Lothar von Trotha

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Lothar von Trotha
Image illustrative de l'article Lothar von Trotha

Naissance
Magdebourg
Décès (à 71 ans)
Bonn
Allégeance Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Grade Général
Conflits Première Guerre mondiale
Génocide des Hereros
Lothar von Trotha en 1903.

Adrian Dietrich Lothar von Trotha, né le 3 juillet 1848 à Magdebourg et mort le 31 mars 1920 à Bonn, est un général allemand, commandant des forces coloniales en Afrique orientale allemande puis dans le Sud-Ouest africain, où il a organisé et perpétré le massacre des Hereros.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Magdebourg, capitale de la province de Saxe, Trotha a rejoint l'armée prussienne en 1865 et a combattu dans les guerres austro-prussienne et franco-prussienne, pour lesquelles il fut récompensé de la Croix de fer 2e classe. Il trouva le temps d'épouser Bertha Neumann le 15 octobre 1872 et continua à gravir les rangs de l'armée prussienne.

En 1894, il est nommé commandant des forces coloniales en Afrique de l'Est allemande. Sa notoriété s'accroît grâce à la répression brutale qu'il exerce contre les mouvements de rébellion africains puis quand il dirige un corps expéditionnaire en Chine surtout contre la révolte des Boxers. Cette réputation le fait nommer commandant en chef du Sud-Ouest africain allemand, le 3 mai 1904, avec pour mission de réprimer la révolte herero.

Le 11 juin 1904, Trotha débarque dans le Sud-Ouest africain. La guerre contre les Hereros fait alors rage depuis cinq mois et les troupes allemandes ont peu de victoires à leur actif. Il sous-estime dans un premier temps la combativité et l'intelligence des Hereros, censés n'être que « des sauvages », et les pertes en vies humaines parmi les troupes allemandes continuent à augmenter. En octobre, il opte alors pour une nouvelle tactique militaire. À la bataille de Waterberg, il fait encercler les Hereros de trois côtés, ne leur laissant qu'une seule issue pour fuir : le désert du Kalahari.

Alors que les Hereros essayaient d'y trouver refuge, Trotha fit empoisonner les points d'eau, dressa des postes de garde à intervalles réguliers avec ordre de tirer sans sommation à la vue de chaque homme, femme ou enfant herero. Des milliers d’entre eux moururent de soif au fin fond du désert. Pour être encore plus clair, Trotha signa un ordre d'extermination (Vernichtungsbefehl) selon lequel « À l'intérieur des frontières allemandes, chaque Herero, armé ou non armé, sera abattu. Je n'accepterai pas non plus de femmes ou d'enfants. »

Localisation de l'Afrique du Sud-Ouest allemande

Quand les actions de Trotha furent connues de l'opinion publique allemande, un mouvement de répulsion s'empara de la population, ce qui amena le chancelier Bernhard von Bülow à demander au Kaiser Guillaume II de démettre Trotha de son commandement. L'ordre fut donné trop tard, alors que les survivants hereros étaient parqués dans des camps de concentration, comme le camp de concentration de Shark Island, ou servaient de main d'œuvre bon marché. Beaucoup moururent de malnutrition ou de dysenterie.

La population herero, estimée à 80 000 âmes avant le début de la guerre fut réduite à 15 000 individus en 1911.

Le 19 novembre 1905, Trotha revint en Allemagne et devint général d'infanterie en 1910. Il se remaria avec Lucy Goldstein Brinkmann le 19 mai 1912. Il mourut le 31 mars 1920 à Bonn. Avant sa mort, il apprendra que l'Allemagne va perdre définitivement la colonie du Sud-ouest Africain allemand, ce qui le chagrinera profondément.

Héritage[modifier | modifier le code]

L'ombre du général Lothar von Trotha plane sur le chapitre 9 du roman V. de Thomas Pynchon, publié en 1963.

Redécouverte dans les années 1990, cette guerre coloniale menée par Trotha fut qualifiée rétroactivement de premier génocide du XXe siècle. Son plan d'extermination des Hereros a été comparé par certains historiens[1] au plan d'extermination des Juifs mené par les Nazis.

Le 16 août 2004, le gouvernement allemand a présenté ses excuses officielles, historiques et morales pour ces atrocités, qualifiées dans un communiqué signé par la ministre allemande déléguée à la Coopération de « génocide ».

En octobre 2006, le conseil municipal de Munich a décidé de débaptiser une rue appelée von Trotha (depuis 1933 par les autorités nazies) pour lui donner le nom de « Hererostraße » (rue des Héréros)[2].

En 2007, les descendants de von Trotha sont venus en Namibie présenter leurs excuses aux chefs Héréros.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jan-Bart Gewald & Jeremy Silvester, Words Cannot be Found, German Colonial Rule in Namibia: an Annotated Reprint of the 1918 Blue Book, Leiden & Boston, Brill, 2003.
  2. [1]

Sources[modifier | modifier le code]

  • (de) Wilhelm von Trotha, Gegen Kirri und Büchse in Deutsch-Südwestafrika vaterländische Erzählung von dem Kampfe in Südwest, Breslau, Goerlich 1911, 187 p. (OCLC 180492821)
  • J. Kother, Le siècle des camps, Paris, Jean-Claude Lattès, 2000.
  • Élise Fontenaille, Le Livre bleu, Paris, Calmann-Lévy, 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Voir aussi[modifier | modifier le code]