Louis-Napoléon Bonaparte (1856-1879)

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Louis-Napoléon Bonaparte
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Le prince impérial en 1878.

Titres

Prétendant au trône impérial de France


(6 ans 4 mois et 23 jours)

Nom revendiqué « Napoléon IV »
Prédécesseur Napoléon III
(empereur des Français)
Successeur Victor Napoléon

Prince impérial de France


Proclamation de la République le 4 septembre 1870
(14 ans 11 mois et 13 jours)

Prédécesseur Napoléon-Charles Bonaparte (indirectement)
Successeur Abolition de l’Empire
Biographie
Dynastie Maison Bonaparte
Nom de naissance Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte
Naissance
Paris (France)
Décès (à 23 ans)
uQweqwe (Royaume zoulou) sur le territoire municipal d'Abaqulusi (district municipal du Zululand)[1],[2]
Sépulture Crypte impériale de l’abbaye Saint-Michel (Farnborough)
Père Napoléon III
Mère Eugénie de Montijo
Religion Catholicisme romain
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Prétendants au trône impérial de France

Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte, prince impérial, dit Louis-Napoléon, né le à Paris et mort le en pays zoulou (Afrique-du-Sud), est le fils unique de Napoléon III, empereur des Français, et de son épouse, l’impératrice Eugénie.

Appelé Louis par ses parents, il signe Napoléon après la mort de son père, le , au lieu de Louis-Napoléon précédemment[3]. Il est parfois désigné sous le nom de « Napoléon IV »[4].

En exil, il utilise parfois le titre de courtoisie de « comte de Pierrefonds », déjà utilisé par son père à cause du château médiéval qu'il a fait restaurer par Viollet-Le-Duc[5].

Vie sous le Second Empire[modifier | modifier le code]

Naissance et baptême[modifier | modifier le code]

La naissance est très pénible pour l’impératrice Eugénie : on doit recourir aux forceps, qui lui fracturent le bassin. Toute sa vie, l’enfant portera au front la trace des fers. La ville de Paris offre au prince un berceau orné des armes de l’Empire[6].

Le , il est baptisé en grande pompe à Notre-Dame de Paris. Parodiant la phrase célèbre d'Henri IV « Paris vaut bien une messe », Napoléon III dit de la cérémonie : « Un tel baptême vaut bien un sacre ». Le parrain est le pape Pie IX, la marraine la reine Victoria d’Angleterre, amie de l'impératrice. Mais Victoria étant de religion anglicane, c'est la reine de Suède Joséphine, fille d’Eugène de Beauharnais et cousine de l’empereur, qui la représente. Le cardinal-légat Patrizi, qui représente le pape, baptise l’enfant.

L’acte de baptême est rédigé sur le registre de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, dont dépend la chapelle des Tuileries. L'enfant est dit « fils de France », titre repris de l’Ancien régime[7], que Napoléon Ier avait utilisé pour le roi de Rome. On envisage de donner au prince le titre de roi d’Alger[8], idée vite abandonnée[9].

Éducation[modifier | modifier le code]

Le prince impérial et sa mère par Franz Xaver Winterhalter, 1857.

L’éducation du prince impérial doit être irréprochable. Sa marraine, la reine Victoria, conseille à l'impératrice Eugénie d'engager une nurse. C'est Miss Shaw, venue d'Angleterre, qui s'occupe de l'enfant[10]. Elle lui apprend l'anglais dès son plus jeune âge.

Napoléon III adore son fils et refuse de le réprimander. L'impératrice compense cette faiblesse et impose des règles d'éducation strictes.

L'empereur veut immédiatement placer son héritier sous la protection de l'armée. Dès le , le prince est immatriculé au registre des enfants de troupe, au 1er régiment des grenadiers de Garde Impériale. À deux ans, le couturier Staub lui confectionne un uniforme. Le 1er janvier 1857, un ancien cuirassier, Xavier Ulhmann, est attaché au prince comme valet de pied[11]. Il ne le quittera plus.

Le petit prince peut entrer à toute heure dans le cabinet de l'empereur, sans aucun protocole. Mais on doit le vouvoyer et les cent-gardes le saluent.

