Louis Cahen d'Anvers

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cahen.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille Cahen d'Anvers.
Louis Cahen d'Anvers
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 85 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Père
Joseph-Mayer Cahen d'Anvers (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Raphaël Cahen d'Anvers (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Louis Cahen d'Anvers, ou Louis de Cahen, né le à Anvers et mort le à Paris XVIe, est un banquier français appartenant à la famille Cahen d'Anvers.

Il est le fils du comte Meyer Joseph Cahen, dit d'Anvers (Bonn, 1804 - Nainville-les-Roches, 1881), et de Clara Bischoffsheim (1810–1876).

Biographie[modifier | modifier le code]

Le financier[modifier | modifier le code]

Louis et son frère Raphaël tiennent en main les affaires de la famille ; ils sont présentés comme des arbitragistes internationaux enrichis au-delà du raisonnable [1].

Louis Cahen d'Anvers fait partie des grands investisseurs à la Bourse de Paris à la fin des années 1870, avec la famille Lebaudy, Herman Hoskier et le Comte Camondo[2]. Avec les Rothschild, il souscrit en 1881 un paquet de 4 000 actions sur les 10 000 actions émises pour la création de la Société minière et métallurgique de Peñarroya, dont il est le président[3].

Lors de la faillite de l'Union générale en 1882, il fait partie du petit groupe de grands financiers, avec Nissim de Camondo, Rothschild et la Banque de Paris, qui organisent le sauvetage des banques prises dans la crise, en montant un fonds spécial de 20 millions de francs[4]. Sa femme, Louise de Morpurgo (1845-1926), était originaire de Trieste, où l'Union générale avait installé une filiale importante.

Avec Émile d'Erlanger, le baron Königswarter, et les Rothschild, il figure parmi les hommes les plus fortunés de son temps[5].

Famille[modifier | modifier le code]

Son épouse, Louise de Morpurgo (1er avril 1845, Trieste - 21 juin 1926, Paris), était « issue d'une riche et prestigieuse famille séfarade qui avait fait de Trieste la capitale des assurances dans l'Europe centrale (...) seule grande ville maritime de l'empire des Habsbourg[1] ».

Amie de Marcel Proust et de Paul Bourget, dotée d'une grande beauté et d'un fort caractère, elle eut de nombreux amants, dont le collectionneur et critique d'art Charles Ephrussi, mais ne put être en 1902, comme la rumeur l'a prétendu, un des maîtresses du roi Alphonse XIII d'Espagne, alors âgé de seize ans. Charles Baudelaire compta parmi ses admirateurs.

Le couple eut cinq enfants :

  • Robert (1871-1931), époux de Sonia Warshawsky, banquier comme son père ; une de ses filles épousa le banquier Anthony Gustav de Rothschild (1887–1961), de la branche anglaise des Rothschild ;
  • Élisabeth (1874-1944), épouse du comte Jean de Forceville puis de Louis Denfert-Rochereau, fut, malgré une conversion de 50 ans au catholicisme, arrêtée en raison de ses origines juives et disparut quelque part entre Drancy et Auschwitz ;
  • Alice (1876-1965), épouse du général britannique sir Charles Townshend, lord Townshend of Kut ;
  • Charles (1879-1957), banquier, époux de Suzanne Lévy (1884-1955). En 1935, il fit don à l'État du château de Champs-sur-Marne et lui vendit le riche mobilier du XVIIIe siècle que ses parents y avaient réuni à partir de 1895. Il était le père de Gilbert Cahen d'Anvers (1909-1995).

La famille réside d'abord 66, avenue Montaigne à Paris, puis dans l'hôtel particulier au 2, rue de Bassano, que les Cahen d'Anvers ont fait construire dans le style Louis XIV en 1880 par Gabriel-Hippolyte Destailleur, à l'angle de la place des États-Unis : « C'est là qu'ils vivaient avec leurs cinq enfants, une domesticité nombreuse, une collection de vases de Chine bleus, des lambris provenant de l'ancien hôtel de Mayenne, des objets d'art des XVIIe et XVIIIe siècles, et des tableaux[1]. »

Les peintres Bonnat et Carolus-Duran furent commissionnés pour réaliser des portraits du comte et de la comtesse (musée Bonnat, Bayonne)[1].

