Louis Astre

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Louis Astre
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Louis Astre, le 10 juillet 2011.

Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (92 ans)
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Louis Astre, né le (92 ans) à La Bastide-de-Besplas (Ariège), est un enseignant syndicaliste français qui a notamment exercé des responsabilités exécutives nationales à la Fédération de l'Éducation nationale (FEN) de 1961 à 1984, en particulier sur les questions de droits et libertés, de laïcité et les problèmes économiques. Il a été le premier président de l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES).

« Louis Astre, élevé dans le monde des instituteurs de la République laïque, apparaît comme un socialiste d’esprit libertaire, marqué par le Front populaire et la guerre, formé dans le creuset enthousiasmant de la Libération, alliant démarches syndicales et politiques dans la perspective d’une émancipation des peuples. Ancrées dans la majorité autonome et les valeurs fondatrices de la FEN, ses analyses se réclamaient de l’indépendance et de l’unité du syndicalisme enseignant dans une perspective de réunification du mouvement syndical des travailleurs »[1].

Sommaire

Biographie résumée[modifier | modifier le code]

Louis Astre né le 20 juin 1924 à La Bastide-de-Besplas (Ariège) est fils d’instituteurs ruraux. Son père milite à la SFIO, à la Ligue des Droits de l’Homme, au Syndicat national des instituteurs. Après son enfance à la campagne, il vit à Pamiers les premiers enthousiasmes du Front populaire au sein des Faucons rouges. Son adolescence est bientôt bousculée par les tragédies de l’époque : de la Guerre d’Espagne à l’Occupation, mais aussi la montée des résistances : de Londres, de Stalingrad, de l’Amérique, et le Débarquement en Normandie. En 1944 il participe avec les Francs-Tireurs et Partisans français (FTP) aux combats de la libération de l’Ariège puis, en novembre, il rejoint Toulouse au service des responsables socialistes de la capitale du Midi rouge: Paul Debauges et le maire Raymond Badiou. Il milite notamment aux Étudiants socialistes, aux Auberges de jeunesse. Étudiant en droit en 1945, il obtient sa licence en 1948, un diplôme d’économie en 1949. Il est lauréat de la faculté de Droit de Toulouse. Marqué par l’enseignement de Georges Vedel, il découvre Keynes, Jaurès et Blum, Marx, Trotski.

Maitre d’internat[2] en 1945, il adhère au SNES, syndicat de la Fédération de l'Éducation nationale (FEN), elle-même affiliée à la CGT unitaire de l’époque. En 1948 après la scission entre FO et la CGT, il reste à la FEN qui a su conserver l’unité syndicale du personnel du Service public en passant à l’autonomie. Elle regroupe alors trois courants de pensée : la majorité « autonome », animée par des militants d’orientation socialiste, à laquelle il se rattache; la principale minorité dite « cégétiste », animée par les communistes ; l’École émancipée, tendance syndicaliste-révolutionnaire. À la rentrée 1946, Louis Astre est volontaire pour animer les méthodes d’éducation active lors de la création du lycée Toulouse-Bellevue, l’un des quatre lycées pilotes de la réforme des Classes nouvelles lancée par Gustave Monod dans la perspective du Plan Langevin-Wallon. Il soutient activement la réforme en tant que responsable syndical académique des maitres d’internat. En 1949, élu délégué syndical national des maîtres d'internat, il rejoint à Paris le Bureau du Syndicat national de l’enseignement secondaire, le SNES, et la Commission administrative de la Fédération de l'Éducation nationale, la FEN, jusqu’en 1954, en tant que responsable notamment de la Commission fédérale de la Jeunesse. À ce titre il est élu vice président du Comité national de la Jeunesse créé en 1950 par l’Unesco, puis élu à la Commission nationale française pour l’Unesco qui le porte à son comité permanent. Mais en décembre 1952, les représentants de la FEN, opposée à l’admission de l’Espagne franquiste, en démissionnent publiquement.

En 1956, Louis Astre obtient le professorat (Capet) de sciences et techniques économiques et exerce dans l’Enseignement technique à Caen. Élu secrétaire national du Syndicat national de l'enseignement technique, le SNET, en 1959, puis secrétaire général en 1961 il accède, à ce titre, au bureau de la FEN. Lors du renversement de la IVe République il manifeste avec la FEN son opposition au Coup d’Alger du 13 mai 1958, à la Constitution de la Ve République en septembre, puis au référendum de novembre 1962 par lequel est décidé l’élection du président de la République au suffrage universel, ce qui accentue à ses yeux la dérive présidentialiste du régime. En 1966, il est co-secrétaire général du « Nouveau SNES » issu de la fusion du SNES et du SNET, mais la direction de celui-ci passe en 1967 à Unité et Action. Il enseigne alors aux sections de techniciens supérieurs de l’École nationale de commerce du boulevard Bessières, mais reste membre des bureaux du « Nouveau SNES » et de la FEN.

Durant le mouvement contestataire de Mai 1968 il est du noyau qui auprès de James Marangé assure les diverses initiatives de la FEN. Il est son porte-parole au meeting du stade Charléty. En 1970, il devient secrétaire permanent de la FEN et assume un ensemble de responsabilités au sein de l’exécutif fédéral jusqu'à sa retraite en 1984 et, au-delà, continue à assumer un certain nombre de mandats au nom de la FEN:

  • responsable du secteur laïque de la FEN de 1966 à 1984, il la représente, avec le secrétaire général, au CNAL de 1966 à 1984. Attaché à l’ambition laïque émancipatrice, il s’oppose au pluralisme scolaire de la Loi Debré et s’emploie à actualiser et promouvoir la laïcité de l’École et de la République, conditions incontournables, selon lui, du vivre ensemble dans l’égalité, la liberté, la fraternité.
  • chargé simultanément de la défense des Droits et Libertés pendant les années 1970, au temps de l’Union de la gauche, il entreprend, «au nom de la FEN et vis-à-vis de tous, leur défense intransigeante, sans exclusives et sans frontières»[3]. Il assure pour la défense des libertés, l’étroite coopération de la FEN avec la Ligue des Droits de l’Homme.
  • de 1980 à 1985, chargé du secteur économique et des recherches il représente la FEN au Conseil économique et social et siège à son bureau en 1984. Il est en 1982 le premier président chargé par les centrales ouvrières d’édifier leur institut commun, l’IRES (Institut de recherches économiques et sociales). Il crée en 1984 le Centre d’Histoire, de recherches, de formation et de documentation de la FEN (actuel centre Henri-Aigueperse / Unsa Éducation) dont il est secrétaire général jusqu’en 1988.

En 1993, le SNES est exclu définitivement de la FEN. Opposé à la scission de la Fédération, Louis Astre fait le choix de rester adhérent du syndicat qu’il a fondé et qu’il suit à la FSU. Il crée l’Institut de la FSU dont il est le premier président jusqu’en 1998. Il reste néanmoins fidèle à son orientation première et conserve des relations personnelles avec nombre de militants de l’UNSA éducation.

Syndicaliste, Louis Astre s'est parallèlement engagé dans le militantisme associatif et politique. Il adhère dès 1946 à la Ligue de l’Enseignement par l’intermédiaire des CEMEA pour la pratique de l’éducation active. Puis il coopère avec elle au nom de la FEN de 1949 à 1954 pour les activités de Jeunesse et d’Éducation populaire, enfin, de 1966 à 1984, au sein du CNAL. Il poursuit ensuite son engagement personnel à la Ligue de l'Enseignement.

Son cheminement politique dans la gauche du mouvement socialiste le conduit de la SFIO à sa rupture avec la politique algérienne de Guy Mollet en 1958 et à la création du Parti socialiste autonome (PSA) qui l’élit à sa Commission administrative permanente. Il soutient la création du Parti socialiste unifié (PSU) mais n’y adhère qu’une année. En 1970 il rejoint le « Nouveau Parti socialiste » d'Alain Savary, puis, en 1971, à l’issue du Congrès d'Unité des socialistes d’Épinay (1971), reste adhérent du Parti socialiste que dirige alors François Mitterrand dont il approuve la stratégie d’Union de la Gauche. Après une « crise aiguë » entre la FEN et le Parti socialiste — provoquée par le refus de la FEN d’admettre un accord opportuniste initial du PS avec le PCF en matière de défense des libertés — il est l’artisan d'une coopération étroite et active entre la FEN et le PS en matière de défense des libertés en France et dans le monde. Au printemps 1974 il accepte une « parenthèse politique » et intègre l’équipe de campagne de François Mitterrand lors de la présidentielle. Participant au long des années à nombre d’initiatives de la gauche socialiste, il exprime sa constante opposition au présidentialisme de la Ve République.

De même, Il continue à dénoncer «la domination croissante qu’impose aux travailleurs et aux peuples le libéralisme capitaliste» en particulier en Europe: « Favorable à une union des peuples européens», précise-t-il, «j'ai condamné, dès son début, le fondement technocratique de l’Europe de Maastricht, assujettie à la concurrence libre et non faussée, sans protection communautaire, qui musèle son édification démocratique, et que son dogmatisme libéral enlise dans la crise. Cette Europe-là, édifiée sans les peuples, tend à se retourner contre eux. Quant au devenir du village planétaire, précise-t-il, une autre gouvernance s’impose non seulement pour juguler les menaces de la civilisation industrielle sur les grands équilibres écologiques et sur la vie des populations, mais aussi pour affronter l‘actuelle mutation du monde où nous entraînent d’inouïs progrès scientifiques et la révolution informatique globale qui déjà permet à des milliards d’individus de communiquer instantanément entre eux sur l’ensemble de la planète[3].»

Après avoir traversé la Résistance, près de cinquante ans de responsabilités syndicales nationales, une vie d'engagement associatif et politique, Louis Astre reste un militant engagé.

En 2010, Jacques Pommatau, ancien secrétaire général de la FEN, écrit dans Au temps de la force tranquille :

« Je me suis beaucoup appuyé sur les compétences de Louis Astre dans de multiples domaines: la laïcité bien sûr, mais aussi celui des droits et libertés, sujet sur lequel il avait une compétence et une autorité qui dépassaient le cadre de la FEN pour s’étendre au niveau des confédérations ouvrières et des partis politiques de gauche. Il m’a été aussi d’un grand secours dans le domaine économique et social. Mes relations étaient parfois orageuses avec Louis, mais c’était le prix à payer pour pouvoir bénéficier de ses multiples compétences. »

Fils d’instituteurs de l’Ariège, au temps du Front populaire, de la Guerre, de Vichy et de la Libération[modifier | modifier le code]

Les parents de Louis Astre, instituteurs, vivent leur métier «en missionnaires de la République laïque au service et dans le respect de tous les enfants[3] ». Son père milite au Syndicat national des instituteurs, à la SFIO, à la Ligue des droits de l’Homme; sa mère, durant la guerre d’Espagne milite au Secours populaire. Après l’enfance dans le monde paysan, il rejoint le collège et la ville de Pamiers avec son usine, ses ouvriers, sa caserne et sa cathédrale. Il y vit avec les Faucons rouges[4] les premiers enthousiasmes du Front populaire.

Les tragédies de l’Histoire viennent bousculer profondément son adolescence : Franco en Espagne et l’afflux des réfugiés républicains ; Hitler et l’emprise de l’Allemagne nazie ; la Drôle de guerre et la déroute des soldats jusqu’à Pamiers ; l’afflux des réfugiés du nord ; les années sombres de Vichy ; l’occupation de la zone sud ; la Gestapo et la Milice ; la traque des maquis, la déportation des résistants socialistes. Mais la résistance britannique, l'invasion de l’URSS par les troupes allemandes, puis l'entrée en guerre des États-Unis en 1941 inversent le cours de la guerre.

En 1944, Louis Astre participe avec les FTPF aux combats de la libération de l’Ariège[5], puis en novembre, il rejoint Toulouse au service des responsables socialistes Paul Debauges et Raymond Badiou[6]. Issues de la Résistance, les autorités de la capitale du Midi rouge ont multiplié les initiatives de démocratisation économique, sociale, culturelle. Louis Astre s'engage résolument dans cette dynamique progressiste[7]. Bachelier en mathématiques, licencié en Droit en 1948, diplômé en économie en 1949 et lauréat de la faculté de Droit de Toulouse, l’étudiant est marqué par l’enseignement du constitutionnaliste Georges Vedel[8] et la Théorie générale de Keynes[9] Il découvre par lui-même Jaurès et Blum, Marx, Trotski. Cette formation n'est pas « parallèle » à ses autres activitésf; il y insiste lui-même : « Bref, ces quatre années d’études universitaires ne s’inscrivaient pas, on le voit, à l’extérieur mais au cœur même de ma vie de militant. Elles la confortaient en l’éclairant »[3].

En France, c’est le réveil de la liberté, l’espoir de justice et de fraternité du programme du Conseil National de la Résistance Les Jours heureux. Les élus du peuple à l’Assemblée débattent d’une nouvelle Constitution. Après l’euphorie de la libération vient le bousculement de l’ordre républicain par le général de Gaulle en 1946, puis, en 1947, par la contestation du Parti communiste et de sa «forteresse ouvrière », la CGT dont le communistes ont pris le contrôle. Au niveau international, c’est l’édification de l’ONU et la Déclaration universelle des droits de l'homme, mais éclate bientôt la rupture planétaire majeure de la Guerre froide qui va marquer, pendant de longues années, le contexte syndical et politique dans lequel vont s'inscrire ses engagements.

De la réforme des « Classes nouvelles » à l’Enseignement technique[modifier | modifier le code]

Tôt appelé aux responsabilités syndicales permanentes, Louis Astre exerce peu de temps dans les établissements[10].

Chorale en novembre 1946 devant les autorités académiques et les parents (dir. Louis Astre)
Juin 1947: en route pour enregistrer «la chanson de Bellevue» (au centre, L. Astre).
Septembre 1947: animation d'une discussion syndicale pendant le stage des maîtres d'internat au lycée de Bellevue (au centre, Louis Astre).

Maître d’internat à Toulouse en 1945, il est volontaire en 1946 pour la création à l’annexe du lycée, au Château de Bellevue, dans un domaine de 27 hectares avec sa ferme et ses bois, de l’un des quatre lycées pilotes de la réforme des classes nouvelles et de l’éducation active. lancée par Gustave Monod, directeur de l’Enseignement secondaire, dans la perspective du Plan Langevin-Wallon. Il y anime la vie à l’internat fondée sur l’autodiscipline, le chant, les activités sportives et artistiques, l’étude du milieu. Délégué syndical des maîtres d'internat de l'académie de Toulouse, il coopère avec les CEMEA pour la formation des maîtres d'internat. Son bulletin[11] appuie la réforme[12] .