Très jeune, il est associé aux manifestations du Régime. Il assiste aux cérémonies officielles, telles l'ouverture de la session législative ou la réception d'ambassadeurs (comme, en 1861, ceux du Siam). Le 14 août 1859, au retour de la campagne d'Italie, il assiste au défilé triomphal des troupes sur la place Vendôme, assis sur le devant de la selle de Napoléon III. En 1860, pour célébrer la victoire, il accompagne l'impératrice à un Te Deum à Notre-Dame de Paris. La foule l'acclame à chaque cérémonie publique. II est aimé du peuple et sa popularité sert le Régime[12]. Régulièrement, en août, l'empereur l'amène au camp de Châlons pour le faire connaître de l'armée. Il s'y rend pour la première fois à l'âge de quatre ans. Il suit les manœuvres dans une petite voiture puis sur un poney.

Le prince impérial en 1864.

Il ne fréquente pas l'école publique. À l'âge de sept ans, on lui attribue comme précepteur Francis Monnier, professeur au collège Rollin. Mais sa méthode pédagogique n'a pour effet que de lui faire prendre du retard. Le 16 mars 1867, Monnier est remplacé par le général Frossard, un officier du Génie froid et sévère. À partir d'octobre 1867, un jeune universitaire de qualité, Augustin Filon (1841-1916), est nommé précepteur principal. Il fait rattraper son retard au prince en quelques années[13]. Un autre professeur, Ernest Lavisse (qui deviendra plus tard l'un des responsables de l'université républicaine[14]), est nommé précepteur adjoint.

Le prince manifeste une grande sensibilité artistique. Il s'avère doué pour le dessin et la musique. Mais on n'encourage pas ces dispositions.

Bien qu'il ne fréquente pas l'école publique, le prince impérial joue avec des enfants de son âge. Dans une pièce située au premier étage du Pavillon de Flore, il se divertit en compagnie de Louis Conneau, né la même année que lui, fils du médecin et ami de Napoléon III Henri Conneau.

Pour son treizième anniversaire, le prince impérial est promu sous-lieutenant. Il peut désormais revêtir l'uniforme d'officier lors des cérémonies officielles.

Le 7 mai 1869, il fait sa première communion. Le service du protocole se penche sur les Mémoires de Saint-Simon et ressuscite le cérémonial jadis utilisé, en pareille circonstance, pour le duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV[15].

En 1869, le prince et l'impératrice se rendent en Corse pour célébrer le centenaire de la naissance de Napoléon Ier. Le 29 août, quand le prince débarque à Ajaccio, des dizaines de milliers de voix entonnent l'Ajaccienne[16]. Quand il visite la maison natale de son grand-oncle, l'enthousiasme du peuple est à son comble. Mal contenue par une police débordée, la foule se presse autour de lui et manque de l'étouffer. Mais le prince déclare calmement : « Laissez-les entrer, ils sont de la famille. »

Guerre de 1870[modifier | modifier le code]

Le prince impérial en juin 1870, vêtu de son uniforme de sous-lieutenant d'infanterie.

La guerre franco-prussienne éclate en 1870. Le 22 juillet 1870, Napoléon III annonce dans une proclamation au peuple français : « J'emmène mon fils avec moi malgré son jeune âge[17]. Il sait quels sont les devoirs que son nom lui impose, il est fier de prendre sa part dans les dangers de ceux qui combattent pour la patrie ».

Le , l'empereur et le prince partent pour Metz. La suite du prince comprend deux aides de camp : le commandant Lamey et le commandant Clary, petit-neveu des reines d'Espagne et de Suède, auquel l'Empereur tenait à manifester sa confiance[18]. L'impératrice assure la régence.

Le , le prince assiste à la bataille de Sarrebruck, où il reçoit le baptême du feu. Les soldats saluent, unanimes, le courage du jeune garçon. Napoléon III envoie un télégramme à l'impératrice : « Deux août. Louis vient de recevoir le baptême du feu: il a été admirable de sang-froid, il n'a été nullement impressionné... Nous étions en première ligne et les balles et les boulets tombaient à nos pieds. Louis a conservé une balle qui est tombée auprès de lui ».

Le prince suit ensuite son père à Metz, Rethel puis Tourteron.

Vie après la chute du Second Empire[modifier | modifier le code]

Le prince impérial au début des années 1870.
La famille impériale en exil en Angleterre, 1872.

