Lorenzo Batlle

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Lorenzo Batlle
Illustration.
Fonctions
Président de la République orientale de l'Uruguay

(4 ans)
Prédécesseur Pedro Varela (intérim)
Venancio Flores
Successeur Tomás Gomensoro (intérim)
José Eugenio Ellauri
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Montevideo, Vice-royauté du Río de la Plata
Date de décès (à 76 ans)
Lieu de décès Montevideo, Uruguay
Nationalité Uruguayenne
Parti politique Parti colorado
Père José Batlle y Carreó
Mère Gertrudis Grau y Font
Conjoint Amalia Ordóñez Duval
Enfants José Batlle y Ordóñez
Luis Batlle y Ordóñez

Lorenzo Batlle
Présidents de la
République orientale de l'Uruguay

Lorenzo Cristóbal Manuel Batlle y Grau (Montevideo, Vice-royauté du Río de la Plata, 10 août 1810 – Montevideo, Uruguay, 8 mai 1887), militaire et homme d'État uruguayen, président de la République du 1er mars 1868 au 1er mars 1872.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Lorenzo Batlle naquit le 10 août 1810 dans le faubourg montévidéen de la Aguada, au sein d’une famille catalane originaire de Sitges.

Son père – José Batlle y Carreó – devint un prospère commerçant du Montevideo colonial et resta fidèle à la couronne lorsque la guerre d’indépendance éclata. La famille se réfugia à Río de Janeiro au moment du retrait des troupes espagnoles de Montevideo et ses propriétés furent alors confisquées par le gouvernement de Artigas (quoique partiellement restituées lors de la prise de la Province Orientale par les Portugais en 1817).


Leur puissance perdue, les Batlle quittèrent Montevideo en 1820 pour regagner l’Espagne et s'installer à Barcelone. Lorenzo y débuta ses études avant de fréquenter le collège dominicain de Sorèze (dans le Tarn, en France) puis l’Academia de Nobles y Militares de Madrid où, en 1823, il assista à l’exécution du général libéral Rafael de Riego ; événement qui semble l’avoir profondément marqué. Il ne retourna à Montevideo qu’en 1831 pour y reprendre les affaires familiales, notamment le moulin à farine de la Aguada.

Engagé dans l'armée en 1833, il servit sous les ordres du Gouvernement de la Défense durant la Grande Guerre (1839-1852). Le conflit lui permit de déployer toutes ses capacités et de devenir l’une des figures du Parti colorado. Il entra à la Chambre des Représentants comme député de Montevideo de 1842 à 1846, puis intégra l’Assemblée des Notables (qui faisait office de Pouvoir Législatif avec le Conseil d’État, à partir de 1846). En 1845, aux côtés de la Légion italienne de Garibaldi, il se distingua lors de la prise de la ville de Colonia occupée par les forces du Gouvernement du Cerrito. Il devint ministre de la Guerre et de la Marine en 1847 (menant avec succès la délicate expulsion du caudillo Fructuoso Rivera) et accéda au grade de colonel en 1851.

Au lendemain de la Grande Guerre, il adhéra à la « politique de fusion » qui consistait à rassembler les Uruguayens au sein d’un nouveau parti et à neutraliser les responsables des divisions orientales (à savoir les caudillos et les irréconciliables partis colorado et blanco). Mais très vite il réintégra les rangs du Parti colorado et, en 1853, lorsque le président Juan Francisco Giró fut renversé, il occupa le poste de ministre de la Guerre et de la Marine dans le Gouvernement du Triumvirat.

Lorenzo Batlle se rapprocha par la suite d’un groupe de dissidents colorados hostiles aux caudillos (connu sous le nom de Parti Conservateur) qui organisa, en août 1855, un soulèvement contre l’unique survivant du Triumvirat, Venancio Flores. Cette « Rébellion des Conservateurs » lui permit d’occuper le poste de ministre de la Guerre dans l’éphémère gouvernement de Luis Lamas.

La crise terminée, le nouveau président Gabriel Antonio Pereira (partisan d’une « politique de fusion ») l’invita à intégrer son équipe dans un souci de réconciliation. Lorenzo Batlle devint alors ministre de l’Économie entre mars 1856 et novembre 1857, mais démissionna à la veille d’une nouvelle insurrection colorada qu’il n’appuya pas franchement. Cette attitude lui permit d’échapper à la répression qui s'en suivit et qui culmina avec le massacre de Quinteros, en février 1858.

Il se retira ensuite de la vie politique jusqu’en 1865 ; date à laquelle le soulèvement victorieux de Venancio Flores (appuyé par l’Empire du Brésil) lui ouvrit, une nouvelle fois, les portes du ministère de la Guerre et de la Marine.

La présidence de la République[modifier | modifier le code]

L'assassinat des anciens présidents Venancio Flores et Bernardo Prudencio Berro permit à Lorenzo Batlle d'être élu président de la République, le 1er mars 1868. Mais dès ses débuts, il dut affronter une grave crise politique en raison de l’opposition de certains colorados et, surtout, du Parti blanco.

