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Louis V Joseph de Bourbon-Condé

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Louis V Joseph de Bourbon-Condé
Description de cette image, également commentée ci-après
Louis V-Joseph de Bourbon, VIIIe prince de Condé d'après Jean-Marc Nattier, après 1753.

Titre

Prince de Condé


(78 ans, 3 mois et 16 jours)

Prédécesseur Louis IV Henri de Bourbon, prince de Condé
Successeur Louis VI Henri de Bourbon, prince de Condé
Fonctions militaires
Grade militaire Colonel général de l'infanterie
Commandement Régiment noble à pied de Condé
Gouvernement militaire Bourgogne
Faits d’armes Bataille de Grünberg
Bataille de Nauheim
Conflits Guerre de Sept Ans
Biographie
Titulature Prince du sang
Duc de Bourbon
Duc d'Enghien
Prince de Condé
Duc de Bellegarde
Duc de Guise
Comte de Clermont-en-Beauvaisis
Comte de Dammartin
Baron de Châteaubriant
Seigneur de Chantilly
Seigneur d'Annonay
Dynastie Maison de Condé
Distinctions Pair de France
Chevalier des ordres du Roi
Grand-croix de la Légion d'honneur
Grand-croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis
Autres fonctions Grand maître de France
Naissance
Hôtel de Condé (France)
Décès (à 81 ans)
Palais Bourbon (France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Louis IV Henri de Bourbon, prince de Condé
Mère Caroline de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg
Conjoints Charlotte de Rohan (1753-1760)
Marie-Catherine Brignole (1798-1813)
Enfants Louis IV Henri de Bourbon, prince de Condé
Louise-Adélaïde de Bourbon
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Louis V Joseph de Bourbon-Condé
Description de cette image, également commentée ci-après

Louis V Joseph de Bourbon, prince de Condé, est né le en l'hôtel de Condé et est mort le au palais Bourbon. Prince du sang, il succèdera à son père, Louis IV Henri de Bourbon, duc de Bourbon, comme le huitième prince de Condé, à sa mort en . Le prince prend part à la guerre de Sept Ans et il devient colonel général de l'infanterie dès . Aux prémices de la Révolution française, le prince prend le chemin de l'émigration, et il commandera l'armée des émigrés. Il est contraint de s'exiler en Angleterre en avant de retourner en France afin d'aider le roi Louis XVIII à assoir son pouvoir. Pour ce faire, il intrigue lors des Cent-Jours.

Louis-Joseph de Bourbon-Condé est né le à l'hôtel de Condé. Il est fils de Louis IV Henri de Bourbon-Condé, septième prince de Condé, et de Caroline de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg, une princesse allemande. Il descend du roi Louis XIV du fait que son grand-père, Louis III de Bourbon-Condé, a épousé Louise-Françoise de Bourbon, une fille légitimée de ce dernier. Lorsque son père est encore en vie, il porte le titre de duc d'Enghien. Son père meurt en , alors qu'il n'est âgé que de quatre ans. Sa mère meurt à son tour l'année suivante, le laissant orphelin. Il se voit alors confié à son oncle paternel, Louis de Bourbon-Condé, qui fait son éducation.

La mort de son père fait ainsi de lui le huitième prince de Condé. Le jeune prince fut élevé jusqu'à ses huit ans aux côtés du marquis de Sade, dont il est l'aîné de quatre ans, né lui aussi à l'hôtel de Condé et fils d'une parente et d'une dame d'honneur de sa mère. Le père de l'écrivain, le comte de Sade, était l'amant de sa mère et il peut être considéré comme le possible père adultérin du prince[1]. Ce dernier sera ainsi le parrain du premier enfant du marquis et qui sera baptisé dans la chapelle privée du château de Chantilly. Âgé de quinze ans, le jeune prince est nommé gouverneur de Bourgogne et reçoit la charge de grand maître de France, qu'il hérite de son père[2].