Exil[modifier | modifier le code]

Après la défaite de Sedan et la proclamation de la IIIe République le , le prince se réfugie en Belgique. Il débarque à Douvres avec trois aides de camp puis gagne Hastings, où sa mère le rejoint le 8 septembre 1870. Ils logent dans un hôtel de second ordre, le Marine Hotel, où Napoléon III avait résidé trente ans auparavant. Le prince de Galles leur offre l'hospitalité de Chiswick House, sa maison de campagne.

Le 20 septembre 1870, l'impératrice et le prince emménagent à Camden Place, une petite propriété située près de Londres. Le 30 novembre 1870, la reine Victoria et sa fille, la princesse Béatrice, rendent visite aux exilés.

Napoléon III et son fils en exil à Londres en 1872. Photographie du studio William et Daniel Downey à Londres.

Le 28 janvier 1871, l'armistice est signé avec l'Allemagne. Le 20 mars 1871, l’empereur déchu arrive à Douvres.

Le prince est profondément affecté par les événements de la Commune de Paris, en mars 1871. L'abbé Deguerry, avec qui il avait fait sa première communion, a été fusillé après avoir été pris en otage.

Formation militaire[modifier | modifier le code]

Le prince est admis le 17 novembre 1872 à l'Académie militaire royale de Woolwich, après avoir passé l'examen d'entrée avec son ami Louis Conneau. Il se destine à l'artillerie, arme où débuta son grand-oncle.

Beaucoup de ses partisans souhaitent qu'à sa prochaine majorité, le nouveau Napoléon quitte l'uniforme anglais pour se consacrer à ses devoirs de prétendant officiel. Mais le prince préfère achever ses études. Il obtient le grade d'officier artilleur. À l'examen final de 1875, il est classé 7e sur 34. Le 19 février 1875, au soir de la proclamation des résultats, il est porté en triomphe par ses camarades. Il occupe la première place en équitation et en escrime[19].

Représentant de la cause impériale[modifier | modifier le code]

Héritier de la quatrième dynastie Bonaparte[modifier | modifier le code]

Les quatre Napoléons, collage vers 1858.

Après la mort de Napoléon III en 1873 et la majorité du prince en 1874, les bonapartistes reconnaissent en lui l'héritier dynastique de la famille Bonaparte. Le prince assume ce rôle et signe désormais Napoléon.

Lors de plusieurs plébiscites, le peuple a manifesté son désir de voir maintenue, par voie héréditaire, la dignité impériale des Bonaparte. Certains bonapartistes désignent déjà le prince du nom de « Napoléon IV ».

Pendant les années 1870, on envisage de marier le prince à une fille du roi Christian IX de Danemark. L'impératrice Eugénie et la reine Victoria songent à une union avec la fille de cette dernière, la princesse Béatrice[20]. Mais le prince confie à ses proches qu'il désire une épouse qui lui plaise vraiment et à qui il restera fidèle[21].

Idées politiques et sociales[modifier | modifier le code]

Très tôt, le prince couche par écrit certaines de ses idées politiques et sociales. Il a pleine conscience de la gravité des problèmes. Ses cahiers foisonnent d'ébauches et de projets. Ainsi :

  • il s'exprime pour l'égalité des citoyens face au service militaire et souhaite la fin du remplacement ;
  • il désire faire émerger une aristocratie du mérite ;
  • il souhaite une réelle décentralisation, que traduirait la création de 18 régions votant chacune leur budget ;
  • il élabore le projet de constitution d'un Troisième Empire. La Chambre des députations provinciales, élue par les États provinciaux, partagerait la puissance législative avec la Chambre des pairs, composée des sommités politiques du pays déléguées par le clergé, la magistrature, l'armée et l'ordre civil. Cette Chambre des provinces voterait le budget annuel et détiendrait un droit de veto.

Le prince reprend les idées sociales de Napoléon III. Il juge nécessaire de faire disparaître « l'ouvrier esclave pour qui le travail est odieux, sans intérêt, sans espoir, dont l'âme est écrasée ». Il souhaite améliorer « l'état du salarié sans cesse menacé par une misère imméritée et dont la tâche est une corvée ». Il désire « intégrer l'ouvrier dans les profits de l'entreprise ». Napoléon III avait dit : « Il faut donner à la classe ouvrière des droits et un avenir ». À la fin de son règne, il avait fait étudier, par le Conseiller d'État Robert, un projet de participation aux bénéfices.