Les caudillos colorados (qui agissaient souvent à leur guise dans les départements) profitèrent de la disparition du charismatique Venancio Flores et de l’instabilité politique du moment pour obtenir davantage d’autonomie. Plusieurs soulèvements éclatèrent alors, notamment ceux de Máximo Pérez en 1868 et de Francisco Caraballo l’année suivante. Bien que sans lendemain, ces troubles révélèrent au grand jour la fragilité du pouvoir central.

Lorenzo Batlle dirigea, par ailleurs, le pays en s’appuyant exclusivement sur le Parti colorado. Cette politique hostile aux blancos l’obligea à affronter un puissant mouvement insurrectionnel organisé par des membres du Parti blanco depuis l'Argentine et dirigé par le caudillo Timoteo Aparicio. Ce soulèvement – appelé « Révolutions des Lances » – dura de 1870 à 1872 et constitua l'une des guerres civiles les plus longues et les plus sanglantes de l'Uruguay du XIXe siècle. Longtemps interprété à la seule lumière des luttes pour le pouvoir, l'historiographie moderne insiste sur un affrontement entre deux univers distincts qui coexistaient dans le pays : l'urbain, portuaire, européanisé et commercial (représenté par Montevideo et le Parti colorado) et le rural, méditerranéen, autosuffisant et lié à l'élevage (représenté par la campagne – pas encore contrôlée par un État en voie de consolidation – et le Parti blanco).

Le 1er mars 1872, au terme de son mandat et sans avoir pu rétablir la situation, Lorenzo Batlle remit le pouvoir au président du Sénat, Tomás Gomensoro. Ce dernier parvint finalement à signer un accord – connu sous le nom de « Paix d'Avril » – avec les insurgés, le 6 avril 1872.

La présidence Batlle fut également marquée par une crise financière liée à la disparition des conditions favorables créées par la Guerre du Paraguay (Montevideo constituait un point d'approvisionnement pour les troupes de la Triple-Alliance qui se dirigeaient vers le front). L'afflux de capitaux investis dans divers domaines, pour la plupart spéculatifs, prit fin en 1868 et le fragile système bancaire uruguayen, sur lequel l’État n'avait quasiment aucun contrôle, s'effondra. C’est alors que la politique monétaire du gouvernement entraîna la division de l’opinion publique entre les partisans de la convertibilité du papier-monnaie en or (oristas) et les adeptes du cours forcé du papier-monnaie (cursistas). Cette querelle marqua fortement la période, même si certains historiens ont peut-être surestimé son importance en dehors du strict cadre urbain et du monde des affaires.

Composition du gouvernement[modifier | modifier le code]

Ministère Titulaire Période
Intérieur Héctor Varela 1868
Emeterio Regúnaga 18681869
José Cándido Bustamante 1869 - 1872
Affaires étrangères José Eugenio Ellauri 1868
Manuel Herrera y Obes 1868 - 1869
Alejandro Magariños Cervantes 1869
Alfredo Rodríguez 18691870
Manuel Herrera y Obes 1870 - 1872
Finances Emeterio Regúnaga 1868
Pedro Bustamante 1868
Daniel Zorrilla 18681869
Alejandro Magariños Cervantes 1869
Duncan Stewart 1869 - 1872
Guerre et Marine José Gregorio Suárez 1868 - 1869
Juan Pablo Rebollo 1869
José Augusto Posolo 1869 - 1870
Trifón Ordóñez 1870 - 1872

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Lorenzo Batlle n'occupa plus de charges importantes par la suite, sauf en 1877, durant le gouvernement de Lorenzo Latorre. Il participa alors, dans le cadre du retour à la normalité institutionnelle, à une commission chargée de préparer les élections législatives de l'année suivante.

Bien que nommé brigadier-général par le gouvernement de Máximo Santos en 1882, il s’exila à Buenos Aires. Il y rejoignit les opposants au régime qui organisaient un soulèvement armé (auquel participait son fils, José Batlle y Ordóñez) et qui se termina le 31 mars 1886 par l’échec de la « révolution du Quebracho ». Après le départ de Máximo Santos en novembre 1886, Lorenzo Batlle retourna à Montevideo où il décéda le 8 mai 1887.

La descendance[modifier | modifier le code]

Lorenzo Batlle épousa en 1855 Amalia Ordóñez Duval, dont il eut deux enfants : José en 1856 et Luis en 1861.

La famille Batlle, qui compte parmi les familles les plus éminentes du Parti colorado, a donné quatre présidents de la République à l’Uruguay : Lorenzo, son fils José Batlle y Ordóñez (de 1903 à 1907, puis de 1911 à 1915), son petit-fils Luis Batlle Berres (de 1947 à 1951) et son arrière-petit-fils Jorge Batlle Ibáñez (de 2000 à 2005).

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • José María Fernández Saldaña, Diccionario uruguayo de biografías (1810-1940), Montevideo, Editorial Amerindia, 1945, 1366 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]


Articles connexes[modifier | modifier le code]