De 1949 à 1954, il est muté comme maître d’internat à Paris[13], puis en 1954-1955, il est répétiteur à Versailles. Quand le professorat de sciences et techniques économiques est ouvert aux licenciés en Droit, il obtient le CAPET en 1956 et enseigne trois années au Collège technique de jeunes filles de Caen. De 1967 à 1970, il enseigne l’économie aux étudiants des sections de techniciens supérieurs de l’École nationale de commerce du boulevard Bessières à Paris.

1949/1954 : Bureau du SNES et Commission Jeunesse de la FEN[modifier | modifier le code]

En 1945, jeune maître d'internat, Louis Astre adhère au SNES, lui-même affilié à la Fédération générale de l’enseignement (FGE, devenue FEN en 1946) ainsi qu'à la CGT[14], forte alors de cinq millions d’adhérents. Mais, à la fin de 1947, éclate la scission entre Force ouvrière et la CGT aux mains des communistes. Les dirigeants de la FEN lancent alors un Appel pour l’Unité du syndicalisme enseignant[15]. À Pâques 1948, Louis Astre, délégué au congrès du SNES, assiste aussi en auditeur à celui de la FEN qui, après trois jours de confrontations passionnées, maintient son unité et passe à une autonomie qu'elle espère provisoire.

« Dès lors c’est principalement par cette FEN unitaire, démocratique et représentative de tous les courants, » que Louis Astre assume son militantisme « pour l’idéal du socialisme et l’émancipation des travailleurs. J’ai fait alors, dit-il, l’expérience extraordinaire que constituait face au mouvement des travailleurs si dramatiquement éclaté, un vécu démocratique et unitaire de l’ensemble des syndicalistes de l’enseignement public de toutes opinions politiques, philosophiques ou religieuses. La FEN parlait au nom de tous. C’était sa vertu et sa force civique singulière, face aux pouvoirs publics, aux partis, aux confédérations ouvrières. Pour nous, jeunes majoritaires qui l’avions voulue, cette unité de la FEN était notre fierté. »[3].

Responsable national «Jeunes» au SNES et à la FEN[modifier | modifier le code]

En 1949, élu délégué national des maîtres d'internat, il accède au Bureau du SNES et à la Commission administrative de la FEN. Il consacre alors cinq années à la mobilisation des jeunes voulue par le secrétaire général de la FEN Adrien Lavergne[16]. Chargé de la Commission fédérale de la Jeunesse, Louis Astre anime un ensemble d’initiatives telles les journées fédérales de la Jeunesse[17], la sous-commission des surveillants, la sous-commission des élèves des Écoles normales supérieures[18], le mensuel La Jeunesse syndicaliste[19], la formation de militants, le Centre de montagne autogéré de Bionnassay, et il coopère activement avec la Ligue de l’Enseignement. Il noue alors de fortes relations d'amitiés avec un certain nombre de militants, notamment Georges Lauré, alors secrétaire général du Syndicat national de l'Enseignement technique[20] et successeur d'Adrien Lavergne à la direction de la FEN en 1956.

Comité national de la jeunesse et Commission française pour l’UNESCO[modifier | modifier le code]

Le Comité national de la Jeunesse créé en 1950 par la Commission nationale française pour l’Unesco et regroupant tous les mouvements laïques et confessionnels, ouvre de nouveaux horizons à la FEN et à la Ligue de l'Enseignement qui y assurent une majorité laïque[21]. Louis Astre, vice-président du Comité national de la Jeunesse, est élu à la Commission française qui le porte, au titre du « collège jeunesse », à son Comité permanent[22].

À ces divers titres, Louis Astre assure nombre d’initiatives nationales et internationales[23]. L’une d’elles, particulièrement symbolique, durant la campagne mondiale de l’Unesco pour l’éducation de base, vise à contester le colonialisme sur le terrain. La FEN et la Ligue proposent en 1952 de faire des Chantiers d’éducation de base des foyers d’une relation égalitaire entre jeunes volontaires métropolitains et africains appelés à les animer à égalité de tâches et de responsabilités. Décidée par la Commission nationale unanime, elle est soutenue par les deux ministères de l'Éducation et des Affaires étrangères. Malgré les réticences de l’administration coloniale une mission est conduite par Louis Astre au chantier de Boycota en Centre-Afrique. Mais le travail forcé et la maltraitance des noirs le conduisent à rompre avec l’Administration de la France d’outre-mer, puis à fustiger le colonialisme français dans l’Enseignement public[24].

À la Conférence Générale de l’Unesco, en novembre 1952, Louis Astre, expert attaché à la délégation française, présente aux Commissions nationales le rapport sur le développement des activités pour la Jeunesse[25]. Mais, le Congrès fédéral de novembre 1952 indigné par l’accord donné par le gouvernement français — malgré l’opposition de la FEN et de la Commission Française — à l’admission de l’Espagne franquiste à l’UNESCO, décide la démission publique de ses représentants à l'Unesco. Leur Lettre ouverte de démission au président du Conseil, publiée dans l’Enseignement Public de décembre 1952 (no 2, année 1952-1953) est largement diffusée dans l’opinion sous forme d’un numéro spécial[26].

1956/1960 : son arrimage à la FEN est conforté par « quatre actes majeurs »[modifier | modifier le code]

De 1956 à 1959, Louis Astre est essentiellement redevenu un militant de terrain. C'est pourtant dans la période allant de 1956 à 1960, que s'affirme, selon son propre témoignage, son «arrimage à la FEN» que confortent «quatre actes majeurs»[3]. Le premier d'entre eux — et le plus déterminant pour lui — est le maintien de l’unité de la FEN au congrès de1956: malgré Budapest et l’écrasement de la révolte des ouvriers hongrois par les blindés soviétiques; malgré la violente rupture en France entre démocrates et tenants de Moscou; et malgré l’affrontement dramatique au congrès entre le leader communiste Georges Fournial, soutenant l'intervention de l'URSS, et le secrétaire général du SNI, Denis Forestier. « Cet épisode crucial du devenir de la FEN où, durant le congrès, aucun délégué n’évoqua l’exclusion de quiconque, fut», souligne-t-il, «l’éclatante manifestation de son Unité»[3],[27].

Puis, en 1957, c’est l’appel Pour un mouvement syndical uni et démocratique (PUMSUD) par des responsables du SNI et de la FEN, mais aussi de la CGT et de FO, et leur campagne pour refonder l’Unité confédérale dix ans après la scission CGT/CGT-FO[28]. C’est ensuite, le 30 mai 1958, la grève générale de 24 heures dans l’Éducation nationale lancée par la FEN seule, face au putsch d’Alger du 13 mai, pour la défense des libertés et des valeurs de la République[29].

C’est enfin la pétition nationale laïque avec ses onze millions de signataires et le serment prêté, le 19 juin 1960, par les 350 000 manifestants de Vincennes[30], « magistrale protestation civique contre la Loi Debré du 31 décembre 1959 qui, renversant le principe républicain posé par la loi Goblet de 1886[31] instaure le financement public de l’École catholique. »[3].

1959/1967 : Responsable du SNET puis du « Nouveau SNES » à la FEN[modifier | modifier le code]

C'est à la demande pressante de son ami Georges Lauré, devenu secrétaire général de la FEN en 1956, que Louis Astre rejoint le Secrétariat national du SNET en juin 1959[32]. Il en devient secrétaire général en 1961[33] et accède à ce titre au Bureau de la FEN. Il est fidèle à l’orientation de ses fondateurs : « unité, indépendance et démocratie du syndicalisme, au service de tous les travailleurs dans leur lutte contre l’exploitation capitaliste, pour la justice sociale et pour la promotion par l’École des enfants du peuple et des valeurs émancipatrices de la République»[3].

Le secrétaire général du SNET[modifier | modifier le code]

Comme l’indique Jacques Girault: «Dans les confrontations idéologiques et politiques, Astre défendit avec fermeté les orientations majoritaires, notamment face aux minoritaires Unité et Action, à la CGT et au Parti communiste. Mais, selon lui, “ces débats ne devaient pas mettre en cause l’unité de la FEN, la solidarité fondamentale des travailleurs” face au patronat et au pouvoir, et il se montra “soucieux de favoriser par delà les nécessaires confrontations la convergence de leurs luttes”[34].» De même, note l’historien Julien Veyret, « Au SNET, les conflits de tendances n’excluent pas la coopération. Le cégétiste Camy-Peyret s’en félicite au congrès de 1965: “Toute l’année, les conditions de travail au BN ont été efficaces et fraternelles”.»

Par delà la défense des multiples catégories de personnels du SNET[35], Louis Astre s’assigne quelques grands objectifs.

Partisan de la paix en Algérie il poursuit au syndicat son engagement politique. Le congrès du SNET en 1960 appelle à négocier avec ceux qui se battent. Il soutient la campagne de la FEN et l’UNEF pour une paix négociée et le meeting historique de la Mutualité le 27 octobre 1960[36]. Au congrès fédéral de 1961, Louis Astre, chargé du rapport sur l’Algérie, impose malgré la réticence du secrétaire général du SNI, Denis Forestier, un tournant en faveur de la négociation avec ceux qui se battent et de l’indépendance totale de l’Algérie[37].

Pour la refondation du système éducatif selon le Plan Langevin-Wallon[38] il s’emploie à la promotion de l’Enseignement technique. Face à la réforme Fouchet, le SNET affirme son unité et sa représentativité[39].

Contre le présidentialisme de la Ve République, il a plaidé le Non au référendum du 28 septembre 1958 sur la nouvelle Constitution, puis s’oppose au référendum de novembre 1962 imposant l’élection du président au suffrage universel[40].

L'artisan du « Nouveau SNES » (fusion SNES-SNET)[modifier | modifier le code]

Partisan de l’action commune avec les centrales ouvrières, il obtient en janvier 1967, grâce à la force du Nouveau SNES, que la FEN s’engage dans l’unité d’action, même avec les seules CGT et CFDT[41]. Le Nouveau SNES résulte de la fusion du «SNES classique et moderne»[42] et du SNET. Louis Astre pense qu'un rééquilibrage s'impose à la FEN afin d’accroître son potentiel fédérateur et son rôle[43],[44]. En outre, le Nouveau SNES, dont il est l’un des principaux artisans, vise aussi à démocratiser le syndicalisme du second degré long et ses objectifs de réforme de l’enseignement. Mais la fusion trop tardive, en 1966 après un grave échec du SNES (il s'agit du SNES d'avant la fusion), affaiblit la direction provisoire du syndicat unifié, également ébranlée par la démission du secrétaire général de la FEN, Georges Lauré[45]. Elle est battue en 1967 par Unité et Action lors de la première élection commune à l’ensemble des adhérents[46].

Selon Louis Astre la pérennité du Nouveau SNES montre que la fusion a atteint son objectif structurel. En revanche, l’échec de la tendance UID en inverse l’issue stratégique: le rééquilibrage de la FEN et la confrontation démocratique entre tendances fait place à l’antagonisme de syndicats souverains. Ce double tournant historique qui altère la démocratie interne axée sur l’homogénéité de l’exécutif fédéral met potentiellement en péril la pérennité de la FEN[47]. Dans ce nouveau contexte, Louis Astre continue à animer la tendance UID du SNES (il passe le relais en 1975), mais n'assume plus de responsabilités exécutives qu'à la FEN.

1961-1984 : au Bureau et au Secrétariat de la FEN[modifier | modifier le code]

Pendant vingt-trois ans, Louis Astre est membre en continu de la direction nationale de la FEN, ce qui constitue un record de durée. Comme secrétaire général du SNET puis co-secrétaire général du «Nouveau SNES», il est présent au Bureau fédéral au titre de son syndicat, qui appartient à la majorité fédérale, non sans jouer un rôle spécifique sur tel ou tel sujet, comme au congrès fédéral de 1961 pour la motion «Algérie». Devenu minoritaire au SNES Louis Astre reste majoritaire à la FEN et membre de la direction où il est chargé, simultanément ou successivement, de la laïcité, des libertés, de l’économie, des recherches.

Durant le mouvement de mai 1968, «la FEN prend une nouvelle dimension», écrira son secrétaire général James Marangé[48] . Elle soutient l’UNEF et le SNESup (syndicat de la FEN qu'anime alors Alain Geismar) et lance le 20 mai la grève générale, levée le 7 juin. Louis Astre est du noyau réduit qui, auprès de Marangé, assure sa stratégie vis-à-vis des étudiants, des centrales et des partis. Le 27 mai après la Conférence de Grenelle, il est son porte-parole au meeting du stade Charléty[49].

Sur la question majeure de la démocratisation de l’enseignement, quand s’opposent à la FEN les projets d’ École fondamentale du SNI puis d’École progressive du SNES, Louis Astre défend une synthèse qui se veut fidèle au Plan Langevin Wallon[50]. Sa capacité d’affirmer un positionnement critique sur certaines positions du principal syndicat de la Fédération et de sa majorité explique les mauvaises relations durables entre cette forte personnalité et Guy Georges qui, comme secrétaire pédagogique jusqu’en 1976, puis secrétaire général du SNI-PEGC aura porté avec force le projet d’École fondamentale[51].

La défense des libertés au temps de l’Union de la Gauche[modifier | modifier le code]

En 1970 Louis Astre accède jusqu’en 1984 au secrétariat fédéral. Son rôle acquiert une autre portée[52]. Chargé de la défense des droits et libertés, Louis Astre se sent « fort de l’unité, de la démocratie interne et de la représentativité de la FEN »[3] et il s’engage résolument dans ce combat syndical, à ses yeux « hautement politique » au sens noble du terme.

Quand émerge l’union de la Gauche pour la conquête du pouvoir, la question des libertés devient pour l’opinion publique un enjeu crucial de sa légitimité, d'autant plus que, si la personnalité de François Mitterrand s'affirme de plus en plus en tant que leader de la Gauche, le Parti communiste en reste la force principale au niveau militant comme au niveau électoral. Louis Astre impose alors la FEN dans le champ politique en interlocuteur intransigeant, visant au succès de l’Union et donc exigeant de tous, notamment du PCF et de la CGT, le ralliement à la défense des libertés pour tous, sans exclusives et sans frontières[53]

En France, l'autoritarisme du pouvoir s'exerce dans tous les domaines[54] et frappe enseignants, élèves et étudiants, magistrats, immigrés, soldats, ORTF... S'y ajoute la répression patronale dans les entreprises, en utilisant parfois des « milices », selon l'expression de l'époque, contre les grévistes.

Le Collectif national pour les libertés, créé en 1970 contre la loi anti-casseurs[55] sera le support durable de son activisme quand il devient un collectif permanent, donc, pour Louis Astre « un foyer politique d’émergence de l’union de la gauche, un enjeu de pouvoir et un lieu de conflits, mais aussi un creuset d’avancées communes »[3].

L’action contre la loi anti-casseur conduit d’abord la FEN et la CFDT à recadrer une dérive de la CGT[56], puis le Collectif engage une campagne active, longue et victorieuse pour la liberté d’association menacée par une loi Pleven-Marcellin instaurant un contrôle accru sur les associations déclarées [57].

