Louis Pouzin

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Louis Pouzin
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Louis Pouzin

Naissance (85 ans)
Chantenay-Saint-Imbert, Nièvre, (France)
Nationalité Drapeau de la France France
Diplôme École polytechnique (France)
Renommé pour Pouzin est l'inventeur du datagramme et le concepteur du premier réseau à commutation de paquets.
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur

Louis Pouzin est un ingénieur français en informatique né le 20 avril 1931 à Chantenay-Saint-Imbert (Nièvre). Il a inventé le datagramme et a contribué au développement des réseaux à commutation de paquets, précurseurs d'Internet. Ses travaux ont été utilisés par Vint Cerf pour la mise au point de l'internet et du protocole TCP/IP.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le polytechnicien[modifier | modifier le code]

Il est ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1950) et fait partie des trois seuls diplômés de la promotion à s'intéresser à cette nouvelle discipline qu'était alors l'informatique.

Après avoir lu un article du quotidien Le Monde parlant de calculateurs[1], il travaille d'abord chez Bull dans les années 1950, où il participe à la mise en place d'un réseau téléphonique.

En janvier 1963[1], Louis Pouzin part au MIT où, tout en perfectionnant son anglais, il travaille sur le premier projet de gestion en temps partagé (ou Time Sharing en anglais). De retour en France, il donne des conférences afin de présenter ce concept.

Pour Météo-France, il travaille, en tant qu'ingénieur de Sacs, société de services informatiques de la Société d'économie et de mathématiques appliquées (SEMA, future ATOS), à la programmation du calculateur et conçoit un système d'exploitation qui restera quinze ans en service et permet de travailler en Temps partagé. Le but du projet était d'automatiser les cartes géographiques de l'organisme (à l'époque tout était fait à la main). Une fois le projet chez Météo France terminé, il répond à une petite annonce et travaille dans l'informatique chez le constructeur automobile Simca. Il participe entre temps à la Conférence d'Edimbourg, du 5 août 1968, où Donald Davies fait une présentation sur l'importance des questions de réseau[2] pour le temps partagé, et commence un périple d’étude en 1969 (Philadelphie, Los Angeles – UCLA, Rand, SDC et IBM –, San Francisco – SRI, Berkeley – et à nouveau le MIT à Boston)[3].

L'inventeur de la commutation de paquets[modifier | modifier le code]

En 1970, Louis Pouzin revoit l'un de ses camarades à Polytechnique, Michel Monpetit, qui cumule alors les fonctions de principal adjoint de Maurice Allègre au Plan Calcul et de directeur adjoint de l'IRIA, sous la direction du professeur Michel Laudet. Louis Pouzin visite les universitaires de l'Arpanet américain, et sensibilise à leurs difficultés, en particulier le problème des adresses physiques, de la trop grande dépendance envers les cartes physiques et de la faible efficacité du protocole "host to host"[4].

Avec l'accord de Maurice Allègre, Michel Monpetit recrute Pouzin à l'IRIA pour créer un réseau d'ordinateurs français pour la recherche. Le projet, baptisé Cyclades par analogie à l'archipel grec homonyme, était doté du budget, énorme pour l'époque, de 5 millions de francs par an pendant 5 ans. Dans l'esprit de ses promoteurs, il devait aider les chercheurs à travailler à distance, et susciter de nouveaux axes de recherche comme le réseau de l'ARPA aux États-Unis, mais aussi faire un contre-poids industriel à une recherche jugée trop universitaire au sein de l'IRIA de l'époque.

Louis Pouzin est l'inventeur du datagramme et le concepteur du premier réseau à commutation de paquets[5], innovation essentielle du concept du réseau Internet, le projet Cyclades, et le concepteur des premières formes d'interpréteur de commandes. Ses travaux ont été largement utilisés par Vint Cerf pour la mise au point d'Internet et du protocole TCP/IP.

En 1968 naît Arpanet (« ancêtre » de l'Internet) aux États-Unis. En 1971, une décision politique mène à la fondation du consortium C2I ayant pour objet la création d'un Arpanet français. Le projet Cyclades, porté par d'autres partenaires industriels pour des objectifs semblables, naît à la même période.

Louis Pouzin est alors débauché de chez Simca pour venir travailler dans le projet Cyclades. En novembre 1973 a lieu la première démonstration, à Rocquencourt, réussie, devant deux ministres[1] et le réseau relie en 1975 un total de 25 centres de recherche[1].

L'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence française redéfinit la recherche française, et les crédits du projet Cyclades sont fortement réduits[6]. En 1976, les PTT imposent la norme X.25[1].