Bien qu'exilé, le prince se tient régulièrement informé, par de nombreux rapports, sur la situation sociale et politique des Français. Mais il n'a pas le temps d'arrêter les lignes d'un programme précis et ses idées restent à l'état de principes.

Chef du parti de l'Appel au peuple[modifier | modifier le code]

Le prince impérial en 1878.

Après l'échec de la Commune, quelques dignitaires de l'Empire sont rentrés en France pour former une force politique nationale. Un réseau bonapartiste se reconstitue peu à peu, soutenu par une presse active et offensive. Au début de la Troisième république, le prince est devenu le chef d'un parti politique important, le parti de Appel au peuple. À partir de 1872, ce dernier constitue un groupe parlementaire redouté[22].

Entre 1876 et 1879, le prince accentue son implication politique. Il donne des directives pour les élections et les fait parvenir à Eugène Rouher. Ainsi, il décide seul des candidatures en Corse. Le parti de l'Appel au peuple accroît son audience. En 1877, 107 députés bonapartistes siègent à la Chambre des députés. Mais le prince veut unifier les différentes tendances du parti :

  • les conservateurs menés par les Cassagnac père et fils, des cléricaux qui prônent l'alliance avec les légitimistes ;
  • les populistes conduits par Jules Amigues, lié à d'anciens communards ;
  • les libéraux guidés par l'ancien garde des Sceaux Emile Ollivier, proche des Orléanistes ;
  • les fidèles d'Eugène Rouher, partisans d'un Empire autoritaire ;
  • les Bonapartistes proches de la gauche républicaine, anticléricaux et sympathisants du prince Jérôme Napoléon.

Le prince envisage de refondre la presse bonapartiste. Il souhaite faire appel aux « meilleures plumes »[23]. En 1876, il affirme : « Je tiens par-dessus tout à posséder un journal de doctrine qui pourra traduire et expliquer ma pensée et donner la note juste sur toutes les questions ». Des changements interviennent dans des journaux comme L'ordre ou Le Petit Caporal. En 1877, la direction de ce dernier s'élargit au député de la Sarthe Haentjens, peut-être pour contrôler l'un des principaux rédacteurs Jules Amigues, dont l'agitation inquiète le prince[23].

Il pense que la République s'effondrera d'elle-même. À l'égard du nouveau président Jules Grévy, il prône une « sympathique abstention ». Ce dernier est en effet l'un des seuls républicains à avoir répondu, en septembre 1870, à l'appel pour l'union nationale lancé par l'impératrice.

Mort tragique[modifier | modifier le code]

Le prince impérial vers 1879.

Départ pour l'Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

En 1879, à 23 ans, le prince demanda avec insistance son incorporation aux troupes britanniques d'Afrique australe. S'il veut participer, avec ses camarades de Woolwich, au combat contre les Zoulous, c'est parce qu'il se souvient qu'il est Bonaparte[24] : « Lorsqu'on appartient à une race de soldat », écrit-il, « ce n'est que par le fer qu'on se fait connaître ». Depuis la mort de son père, il souhaite servir son pays. Peu avant de partir pour l'Afrique du Sud, il répond à sa mère, qui le supplie de renoncer à son dessein : « Quand j'aurai fait voir que je sais exposer ma vie pour un pays qui n'est pas le mien, on ne doutera plus que je sache la risquer mieux encore pour ma patrie ».

La reine Victoria l'y ayant finalement autorisé, il embarque en février. Après un passage au Cap, il est versé dans une unité d'éclaireurs au Natal. Battus par les Zoulous quelques mois plus tôt à Isandhlwana, les Britanniques viennent de reprendre l'offensive.

Attaque du 1er juin 1879[modifier | modifier le code]

Le 1er juin 1879, il participe à une mission de reconnaissance. À cheval avec quelques hommes, il arrive au lieu-dit Itelezi, à l'est du site de la bataille de Blood River, dans une région distante de Vryheid de quelque 30 kilomètres, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Dundee.

Mort du prince impérial, par Paul Jamin.

