur de très grand talent, (est à l'époque) venu proposer un projet de réseau maillé d'ordinateurs basé sur quelque chose de totalement nouveau : la commutation de paquets. Très vite, les recherches ont connu un plein succès, au point que j'ai déployé de grands efforts pour faire adopter le projet par la direction générale des Télécommunications comme base pour leur futur réseau de transmissions de données », poursuivait M. Allègre, « Je me suis malheureusement heurté à un mur. Nous aurions pu être parmi les pionniers du monde Internet (...) », conclut le courrier de l'ancien haut fonctionnaire, « Nous n'en sommes que des utilisateurs, fort distants des lieux où s'élabore l'avenir[12]. »

Internet[modifier | modifier le code]

Après Cyclades, Louis Pouzin reste à l'IRIA jusqu'en 1980 comme directeur de projets pilotes :

  • robotique (Spartacus) ;
  • base de données réparties ;
  • bureautique (KAYAK) confié à Najah Naffah ;
  • réalisation de compilateurs du langage Pascal et d'un système d'exploitation de type Unix écrit en Pascal (SOL), dont il confie la direction à Michel Gien ;
  • sureté de fonctionnement.

En 1980, Bernard Lorimy lui propose de rejoindre l'Agence de l'informatique pour diriger les projets pilotes, mais Louis Pouzin refuse et préfère offrir ses services au CNET, devenu plus tard la branche recherche de France Télécom. La direction des projets pilotes sera alors confiée à Philippe Oziard (1980-1982), puis à Robert Mahl (1983-1986).

En 1989, Louis Pouzin devient le doyen de l'Institut Theseus, un MBA orienté vers les télécommunications, créé par France Télécom à Sophia Antipolis.

Retraité, il préside le conseil d'administration du Native Language Internet Consortium (NLIC) et est chargé du développement à l'association Eurolinc, dont l'objectif est de promouvoir le multilinguisme dans l'Internet.

Depuis 2003, Louis Pouzin défend une autre gouvernance de l'internet dans le cadre du processus lancé par le SMSI. Présent à toutes les réunions et sommets (Genève, 2003 - Tunis, 2005 - Athènes, 2006) il est un des plus grands experts sur le multilinguisme dans la communauté mondiale d'internet. Il a été également président d'honneur de la Société française de l'internet. Depuis 2012, Louis Pouzin travaille à la promotion d'un nouvel internet non-IP, Recursive Internetwork Architecture (RINA), inventé en 2008 par John Day, un ancien de l'ARPANET.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Louis Pouzin présentant Cyclades lors des Journées Réseaux 2013 à Montpellier.

En 2001, Louis Pouzin s'est vu décerner le prix Internet Award (IEEE) Internet pour sa contribution aux protocoles qui ont permis le développement de réseaux tel qu'Internet.

Louis Pouzin a été honoré par l'ISOC comme l'un des pionniers de l'internet lors de la première remise de prix du temple de la renommée d'Internet à la conférence Global INET qui s'est tenue à Genève en Suisse, le [13].

Le , Louis Pouzin reçoit le premier Queen Elizabeth Prize for Engineering[14] conjointement avec Robert Kahn, Vinton Cerf, Tim Berners-Lee et Marc Andreessen. Le prix leur est attribué pour leurs contributions majeures à la création et au développement d'internet et du World Wide Web.

Le , Louis Pouzin a reçu en Arménie le Global IT Award, un prix attribué par un comité qui a déjà honoré Mario Mazzola, Steve Wozniak ou Eugène Kaspersky.

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pendant sa scolarité à l'École polytechnique, Louis Pouzin fait partie de « la Khômiss dont le rôle était la constitution d'une identité "X", un groupe d'une douzaine d'élèves chargés de perpétuer le désordre et les traditions[3] » ; il en est le pitaine Téléphone.
  2. Convaincu par Ambroise Roux, patron de la CGE (future Alcatel), Valéry Giscard d'Estaing renonce au projet européen Unidata dont relevaient les recherches de Pouzin.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Louis Pouzin - L’un des pères de l’internet », sur www.economica.fr (consulté le 23 août 2020)
  2. « ANCIENS ELEVES WEB - Notice complète », sur bibli-aleph.polytechnique.fr (consulté le 23 août 2020)
  3. Louis Pouzin : L'un des pères de l'internet, p. 14-15
  4. a b c d et e « Entretien avec Louis Pouzin », par Isabelle Bellin, le 19/03/2007
  5. a et b (en) How the Web was Born : The Story of the World Wide Web, p. 36 sur Google Livres
  6. "Le projet Cyclades (1972-1977)", par Louis Pouzin, dans Entreprises et histoire 2002/1 (no 29), pages 33 à 40
  7. "Entretien avec Louis Pouzin", réalisé par Claudia Marinica et Marc Shapiro, dans le Bulletin de la société informatique de France – numéro 6, juillet 2015 informatique-de-france.fr/wp- content/uploads/2015/07/1024- no6-pouzin.pdf
  8. a b et c "Histoire, épistémologie de l'informatique et Révolution technologique" Résumés du cours de Gérard VERROUST de 199 à 1997 Maîtrise Sciences & Techniques Hypermédia - 2e année, Université Paris-VIII [1]
  9. Cécile Ducourtieux, « Les erreurs du Plan calcul », Le Monde Informatique, no 834,‎ , p. 92
  10. Raphaëlle Leyris, « "Comédies françaises", d'Eric Reinhardt : sur les traces du fiasco de l'Internet français », Le Monde des Livres,‎ , p. 8 (lire en ligne)
  11. Éric Reinhardt, Comédies françaises, Paris, Éditions Gallimard, , 478 p.
  12. Stéphane Foucart, « Louis Pouzin : l'homme qui n'a pas inventé Internet », Le Monde, (consulté le 2 juillet 2013)
  13. (en) Louis Pouzin sur le Internet Hall of Fame.
  14. (en) 2013 QEPrize Winners
  15. Louis Henri Pouzin sur les Annales des Mines
  16. Légion d'Honneur : Louis Pouzin promu, le numérique distingué
  17. Décret du 31 décembre 2018 portant promotion et nomination

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]