La marquise Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault raconte au cours de ses Mémoires avoir rencontré le jeune prince de Condé lorsqu'il avait seize ans, et qu'il se montrait d'une très grande timidité, se tenant toujours à l'écart, « n'osant parler à personne ». Elle prit alors le prince sous son aile, qui en sera touché. Il restera ainsi toute sa vie très attaché à la marquise, cherchant toujours auprès d'elle des conseils, secours et consolations. La marquise dépeindra le prince comme « sûr, loyal et chevaleresque dans toute la conduite de sa vie ». Elle écrira ainsi, arrivée au seuil de la vieillesse : « après avoir passé ma vie à fréquenter et à voir de près les autres princes, celui-là est le seul qui m'intéresse et que j'aime »[3].

Le , Louis-Joseph de Bourbon-Condé, alors âgé de dix-sept ans, épouse Charlotte de Rohan-Soubise au château de Versailles. Elle est la fille de Charles de Rohan-Soubise, prince de Soubise et ami intime du roi Louis XV, et de Anne-Marie-Louise de La Tour d'Auvergne. Le prince et la princesse eurent alors trois enfants :

  1. Marie de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle de Bourbon ( - ) ;
  2. Louis VI Henri de Bourbon-Condé, futur prince de Condé. Il épouse Bathilde d'Orléans, fille de Louis-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, sœur de Louis-Philippe d'Orléans qui se fera appeler « Philippe Égalité » ;
  3. Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle de Condé. Elle sera abbesse de Remiremont puis fonde les Bénédictines de la rue Monsieur.

La princesse de Condé meurt en , laissant ainsi au prince le champ libre pour entamer une relation avec Marie-Catherine Brignole, une aristocrate italienne ayant épousé Honoré III, devenant ainsi princesse de Monaco. En , Marie-Catherine s'installe à l'hôtel de Lassay, une annexe du palais Bourbon, la résidence principale du prince de Condé. En , le prince de Monaco fait fermer les frontières afin de maintenir son épouse sur ses terres. Elle réussit à s'échapper puis trouva refuge au sein d'un couvent de Le Mans puis regagne Paris. En , les amants firent élever l'hôtel de Monaco, qui est destiné à être la résidence permanente de la princesse.

La construction de l'hôtel fut achevée en . Par la suite, le prince de Monaco fait adresser à son épouse une lettre dans laquelle il explique avoir compris leur relation terminée et lui dit désormais se consacrer à ses propres amours. Une séparation de corps est officiellement prononcée le . Dès lors, Marie-Catherine vient rejoindre le prince de Condé à Paris. À la cour, elle est tenue à l'écart par la jeune Marie-Antoinette d'Autriche en raison de son statut. Cela contrariera le prince de Condé.

Ancien Régime

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Durant la guerre de Sept Ans, le prince sert avec une certaine distinction aux côtés de son beau-père, le maréchal de France et prince de Soubise. Il est alors nommé lieutenant général des armées du roi en et remporte quelques-unes des rares victoires françaises, notamment les batailles de Grünberg et Nauheim. À la suite de cela, il se consacre surtout à l'administration de la Bourgogne. Il est également intéressé par le bâtiment et fait ainsi embellir ses propriétés grâce à l'important legs de sa tante paternelle Élisabeth-Alexandrine de Bourbon-Condé, qu'elle avait elle-même hérité de sa cousine, Louise-Françoise de Bourbon, en . La même année, il achète au roi Louis XV le palais Bourbon, autrefois propriété de la grand-mère du prince, afin d'en faire un palais monumental dans un nouveau style néo-classique. Le Carpentier sera chargé du chantier[4].

Portrait de Louis-Joseph de Bourbon en uniforme de colonel général de l'infanterie, avec le cordon du Saint-Esprit par peintre anonyme, après 1762.

Il achète également l'hôtel de Lassay voisin en dans le but de faire les deux bâtiments se rejoindre. Cependant, le palais ne fut achevé qu'à la fin des années , alors à la veille de la Révolution française. Le prince entreprit également de quitter l'hôtel de Condé, qui l'avait alors vu naître, pour le vendre au roi Louis XV, en . Il est démoli au profit du théâtre de l'Odéon. Au château de Chantilly, la demeure ancestrale de la maison de Bourbon-Condé, le prince fait également de nombreux travaux d'embellissement. Il fait ainsi construire le château d'Enghien afin de loger ses invités dès , les travaux confiés à Jean-François Leroy. Il fait également aménager un parc à l'anglaise, puis un hameau. Ce dernier inspirera le hameau de la Reine.