Renoir fut chargé d'exécuter les portraits des deux filles .

"Renoir ayant besoin d'argent, Charles (Ephrussi)convainquit une de ses tantes de poser pour lui. Il travailla ensuite pour Louise (Cahen d'Anvers. il fallut tout un été de subtiles négociations entre le peintre et les deux amants. La première toile représente la fille aînée, ses cheveux blonds-roux épars sur ses épaules; le second, d'une excessive suavité, est un portrait des sœurs cadettes, Alice et Elisabeth. Les deux toiles furent exposées au Salon de 1881. Louise s'acquitta avec un retard inadmissible de la modeste somme de 1 500 francs réclamée pour ce labeur, qui valut au peintre cette moquerie de son collègue Degas : " Vous travaillez pour la finance, quoi ? Vous ferez le tour des châteaux avec M. Charles Ephrussi,...etc" (De Waal, p. 118 et 119).

Le double portrait d'Élisabeth et Alice fut titré Rose et bleue; quant à Mademoiselle Irène Cahen d'Anvers, huile sur toile 64 × 54 cm encore appelé La Petite fille au ruban bleu[6], considéré de nos jours comme un chef-d'œuvre, fut mésestimé, tout comme les autres tableaux de Renoir, par les Cahen et dissimulé dans un placard [7].

Le portrait d'Irène voyagea : inclus en 1883 dans la première exposition exclusivement consacrée à Renoir par la galerie Durand-Ruel boulevard des Capucines (qui comptait 25 portraits sur 70 tableaux), offert en 1910 à Béatrice de Camondo par sa grand-mère maternelle, volé en 1941 au château de Chambord par les nazis, confisqué par Goering à titre d'échange, puis négocié par le marchand Walter Feuz pour le compte d'Emil Georg Burhle, industriel et collectionneur d'origine allemande naturalisé suisse en 1937, dirigeant de la société d'armement Oerlikon, fournisseur de la Wehrmacht (fondation Burhle, Zurich), qui acquit une douzaine d'autres œuvres ainsi confisquées.

En 1946, La petite fille au ruban bleu fut reconnue dans l'exposition parisienne intitulée "Chefs-d'œuvre des collections françaises retrouvées en Allemagne" par celle qui en avait été le modèle 66 ans plus tôt, et devenue l'unique héritière de sa fille Béatrice Reinach, née de Camondo, morte en déportation avec les siens, en conséquence elle lui fut restituée. En 1949 elle la vendit à un galeriste parisien, qui la céda finalement à Emil Georg Bührle; l'œuvre est reproduite en couleurs dans le catalogue de l'exposition du centenaire de sa naissance ( Skira, 1990, n°52) avec le Portrait d'Alice et d Elisabeth Cahen d'Anvers du même peintre (1881).

En 1895 les Cahen d'Anvers avaient acquis le château de Champs-sur-Marne alors en fort mauvais état, qu'ils firent restaurer et remeubler par Walter-André Destailleur, pour les bâtiments et Achille Duchêne, pour les jardins, redessinés « à La Française », ornés de nombreuses copies de statues XVIIIe et agrémenté d'une orangerie, où ils reçurent de nombreuses personnalités dont Marcel Proust, Isadora Duncan, Paul Bourget, le roi Alphonse XIII d'Espagne[réf. nécessaire].

Le couple posséda également le château de « La Jonchère » à Bougival, où naquit en 1872 leur fille Irène.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Pierre Assouline 1999, p. 177
  2. Colling 1949, p. 299
  3. L'Espagne, puissance minière : dans l'Europe du XIXe siècle, par Gérard Chastagnaret, page 550 [1]
  4. Colling 1949, p. 304
  5. "La Plus Longue des Républiques: 1870-1940", par Jean-Yves Mollier et Jocelyne George [2]
  6. Le Petite fille au ruban bleu
  7. Pierre Assouline 1999, p. 179