La singularité de la FEN est signifiée dès le premier meeting commun avec François Mitterrand et Georges Marchais, le 30 novembre 1970, contre la dictature en Grèce. Louis Astre saisit l’opportunité politique d’affirmer la ligne fédérale en stigmatisant aussi, malgré l’irritation de la salle[58], l’oppression en URSS; il ne cessera d’agir ainsi[3]. La Gauche se divisant sur le procès de Leningrad[59], il bloque en mai 1971 une déclaration du Collectif sur les libertés en France car elle occulte, selon la FEN, la nécessaire universalité de leur défense.

La future et étroite alliance de la FEN et du Parti socialiste pour la défense des libertés est alors précédée d’une paradoxale «crise aiguë»[60]. Le congrès socialiste d’Épinay appelant à l’union de la Gauche, la question des libertés devient cruciale. Or François Mitterrand et Georges Marchais annoncent le 6 juillet 1971 la campagne commune écartée par le Collectif. Le 11 juillet l’accueil de Mitterrand à la FEN, qui refuse ce qu'elle considère être une décision opportuniste, se passe donc mal. Quand, le 4 octobre, le PS et le PC lancent leur appel, la FEN et la CFDT le récusent publiquement[61]. Cette crise aiguë avec le PS s’inverse en une alliance étroite et active dès 1972, après le meurtre de Pierre Overney car le PC refuse une riposte commune. Le PS rejoint alors la FEN et la CFDT dans une déclaration rédigée à la FEN et signée Maire, Marangé, Mitterrand. Louis Astre titre dans L’Enseignement public : «La démocratie de demain se construit aujourd’hui. Elle ne peut être sacrifiée, fût-ce sur l’autel de l’unité ».

La défense des libertés dans le monde conduit la FEN à multiplier les initiatives particulières ou collectives. Ainsi par exemple pour la communiste Angela Davis menacée de mort aux États-Unis, contre l’oppression dans l’Espagne sous Franco comme en Amérique latine, contre l’apartheid en Afrique du Sud, mais aussi pour la paix au Viêt Nam. C'est le cas aussi lors de congrès de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) et de l’UMT (Union marocaine des travailleurs), pour le droit du peuple d’Israël comme du peuple Palestinien. C'est encore le cas pour le droit des femmes.

Contre l’oppression en URSS et dans le monde soviétique, la FEN dénonce les procès et aide les refuzniks. Après l’écrasement du Printemps de Prague elle appuie le droit du peuple à un Socialisme à visage humain. En 1972, FEN et Ligue des droits de l'homme lancent seules, faute d’accord du PC, un appel à signer sur la voie publique ou au travail « pour que soit ouverte au peuple tchécoslovaque la voie du libre choix de son avenir socialiste »[62].

Novembre 1973; à l'ambassade de Cuba, Louis Astre avec Béatrice Allende et Badilla, représentants de la gauche chilienne en exil auxquels il vient de remettre le premier versement du comité français «Solidarité-Chili».

Le Comité Solidarité Chili, créé le 17 septembre 1973 après le putsch du général Augusto Pinochet contre le président Salvador Allende illustre l’engagement de la FEN qui en est une active cheville ouvrière. Louis Astre obtient l’accord inédit du PC pour créer un compte financier unique d’aide à la résistance, domicilié à la FEN, et c’est à Paris qu’en juillet 1974 se tient la Conférence européenne de solidarité. Le rôle politique conquis par François Mitterrand durant la campagne présidentielle explique sans doute l’absence inattendue des leaders communistes Georges Marchais, Roland Leroy et Georges Séguy[63]. Sont ainsi au premier plan de la conférence les socialistes Béatrice Allende (fille du président chilien assassiné), Carlos Altamirano et François Mitterrand. En octobre 1974, après une année de multiples manifestations, se tient la conférence intersyndicale CUTCH (Centrale unitaire des travailleurs du Chili), FEN, CFDT, CGT[64].

La défense des travailleurs immigrés est une autre extension de l’action fédérale avec, en 1973, la campagne FEN, CFDT, CGT contre les violences patronales et policières qui culmine au défilé de la Nation à République[65]. Contre leur renvoi massif, les trois centrales ripostent avec l’UGTA le 7 octobre 1977, puis tiennent à Paris le 7 novembre une conférence internationale avec les syndicats de tous les pays d’origine[66]. Enfin la FEN, l’UGTA et l’Amicale des Algériens en Europe organisent en 1978 une Conférence pour la formation des immigrés algériens en France[67].

Deux tournants historiques sont enfin obtenus du Parti communiste français:

  • Le Meeting du Cirque d’Hiver est organisé par le Collectif le 4 juillet 1973, où pour la première fois le PC accepte de défendre les trotskistes. Ainsi Louis Astre et Jacques Duclos, côte à côte; exigent la libération d’Alain Krivine. Ce meeting où, dans la foule, les communistes sont continûment invectivés par les trotskistes qui n’ont pas été admis à parler à la tribune, souligne la singularité de la FEN: le journal Le Monde écrit: « Le représentant de la FEN, Louis Astre, fut le seul orateur ayant pu intervenir dans la cohue et tenter de refaire un semblant d’unanimité, mais qui n’a pas duré »[68].
  • L’Affaire Pliouchtch en 1975 contraint le PC à reconnaître enfin la répression psychiatrique en URSS. Léonide Pliouchtch, mathématicien communiste contestataire est interné en hôpital psychiatrique. Le Comité des mathématiciens de Laurent Schwartz, Henri Cartan et Michel Broué mobilise les mathématiciens du monde entier. La FEN appuie la campagne qui culmine le 23 octobre 1975 au meeting international d’une Mutualité archicomble. Laurent Schwartz écrit: «J’ai rarement vu pareille excitation politique. Louis Astre, de la FEN, porta cette atmosphère à son paroxysme en désignant la tribune: Il y a cependant ici deux chaises vides, celles qui devraient accueillir les représentants de la CGT et du Parti Communiste[69] Dans l’Humanité du 25 octobre, l’éditorial de René Andrieu (De grâce, pas de leçon!) prend à partie Louis Astre pour avoir dénoncé les « deux chaises vides », mais c’est pour reconnaître enfin la répression psychiatrique en URSS, pour la condamner et demander à son tour la libération de Pliouchtch. Un grand pas, note Astre, est alors franchi en France pour la Gauche[3]. Le 10 janvier Léonide Pliouchtch est libéré à la frontière tchèque où Michel Broué lui offre l’hospitalité de la FEN[70] qui l’accueille au congrès de Grenoble et lui assure avec le SNI et la MGEN sa prise en charge matérielle et sanitaire[71].

Engagé pour la cause des femmes, Louis Astre place la «question fondamentale de l’égalité femme-homme au cœur de l’ambition laïque émancipatrice»[3], Louis Astre obtient du congrès de 1973 la position de principe proclamant le droit des femmes à la pleine responsabilité de soi, à l’égalité, la dignité, la maîtrise de leur corps: « en matière d’interruption de grossesse la décision de la femme doit être libre.» La FEN rejoint le combat féministe[72]. En 1985, avec le Centre fédéral de la FEN[73], il relance l’action par recherches, colloques et campagnes:

  • d’abord pour lever le tabou sur les Mutilations sexuelles des fillettes africaines d’âge scolaire en France aujourd’hui[74].
  • puis c’est Le Féminisme et ses Enjeux. Vingt sept femmes vous parlent en mars 1988. Cette œuvre collective de vingt-sept des principales militantes des années soixante-dix, fait autorité et, pour Louis Astre, «éclaire tous les domaines de l’oppression des femmes, et leurs luttes toujours à poursuivre pour leur libération»[3]. Dans son introduction, Louis Astre exprime la radicalité de la position de principe de la FEN[75].

1966-1984 : Pour la laïcité de l'École et de la République[modifier | modifier le code]

Louis Astre est responsable de la laïcité à la FEN, de 1966 à 1984, après Clément Durand secrétaire national du SNI, figure emblématique du combat laïque depuis 1949, qu’il tient en haute estime et amitié[76]. Dès lors, il représente la FEN avec ses secrétaires généraux successifs, James Marangé (1966-1974), André Henry (1974-1981), et Jacques Pommatau (1981-1987) au Comité National d’Action Laïque[77].

Secrétaire permanent en 1970 il peut déployer son engagement sur ce champ. Fidèle à l’idéal des fondateurs de l’École publique et de la République, il s’emploie à actualiser l’analyse des conditions institutionnelles et sociales de la laïcité dans toutes les dimensions de la société et pour tous les problèmes de la vie. «L’humanisme laïque, souligne-t-il, foyer de l’ambition émancipatrice, œuvre au droit égal de chacune et chacun à la liberté de conscience, à la liberté de croire, à l’accès aux connaissances et à l’esprit critique, à la responsabilité de soi. Anticléricale donc, mais nullement antireligieuse, posant la religion comme affaire privée, la Laïcité seule permet l’égalité, la liberté, la fraternité, ces fondements du vivre ensemble»[78].

Un rôle décisif incombe donc, selon Louis Astre, à l’École publique, gratuite ouverte à tous et rassembleuse de tous. C’est pourquoi, rappelait-il, les républicains instituèrent d’abord l’École publique laïque avant que la loi fondamentale de 1905 n'assurât la laïcité de la République elle-même en proclamant la séparation des églises et de l'État[79].

Le combat laïque depuis la loi Debré[modifier | modifier le code]

Mais, souligne Louis Astre, «avec la Ve République l’Église finit par gagner sa guerre scolaire : la loi Debré de 1959 renversant le principe républicain, institue le financement public de l’École catholique, le pluralisme scolaire facteur de ségrégation idéologique et d’inégalité sociale dans la jeunesse»[3]. Contre cet «acte de combat», selon l'expression même d'André Boulloche, ministre démissionnaire de l'Éducation nationale[80] «se dressent alors les onze millions de signataires de la grande Pétition Nationale Laïque[81].

C’est à l’époque de ce basculement institutionnel, en 1959, que Louis Astre accède aux responsabilités syndicales et fédérales et s’investit dans l’action pour une alternative à la loi Debré. Après la grande contestation de l’École par le mouvement de Mai 68, la FEN tient des États généraux de l’Université nouvelle et débat de la réforme de la vie scolaire. Le CNAL engage, mais en vain, un dialogue avec la Hiérarchie catholique[82]. Quand en 1971 Georges Pompidou pérennise la loi Debré, les organisations laïques n’ont plus d’autre espoir qu’en un changement de majorité[83]. Or l’union de la Gauche en ouvre précisément la perspective. Dès lors, la FEN et le CNAL lancent une stratégie offensive dont Louis Astre se fait un actif artisan.

C'est ainsi que le Colloque historique du CNAL des 12-13 mai 1972 réalise l’accord de toute la Gauche pour une nouvelle École de la République ouverte sur l’avenir et dépassant le pluralisme scolaire par l’intégration volontaire de toutes les parties dans un Service public d’un nouveau type, nationalisé, décentralisé, géré à tous les niveaux par des conseils tripartites dotés de pouvoirs réels. Louis Astre est le rapporteur du projet de gestion tripartite qui fait de la nationalisation le contraire d’une étatisation, et se veut une avancée vers une démocratisation d’ensemble de la société. « La nationalisation du service public s’inscrit dans la perspective d’une démocratisation d’ensemble des structures et de la vie de la Nation. La gestion tripartite vise à assurer à la nationalisation un caractère réellement démocratique en permettant l’intervention propre de toutes les parties prenantes à la mission du service public et en favorisant l’information, la réflexion et la prise de responsabilité de l’ensemble des citoyens. Le Colloque entend ainsi assurer à tous la triple garantie que le service public nationalisé – au service de tous sera l’œuvre commune de tous – sera réellement ouvert sur la vie – répondra à l’exigence démocratique d’une authentique laïcité »[84].

Après l’élection présidentielle de 1974, où François Mitterrand frôle la victoire, la Droite inquiète renforce le dualisme scolaire avec la loi Guermeur, promulguée le 25 novembre 1977 [85], à quoi ripostent le CNAL et la FEN[86]. Puis celle-ci élabore son projet d’une École de l’éducation permanente et elle charge Louis Astre de faire approfondir deux avancées particulières du colloque de 1972:

  • l’ouverture du service public à la formation continue des travailleurs, qui fait l’objet des colloques de 1976 et 1978, puis de l’accord ministériel de 1979 la décrétant mission normale du personnel du Service public. La FEN lance alors la mobilisation du personnel pour assumer, en lien avec les travailleurs, cette responsabilité nouvelle[87].
  • la décentralisation de l’État et des services publics qui fait l'objet du colloque de 1977. Celui-ci est résolument novateur : « paradoxe, le fait qu’une organisation syndicale…. aille plus loin dans certaines de ses propositions de réforme que bien des partis politiques » indique la journaliste Annette Ardisson de France-Inter[88].

Enfin Le Droit de l’enfant, impératif de l’éthique laïque dans l’École, la famille, la ville, les loisirs, est l’objet du colloque du CNAL de 1979, dont l’introduction liminaire de Louis Astre souligne combien la démarche se veut globale, ouverte sur tous les problèmes, «notamment ceux qui bousculent le confort de nos certitudes»[89].

1981- 1984 : La bataille perdue du « grand service public unifié »[modifier | modifier le code]

Avec la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle, le 10 mai 1981,c’est «l’espoir au présent», sur la question laïque également. Nouveau ministre de l'Éducation nationale, Alain Savary doit édifier le « grand service public unifié et laïque de l'Éducation nationale » annoncé par François Mitterrand à Évry le 15 mars 1981 (archive INA). « Tout le devenir de notre peuple est en jeu en cette affaire», écrit Louis Astre[90] qui précisera plus tard : « Pour la FEN, le SNI, le CNAL, se trouvait en jeu tout le sens de leur combat historique pour la laïcité de la République et pour une école réellement émancipatrice et rassembleuse de la jeunesse »[91].

Le Congrès fédéral d’Avignon, début février 1982, dont le thème central devait concerner initialement le centenaire de l’École publique, prend un rôle immédiatement politique. Louis Astre rapporteur du thème central, traite donc de l’unification du service public d'éducation. Fidèle au Colloque de 1972, il appelle toutes les parties à dépasser le conflit scolaire dans le cadre d’un service public d’un nouveau type, nationalisé, décentralisé, à gestion tripartite, ouvert à tous:

« Nous voulons, nous revendiquons le renouvellement des structures scolaires, des contenus et de la pédagogie des enseignements, l’extension du champ de la vie scolaire, l’amélioration de la qualification du personnel, la généralisation des équipes pédagogiques et éducatives assurant la qualité et la continuité d’une démarche éducative adaptée aux conditions nouvelles de notre temps et à l’attente des jeunes. Il s’agit de favoriser la promotion de tous, l’acquisition du savoir et du savoir-faire, la créativité, l’initiative et la responsabilité. Nous voulons, nous revendiquons l’ouverture sur la vie à tous les niveaux de l’enseignement. [...] Il s’agit de mettre l’école en prise active sur tous les problèmes de la vie individuelle et de la vie sociale, sans tabou, sans interdit — la laïcité n’est pas le silence — afin de favoriser et non de freiner la motivation des jeunes pour leur formation, afin de favoriser la découverte et la compréhension des hommes et de leurs problèmes et de faciliter ainsi à chaque jeune son insertion responsable dans la vie…»[92]. Au nom du congrès, il demande au gouvernement de décider sans délai de l’unification, puis à négocier sa mise en œuvre[93],[94].

