Louis Émié

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Louis Émié
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Louis Émié, né à Bègles le et mort à Bordeaux le , est un écrivain et poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Poète, romancier et essayiste, Louis Émié a longtemps attendu une reconnaissance nationale que sa condition de Bordelais indéracinable lui interdisait. Replié dans sa capitale de province, supportant une vie bourgeoise, menant simultanément une carrière de journaliste – il fut de longues années secrétaire de rédaction et rédacteur en chef au quotidien Sud Ouest, après avoir commencé par écrire pour La Petite Gironde – et une entreprise créatrice qu'il était soucieux d'isoler et de préserver, il échappa, sans jamais cesser de les côtoyer, aux grands mouvements artistiques parisiens, engageant des correspondances[1] avec ceux qu'il admirait et dont, pour beaucoup, il gagna l'amitié : Jean Cocteau, Jean Rostand, Joë Bousquet, Yanette Delétang-Tardif, Jean Paulhan, Max-Pol Fouchet, Maurice Fombeure ou Max Jacob, qu'il ne rencontrera que deux fois, mais avec qui il entretint une relation épistolaire durable[2] (en partie publiée dans les Dialogues avec Max Jacob) : Quand il accepte de nouer une correspondance avec un poète, l'écriture devient un art à part entière[3].

Traducteur, il encourage la lecture de Gómez de la Serna, puis d'Alberti. Romancier, quoique restant dans l'ombre de Mauriac, il manifeste un désenchantement où l'inavouable des passions le dispute à la médiocrité du quotidien ; il ne publie que deux œuvres : La Nuit d'octobre (1929), écho lointain d'un Radiguet triomphant et dont on parlera pour le Goncourt, et Le Dieu sans tête (1944).

Essayiste, il est l'auteur d'Espagnes, « sans doute [le livre] le meilleur, le plus intelligent et le plus amoureux que l'on puisse lire sur ce pays secret »[4], plusieurs fois réédité, augmenté, et où se déploie sa passion pour cette seconde patrie – sa mère était espagnole – dont la sensualité, la religiosité et la curieuse solitude lui sont consubstantielles.

Poète enfin et surtout, poète musicien s'il en est – il compose et met ses vers en musique, encouragé par son ami Henri Sauguet[5] –, il cherche longtemps sa voie, d'abord sensible aux fureurs surréalistes, puis au réalisme onirique d'un Supervielle ou d'un Fargue, rimant par jeu ou par exercice, s'interrogeant, se laissant aller à une préciosité que lui reprochera Max Jacob, pour, au tournant de sa quarantième année, se livrer enfin tout entier, à la suite des mystiques espagnols et de Rilke, et composer ses chefs-d'œuvre : Amour de notre amour (1939), L'Ange (1958), Invention de l'amour (1961), les Coplas (1965)… Il fut aussi proche des poètes de Rochefort dès 1941.

L'œuvre de Louis Émié, secrète, dense, multiple, reste encore à découvrir, parce qu'elle affirme la révélation d'un grand écrivain et parce qu'elle éclaire des figures, des préoccupations, des paysages, toute une époque littéraire et artistique dont le poète fut un témoin attentif.

