Louis-Lézin de Milly

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Louis-Lézin de Milly, né le 13 février 1752 à Saint-Pierre de la Martinique et décédé à Paris le 23 août 1804 est un avocat, homme de loi et franc-maçon, dit américain de par sa naissance aux Antilles. À Paris durant la Révolution, il milita au sein de différentes sociétés populaires et club. Il était rallié aux idées nouvelles d'une monarchie constitutionnelle, mais restait d'opinion modérée. Il prit parti également contre l'abolition de l'esclavage. Il s'éloigna progressivement de la vie politique, se consacrant ensuite à une activité de fonctionnaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis-Lézin de Milly est né le 13 février 1752 à Saint-Pierre de la Martinique. De son vrai nom Louis-Lézin Milly de la Croix, sa famille comptait parmi les notables de la colonie de Louisbourg avant sa prise par les Anglais en 1758. Son père, Thomas Milly, était capitaine de navire [1].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

De sa jeunesse, on ne connait qu'un premier passage en France de 1775 à 1779, où l'on trouve trace de lui au sein de la loge maçonnique "la noble et parfaite unité" [1], ainsi qu'au sein de l'archiconfrérie du Saint Sépulcre de Jérusalem [2].

Secrétaire du Parquet de Paris lors de la Prise de la Bastille[modifier | modifier le code]

Présent à Paris après 1784, il est Secrétaire de Louis Dominique Ethis de Corny, procureur de l’Hôtel de Ville de Paris, de 1785 à 1789, il participa avec lui à la dernière délégation parlementaire lors de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 avec notamment Boucheron, Poupart de Beaubourg[3] et Piquot de Sainte-Honorine. À la fin de 1789, la nouvelle administration municipale provisoire le priva de ses fonctions à l’Hôtel de Ville, déconvenue qui lui permit vraisemblablement de s'investir dans la vie politique de la section de la Bibliothèque [4].

La vie politique de la section de la Bibliothèque (1790-1792)[modifier | modifier le code]

Électeur de la section Bibliothèque (voir l'article sur le bataillon des Filles-Saint-Thomas) de 1790 à 1792[5], président de cette section pendant 6 mois en 1790[6], Louis-Lézin Milly fit partie des délégués de la section à l'assemblée électorale de Paris pour 1790 et 1791. C'est un proche d'Armand de Kersaint[5]., officier de la marine rallié aux idées nouvelles (ultérieurement démissionnaire de la Convention, après avoir refusé de voter la mort du Roi, puis guillotiné). Il prit part aux travaux de la "société patriotique de la section de la bibliothèque", qui fut un des premiers modèles des sociétés patriotiques, rassemblant des citoyens voulant préparer les débats de l'assemblée sectionnaire, et qui siégeait alors à une adresse voisine de la sienne, rue de la Michodière [6]. Louis-Lézin Milly fut brièvement président du Club des ennemis du Despotisme qui regroupe les vainqueurs de la Bastille au début de l'année 1791, mais dont l'âme était en réalité le brasseur Santerre [7].

Discours de février 1790 sur la traite négrière[modifier | modifier le code]

Il est l'auteur devant cette section d'un discours relatif à la traite négrière en février 1790: Discours prononcé le 20 février 1790, par M. de Milly, américain, citoyen de Paris, avocat en Parlement, l'un des commissaires nommés par le district des Filles-Saint-Thomas; pour l'examen de la question relative à la liberté et à l'abolition de la traite des nègres. Ce discours met en garde contre une désorganisation des colonies que produirait selon son auteur l'abolition de l'esclavage. Il avait pour but de répondre aux pressions que les Amis des Noirs de Brissot de Warville exerçaient sur l'assemblée. Apparemment entendu, il fut officiellement remercié par le club de Massiac, regroupant les colons et dirigé par Moreau de Saint-Méry. Cette prise de position illustre les divisions sur ce thème au sein des sociétés et comités révolutionnaires. Le club de Massiac exerce le rôle d'un lobby colonialiste, défendant les intérêts des planteurs et de la bourgeoisie de commerce des ports. L'abolition de l'esclavage en France ne sera proclamée que le 4 février 1794, à l'initiative de l'abbé Henri Grégoire, s'appuyant sur le principe révolutionnaire selon lequel « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Le Premier Consul Napoléon Bonaparte annulera ces dispositions contre l'esclavage quelques années plus tard.

Fonctionnaire du Ministère de la Justice (1793-1794)[modifier | modifier le code]

Royaliste modéré et constitutionnel, membre du club des Jacobins (les amis de la constitution), il fut également sur les listes des membres du Club de la Sainte Chapelle. Ceci l'obligea en 1792 à s'écarter de l'activité parlementaire.Il fut définitivement exclu de la société patriotique de la section (rebaptisée section Lepelletier) en décembre 1793, pour ce même motif et pour avoir participé à la rédaction d'une motion prenant parti contre la déchéance du roi dans les premiers jours d'août 1792, s'opposant de fait à celle présentée à l'Assemblée par Collot d'Herbois[6].