En juin 1982, la FEN propose une loi cadre[95] mais le 4 août 1982, le président retire de la déclaration gouvernementale l’objectif de l’unification. La FEN, dénonce aussitôt ce renoncement [96].

Lorsque le ministre Alain Savary publie son projet le 18 octobre 1983, celui-ci est condamné par la FEN et le CNAL comme un pluralisme de fait : «Dans ses propositions, le ministre se trompe de débat; il se trompe d’objectif ; il n’ouvre pas la voie à la paix scolaire. [...] Le CNAL ne saurait s’inscrire dans une démarche qui consacrerait le dualisme et qui, au lieu de promouvoir le développement et la nécessaire transformation du Service public, contribuerait à le dénaturer. En conséquence il ne peut accepter les bases de discussion proposées»[97].

Jacques Pommatau, Jean-Claude Barbarant, nouveau secrétaire général du SNI-PEGC et Louis Astre vont le 8 novembre 1983 à l’Élysée demander le retrait du projet Savary d'octobre au président de la République qui charge alors le Premier ministre de superviser une seconde phase de la négociation[98] Le nouveau projet est lui aussi contesté le 25 avril 1984 par d’imposantes manifestations du CNAL. La FEN lance un Appel aux élus de la Nation et demande « cinq redressements »[99]. Le groupe socialiste à l’Assemblée dépose trois amendements qu'Alain Savary refuse, mais le Premier ministre les accepte et fait lui-même adopter la nouvelle loi scolaire en première lecture.

Survient alors à Paris, aux appels conjugués de l’Église et de la Droite, la riposte massive du 24 juin 1984. Le 12 juillet 1984, le président de la République retire la loi. Désavoués, le ministre de l'Éducation nationale Alain Savary et le Premier ministre Pierre Mauroy démissionnent. « En pérennisant ainsi le pluralisme scolaire», analyse Louis Astre avec le recul, «le Président infligeait aux forces démocratiques attachées à la laïcité la plus lourde défaite historique.»[3].

Prenant sa retraite administrative, Louis Astre ne joue plus, selon la règle syndicale en vigueur à la FEN, de rôle actif dans la direction de la Fédération à partir de juillet 1984. Pour autant, après cette date, il continue régulièrement à intervenir sur cette question, essentielle à ses yeux[100]. Selon lui, «renforcées par leur victoire de 1984, les forces conjuguées du libéralisme et de la hiérarchie catholique s’emploient à l’extension continue de l’aide à l’enseignement privé[101], au détriment croissant du Service public, de son amélioration et de son implantation dans tous les territoires. Ce pluralisme scolaire, générateur d’une inégalité sociale croissante et instrument de ségrégation idéologique entre les jeunes, sert aujourd’hui de levain à la montée des communautarismes. La République, déclare-t-il, demeure-t-elle laïque, rassembleuse et émancipatrice pour tous ses enfants quand la Loi Debré et ses suites imposent, par l’École elle-même, l’inégalité sociale et la ségrégation idéologique ?»[102].

Secteur économique et social[modifier | modifier le code]

Chargé en 1980 des questions économiques et des recherches, Louis Astre représente la FEN au Conseil économique et social jusqu’en 1985[103]. Après le 10 mai 1981, il soutient les grandes réformes de la Gauche : les nouveaux droits des travailleurs, les nationalisations, la planification, la liberté de l’information, le droit des femmes, etc. Mais au Conseil fédéral de mai 1983, il fait condamner le tournant de politique économique et sociale du gouvernement. Il titre dans l’Enseignement Public : « Oui à la rigueur, non à l’austérité pour les travailleurs »[104] contestant le renoncement à la justice sociale et fiscale, et des mesures prises, selon lui, au détriment de la reconquête du marché intérieur et au risque du chômage.

Premier président de l’IRES (Institut de recherches économiques et sociales) créé en juin 1982 à l’initiative de Pierre Mauroy, par les centrales CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC et FEN, pour cogérer un institut commun de recherches et financer les recherches propres à chaque centrale[105], Louis Astre assume durant quatre ans l’édification de cet «Institut des prolétaires», selon son expression[106].

Le Centre fédéral « d’histoire, de recherches, de formation et de documentation (actuel Centre Henri Aigueperse/UNSA Éducation) est créé par lui en 1984, sur décision de la FEN[107]. Louis Astre avait déjà créé en 1982 un département Recherches financé via l’IRES[108]. Les trois autres départements lui sont adjoints en un ensemble dont il est le secrétaire général. En 1989 lui succède Jacques Pommatau[109].

1984 : fin des responsabilités «exécutives» à la FEN[modifier | modifier le code]

En juillet 1984, à 60 ans, Louis Astre quitte l’Exécutif fédéral selon la règle syndicale en vigueur à la FEN mais milite à d’autres titres[110] Il continue à participer aux débats de la majorité UID, jusqu’à l’éclatement de la FEN en 1993.

1993 : son choix du Snes et de la FSU[modifier | modifier le code]

Au sein de la FEN, face à la contestation systématique de la majorité UID par les syndicats Unité et Action, Louis Astre pense que sa démocratie interne et son unité peuvent être préservées, si les principaux syndicats sont représentés à l’Exécutif fédéral. Mais cette alternative est écartée[111],[112]. Lors de l’exclusion du Snes en 1993, Louis Astre choisit de rester au syndicat qu’il a fondé (le SNES) et rejoint la Fédération syndicale unitaire (FSU) avec les militants Unité et Action, École Émancipée, Autrement et certains militants UID du SNES. Il s’en explique dans une tribune publiée par Politis : Adieu la FEN! Vive l’Unité! où il appelle à la refondation de l’unité syndicale des travailleurs après s’être livré à un éloge vibrant de la FEN historique: « La FEN est morte. Son unité faisait depuis 1948 sa singularité, sa raison d’être et lui donnait un sens dans l’histoire du mouvement syndical et social, et dans la République….Dérangeante pour beaucoup, par sa valeur de témoignage, elle interpellait le présent et tenait ouvert l’avenir.»[113].

Louis Astre crée l’Institut de la FSU qu’il préside cinq années[114]. Louis Astre conserve des liens avec les anciens militants UID de la FEN ou des responsables UNSA- Éducation, et il participe aux débats du centre Henri-Aigueperse et au jury du prix Maitron.

Dans les diverses instances ou il continue à se manifester, il reste d’une vigilance extrême et d’une liberté de ton entière sur la vérité des positions exprimées, au cours de la longue histoire de la FEN, par les uns ou les autres (en 2010 encore au colloque sur l’union de la Gauche : L’Union sans l’Unité[115]) ou sur la valeur cardinale qu’est pour lui la laïcité. Il conserve au demeurant des relations personnelles directes avec des responsables ou anciens responsables majoritaires de la Fédération (FEN ou UNSA Éducation).

À la Ligue de l’Enseignement et à la Ligue des Droits de l’Homme[modifier | modifier le code]

Ligue de l'Enseignement: un long compagnonnage militant (de 1946 à nos jours)[modifier | modifier le code]

Dès 1946 à Toulouse Louis Astre milite, par les CEMEA, à la Ligue française de l’Enseignement, puis il coopère avec cette dernière au niveau national, pour la commission Culture-Jeunesse de la FEN et enfin au CNAL jusqu’en 1984. Il poursuit son engagement personnel dans les structures de débat du grand mouvement d’éducation populaire[116], tout en exprimant certains désaccords, notamment sur le concept de laïcité plurielle un temps véhiculé après 1986 ou l’interdiction du foulard islamique à l’École publique contestée par la Ligue. Interrogé avant le congrès de juin 2013 à Nantes, il rappelle le rôle de la Ligue dans la création de l’École publique laïque de la République, et souligne son actuelle critique de la domination du marché, de l’inégalité sociale et scolaire, et sa volonté d’œuvrer au vivre ensemble qu’exprime son Manifeste Faire Société[117].

Louis Astre fait sien le thème du congrès de Nantes : «L’éducation populaire du XXIe siècle : une refondation vitale !» car il l'inscrit dans la cohérence d'une analyse laïque qu'il estime nécessairement globale: «Quelle problématique nouvelle, en effet, constate-t-il, face à l’actuelle “mondialisation” de la vie sur notre planète, soumise au pouvoir dominant de l’argent, mais aussi à l’irruption accélérée et foisonnante du numérique dans la vie de tous, à' la diffusion instantanée et universelle de la communication, au nouveau rapport de soi au savoir et de soi aux autres.» Mais, selon lui, «refonder une éducation populaire émancipatrice pour tous n’est concevable sans une École laïque ouverte à tous, ce fondement premier de la liberté de conscience et de l’égalité sociale, de l’accès aux connaissances et à la responsabilité de soi, du vivre ensemble. Une réelle refondation requiert donc la remise en cause du pluralisme scolaire, ségrégatif et inégalitaire, instauré par la Loi Debré de 1959 et sans cesse aggravé depuis lors, au bénéfice des milieux privilégiés et au détriment de la majorité des enfants des travailleurs»[3].

Louis Astre est, par ailleurs, en 1988, l’un des fondateurs du Comité Laïcité République présidé par Claude Nicolet puis par Henri Caillavet[118] (le Comité Laïcité-République est aujourd'hui présidé par Patrick Kessel, ancien grand-maître du Grand Orient de France).

« Main dans la main avec la LDH »[modifier | modifier le code]

« Main dans la main avec la Ligue des Droits de l’Homme » dit Louis Astre soulignant combien, dans les années soixante-dix, se lient étroitement les combats de la FEN et de la Ligue en faveur des droits et libertés. Cet accord est souligné par le bulletin de la Ligue qui en février 1975 publie l’intégralité de son intervention devant le Comité central, après Albert Détraz de la CFDT, Roger Berthelot de la CGT et André Bergeron pour FO. Le bulletin conclut : « Le président Daniel Mayer remercie très sincèrement M. Louis Astre de son exposé, ses précisions, la chaleur de ses propos. Tout ce qu’il a dit au nom de la FEN aurait pu l’être au nom de la Ligue. Les préoccupations de la FEN sont tout à fait celles de la Ligue. Des quatre militants syndicalistes qui sont venus ici au nom des grandes centrales, il est le seul avec lequel on puisse se sentir spontanément d’accord. C’est une des rares fois où l’on se sent de plain-pied avec celui qui parle devant le Comité Central de la Ligue. »[119].

Après sa retraite syndicale, Louis Astre poursuit son engagement personnel à la Ligue des droits de l’homme.

Louis Astre : un cheminement socialiste[modifier | modifier le code]

Au temps de la Libération il rejoint Toulouse au service des dirigeants socialistes de la capitale du Midi Rouge. « C’est alors, souligne Louis Astre, dans l’extraordinaire contexte historique d’espoirs, de renaissances et de ruptures, mondiales et nationales, politiques et syndicales, que j’ai trouvé dans l’unité syndicale des enseignants publics une voie ouverte à mon engagement socialiste, un point d’ancrage, un moyen de lutte et une raison d’espérer. J'ai assumé mon militantisme principalement par cette FEN unitaire, forte de sa triple singularité : celle des éducateurs publics œuvrant à l’avenir; sa représentativité de tous les courants de la Gauche; sa référence à la Charte d’Amiens, anticapitaliste, appelant à lutter pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.»[3] Le cheminement socialiste de Louis Astre s’ordonne donc sur l’essentiel à son orientation syndicale unitaire. Il pousse à l’unité d’action des centrales ouvrières. Il se consacre à la laïcité de l’École et de la République, comme fondement de l’ambition socialiste d'émancipation qu'il porte. Quant à l’impératif de défense des libertés sans exclusives, fort de l’unité de la FEN il peut faire d’elle un acteur de l’avancée de l’Union de la Gauche. Mais pour autant, Louis Astre, n'a pas été absent du terrain politique proprement dit.

En 1953, à la fédération SFIO de la Seine, il s’oppose à la CED. Dans le Calvados en 1955, il s’investit dans la SFIO. Secrétaire adjoint de la fédération, il s’oppose à la politique algérienne de Guy Mollet. Après le Coup d’Alger du 13 mai 1958 et l’arrivée du général de Gaulle, il plaide, comme la FEN et un certain nombre d'opposants socialistes, le Non au reférendum qui doit approuver le projet de constitution de la Ve République, puis en septembre 1958, au Congrès SFIO d’Issy-les-Moulineaux, il est de la minorité qui fait scission et crée le Parti socialiste autonome (PSA) avec Daniel Mayer, Édouard Depreux, Alain Savary et Robert Verdier. Élu à sa commission administrative permanente, il soutient en 1960 la fusion avec l’Union de la gauche socialiste (UGS) et Tribune du communisme, pour créer le PSU, mais il n’y adhère qu’une année.

Après dix années sans affiliation politique, il rejoint le Nouveau Parti socialiste que reconstruit Savary à partir de 1969 et, en 1971, le Parti socialiste du Congrès d’Epinay que dirige François Mitterrand dont il approuve l’objectif d’union de la Gauche[120].

Chargé de responsabilités syndicales nationales, il intervient en toute indépendance dans la vie de la Gauche. Toutefois il accepte une parenthèse politique au printemps 1974, quand François Mitterrand le sollicite dans son équipe permanente à la Tour Montparnasse pour sa campagne présidentielle. Il considère en effet ce geste de confiance personnelle comme étant aussi un signe adressé à la FEN[121]. Le champ de ses rapports avec les responsables du parti s’en trouve élargi, mais il refuse personnellement tout assujettissement[122].

Le 10 mai 1981, l’élection de François Mitterrand change le cours de l’Histoire. «C’est l’Espoir au présent», écrit Louis Astre dans L'Enseignement public, soulignant que pour la première fois les socialistes accèdent aux responsabilités dans le cadre d’un pouvoir fort et assuré de durer. Il soutient au nom de la FEN les grandes réformes démocratiques de la vie politique, culturelle, économique et sociale, le droit des femmes, l’épanouissement des libertés… Mais l’horizon de ses deux responsabilités fédérales particulières (questions économiques, laïcité) ne tarde pas à s’assombrir comme cela a été indiqué précédemment. L'exercice du pouvoir mitterrandien suscite chez lui comme chez tant de militants socialistes, approbations et désaccords, tant en politique intérieure qu’européenne et internationale, Il conteste notamment la Guerre du Golfe avec «Refondation» mouvement dont il est un des animateurs[123],[124].