Selon Maurice Allègre, délégué à l'informatique du Plan Calcul :

« Louis Pouzin, polytechnicien et chercheur de très grand talent, (est à l'époque) venu proposer un projet de réseau maillé d'ordinateurs basé sur quelque chose de totalement nouveau : la commutation de paquets. Très vite, les recherches ont connu un plein succès, au point que j'ai déployé de grands efforts pour faire adopter le projet par la direction générale des télécommunications comme base pour leur futur réseau de transmissions de données, poursuivait M. Allègre. Je me suis malheureusement heurté à un mur. (Les ingénieurs des télécoms préfèrent pousser le développement industriel du Minitel. ) Nous aurions pu être parmi les pionniers du monde Internet (...), conclut le courrier de l'ancien haut fonctionnaire. Nous n'en sommes que des utilisateurs, fort distants des lieux où s'élabore l'avenir.[7] »

Ayant participé à la conception de CTSS, il écrit également vers 1963 ou 1964 un programme appelé RUNCOM qui permet l'exécution de commandes contenues dans un fichier, et que l'on peut considérer comme l'ancêtre de l'interpréteur de commandes et des shell scripts.
Il propose également (vers la fin de 1964 ou début de 1965) le terme de shell (coquille) pour désigner le langage de commandes de Multics, et qui en définit assez précisément les principes (même si ce n'est pas lui qui l'a écrit, mais Glenda Schroeder du MIT).

Louis Pouzin dirige le projet Cyclades de 1970 à 1978. Cyclades devient ainsi le premier projet-pilote de l'INRIA. Louis Pouzin définit un modèle générique pour les futurs projets pilotes, innovants, d'une durée de 5 ans et d'un budget global de 25 millions de francs (~ 4 millions d'euros) par projet, réalisés avec des chercheurs souvent temporaires, souvent recrutés par des sociétés de service en informatique elles-mêmes rémunérées par le Plan Calcul qui déléguait les crédits à l'INRIA, puis à partir de 1980 à l'Agence de l'Informatique. Compte tenu du succès de Cyclades, l'Administration demande à Louis Pouzin d'organiser de nouveaux projets pilotes ; c'est ainsi qu'il lance notamment :

  • SOL : (réalisation de compilateurs du langage Pascal et d'un système d'exploitation de type Unix écrit en Pascal), dont il confie la direction à Michel Gien
  • KAYAK : (bureautique), confié à Najah Naffah.

En 1980, Bernard Lorimy lui propose de rejoindre l'Agence de l'informatique pour diriger les projets pilotes, mais Louis Pouzin préfère offrir ses services au CNET, devenu plus tard la branche recherche de France Télécom. La direction des projets pilotes sera alors confiée à Philippe Oziard (1980-1982), puis à Robert Mahl (1983-1986).

Vers 1990, Louis Pouzin devient le doyen de l'Institut Theseus, un MBA orienté vers les télécommunications, créé par France Télécom à Sophia Antipolis.

Retraité, il préside le conseil d'administration du NLIC (Native Language Internet Consortium) et est chargé du développement à l'association Eurolinc, dont l'objectif est de promouvoir le multilinguisme dans l'Internet.

Depuis 2003, Louis Pouzin défend le multilinguisme et une autre gouvernance de l'internet dans le cadre du processus lancé par le SMSI. Présent à toutes les réunions et sommets (Genève, 2003 - Tunis, 2005 - Athènes, 2006) il est un des plus grands experts sur le multilinguisme dans la communauté mondiale d'internet. Il est également président d'honneur de la Société française de l'internet.

En 2011, il crée avec Chantal Lebrument et Quentin Perrigueur la société Savoir-Faire ayant pour produit la création d'extensions personnalisées (racines ouvertes Open-Root)[8].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Louis Pouzin présentant Cyclades lors des Journées Réseaux 2013 à Montpellier.

En 2001, Louis Pouzin s'est vu décerner le prix IEEE Internet pour sa contribution aux protocoles qui ont permis le développement de réseaux tel qu'Internet[9].

Louis Pouzin a été décoré Chevalier de la Légion d'honneur le par Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies[10].

Louis Pouzin a été honoré par l'ISOC comme l'un des pionniers de l'internet lors de la première remise de prix du temple de la renommée d'Internet à la conférence Global INET qui s'est tenue à Genève en Suisse, le 23 avril 2012[11].

Le , Louis Pouzin reçoit le premier Queen Elizabeth Prize for Engineering[12] conjointement avec Robert Kahn, Vinton Cerf, Tim Berners-Lee et Mark Andreessen. Le prix leur est attribué pour leurs contributions majeures à la création et au développement d'internet et du World Wide Web.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Entretien avec Louis Pouzin », par Isabelle Bellin, le 19/03/2007
  2. "How the Web was Born: The Story of the World Wide Web", par James Gillies,R. Cailliau, page 36 [1]
  3. "Le projet Cyclades (1972-1977)" par Louis Pouzin, dans Entreprises et histoire 2002
  4. "How the Web was Born: The Story of the World Wide Web", par James Gillies,R. Cailliau, page 36 [2]
  5. « Du datagramme à la gouvernance de l’Internet », par Claudia Marinica et Marc Shapiro [3]
  6. Éric Albert, « Louis Pouzin, pionnier de l'Internet », Le Monde,‎ (consulté le 2 juillet 2013)
  7. L'Homme qui n'a pas inventé Internet, Stéphane Foucart, Le Monde, édition du 5 août 2006.
  8. http://owni.fr/2012/01/13/les-nouvelles-root-de-l%E2%80%99internet/
  9. IEEE Internet Awards
  10. "How the Web was Born: The Story of the World Wide Web", par James Gillies,R. Cailliau, page 180 [4]
  11. Louis Pouzin sur le Internet Hall of Fame.
  12. (en) site du Queen Elizabeth Prize for Engineering

Articles connexes[modifier | modifier le code]