En , le prince marie son fils avec Bathilde d'Orléans, fille du duc d'Orléans et la sœur du duc de Chartres, Louis-Philippe d'Orléans. Cette union est ainsi censée resserrer les liens entre la maison de Condé et la maison d'Orléans. Par l'ordonnance royale du , le grade de colonel général de l'infanterie est alors recrée à son intention par le roi Louis XVI[5]. Durant les États généraux, le prince de Condé participe et s'oppose au doublement du nombre de députés du Tiers état, mais cela sera finalement accepté après négociations.

Révolution française

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Départ pour Turin

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Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé par Alexandre-François Caminade, 1841.

Le prince de Condé quitte le royaume le , trois jours après la prise de la Bastille. Il est l'un des premiers à partir. Il se dirige vers Valenciennes afin de gagner Bruxelles, à l'époque capitale des Pays-Bas autrichiens. Il fait un voyage le long du Rhin, puis en Suisse. Il est accompagné par son fils, son petit-fils et sa maîtresse. En septembre , il rejoint le comte d'Artois et réside dans la famille de la comtesse d'Artois au palais royal de Turin, où il reste jusqu'en . Dès lors, le comte et lui songent déjà à mettre une contre-révolution en marche avec l'aide de partisans royalistes[6].

L'armée des Princes

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Au printemps , alors que les deux frères du roi établissent leur quartier général en la ville de Coblence, le prince met en place une armée à Worms. Soucieux de contrôler étroitement les mouvements des émigrés, les Autrichiens et les Prussiens le tiennent à l'écart des opérations militaires en et le subordonnent à un général autrichien en . Stationné à proximité des bords du Rhin en et en , l'armée du prince de Condé passe sous un contrôle de la Grande-Bretagne puis de l'Autriche qui veillent alors à assurer successivement son entretien[7]. En , après le traité de Campo-Formio, l'armée des Princes passe auprès du tsar, Alexandre Ier. L'armée est ensuite encore engagée dans des batailles contre la République qui s'acharne sur sa famille restée en France : le Roi, sa sœur, Madame Élisabeth, la Reine, Louis XVII, le duc d'Orléans "Phlippe Égalité", frère de la belle-fille du Prince meurent tous.

Combat de Quiberon en 1795 par Jean Sorieul, 1850.

Ainsi, l'armée des Princes est engagée dans des batailles contre la République française comme celles de Wissembourg, de Haguenau et de Bentheim. En , du fait du traité de Lunéville, le prince est contraint de se retirer en Angleterre avec sa famille. L'armée des Princes est dissoute et les émigrés qui y servent se dispersent [8].

Séjour en Angleterre

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Le prince de Condé et son fils sont ainsi logés à Wanstead House, servis par des domestiques dont les gages ne sont payés qu'irrégulièrement tout en continuant, autant que possible, à exercer le cérémonial de l'Ancien Régime. Ils reçoivent du roi George III une pension de six-cent-quarante-sept livres à eux deux.

Marie-Catherine de Brignole étant devenue veuve en 1795, le prince de Condé l'épouse à Londres, en la chapelle Notre-Dame de l'Annonciation, le 26 décembre , avec l'assentiment de Louis XVIII[9]. La cérémonie est célébrée par Mgr de Béthisy de Mézières, qui a refusé de renoncer à son évêché d'Uzès.

Il adressa depuis Londres à son petit-fils, le jeune duc d'Enghien, des instructions belliqueuses, sans comprendre que la situation avait changé. Celui-ci sera enlevé, condamné à mort et puis exécuté sur les ordres de Napoléon Ier, en . Les Condés songent à rentrer en France[10].

Restauration

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Louis XVIII, roi de France et de Navarre par Antoine-Jean Gros, 1817.

En , après la défaite de Napoléon Ier, le prince de Condé et son fils reviennent en France accompagnés du roi Louis XVIII. Il retrouve, et ce malgré son âge avancé, sa charge de grand maître de France, ce qui lui vaut d'être assidu à la cour établie au palais des Tuileries, que son fils déserte complètement. Pendant les Cents-Jours, il tente d'organiser la résistance à l'ouest du pays puisse passe en Angleterre et revient à Paris après la bataille de Waterloo en . Il parvient à récupérer une partie de ses biens spoliés durant la Révolution et découvre l'état du château ancestral de Chantilly. Le château a d'abord servi de prison politique avant d'être, en même temps que le parc, morcelé puis vendu. Il ne restait ainsi plus que la structure basse[11].