La question des institutions demeure pour Louis Astre un repère premier. Pour la préparation du Congrès de Rennes du parti socialiste en 1990, il plaide en vain au sein de Socialisme et République de Jean-Pierre Chevènement et du courant de Jean Poperen une remise en cause du présidentialisme de la Ve République. Puis il condamne sous le gouvernement Jospin, le passage au quinquennat avec inversion du calendrier, en quoi il voit un facteur de dérive bonapartiste. Et il plaide pour une autre République « refondant la démocratie parlementaire, condition de la réhabilitation du Politique. »[3].

La question des institutions est également, selon lui, au cœur des avatars de l’Union européenne. Il s’était affirmé dès le début, favorable à l’idée européenne. Mais la crise actuelle valide, estime-t-il, sa contestation des «fondements idéologiques et institutionnels d’un système technocratique dogmatiquement assujetti au libéralisme, jugulant les souverainetés nationales et récusant aveuglément les politiques de croissance»[3]. Il a contesté successivement l’Acte unique européen de 1986, puis le traité de Maastricht et l’indépendance d’une Banque centrale chargée de la seule lutte contre l’inflation, l’Euro comme monnaie unique et non commune, le traité de 2005 et celui de Lisbonne qui, affirme-t-il «sacralise en fait, le fondement libéral d’une Union conçue sans protection communautaire, en marché ouvert à la concurrence libre et non faussée, sans cesse élargie avant d’être approfondie, qui condamne ses peuples au dumping fiscal et social, au chômage, à l’austérité, à la régression. Édifié sans les peuples, dit Louis Astre, ce système institutionnel tend à se retourner contre eux. Il faut libérer l’Europe du dogme libéral qui déresponsabilise les pouvoirs politiques, et bâtir une Union démocratique de citoyens responsables, œuvrant à un destin commun, de justice et de mieux-être pour tous[3]

La Pérestroïka de Gorbatchev éveille dès octobre 1987 le vif espoir de Louis Astre lorsqu’il découvre à Moscou l’extraordinaire irruption de la liberté. La Perestroïka lui semble alors, en effet, œuvrer à un socialisme démocratique[125]. Mais après ce moment d'espoir viennent Eltsine puis Poutine…

«Aujourd’hui, l’ONU et les instances internationales tâchent de s’employer par delà les obstacles, à préserver la paix mondiale, à contenir les tensions, à promouvoir les coopérations . Mais, observe Louis Astre, l’actuelle mondialisation économique et financière tend à assujettir la planète au carcan du libéralisme capitaliste et de l’impératif du profit, au prix du déni du social et de l’intérêt général et durable des peuples ; au prix de surconsommations, de pollutions et de dégradations des grands équilibres écologiques. Voici également que notre village planétaire se trouve emporté à un rythme accéléré par une gigantesque mutation numérique et robotique engendrant des progrès scientifiques inouïs, en même temps qu’un monde nouveau ou déjà des milliards d’humains communiquent entre eux et instantanément sur la terre entière. Pour un avenir solidaire et durable des peuples, s’impose d’urgence une autre gouvernance du monde [3]».

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources - Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Archives de la FEN et du Centre Henri-Aigueperse / UNSA Éducation.
  • Archives personnelles de Louis Astre.
  • Cent Ans de syndicalisme, Henri Aigueperse, éd. Martinsart, Paris 1977.
  • Dictionnaire Maitron (DBOMF)
  • Fédération de l'Éducation nationale (1928-1992) (La) — Histoire et Archives en débat, Laurent Frajerman, Françoise Bosman, Jean-François Chanet, Jacques Girault éditeurs, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Asq, 2010.
  • Fonds «Louis Astre» au Centre des archives du monde du travail (CAMT) de Roubaix.
  • Histoire de la FEN par Guy Brucy, préface d'Antoine Prost, avant-propos de Patrick Gonthier, secrétaire général de l'UNSA Éducation, Belin, collection « Histoire de l'éducation », Paris, 2003.
  • Histoire du SNES par Alain Dalançon:
    • tome I: «Plus d’un siècle de mûrissement, des années 1840 à 1966/67», IRHSES, 2003, 272 p.
    • tome II: «Les années tournant (1967-1973)», IRHSES, 2007, 516 p.
  • Grève enseignante en quête d'efficacité (la), dir. Laurent Frajerman, avant-propos de Gérard Aschieri et Alain Dalançon, éd. Syllepse, Paris, janvier 2013[126].
  • Indépendance et Démocratie, bulletin de la tendance UID du SNES.
  • Laïcité, Jean Cornec, SUDEL éd., Paris 1965
  • L'Enseignement public, bulletin mensuel de la Fédération de l'Éducation nationale.
  • Le Travailleur de l'enseignement technique, bulletin mensuel du SNET.
  • Témoignages de Louis Astre (Histoire et archives orales de l'enseignement [texte non accessible]; entretiens avec Guy Brucy; témoignages et entretiens au Centre Henri-Aigueperse FEN / UNSA Éducation, notamment dans les Cahiers du centre fédéral no 37).
  • Travaux sur le SNET de Julien Veyret.

Publications de Louis Astre[modifier | modifier le code]

Louis Astre n'a pas publié d'ouvrage particulier. Ses publications ont principalement trouvé place dans les publications syndicales (Le Travailleur de l'enseignement technique pour le SNET pour la période 1959-1966; L'Université syndicaliste pour le «nouveau SNES» pour la période 1966-1967, mais aussi de tribunes au titre du courant UID du SNES dont il a été l'auteur ou le principal rédacteur jusqu'en 1975), sous forme d'articles dans L'Enseignement public, mensuel de la FEN, entre 1966 et 1984 ou à l'occasion de comptes rendus de colloques (notamment de rapports pour les colloques de la FEN ou du CNAL, ces derniers ayant parfois fait l'objet de publications «hors série» d'organisation du CNAL (dont la FEN et la Fédération des conseils de parents d'élèves). S'y ajoutent les témoignages publiés par le Centre Henri-Aigueperse (fusion SNES-SNET; l'ambition émancipatrice de la FEN).

Il est intervenu après 2010 dans plusieurs colloques, notamment La Fédération de l'Éducation nationale (1928-1992) : Histoire et Archives en débat (colloque dit «de Roubaix») dans lequel on trouve trace de plusieurs interventions de sa part (Voir plus haut la bibliographie). Outre la plaquette de l'union des DDEN de l'Hérault (2009) signalée en note, on trouve trace de ses témoignages les plus récents dans L'Union sans unité : Le programme commun de la gauche : 1963 - 1978 (dir. Danièle Tartakowski et Alain Bergounioux), Presses Universitaires de Rennes, 2012 et dans la Grève enseignante en quête d'efficacité (voir la bibliographie ci-dessus).