S'éloignant de la vie politique, il occupa un poste de chef de correspondance au Ministère de la Justice en 1793 et 1794.

Durant la grande Terreur de 1794, il fut arrêté en vertu du décret du 19 ventôse an II (9 mars 1794), à l'encontre des colons résidents en France. Il ne fut libéré que le 27 mars, après de notables interventions comme celle de Louis Gohier, Ministre de la Justice, et celle de Janvier Littée, député de la Martinique[6].

Fonctions « policières » (1795-1799)[modifier | modifier le code]

Par la suite, sa carrière s'orienta vers des missions de police et de surveillance; on le retrouve commissaire du Directoire Exécutif auprès de (l'ancien) 7e arrondissement de Paris vers 1796 [8]. Par deux fois il fut l'un des trois administrateurs du Bureau Central du Canton de Paris en 1798 et 1799, administration qui devint par la suite la Préfecture de Police. Il en fut destitué à la suite du coup d'état du 18 Brumaire[9].

Part dans la réorganisation du Grand Orient[modifier | modifier le code]

Ardent franc-maçon, faisant partie des hauts grades en 1785, il fut membre du Grand Chapitre Métropolitain en 1785, puis durant la révolution du "centre des Amis", seule structure à avoir alors poursuivi ses travaux, dirigé par Alexandre Louis Roëttiers de Montaleau[1]. Il prit part à la reconstruction du Grand Orient après 1795 au sein de plusieurs loges, telles que "saint Louis de la Martinique", "le Point Parfait" et "la Colombe", et fut surtout président de la chambre des grades du Grand Orient de France, à partir de 1799, date de la réunion du Grand Orient avec la Grande Loge de France, jusqu'à sa mort accidentelle en 1804[10].

Postérité[modifier | modifier le code]

Louis-Lézin Milly épousa en août 1794 Adrienne Douillon, dont il eut deux fils : Adrien-Gustave (1795-1879) et Louis-Adolphe de Milly (1799-1876). Ce dernier fit fortune après 1830, en mettant au point une application industrielle (issue des découvertes de Michel-Eugène Chevreul) permettant la production de bougies en stéarine (fabrique des "Bougies de l'étoile") [1].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Discours prononcé le 20 février 1790, par M. de Milly, américain, citoyen de Paris, avocat en Parlement, l'un des commissaires nommés par le district des Filles-Saint-Thomas; pour l'examen de la question relative à la liberté et à l'abolition de la traite des nègres archive.org.
  • Discours et réquisitoire du citoyen Milly, commissaire du pouvoir exécutif, près l'administration municipale du VIIe arrondissement de Paris, prononcés à la fête des époux, le 10 floréal, an V [de l'Impr. Bibliographique], Paris, 1797, En ligne


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d André Detape, Biographie de Louis-Lezin de Milly et Recherches sur la famille de Louis Adolphe de Milly, Généalogie et Histoire de la Caraïbe, 1992. 38 et 34
  2. Jean-Pierre de Gennes, Les chevaliers du Saint Sépulcre de Jérusalem - Tome II
  3. « Notice », sur Gallica.bnf.fr
  4. Adresse et Réclamation de la Section de la Bibliothèque en faveur de M.L.Milly…, BNF, 1790,
  5. a et b Isabelle Bourdin, Les sociétés populaires à Paris pendant la révolution, Librairie du Recueil Sirey, 1937, 454 pages.
  6. a, b, c et d Isabelle Bourdin, La Société de la section de la Bibliothèque, 26 août 1790-25 floréal an II, Librairie du Recueil Sirey, 1937, 106 pages.
  7. Sigismond Lacroix, Actes de la commune de Paris
  8. Almanach national de France pour l'An V, Testu, BNF
  9. Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire : recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris. T. 5, par A. Aulard, Paris, 1900
  10. Ge Kloss, Geschichte der Freimauerei in Frankreich aus ächten Urkunden dargestellt…

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Sigismond Lacroix, Actes de la commune de Paris (BNF) Gallica.
  • Boucheron, Récit de ce qui s'est passé sous mes yeux le mardi 14 juillet 1789 à onze heures du matin (BNF)
  • Notice d'A. Douarche dans Les tribunaux civils de Paris durant la Révolution.
  • Adresse et Réclamation de la Section de la Bibliothèque en faveur de M.L.Milly…, BNF, 1790,[1].
  • André Detape, Biographie de Louis-Lezin de Milly et Recherches sur la famille de Louis Adolphe de Milly, Généalogie et Histoire de la Caraïbe, 1992. 38 et 34.
  • Ge Kloss, Geschichte der Freimauerei in Frankreich aus ächten Urkunden dargestellt… [2].
  • Isabelle Bourdin, Les sociétés populaires à Paris pendant la révolution, Librairie du Recueil Sirey, 1937, 454 pages.
  • Isabelle Bourdin, La Société de la section de la Bibliothèque, 26 août 1790-25 floréal an II, Librairie du Recueil Sirey, 1937, 106 pages.
  • Alphonse Aulard, Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire : recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris. T. 5, Paris, 1900 Archive.org