Louis-Joseph de Bourbon-Condé meurt le au palais Bourbon[12]. Il est alors âgé de quatre-vingt-un ans. Il est inhumée en la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis. Son fils, Louis VI Henri de Bourbon-Condé, sera le dernier prince de Condé. Louis-Joseph est celui des princes de Condé ayant le plus longtemps porté le titre, durant soixante-douze ans. Il nous est possible de consulter la correspondance qui est échangée entre le prince de Condé et son fils, le duc de Bourbon, qui est conservée aux Archives nationales sous la côte 34AP[13].

Décorations

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Ordre du Saint-Esprit Chevalier des ordres du roi ()
Ordre national de la Légion d'honneur Grand-croix de l’ordre royal de la Légion d'honneur ()[14]
Ordre royal et militaire de Saint-Louis Grand-croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis ()[15]

Notes et références

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  1. Brighelli, Jean-Paul., Sade, Larousse, (ISBN 2-03-505012-X et 9782035050120, OCLC 48662422, lire en ligne), p. 30
  2. « Condé, Louis Joseph de Bourbon (1736-1818 ; prince de) », sur FranceArchives (consulté le )
  3. marquis de Ségur, Le royaume de la rue Saint-Honoré, Calmann-Levy, chapitre IX
  4. Franck BEAUMONT, « Palais-Bourbon place du Palais-Bourbon Paris 7 Aubert », (consulté le )
  5. Recueil général des anciennes lois françaises: depuis l'an 420, volume 26, Jourdan, Decrusy, M. Isambert (François André) [1]
  6. « Dictionnaire universel d’histoire et de géographie (Bouillet et Chassang, 1878) - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le )
  7. Comte de Ribes, Documents pour servir à l'histoire de la Maison de Condé - Journal d'émigration du prince de Condé 1789-1795, Paris, Georges Servant, , V-546 p. (lire en ligne)
  8. Karine Rance, « L’exil des Condé », dans Éloignement géographique et cohésion familiale (xve-xxe siècle), Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Sciences de l’histoire », , 15–30 p. (ISBN 979-10-344-0430-8, lire en ligne)
  9. Patrick Van Kerrebrouck, La Maison de Bourbon 1256-2004, Villeneuve d'Ascq, l'auteur, , 1010 p., p. 663, 666
  10. Louis Joseph de Bourbon prince de Condé, Mémoires de la maison de Condé imprimés sur les manuscrits autographes et d’après l'autorisation de S.A.S. Monseigneur le duc de Bourbon : contenant la vie du Grand Condé, écrite par feu Mgr. le prince de Condé, la correspondance de ce prince avec tous les souverains et princes des familles royales de l'Europe, depuis 1789, jusqu'en 1814, Chez l’éditeur et chez Ponthieu, (lire en ligne)
  11. (en-US) « Le château de Chantilly », sur 1001 Châteaux (consulté le )
  12. Patrick Van Kerrebrouck, La Maison de Bourbon 1256-2004, tome 2, Villeneuve d'Ascq, l'auteur, , 1010 p. (ISBN 2-9501509-0-X), p. 662-663
  13. Archives nationales
  14. « Ordre de la Légion d'honneur - Textes officiels antérieurs à 1962 », sur www.france-phaleristique.com (consulté le )
  15. « Ordre royal et militaire de Saint-Louis », sur www.france-phaleristique.com (consulté le )
  • Christophe Levadoux : "Le Petit Château de Chantilly avant le duc d’Aumale", Carnet parodien d'histoire de l'art et d'archéologie, 19 février 2022.
  • Christophe Levadoux : "Bibliophilie et numismatie chez les Condé au XVIIIe siècle", Mémoires de la Société historique du Val-d’Oise et du Vexin, t. XLIII, 2021, p. 23-64.
  • Christophe Levadoux : "Un inventaire inédit, le cabinet de curiosités de Louis-Joseph de Bourbon-Condé (1736-1818)", Mémoires de la Société académique d’archéologie, sciences et arts du département de l’Oise, t. XLII, 2019, p. 4-57.

Articles connexes

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Liens externes

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