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice établie par l'historien Jacques Girault dans le Dictionnaire Maitron)
  2. Deux catégories de «pions», comme on les nommait en argot scolaire, existaient depuis la fin des années trente et jusqu'en 2003: les «maîtres d'internat» qui étaient, comme leur nom l'indique, chargés des études du soir et du service de surveillance dans les internats des lycées, et les surveillants d'externat qui assuraient, comme leur nom l'indique, le service de jour (entrées/sorties des externes; «permanences»). Le recrutement s'effectuait essentiellement parmi les étudiants d'origine modeste, en particulier ceux qui se destinaient aux métiers de l'enseignement.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w Archives personnelles de Louis Astre du Centre Henri-Aigueperse / UNSA Éducation, 2012-2013. Indépendamment du «Fonds Astre» déposé au Centre des archives du monde du travail (CAMT de Roubaix), ces fonds contiennent un certain nombre de matériaux biographiques et autobiographiques de Louis Astre sur son parcours personnel, syndical et politique. Certains sont inédits, d'autres sont liés à des interventions notamment dans des colloques ou à des entretiens ou séries d'entretiens à finalité historique (INRP, Guy Brucy pour son Histoire de la FEN, Ismaël Ferhat dans le cadre de sa thèse de doctorat sur les relations entre la Parti socialiste et la FEN entre 1972 et 1992).
  4. Les Faucons rouges étaient les jeunes scouts socialistes de la SFIO
  5. Louis Astre a évoqué cette période à l’occasion de la remise du prix Jean-Maitron 2007 à Maëlle Maugendre pour le mémoire de master De l'exode à l'exil : l'internement des Républicains espagnols au camp du Vernet d'Ariège de février à septembre 1939. (SUDEL éd., 2008. Cf. Bulletin du Centre d'histoire sociale du XXe siècle, no 31, 2008, p. 102 (Louis Astre était rapporteur du jury lors de la remise du prix Maitron).
  6. Paul Debauges était président socialiste de la commission économique du comité de Libération. Raymond Badiou, maire socialiste de Toulouse à la Libération, était le père du philosophe Alain Badiou.
  7. Il milite aux Étudiants socialistes, aux Auberges de la Jeunesse, à la République des Jeunes présidée par André Philip (Archives personnelles Louis Astre).
  8. Louis Astre l’évoque ainsi: Ainsi, tout au long de l’année universitaire 1945-46, la République n’étant pas encore dotée de Constitution, notre cours de droit constitutionnel n’eut pas de matériau précis à enseigner. Ce fut là une chance exceptionnelle pour le jeune professeur Georges Vedel, et pour ses étudiants, car il saisit cette occasion pour développer durant l’année entière, dans le grand amphithéâtre archicomble où se pressaient sur les bancs et sur les marches non seulement la foule des étudiants de première année et de doctorat, mais aussi, assis au premier rang, bon nombre de ses propres collègues, ses réflexions philosophiques, juridiques et politiques, approfondies durant ses longues années passées aux camps de prisonniers en Allemagne, sur les deux conceptions opposées de la démocratie : la conception soviétique d’un collectivisme centralisé telle qu’elle était théorisée en 1945 par les idéologues de Moscou et leurs émules dans le monde, et la conception politiquement libérale des démocraties occidentales, fondée sur le respect des libertés individuelles, sur le pluralisme politique et sur la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu : les trois pouvoirs, Législatif, Exécutif et Judiciaire. Il y eut une véritable ferveur d’écoute tout au long de ces conférences magistrales dont Georges Vedel fera la matière de son futur grand traité de droit constitutionnel. Ajouterai-je que, dans le contexte politique de la période, pour cette assistance de « juristes » apprentis ou chevronnés, et particulièrement pour le jeune militant que j’étais, la hauteur de vue et la clarté de ce premier enseignement universitaire fut un véritable festival. Il apportait une sorte de lumière sur ma vie militante et sur les voies à suivre pour la vivre, la construire au mieux (archives personnelles Louis Astre et archives CHA/UNSA Éducation).
  9. Autre marque exceptionnelle, durant ma troisième année de licence en droit et ma première année [de diplôme d'économie], celle du jeune et brillant professeur Alain Barrère, le premier à diffuser dans l’Université française la nouvelle théorie générale de J. M. Keynes qui, récusant le libéralisme économique, allait inspirer la stimulation et le développement durable des économies occidentales et notamment de l’économie française durant les “Trente glorieuses” (archives personnelles Louis Astre et archives CHA/UNSA Éducation).
  10. Mais il revient exercer avec bonheur lorsque le changement de majorité syndicale au SNES en 1967 le conduit à retrouver un poste... jusqu'à ce que ses responsabilités dans la FEN l'en éloignent à nouveau (voir plus bas).
  11. Louis Astre plaide pour cette mission nouvelle des maitres d’internat qui sont, à l’époque, le vivier des étudiants pauvres se destinant à l’enseignement. Il anime les stages de formation des maîtres d'internat, et le premier éditorial de son bulletin syndical est un appel du recteur Dottin à transformer le Petit Chose en éducateur (Bulletin des M.I. de Toulouse, archives personnelles Louis Astre).
  12. La réforme des «classes nouvelles» est lancée pour le premier cycle de l’enseignement secondaire, de la 6e à la 3e, par le directeur de l’Enseignement secondaire, Gustave Monod, ancien collaborateur de Jean Zay, dans l’esprit de la Commission Langevin-Wallon. Conduite par des équipes volontaires elle connaît un vif succès près des élèves qui obtiennent d’excellents résultats. Mais le cette initiative se heurte en 1952, après le départ en retraite de Monod (1951), à des conservatismes qui aboutissent à la circulaire du 30 mai 1952 qui y met fin, André Marie étant alors ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Pinay.
  13. Cette mutation fait suite à sa prise de responsabilités nationales comme responsable des maîtres d'internat du SNES (voir la section suivante).
  14. La CGT était alors, depuis les accords du Perreux de 1943, une centrale unitaire à côté de laquelle n’existait qu'une centrale confessionnelle, très sensiblement minoritaire: la CFTC.
  15. L'Enseignement public, février 1948).
  16. Cf. L'Enseignement public no 2, 1950. Dans cette activité, Adrien Lavergne, appuyé par Henri Aigueperse, secrétaire général du SNI, était épaulé par Edmond Breuillard, alors secrétaire général de la section de la Seine du SNI.
  17. Aux premières Journées fédérales de Noël 1948, 250 jeunes militants de la FEN viennent à leurs frais pour de libres débats : d’une part avec des personnalités progressistes Henry Lefèvre et David Rousset sur « le marxisme-les courants philosophiques modernes et les rapports de l’individu et des mouvements de masse »; d’autre part avec des leaders indépendantistes d’Afrique du Nord, du Viêt Nam, de Madagascar et des Indes sur « Les mouvements d’émancipation nationale dans les colonies — Rapports de ces mouvements avec le syndicalisme ». Une part des débats était consacrée également aux revendications catégorielles (cf. L'Enseignement public, no 3, décembre 1948).
  18. À la sous-commission des ENS s’active alors le militant communiste Emmanuel Leroy Ladurie.
  19. Voir La Jeunesse syndicaliste (FEN), no 1 à 15.
  20. Le champ du SNET correspondait aux formations relevant aujourd'hui des lycées techniques et non de l'enseignement professionnel «court» qui relevait du SNETAA. Il syndiquait également les professeurs des écoles normales nationales d'apprentissage (ENNA) qui assuraient la formation des professeurs du «technique court» ainsi que les professeurs des écoles des arts et métiers (ENSAM), ainsi que les conseillers d'orientation scolaire et professionnelle (actuels conseillers d'orientation-psychologues).
  21. Siègent déjà à la Commission nationale française, au titre du collège éducation, plusieurs dirigeants de la FEN et de ses syndicats : Adrien Lavergne, Henri Aigueperse (SNI) et Henri Maunoury et, comme experts, Émile Hombourger (SNES) et Marie-Louise Cavalier (SNI). Le Comité Permanent, de dix-huit membres, présidé par Paul Montel de l’Institut, comprend un représentant pour chacun des collèges de la Commission.
  22. Le Comité National de la Jeunesse est présidé par Pierre François, secrétaire général des Francs et franches camarades puis par le doyen Châtelet, président du Centre laïque de tourisme Culturel de la Ligue de l’Enseignement. Le programme global du Comité, est précisé le 7 janvier 1952 sur présentation de Louis Astre au nom des groupes de travail. Il fixe quatre grands objectifs : édification de la cité internationale de la jeunesse à Paris ; développement des rapports avec les jeunes de l’Union française ; soutien aux aspirations des jeunes ruraux et des jeunes ouvriers ; développement des relations internationales entre les jeunes (cf. compte-rendu du 4 février 1952, secrétariat général de la commission nationale pour l’éducation, la science et la culture [Archives personnelles Louis Astre]).
  23. Louis Astre assure notamment le projet de Cité internationale de la Jeunesse à Paris, conduit les délégations du Comité à la rencontre des jeunesses franco-allemandes à Bad-Durkheim, à celle des étudiants européens à Saint Aygulf et à la conférence mondiale des organisations internationales de la Jeunesse les 16-21 novembre 1951 à l’Unesco. La délégation à cette conférence comporte un autre titulaire, le pasteur Jousselin, et quatre suppléants dont les responsables de la Ligue de l’enseignement Roger Balossié du CLTC (Centre laïque de tourisme culturel) et Albert Jenger (secteur international).
  24. Dans cette mission, Louis Astre est accompagné d’un autre jeune de la FEN, André Tessereau. Louis Astre publie à ce propos plusieurs articles dans l'Enseignement public: no 4, janvier1953 ; no 5, février-mars 1953 ; no 7, mai 1953. Après cette prise de position publique de la FEN, celle-ci coopère à leur demande, avec les associations d’étudiants africains: Louis Astre rencontre le Néo-Destour à Tunis à l'été 1953, puis, à Casablanca, le leader syndical Majoub Ben Seddik tout juste libéré de prison, souvenir qu'il évoquera en 1973 au congrès de l'Union marocaine des travailleurs (archive audio: collection personnelle Louis Astre).
  25. Archives personnelles Louis Astre
  26. L'Enseignement public no 3, p. 2, décembre 1952 et n° spécial de janvier 1953 : « Ce qui nous indigne, enfin, conclut la Lettre ouverte après avoir rappelé l’attachement des enseignants français aux valeurs de l’UNESCO, et leur très actif soutien à ses activités, c’est que notre pays a été engagé dans la voie du reniement. Ce mépris des aspirations nationales françaises, nous tenons à vous le dire, Monsieur le Président, nous ne pouvons l’accepter. »
  27. Congrès FEN de novembre 1956: voir le compte rendu dans L'Enseignement public no 3, janvier 1957.
  28. Cf. Henri Aigueperse, Cent ans de syndicalisme, p. 158 ; Guy Brucy, Histoire de la FEN, p. 209-217.
  29. L'Enseignement public, no 7, juin-juillet 1958, pages 1 à 15. Le SGEN (SGEN-CFTC à l’époque) et l’UNEF s’y sont associés.
  30. «Nous faisons le serment solennel [...] de lutter sans trêve et sans défaillance jusqu’à son abrogation et d’obtenir que l’effort scolaire de la République soit uniquement réservé à l’École de la nation, espoir de notre jeunesse ». Cf. L'Enseignement public: no 4 (janvier 1960), no 5, no 7 et no 10; Guy Brucy, Histoire de la FEN, p. 231/234; Jean Cornec, Laïcité, p. 306-323).
  31. L'article 2 de la loi Goblet du 30 octobre 1886, troisième grande loi scolaire de la IIIe République, dispose que « Les établissements d’enseignement primaire de tout ordre peuvent être publics, c’est-à-dire fondés er entretenus par l’État, les départements ou les communes, ou privés, c’est-à-dire fondés et entretenus par des particuliers ou des associations. ».
  32. Il prend en charge les affaires corporatives, les questions laïques et les «jeunes» (il faut entendre par là les jeunes enseignants et élèves de l’ENSET).
  33. Il succède alors à Bernard Roulet, secrétaire général élu «par défaut» en 1957. Julien Veyret évoque cette période dans sa contribution sur le SNET présentée au colloque de Roubaix (La FEN (1928-1992): Histoire et Archives en débat, p. 71-81). Julien Veyret note qu'avec Louis Astre s'établit «un nouveau rapport du SNES à la FEN», insistant à la fois sur le fait qu'Astre est «dès ses débuts, fortement imprégné d'esprit fédéral», que Lauré et lui-même travaillent dans une «absolue confiance», qu'Astre considère le cadre fédéral comme «déterminant» mais qu'il entend bien «que le SNET soit reconnu dans la FEN comme un partenaire majeur».
  34. Notice biographique «Louis Astre» du Dictionnaire Maitron.
  35. Comme au SNES à l’époque, le SNET syndique toutes les catégories de personnels, à l'exception des agents et du personnel ouvriers relevant du SNAEN: enseignants et personnels de surveillance, mais également personnels de direction et personnels d'intendance.
  36. Meeting historique à plusieurs titres. D’abord par l’affluence qui oblige Denis Forestier, secrétaire général du SNI, à lire à la foule, à l’extérieur, la déclaration à la tribune de Pierre Gaudez président de l’UNEF. Ensuite par la répression policière à l’issue du meeting. Enfin et surtout, par le conflit majeur opposant l’UNEF, la FEN et la CFTC, d'une part, à la CGT et au PC, d'autre part, quand la manifestation centrale se trouvant interdite, ces derniers décident des actions dispersées. Mais la FEN, l’UNEF et la CFTC maintiennent une manifestation centrale à la Mutualité. Pour la première fois dans la gauche, une manifestation populaire est organisée avec succès sans la CGT et le PC — et malgré leur hostilité déclarée. Cf. L'Enseignement public, no 2, novembre 1960, pages 9 à 20 : « À propos du 27 octobre » ; Guy Brucy, Histoire de la FEN, pages 246 à 251.
  37. Cf. Guy Brucy, Histoire de la FEN: p. 252 : « Le point de vue fédéral s’impose au congrès de 1961 » ; p. 574 : notes 131 à 140.
  38. Cf. Le Travailleur de l'enseignement technique : entre autres, le no 166, octobre 1962, p. 6 à 9. Histoire de la FEN de Guy Brucy: le congrès FEN de 1960 (p. 280). Louis Astre, bulletin « Indépendance et Démocratie » (bulletin de la tendance UID du SNES), janvier 1974 (Archives personnelles Louis Astre).
  39. Le SNET affirme notamment son unité quand, en 1962, tous ses membres font grève pour les seuls professeurs techniques adjoints (cf. Julien Veyret: «La grève de 1962 des professeurs techniques adjoints, symbole de la cohésion professionnelle du SNET», Carrefours de l'éducation 2005/1, no 19, Armand Colin éd.). Voir également l'éditorial du Travailleur de l'enseignement technique spécial: «Ultime Raison»). Voir également le témoignage de Louis Astre sur les grèves tournantes pour les PTA dans La Grève enseignante en quête d'efficacité, p. 73 et suivantes. Sur les réformes concernant l'enseignement technique, voir Le Travailleur de l'Enseignement technique (janvier 1963 et suivants). En 1965, le SNET obtient, contre le projet ministériel, la création du baccalauréat économique et social, futur baccalauréat B (aujourd'hui ES): cf. La Grève enseignante en quête d'efficacité, p. 107 et suivantes).
  40. Éditorial «Forfaiture et Césarisme» dans Le Travailleur de l'enseignement technique, no 165, octobre 1962.
  41. L'Université syndicaliste, no 14 bis, 24 janvier 1967, p. 40. Histoire de la FEN, Guy Brucy, p. 304. Cette position avait été défendue par Georges Lauré, après l'accord d'unité d'action entre la CGT et une CFDT «déconfessionnalisée» après 1964. Louis Astre était même allé plus loin lors du dernier congrès du SNET qui avait entériné la fusion SNES-SNET en 1966: «“La réélection du général de Gaulle [NDÉ: élection présidentielle de 1965], a déclaré M. Astre, signifie bien, comme nous l'avions prévu, la poursuite dans le domaine économique et social d'une politique contraire aux intérêts des travailleurs et de la jeunesse.” Il a souhaité une coordination réelle et durable entre toutes les organisations syndicales — y compris la confédération générale des cadres, la CFDT et la CFTC — au plus haut niveau, c'est-à-dire entre les confédérations. Il serait particulièrement grave que face au pouvoir et au patronat, unis comme ils ne l'ont jamais été depuis trente ans, que les travailleurs ne puissent dépasser le stade des coordinations partielles et des actions catégorielles ou sectorielles”. Cette prise de position est assez différente de celle du plus important syndicat de la Fédération de l'Éducation nationale, celui des instituteurs, qui, pour défendre la laïcité, est hostile à ce que ces coordinations englobent d'autres confédérations que la CGT et Force ouvrière.» (Bertrand Girod de l'Ain, Le Monde du 2 avril 1966).
  42. La distinction entre classique et moderne ne renvoie pas aux classes avec ou sans latin, mais à la fusion, en 1949, du SNES, syndical des lycées classiques (avec leurs sections modernes), et du Syndicat national des collèges modernes (héritiers des anciennes écoles primaires supérieures d'avant guerre). Avec la fusion de 1966, le SNES est devenu «classique, moderne, technique».