Lors d'une halte au bord d'une rivière où elle se croit en sécurité, la patrouille est surprise par des guerriers zoulous. Une fusillade éclate et deux soldats britanniques perdent la vie. La troupe s'enfuit à cheval. Le prince tente de regagner sa monture en courant. Mais la sangle de sa selle cède sous son poids. Hors d'usage, c'était celle de son père à la bataille de Sedan ; il avait tenu à l'utiliser... Il chute violemment. Son bras droit est piétiné. Il n'a plus pour arme qu'un pistolet, qu’il ne peut manipuler de la main gauche. Il tombe transpercé de dix-sept coups d'iklwa.

Les guerriers éviscèrent et mutilent les corps des deux soldats morts au début de l'attaque mais épargnent celui du prince, seul homme à s'être battu[11]. Ils se contentent de le déshabiller et de lui prendre ses armes. Le chef des guerriers ordonne qu'on lui laisse sa chaîne d'or, où pendent deux médailles et un cachet de cornaline, souvenir de sa grand-mère, la reine Hortense, transmis par son père. Les guerriers zoulous, qui portent des amulettes autour du cou, respectent celles du prince. Quelques semaines plus tard, les Zoulous vaincus témoigneront de la bravoure du défunt. « Il ressemblait, disent-ils, à un lion. » - « Pourquoi un lion ? » - « C'est l'animal le plus courageux que nous connaissions ! ». En hommage, ils restituent ses objets personnels et son uniforme.

Le rapport du capitaine Molyneux, du 22e régiment A.D.C., précise : « Le cadavre portait dix-sept blessures, toutes par-devant, et les marques sur le sol, comme sur les éperons, indiquaient une résistance désespérée ».

En France, la nouvelle de sa mort suscite la stupeur. D'après Ernest Renan[25], l'émotion est vive « dans toutes les classes de la société, surtout dans les classes populaires ».

Sa dépouille est transportée à Dundee, puis à Pietermaritzburg, avant d'être rapatriée en Europe pour être inhumée à Chislehurst. Elle est ensuite transférée dans le sud de l'Angleterre, à l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, que l'impératrice a fait bâtir pour qu'y reposent Napoléon III et son fils.

L'année suivante, Eugénie va se recueillir sur les lieux où son fils a perdu la vie (28° 07′ 56″ S 30° 47′ 50″ E / -28.13222, 30.7972[26]).

Dans sa monographie Dans l'ombre de l'impératrice Eugénie (Gallimard, 1935, p. 132 et 133), Lucien Daudet raconte comment l'événement est révélé à l'impératrice. En avançant plusieurs arguments matériels, il ajoute que la mort du prince est « douteuse ». Des commanditaires l'auraient mis dans une situation telle qu'il ne pouvait échapper aux Zoulous (voir notamment la note 1 p. 133 de l'édition citée). D'aucuns considèrent même qu'il fut tout simplement abandonné à une mort certaine par les autres protagonistes. De fait, certains survivants de l'attaque seront poursuivis en justice.

Testament[modifier | modifier le code]

Photomontage.
Carte à la mémoire du prince.

Dans son testament rédigé le 26 février 1879, à Chislehurst, le prince affirme mourir dans la religion catholique et formule le souhait que son corps soit déposé auprès de celui de son père, en attendant qu’on les transporte tous deux là où repose Napoléon Ier. Il affirme que sa dernière pensée sera pour sa patrie et que c’est pour elle qu'il voudrait mourir. Il y exprime le sentiment de sa profonde gratitude pour la reine Victoria, pour toute la famille Royale britannique et pour le pays où il a reçu pendant huit ans une cordiale hospitalité.

Son testament possède une dimension politique en ce qu'il y demande à sa mère de soutenir la cause de l'Empire. Il affirme ainsi : « Je n’ai pas besoin de recommander à ma mère de ne rien négliger pour défendre la mémoire de mon grand Oncle et de mon père. Je la prie de se souvenir que tant qu’il y aura des Bonaparte, la Cause Impériale aura des Représentants. »

En fait, il invite l'impératrice Eugénie à soutenir son cousin, le prince Victor Napoléon, qu'il désigne comme continuateur de l'œuvre des deux empereurs des Français. Cela a pour conséquence de diviser et d'affaiblir le parti bonapartiste. En effet, selon les constitutions impériales ratifiées par le peuple français, l'héritier dynastique est non pas le prince Victor Napoléon mais son père, le prince Napoléon. Or ce dernier, partisan d'un régime laïc, est suspecté de républicanisme.