Louis Émié a obtenu en 1963 pour l'ensemble de son oeuvre le prix Alfred-de-Pontécoulant de l'Académie française.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • L'Abdication des Pauvres et Le Couronnement des Cadavres (Anvers, Éditions Lumière, 1922)
  • Passage de la Folie (Les Cahiers du Sud, 1931)
  • Les Relations humaines (Sagesse, 1936)
  • Quatre poèmes (La Hune, 1939)
  • Amour de notre amour (Alger, Fontaine, 1941)
  • Délice du vivant (Cahiers de l'École de Rochefort, 1941)
  • J'habite ici (éditions des Îles de Lérins, 1942)
  • L'Hiver et l'Été (hors commerce, 1944)
  • Le Nom du feu (Gallimard, 1944)
  • L'État de grâce (éditions du Rond-point, 1946)
  • Perséphone (Plon, 1946)
  • Danse des morts (Plon, 1947)
  • Ce Désert (E.I.L., 1947)
  • Les Dormeuses (À l'enseigne de l'homme méditant, 1948)
  • Invention de la mort (Rougerie, 1950)
  • L'Éclair et le Temps, avec Yanette Delétang-Tardiff et Roger Belluc (Rougerie, 1951)
  • Romancero du profil perdu (Seghers, 1951)
  • Les Chemins de la mer (Alger, éd. Soleil, 1952)
  • Toi (Librairie Les Lettres, 1953)
  • Françoiseries (manuscrit[6], 1953)
  • Hauts Désirs sans absence (Seghers, 1953)
  • La Forme humaine (Oran, éd. Simoun, 1953)
  • Alphabet pour apprendre à lire en vacances (Marginales, 1954)
  • La Figure (Las Palmas de Gran Canaria, 1954)
  • Plaintes (Rodez, éd. Subervie, 1956)
  • La Rose des mers (Perpignan, éd. André Vinas, 1957)
  • Le Rossignol, poème-objet de Flora Klee-Palyi (Wuppertal, 1957)
  • L'Ange (Seghers, 1958)
  • La Dame aux chats (Malines, éd. C.E.L.F., 1959)
  • Le Volubilis (Yves Filhol, 1960)
  • Invention de l'amour (Filhol, 1961)
  • La Nuit (Malines, éd. C.E.L.F., 1962)

Prose[modifier | modifier le code]

  • Langage et humour chez Marcel Proust (1928)
  • La Nuit d'octobre, roman (Gallimard, 1929)
  • Espagnes, essai (Les Cahiers du Sud, 1935 ; rééd. avec des photos de l'auteur, Alger, Edmond Charlot, 1945 ; rééd. Bruxelles, Éditions des Artistes, 1955 ; rééd. Climats, 1998)
  • Histoire véritable, de Montesquieu, préface et notes (Gallimard, 1942)
  • André Gaillard, essai (Rodez, éd. Subervie, 1954)
  • Le Dieu sans tête, roman (Robert Laffont, 1944)
  • Dialogues avec Max Jacob, essai (Corrêa/Buchet-Chastel, 1954 ; rééd. Le Festin, 1994)
  • Guyenne et Gascogne, essai (Librairie Hachette, 1960)
  • Mémorial, journal (Opales, 2001)
  • Aquitaines, recueil d'articles, préface de Yves Harté (Le Festin, 2009)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Taliano-des Garets, La vie culturelle à Bordeaux, 1945-1975, Presses universitaires de Bordeaux, 1995
  2. Antonio Rodriguez et Patricia Sustrac, Bibliographie de la correspondance de Max Jacob, Seghers, coll. « Poésie 53 », , 15 p. (lire en ligne), p. 6.
  3. Nathalie Jungerman, « Entretien avec Patricia Sustrac », sur Fondation d'entreprise La Poste, (consulté le 15 septembre 2018).
  4. Louis Emié, Henri Amouroux et Albert Loranquin, coll. Poètes d'aujourd'hui, Seghers, 1961
  5. Clara Marin Urrego, « Les mélodies d'Henri Sauguet », Chroniques, sur Musicologie, (consulté le 15 septembre 2018).
  6. « Françoiseries / Louis Emié Émié , Louis (1900-1967) », sur bibliotheque.bordeaux.fr (consulté le 15 septembre 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Amouroux, Albert Lorenquin : Louis Emié, collection poètes d'aujourd'hui n°83, Seghers, 1961
  • Françoise Taliano-des Garets, «Louis Emié, la poésie, son gagne-ciel », Sud Ouest -Dimanche,
  • Les illustres de Bordeaux : catalogue, vol. 1, Bordeaux, Dossiers d'Aquitaine, , 80 p. (ISBN 978-2-84622-232-7, présentation en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]