  43. À l'époque, les directions des syndicats de la FEN (y compris le SNES et le SNEP) se réclament de la majorité autonome. Les seuls syndicats qui lui échappent sont le SNESup (Enseignement supérieur) et le SNCS (chercheurs scientifiques), dans un temps où l'enseignement supérieur n'accueille un faible nombre d'étudiants par rapport à une génération. Même si la pression de la tendance Unité & Action (dont à l'époque les militants communistes assument la direction) se fait beaucoup plus pressante au SNES, le rapprochement SNES-SNET est censé donné une marge à la direction autonome du syndicat unifié.
  44. L'Université syndicaliste : «Le Nouveau SNES et la FEN», no 7, pages 4-6 ; «Le SNES et la FEN», no 11, pages 2-5. Voir aussi Histoire de la FEN, Guy Brucy, pages 302 à 304.
  45. Georges Lauré démissionne trois mois avant le congrès fédéral, le 18 septembre 1966, devant la Commission administrative qui le remplace aussitôt par James Marangé.
  46. Guy Brucy (Histoire de la FEN, p. 290) cite Paul Berger, militant Unité et Action du SNET chargé avec Astre, lors des congrès de 1965 à Aix et Marseille, de rejoindre celui du SNES pour préparer la séance commune du lendemain en vue de la fusion. Ils trouvent une assemblée incapable de conclure sa grève administrative... Une année après, dans Le Monde du 2 avril 1966, Bertrand Girod de l'Ain note la différence de situation entre le SNES et le SNET, alors que la fusion SNES-SNET a été votée par les deux syndicats très majoritairement (90%). Au SNES, le congrès de 1966, celui de la fusion, est marqué par la démission de la direction à la suite du rejet du rapport d'activité. Face à une tendance Unité-Action structurée et en progrès, les «autonomes» du SNES sont répartis, ou plutôt divisés, en trois tendances et les débats sont particulièrement tendus: «On évoqua les discussions byzantines au sein de la commission administrative (où sont représentées les cinq tendances qui se partagent les adhérents), l'ésotérisme et l'absence d'intérêt du bulletin syndical, etc.», note le journaliste, observateur reconnu du monde de l'éducation (Bertrand Girod de l'Ain: «Le rapport d'activité ayant été repoussé, la direction du S. N. E. S. démissionne», Le Monde du 2 avril 1966). En contrepoint, sous l'intertitre «large unanimité au SNET», il observe que «Le climat était fort différent au SNET, où l'on fêtait dans la joie le trentième et dernier anniversaire du syndicat. Le rapport d'activité du secrétaire général, M. Astre, a été approuvé par 11 964 mandats. Il y a eu 2 016 mandats “contre” et 1507 abstentions.»''
  47. Selon le principe posé dans la FEN par la motion Bonissel-Valière au congrès du SNI de 1948: représentation des tendances à la proportionnelle dans les organes délibératifs, mais homogénéité des exécutifs.
  48. Témoignage de James Marangé sur «la FEN en mai 1968» (Archives de la FEN).
  49. Sur mai 1968, voir Guy Brucy (Histoire de la FEN, p. 330) : « Elle entend soutenir les aspirations légitimes des jeunes, contribuer à la convergence de leur lutte, de celle des enseignants et des autres travailleurs, et ne pas interférer dans les spéculations politiques internes à la Gauche. »
  50. Louis Astre approuve le projet du SNI assurant aux élèves une continuité éducative et aux maîtres une vraie formation professionnelle, mais il conteste la limitation de celle-ci à trois ans pour les maitres du premier cycle, et la limitation à 16 ans de la scolarité obligatoire qui empêche la formation professionnelle de tous les jeunes. Par ailleurs il conteste le projet du SNES qui casse la continuité éducative entre 1er et 2d degré, et écarte une vraie formation professionnelle des maîtres. Cf. Indépendance et Démocratie, janvier 1975. Louis Astre a déclaré que, par la suite, le projet du SNI, avait été amélioré lors du Colloque de 1976 sur Les Finalités de l’éducation (Les travaux du colloque ont été publiés sous ce titre par les éditions SUDEL, Paris, 1976.).
  51. En 1975, Guy Georges et le CERES de Jean-Pierre Chevènement tentent d’éliminer Louis Astre et le courant UID du SNES alors qu’il en remet la direction à Jacques Estienne. Des militants liés au CERES créent une tendance dénommé Unité et Rénovation. L’initiative vise aussi la direction de la FEN. Condamnée par son secrétaire général André Henry, puis par le premier secrétaire du Parti socialiste (alors François Mitterrand), elle échoue. Le chef de file d'Unité & Rénovation, Jean-Pierre Exbrayat rejoindra Unité et Action et le PC. Voir Guy Georges (Chronique d’un Hussard, pages 218-222) et Guy Brucy (Histoire de la FEN, pages 427-431).
  52. Le secrétariat comprend alors James Marangé, secrétaire général, Georges Aulong (secrétaire-trésorier, responsable en particulier des questions revendicatives), Jean Gouzy (ancien secrétaire général du syndical des «enseignements spéciaux» de la Seine), Robert Chéramy et Jean Simon. Ces deux derniers, issus de la direction UID du SNES, s'étaient investis dans la FEN où Jean Simon assumait les responsabilités de secrétaire pédagogique.
  53. La FEN, favorable à l’union, de la gauche, «ne saurait s’assujettir à un programme de gouvernement qui relève de la responsabilité des partis». Cette position exprimée par la majorité fédérale, n'était partagée par la minorité Unité et Action qui prôna, à partir de juin 1972, un soutien explicite au « Programme commun ». Sur le champ des droits et libertés où que ce soit dans le monde, la majorité de la FEN resta intransigeante sur ses principes en toutes circonstances.
  54. Nommé dans la foulée de mai 1968, Raymond Marcellin est un ministre de l'Intérieur « de choc » du 31 mai 1968 au 27 février 1974.
  55. Loi du 8 juin 1970, René Pleven étant alors garde des Sceaux du premier gouvernement Chaban-Delmas de la présidence de Georges Pompidou. Celle que l'histoire retient sous le nom de loi anti-casseurs n’a été abrogée qu'après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle par une loi du 26 novembre 1982. Voir sur ce point cette note de la Fondation Jean-Jaurès.
  56. « Les casseurs sont derrière ! » scandent les manifestants de la CGT contre ceux de l’UNEF relégués de force hors du cortège. La FEN et la CFDT suspendent aussitôt le Collectif pour redresser ses règles (cf. L'Enseignement public, mai 1970).
  57. Voir l'Enseignement public, juin 1971. Cette défense victorieuse est marquée par la décision historique du Conseil constitutionnel (décision no 71-44 DC du 16 juillet 1971) qui annule les articles litigieux en s’octroyant le pouvoir de contrôler la constitutionnalité des lois en se fondant, au-delà même des articles numérotés de la constitution du 4 octobre 1958, sur son préambule qui renvoie lui-même à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et au préambule de la Constitution de 1946. Le Conseil constitutionnel avait été saisi par le président du Sénat Alain Poher (À l'époque, la saisine du Conseil constitutionnel était limitée au président de la République, au Premier ministre et aux présidents des deux chambres du Parlement.).
  58. Le meeting unitaire a lieu à la salle des métallurgistes CGT, rue Jean-Pierre Timbaud (Paris XIe). La grande majorité des participants était sous l'influence du PCF et de la CGT, ce que Louis Astre, évidemment, n'ignorait pas.
  59. Procès des onze citoyens soviétiques, dont neuf juifs, accusés d'avoir eu l'intention de détourner un avion pour gagner Israël.
  60. «Crise aiguë», ainsi qualifiée par Gérard Jacquet au Bureau exécutif du PS en décembre 1971 (cf. Laurent Jalabert, La Restructuration de la gauche socialiste en France des lendemains de mai 1968 du congrès de Pau du Parti socialiste de janvier 1975, mémoire de soutenance d'habilitation à diriger les recherches, 811 p., Centre d'histoire de Sciences Po, IEP Paris document déposé à l'OURS).
  61. Le texte des deux lettres identiques d'Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, et de James Marangé, secrétaire général de la FEN, a été rédigé par Albert Détraz et Louis Astre lors de la rencontre FEN-CFDT du 18 octobre 1971. Il condamne l'appel des deux partis de gauche en des termes nets : «car il masque les désaccords et place le mouvement syndical à la remorque des partis». Cf. Histoire de la FEN de Brucy, p. 417-418 et Enseignement public no 3, décembre 1971, p. 13-14.
  62. L’Appel est soutenu par les forces démocratiques. «Faut-il se taire ? réplique Astre aux accusations du PC : Qui ne voit que l’efficacité de la lutte des travailleurs français pour le socialisme démocratique se trouve obérée si toutes leurs organisations ne mettent leurs actes en accord avec leurs principes ?» (L'Enseignement public no 1, septembre 1972).
  63. Secrétaire général de la CGT, Georges Séguy est également membre du Bureau politique du Parti communiste français.
  64. Ce compte unique (CCP no 470-80, 10 rue de Solferino [alors siège de la FEN]) a pour signataire Pierre Bertelet, directeur administratif de la FEN sous le contrôle des trésoriers des trois centrales syndicales. Louis Astre en assume la responsabilité en liaison avec Béatrice Allende, présidente à Cuba du Comité chilien de solidarité à la résistance. La CUTCH, centrale unique des travailleurs du Chili, est alors logée par le Syndicat national des instituteurs, principal syndical de la FEN, dans les locaux qu'il met à disposition à Alfortville. Voir L'Enseignement public (octobre 1973 et numéros suivants), L'Unité (hebodmadaire du Parti socialiste) en juillet 1974 et le dossier «Solidarité Chili 1973-2013» du Centre Henri-Aigueperse, avec notamment un témoignage détaillé (PDF, 18 pages) de Louis Astre: Chili: putsch et terreur.
  65. Défilé conduit par les responsables immigrés, Georges Séguy (CGT), Edmond Maire (CFDT) et Louis Astre (FEN).
  66. Le Monde du 9 novembre 1977 consacre à l'évènement un article intitulé «Une quinzaine de syndicats étrangers réaffirment avec les centrales françaises l'égalité des droits des travailleurs». Il précise que «pour la première fois, les représentants des principales centrales syndicales de France, de plusieurs pays d'émigration d'Europe et d'Afrique du Nord, ainsi que de l'Organisation de l'unité syndicale africaine (OUSA), se sont réunis à Paris le lundi 7 novembre pour examiner “l'aggravation et les répercussions de la crise actuelle en Europe occidentale, et particulièrement en France, sur les conditions de vie et de travail des travailleurs migrants et nationaux”. À cette occasion, ils ont appelé tous les immigrés à “lutter activement”contre les mesures annoncées récemment par M. Lionel Stoléru, secrétaire d'État auprès du ministre du travail.» La réunion s'est tenue à l'invitation de la CGT, de la CFDT et de la FEN (représentée, précise l'article, par Louis Astre), FO n'ayant pas donné suite à l'invitation qui lui était adressée. Étaient notamment présentes, en des temps antérieurs à la libre circulation des personnes même au sein de la CEE, l'UGTA (Algérie), l'UGTT (Tunisie), l'UMT (Maroc), mais également des organisations espagnoles (Commissions ouvrières, UGT, USO), italiennes (CGIL, CISL, UIL), la CGTP (Portugal) et la CSY (Yougoslavie).
  67. L’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) est leur confédération syndicale. L’Amicale des travailleurs algériens en Europe est une organisation gouvernementale défendant leurs intérêts. La conférence est préparée dans les départements par des équipes mixtes, d’où naissent des propositions sur la scolarisation des enfants, la formation des adultes et l’éducation des femmes (Cf. revue L’Algérien en France, février 1978).
  68. Thierry Pfister, Le Monde du 6 juillet 1973. «Ce tournant [a été] obtenu après l’échec, grâce à la riposte de la FEN, de la CFDT, de la LDH et du PS d’une tentative du PCF d’imposer sa mainmise sur l’ensemble de la Gauche pour la défense des libertés (L'Enseignement public, septembre 1973).
  69. Un mathématicien aux prises avec le siècle de Laurent Schwarz, éd. Odile Jacob, p. 503. Le quotidien Le Monde du 25 octobre 1975 écrit: «La grande salle de la Mutualité était remplie jeudi soir 23 octobre pour le meeting pour la libération de Léonide Pliouchtch, organisé par le Comité international des mathématiciens, créé il y a deux ans à cet effet '(le Monde du 22 octobre). De nombreuses et diverses organisations de la gauche (à l'exception de la CGT et du Parti communiste français) s'étaient jointes aux organisateurs pour réclamer “l'unité d'action” dans cette lutte pour sauver un mathématicien soviétique soumis pour délit d'opinion à un traitement psychiatrique injustifié. M. Louis Astre, secrétaire de la FEN, évoqua le grave problème des chaises vides et le fâcheux hasard de la simultanéité de cette manifestation et de celle organisée par le P.C.F., à la Porte de Versailles, pour la défense, certes utile', des libertés en France.» '
  70. Laurent Schwarz précisant qu’il faut alors fournir d’urgence à Pliouchtch un autre visa que celui, officiel, pour Israël, écrit (op. cit.): «Broué téléphona à Astre à Paris qui arrangea tout en un tour de main avec [le cabinet de] Jacques Chirac alors Premier ministre, et téléphona à Broué: “Allez ensemble à l’ambassade de France à Vienne, annonce-toi comme Michel Broué, et tous les visas vous seront délivrés sur le champ”. Ce qui fut fait. Vingt quatre heures plus tard Pliouchtch et sa famille atterrissaient à Orly.»
  71. Voir L'Histoire de la FEN de Guy Brucy (p. 422). La prise en charge dura deux ans et fut suivie par Pierre Chevalier président de la MGEN, Broué et Astre.
  72. La FEN, SNI, la MGEN et le Planning familial avaient créé dès 1966, aux marges de la légalité, des «centres d’orthogénie». La résolution du congrès de la FEN de 1973 s’élève du plan social à celui du principe universel: la liberté de la femme. Il rejoint ainsi l’exigence féministe et soutient le mouvement des femmes
  73. Actuel centre Henri-Aigueperse/UNSA Éducation.
  74. Femmes en cause : recherche et colloque du Centre fédéral FEN du 13 décembre 1987.
  75. Actes du colloque publiés par le Centre Fédéral en 1988 (éd. Edilig 600 p.), réédité en 2010 par la MGEN.
  76. En 1966, lors de l'installation de la nouvelle Commission administrative, Pierre Desvalois, secrétaire général du SNI dont la mainmise sur la FEN est jugée excessive, décide de libérer tous les secrétariats des commissions de la FEN occupés par son syndicat. C'est à cette occasion que Louis Astre succède à Clément Durand comme secrétaire de la commission laïque en lui rendant à cette occasion hommage et en exprimant ses regrets (L'Enseignement public, décembre 1966). Au départ en retraite de Clément Durand, en 1969, c’est Michel Lasserre qui le remplace comme secrétaire national du SNI chargé du secteur laïque et secrétaire général du Comité national d’action laïque, le CNAL.
  77. Le Comité national d’action laïque (CNAL) regroupe le SNI, la FEN, la FCPE, la Ligue de l’enseignement et la Fédération des DDEN.
  78. L'Enseignement public, numéro consacré au congrès de Grenoble, novembre 1973.
  79. Lois scolaires de 1881, 1882 (lois Ferry) et du 30 octobre1886 (loi Goblet) réservant les fonds publics à l’École publique. Loi du 9 décembre 1905: «  Article premier. — La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. Article 2. — La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »
  80. C'est sa démission qui contraint le Premier ministre Michel Debré à présenter lui-même le projet.
  81. Louis Astre est revenu sur cet «acte de combat», démission d'André Boulloche comprise, notamment lors du colloque organisé par l'union départementale des DDEN de l’Hérault, et animé par son secrétaire général Guy Le Néouannic (ancien secrétaire général de la FEN), le 14 novembre 2009, avec la participation de Jean-Paul Scot, de Marie-Françoise Bechtel et de Louis Astre.
  82. Voir L'Enseignement public: numéros d'octobre 1968, de février 1969 (rapport de Louis Astre) et L'Heure laïque de Michel Bouchareissas et Jean Cornec, éd. Clancier-Guénaud, 1982, p. 137.
  83. La loi no 71-400 du 1er juin 1971 pérennise le contrat simple de la loi Debré pour empêcher la recherche de compromis.
  84. Cf. Supplément de Pour l’enfant vers l’homme, revue de la FCPE, no 110, juin 1972, p. 44-47. La résolution sur la gestion tripartite apporte une double précision : « Elle ne saurait porter atteinte aux responsabilités et prérogatives essentielles qui incombent en dernier ressort au pouvoir politique. Elle vise à concilier – l’indispensable unité des orientations en matière de politique nationale de l’éducation, avec la démocratisation nécessaire de la gestion du service – la responsabilité générale du législatif et de l’exécutif avec un pouvoir réel de contrôle, d’intervention et de proposition de toutes les catégories parties prenantes à la mission du service. ». Et ce « pouvoir réel de contrôle » est ainsi précisé pour le « Conseil national » instance supérieure de la gestion tripartite : « Le Conseil national disposera d’une compétence générale…outre sa fonction consultative… de prérogatives lui assurant une intervention active et autonome dans la gestion du service, auprès des pouvoirs publics et auprès de l’opinion publique : un droit de contrôle et d’enquête sur le service public – un droit de proposition auprès de l’Exécutif et du Législatif - – un droit d’opposition aux simples mesures règlementaires – un droit de rendre publics ses travaux et ses initiatives. »