Prière du prince impérial[modifier | modifier le code]

Dans les affaires du Prince, on trouva une prière qu'il avait rédigée avant son départ[27]. Elle révèle la foi profonde qui l'animait, mais aussi une résignation et un esprit de sacrifice rares chez un jeune homme de vingt-trois ans. On peut y lire : « Mon Dieu ! Je vous donne mon cœur, mais vous donnez-moi la foi. Sans foi, il n'est point d'ardentes prières, et prier est un besoin de mon âme... Le bonheur est empoisonné par cette pensée amère : je me réjouis et ceux que je chéris mille fois plus que moi sont en train de souffrir. » Des objets retrouvés dans ses affaires personnelles témoignent également de sa foi ardente : un livre de messe en latin et en anglais relié de parchemin bleu foncé et un bénitier en émail cloisonné, portant un médaillon peint d'une image de la Vierge à l'Enfant ; l'un et l'autre sont parsemés d'abeilles d'or, emblème de Napoléon Ier.

Hommages[modifier | modifier le code]

Buste du prince mort par Prosper d'Épinay.
  • Le satellite naturel de l'astéroide (45) Eugénie, ainsi nommée en l'honneur de l'impératrice Eugénie, fut baptisé Petit-Prince en l'honneur du Prince impérial Louis Napoléon[28]. Son diamètre mesure environ 13 km.
  • La reine Victoria fit au prince impérial l'honneur insigne et affectueux de lui édifier un monument dans la chapelle royale du château de Windsor. Celui-ci fut financé par une souscription nationale, et le gisant fut réalisé par un sculpteur officiel de la couronne britannique, Sir Joseph Boehm. L'artiste a représenté le jeune lieutenant, les mains jointes sur la poignée de son épée, comme un chevalier du Moyen Âge reposant pour l'éternité[29].
  • La reine Victoria fit également ériger un monument à l'endroit où le prince était tombé. Ce monument, constitué d'un tas de pierres, analogue aux cairns écossais, marque la place du dernier combat et est surmonté d'une croix sur laquelle est gravé le nom du Prince impérial[30].
  • À Woolwich, une souscription ouverte dans l'armée britannique a permis d'ériger une statue de bronze sur le dessus d'un piédestal flanqué d'aigles et orné du N au centre d'un anneau de laurier surmonté de la couronne impériale française. Elle est due au comte Gleichen, sculpteur de l'école anglaise qui exposait régulièrement à l'Académie royale de Woolwich. Cette statue a été déplacée pour être mise devant l'actuelle grande école militaire de Sandhurst[29].
  • Parmi les œuvres rendant hommage au prince et à sa mort, on peut également citer le projet de monument de Prosper d'Épinay : le prince impérial y est représenté mourant et recueilli par l'ange Gabriel[31].
  • La mort tragique et courageuse du Prince inspira également plusieurs peintres. On peut citer la peinture originale et spectaculaire que le comte Ludovic Lepic exposa au Salon de 1880. Son sujet, Le Retour, c'est-à-dire le voyage du cercueil des côtes de l'Afrique à celles de l'Angleterre, illustre le moment où, placé dans une barque, le corps est transféré de L'Orontes à L'Enchantress, en rade de Portsmouth[27].
  • Quand la nouvelle de la mort du Prince impérial fut connue, le comte de Chambord, petit-fils de Charles X et Henri V pour les légitimistes, fit dire une messe à Frohsdorf en mémoire du Prince impérial, à laquelle il assista, en deuil, entouré de toute sa maison[32]. Il fit exprimer à l'impératrice Eugénie ses sentiments très attristés et ses condoléances ; il fut le premier à lui télégraphier et conserva toujours auprès de lui les fleurs cueillies par l'impératrice sur la tombe de son fils, que la reine Isabelle II l'avait engagé à adopter[33]. Par ailleurs, une délégation de royalistes se rendit symboliquement de la Chapelle Expiatoire, lieu de mémoire cher aux légitimistes, à l’église Saint-Augustin, église emblématique du Second Empire, avec une couronne qui fut déposée au pied de l’autel.
  • Un poème à sa mémoire fut aussi composé par Giosuè Carducci, le grand poète italien.
  • Dans sa bande dessinée Cato Zoulou, Hugo Pratt relate la mort du Prince impérial dans un mode fictionnel.
  • Dans son recueil Sagesse, Paul Verlaine consacra un poème à la mémoire du Prince impérial, « fier jeune homme si pur tombé plein d'espérance ». Dans Prince mort en soldat (Sagesse, XIII), le poète affirme :
« J'admire ton destin, j'adore, tout en larmes
Pour les pleurs de ta mère,
Dieu qui te fit mourir, beau prince, sous les armes,
Comme un héros d'Homère. »