  85. Loi no 77-1285 du 25 novembre 1977 dite «loi Guermeur» complétant la loi Debré de 1959 et la loi Pompidou de 1971.
  86. Congrès FEN de 1978 (L'Enseignement public, no 6, p. 65), motion laïque «Pour la nationalisation laïque»: «…Le congrès rappelle à tous les travailleurs et à toutes leurs organisations, qu’aucun vrai changement ne saurait être construit sans rigueur sur les principes, et donc que, si des étapes peuvent sembler nécessaires, elles ne sauraient être envisagées sans que soit préalablement promulgué le principe de la nationalisation, sur l’ensemble du territoire national, principe qui signifie l’abrogation de la loi Debré et de toutes les lois anti-laïques. »
  87. Colloques fédéraux de 1976, sur le bilan de la formation continue, et de 1978, sur l’ouverture du Service public (avec la participation du CNAL et des centrales ouvrières CGT, CFDT, FO), puis en 1979 après l’accord « FEN-Beullac » sur l’objectif et les conditions de la participation du personnel du service public.
  88. L'Enseignement public no 5, janvier 1978 et Enseignement public spécial. Ce colloque fut préparé dans les départements avec les élus locaux. André Henry, secrétaire général de la FEN, déclare à l’ouverture: «Nous savons que nous prenons des risques». Louis Astre souligne en clôture : « Ce qui frappe dans la France d’aujourd’hui, c’est que l’actuelle centralisation de l’appareil d’État, aggravée par la V° République, est l’instrument du dessaisissement de la responsabilité politique des citoyens à tous les niveaux de la vie publique.[...] Pourra-t-on dès lors changer réellement la vie, comme le demande la FEN, sans modifier l’appareil d’État, sans en inverser la fonction sociopolitique, sans décentraliser ? »
  89. Pour l’enfant vers l’homme, revue de la FCPE, no 171, février 1980.
  90. L'Enseignement public, juin 1981.
  91. À ce moment décisif, la FEN est décapitée par l’entrée au gouvernement d’André Henry comme ministre du Temps libre. L'intérim du secrétariat général de la FEN est assuré par Guy Georges, qui continue (et continuera ensuite) à assumer ses fonctions de secrétaire général du SNI-PEGC. Jacques Pommatau, jusqu'alors responsable «Fonction publique» du SNI-PEGC, n'assume les fonctions de secrétaire général de la FEN qu'à l'occasion de la Commission administrative nationale qui procède officiellement au remplacement d'André Henry le 24 juin 1981. Dans ce contexte, la question des «mesures immédiates» et de leur nature éventuelle montre des approches, et peut-être, des interprétations différentes voire contradictoires. Dans L'Histoire de la FEN (chapitre 13, section « une histoire à deux visages », p. 457 et suivantes), Guy Brucy évoque la première audience accordée à la FEN, le 26 mai 1981, par le nouveau nouveau président de la République, François Mitterrand. La délégation de la FEN est alors conduite par Guy Georges, secrétaire général par intérim. Ce dernier donne la priorité à la revalorisation de la fonction d'instituteurs, déjà revendiquée par lui dans sa conférence de presse du 15 mai 1981, en contradiction avec l’exigence, portée par la FEN et le CNAL, d’une proclamation immédiate de l’unification du service public. La question d'une mesure immédiate limitée à la suppression par voie législative de la seule loi Guermeur, et d'un positionnement d'Alain Savary qui, contrairement semble-t-il à François Mitterrand, voulait aller «plus loin» est évoquée par Jean Battut dans Changer l’école pour changer la vie, L'Harmattan, 2012, p. 180-184). Pour le point de vue de Guy Georges, voir la Chronique (aigre-douce) d'un hussard de la République, éd. Romillat, p. 280 et suivantes.
  92. Extrait cité par Guy Brucy (Histoire de la FEN, p. 460).
  93. Les observateurs ne s’y trompent pas. Le Monde (4/02/1982) cite Begot (CFDT ): «la position de la FEN devrait faciliter le dialogue». Annette Ardisson (France Inter) précise: « au terme de ce débat ce sont les libéraux qui l’ont emporté et cette conclusion ne sera pas pour déplaire à M. Savary.».
  94. Louis Astre est également interviewé longuement à l'occasion d'une Libre expression au titre des syndicats de salariés: http://www.ina.fr/sciences-et-techniques/espace/video/CAA8200614301/la-fen.fr.html (archive INA).
  95. Cf. Jacques Pommatau, alors secrétaire général de la FEN, dans Au temps de la force tranquille — La FEN et la Gauche au pouvoir, éd. OURS, 2011, annexe 2, p. 147 et suivantes.
  96. Communiqué FEN du 4 août 1982 (L'Enseignement public, septembre 1982). Astre précise dans FEN-HEBDO (bulletin intérieur de la FEN) du 5 octobre 1982: « Ainsi pouvons-nous craindre qu’on ne débouche en fin de compte, que sur des aménagements partiels qui atténueraient certes les plus vives aspérités du système pluraliste actuel, mais ne mettrait pas son existence en question. On amenderait le pluralisme scolaire pour mieux assurer sa pérennisation. » Alain Savary écrit pour sa part (En toute liberté, Hachette, 1985, p. 133) : « Les médias n’y portèrent aucune attention. Je soulignai à certains partenaires le sens et la portée de cette ablation. Je ne fus pas entendu ». Et l'historien Claude Lelièvre précise : « De retour dans son bureau il annonce à ses collaborateurs : ce ne sera pas le SPULEN*» (L’École des présidents). *SPULEN: Service public unifié et laïque de l’Éducation nationale.
  97. Fen-Hebdo du 26 octobre 1983. Dans ce contexte, Louis Astre considère que l'élection de Jean-Claude Barbarant, qui succède à Guy Georges (retraitable) au secrétariat général du SNI-PEGC en septembre 1983 «rétablit l’unité du CNAL» (archives Louis Astre).
  98. FEN INFO, 9 novembre 1983.
  99. L'Enseignement public, mai 1984)
  100. Voir plus haut le § «Quatre actes majeurs».
  101. Ce mouvement a effectivement continué avec 1984, y compris sous la gauche (accords «Lang-Cloupet» de 1992), avec un coup d'arrêt sensible en janvier 1994 (décision du Conseil constitutionnel sur la loi Bourg-Broc du 13 janvier 1993 et manifestation nationale laïque rassemblant un million de personnes le 16 janvier 1994).
  102. Archives personnelles Louis Astre. Voir aussi, par exemple, le compte rendu du colloque L'École, enjeu du combat laïque hier, aujourd'hui, demain de l'union départementale des DDEN de l'Hérault déjà évoqué (14 novembre 2009).
  103. Après Charles Martial et Robert Chéramy
  104. L'Enseignement public, juin 1983.
  105. Michel Noblecourt, dans Le Monde du 17 août 1982, évoque ainsi la mise en place de l’institut: «Les organisations syndicales sont ainsi sur le point de voir se réaliser un de leurs anciens vœux : disposer d'un outil de recherche économique et sociale. En catimini, à la fin du mois de juin, ont ainsi été déposés, les statuts de l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES). Le projet esquissé sous le précédent septennat, alors que le patronat se dotait de son propre institut de conjoncture, prend peu à peu forme. [...] L'IRES pourrait commencer à fonctionner en octobre ou novembre. Ce conseil d'administration est composé de vingt et un membres, à savoir trois représentants du Premier ministre, neuf représentants des syndicats (deux C.G.T., deux C.F.D.T., deux F.O., un FEN, un C.F.T.C. et un C.G.C.) et neuf personnalités compétentes, qui sont pour la plupart des universitaires. Sous réserve d'ultimes tractations, le président de l'IRES pourrait être M. Louis Astre, la FEN étant le seul syndicat à entretenir des relations avec pratiquement tous les autres. Mais des hommes importants dans le mouvement syndical comme M. Magniadas (C.G.T.), Héritier (C.F.D.T.) et Blondel (F.O.) devraient siéger au conseil.
  106. L’IRES est géré par un conseil d’administration tripartite (syndicalistes, scientifiques, représentants du Premier ministre) et un bureau composés des représentants des six centrales. Inauguré le 22 novembre 1982, par le Premier ministre Pierre Mauroy et quelque cent personnalités du monde politique, administratif, syndical et patronal. Les travaux de l'IRES ont acquis une reconnaissance nationale et internationale. Sa première adresse était 1 rue de la Faisanderie, Paris 16e. Il est actuellement domicilié à Noisy-le-Grand (93).
  107. Le Centre fédéral prend juridiquement une forme autonome à partir de janvier 1986 tout en étant très fortement lié institutionnellement et pratiquement avec la Fédération, mais s'ouvre à des membres associés. La liste des présidents et secrétaires généraux du Centre fédéral est accessible sur son site. Y figurent en premier Jacques Pommatau (secrétaire général de la FEN et président du Centre fédéral) et Louis Astre, premier secrétaire général et responsable de facto de celui-ci.
  108. Les recherches du Centre visent à voir clair sur les interpellations du syndicalisme par les nouveaux problèmes et nouveaux enjeux de la Société. Conduites par des universitaires et chercheurs, en dialogue avec les syndicalistes, elles donnent lieu à colloques et publications. Citons notamment L’Internationale du travail face à l’internationale du capital; Les multinationales et les relations Nord-Sud; L’espace social européen; Quel financement à long terme de la protection sociale ? ; Nouvelles technologies et nouveau travail ; Révolution informatique et système éducatif ou encore, au titre du CNAL, l’interpellation éthique Sciences de la vie et droits de l'homme.
  109. Depuis le milieu des années soixante-dix, ce qu’on appelait Centre fédéral ne concernait que le centre de formation des militants. Le nouveau Centre fédéral est une émanation de la Fédération même s’il a ses propres instances. Le président en est le secrétaire général de la FEN. Le secrétaire général est alors un militant de premier plan. Après Louis Astre et jusqu’aux années 2000, ce poste sera occupé par d’anciens secrétaires généraux de la FEN, à l’exception de Jean-Claude Barbarant, ancien secrétaire général du SNI-PEGC et du Syndicat des enseignants SE-UNSA mais également ancien secrétaire national.
  110. Centre fédéral — Ligue de l’Enseignement – LDH – associations philosophiques — Parti socialiste. En 1988 il est l’un des fondateurs du Comité Laïcité République.
  111. Cf. témoignage de Louis Astre au CHRMSS (actuel Centre d'histoire sociale Paris I/CNRS). Son hypothèse est également une des raisons qui ont conduit à la démission forcée de Yannick Simbron du secrétariat général de la FEN. Ce dernier pensait que, après la chute du Mur de Berlin, des changements étaient possibles chez les dirigeants «Unité et Action» et qu'une forme de cogestion était possible. Les prises de distance des dirigeants de la tendance Unité & Action avec le Parti communiste n'ont cependant pas modifié une orientation syndicale plutôt fondée sur la contestation ni, en particulier au SNES et au SNEP, une conception traditionnelle du «primat disciplinaire» chez les enseignants de second degré, qui explique d'ailleurs les conflits ultérieurs entre SNUIPP et SNES au sein de la FSU.
  112. Dans l’esprit de la motion Bonissel-Valière de 1948, les responsables UID du «Nouveau SNES», mis en minorité, avait décliné l'offre de participation à un exécutif hétérogène dans leur syndicat, ce que Louis Astre avait justifié et expliqué au congrès FEN de 1967. De 1945 à 1967, les dirigeants des principaux syndicats de la FEN appartenaient avec la majorité et coexistaient dans un bureau à l'orientation politique homogène (si l'on considère les Autonomes, les «cégétistes» ou «ex-cégétistes» et l'École émancipée), quels qu'aient été les conflits corporatifs ou de conception pédagogique, souvent vifs, survenus dans la période. Après l'effondrement du Mur, et avec lui du système soviétique, l'illusion d'une coexistence possible n’avait guère duré tant étaient sans doute ancrées avec force les désaccords de positionnement, entre les deux principaux courants d'une FEN, à quoi s'était ajouté une concurrence syndicale «externe» inexistante à l’origine dans la globalité du champ fédéral (montée en puissance du SGEN-CFDT, émergence de FO en 1984). En outre, le souvenir de la cogestion de la section académique du SNES de Paris (Île-de-France) dans les années soixante, avait été marqué par sa bascule au profit du courant Unité-Action, peu de temps avant le changement de majorité au niveau national. La perspective de la cogestion envisagée par Yannick Simbron après la chute du Mur de Berlin a donc trouvé peu d'écho chez les autres responsables majoritaires.
  113. Politis, la Revue, janvier 1994).
  114. Lui succèdent Louis Weber, François Bouillon, puis l’ex-secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri. Le conseil scientifique est co-présidé par Madeleine Rébérioux, présidente de la LDH, et Roger Lesgards, président de la Cité des Sciences puis de la Ligue de l’enseignement. Au conseil d’administration sont représentés des syndicats et associations liées au service public (Nouveaux Regards, no 1, revue de l’Institut).
  115. Publication par les Presses universitaires de Rennes, juin 2012, sous la co-direction de Danièle Tartakowsky et d'Alain Bergougnoux. http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2937
  116. Cercle Parisien, Cercle Condorcet, Comité National Laïcité.
  117. Dans son témoignage comme dans ses interventions, Louis Astre considère que «Face aux méfaits constamment aggravés du dualisme scolaire, il faut abroger la loi Debré et constitutionnaliser les deux premiers articles de la loi fondamentale de 1905» (archives personnelles Louis Astre).
  118. Louis Astre figure dans la liste des membres du comité fondateur» du CLR. http://www.laicite-republique.org/bureau-du-comite-laicite.html
  119. Bulletin de la Ligue française des droits de l'homme et du citoyen (LDH), février 1975.
  120. Le Parti de l’unité des socialistes fondé au Congrès d’Épinay est issu de la fusion du Nouveau parti socialiste d’Alain Savary et de la Convention des institutions républicaines de François Mitterrand. Louis Astre sera membre successivement des sections d’Antony, de Paris 13e Ouest, puis de Paris 14e.
  121. Cf. le mémoire de soutenance d'habilitation à diriger les recherches (HDR) de Laurent Jalabert précédemment cité note 60. Page 422, ce dernier précise l'organisation de l'équipe de campagne de la tour Montparnasse et distingue plusieurs «cercles». Le «premier cercle» comprend le cabinet et les «conseillers», plus autonomes que le cabinet qui travaille exclusivement pour le candidat. Laurent Jalabert indique, que dans les conseillers, on trouve: «Robert Badinter (responsable de la commission centrale); Louis Astre [en note: «militant syndicaliste, pilier de la FEN»]; Roland Dumas et François Luchaire (chargés de constituer le Comité de soutien); Gérard Delfau; Claude Perdriel; Joseph Franceschi ; Yvette Laurent ; François de Grossouvre et André Laignel. La plupart sont de vieux compagnons de route du candidat.» Le deuxième cercle comprend les experts (que Laurent Jalabert énumère); le troisième des «délégations»; le quatrième, «les amis» et le dernier, les délégués départementaux.
  122. Ainsi, par exemple, il organise à la demande d’André Henry et de Guy. Georges, en janvier 1975, leur rencontre avec le premier secrétaire du PS pour établir avec lui une relation régulière, mais il décline pour sa part l’intention de Mitterrand d’en faire son représentant personnel auprès du secrétaire général de la FEN (Guy Brucy, Histoire de la FEN, note 62 p. 587).
  123. Le mouvement Refondation a été lancé au printemps 1993 après l’échec du Parti socialiste aux élections législatives, à l’initiative notamment de Jean-Pierre Chevènement et l’ex-dirigeant communiste Charles Fiterman. Il rassemblait divers courants de la gauche et des militants opposés à la Guerre du Golfe et au Traité de Maastricht. Il prend fin au printemps 1994, à la veille des élections européennes, quand le Mouvement des citoyens décide de présenter sa propre liste aux élections européennes, liste qui n’obtiendra que 2,57% des voix.
  124. Le quotidien Le Monde du 23 novembre 1993 précise: «Après la réunion de ses assises nationales (le Monde du 20 octobre), le mouvement Refondations, que vient de quitter Jean-Pierre Chevènement, a procédé à l'élection, au sein de sa coordination nationale, de son nouvel exécutif. Celui-ci est désormais animé par une “présidence collective” de sept membres: Louis Astre, Nicole Duchet, Charles Fiterman, Henri Jacot, Jacques Kergoat, Claude Quin et Gilbert Wasserman
  125. Il s’agit de la « grande délégation » conduite par Pierre Mauroy et Roland Leroy, invitée à Moscou par Mikhaïl Gorbatchev pour découvrir la Pérestroïka et en débattre avec ses divers animateurs. « Gorbatchev lors de sa réception au Kremlin impose lui-même à l’assistance médusée un exercice de total et libre débat diffusé par les ondes à l’ensemble de l’Union soviétique », indique Astre évoquant ce moment à l'occasion des obsèques de Pierre Broué.
  126. Cet ouvrage restitue les travaux du colloque du 11 octobre 2012 organisé avec le même titre par l'Institut de la FSU et l'IRSHES (SNES) en partenariat avec le CURAPP/Amiens et le CRH/Paris 8.
  127. Cette émission correspond à ce qu'est aujourd'hui Expression directe. Elle était diffusée au titre des libres expressions des syndicats de salariés.