Dans son recueil Fééries, Rosemonde Gérard lui consacra le poème Napoléon IV (pp. 295 à 300 de l'édition Fasquelle de 1933) :

« Ô beau petit prince de France,
Que la France connut si peu !
Toi qui souffris cette souffrance
De mourir sous un ciel trop bleu;
[…]
Mais, aujourd'hui, dans un théâtre,
Chaque soir des milliers de cœurs,
En disant "Napoléon Quatre",
Font de toi presque un empereur ».

Armoiries et drapeau[modifier | modifier le code]

Galerie iconographique[modifier | modifier le code]

Le prince impérial enfant[modifier | modifier le code]

Le prince impérial adulte[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'endroit appartient aujourd’hui à l’Afrique-du-Sud.
  2. « Commémoration de la "route Napoléon" », sur Ambassade de France à Pretoria,‎ (consulté le 13 février 2016)
  3. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 73.
  4. Alain Frerejean, Napoléon IV, un destin brisé (1856-1879), éd. Albin Michel, 1997.
  5. Certains ouvrages lui attribuent le prénom Napoléon-Eugène comme les Histoires héroïques des Français racontés à S.A. Napoléon-Eugène, Prince impérial paru en 1863.
  6. Toujours visible au musée Carnavalet.
  7. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 21.
  8. Ce titre est inspiré de celui de roi de Rome.
  9. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 24.
  10. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 18.
  11. a et b Christian Fileaux, Revue du Souvenir napoléonien, numéro 479, avril-mai-juin 2009, pages 51 à 59.
  12. La chanson L'empereur, sa femme et le petit prince témoigne de la popularité de la famille impériale à cette époque.
  13. Pierre-Augustin Filon, Souvenirs sur l'impératrice Eugénie, Calmann-Lévy,‎ 1889 (rééd. 1920), 336 p. (lire en ligne)
  14. Claude Lelièvre, Les rois de France. Enfants chéris de la Républiquej, Bartillat,‎ , p. 261
  15. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 114.
  16. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 120.
  17. Il a alors 14 ans.
  18. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 133.
  19. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 218.
  20. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 284.
  21. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 268.
  22. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 220.
  23. a et b La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 223.
  24. Alain Decaux, Revue du Souvenir Napoléonien, numéro 308, novembre 1979, page 2.
  25. Frédéric Bluche, Le bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses Universitaires de France, 1981, p. 113.
  26. Princeimperial.co.za
  27. a et b La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 235.
  28. Origine du nom du satellite Petit-Prince
  29. a et b La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 238.
  30. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 236.
  31. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 237.
  32. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 303.
  33. Jean-François Chiappe, La France et le Roi de la Restauration à nos jours, éd. Perrin, 1994, p. 575.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Lachnitt - Philippe Munch, Le Prince Impérial - Un Héritier Le Rubicon Éditeur, 2011
  • Léonce Dupont, Le Quatrième Napoléon, éd. Lachaud & Burdin, 1874
  • André Martinet, Le Prince impérial, éd. Léon Chailley, 1895
  • Augustin Filon, Le Prince impérial : souvenirs et documents, Hachette, 1912
  • Clément Vautel, Le Prince impérial, éd. Albin Michel, 1946
  • Suzanne Desternes, Henriette Chandet, Louis Prince impérial, éd. Hachette, 1957
  • Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial : Napoléon IV, éd. Perrin, 1997
  • Ouvrage collectif, La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éd. de la Réunion des musées nationaux, 2004
  • Le Prince Impérial, Napoléon IV - correspondance inédite, intime et politique (Livre I), Éric Pradelles, éd. Mémoire et documents (nov. 2013)
  • Le Prince Impérial, Napoléon IV - correspondance inédite d'un jeune Aigle foudroyé (Livre II), Éric Pradelles, éd. Mémoire et documents (nov. 2015)