Loi du 3 août 1882 relative à la destruction des loups

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Loi relative à la destruction des loups
Description de cette image, également commentée ci-après
Un loup abattu à Vasselin, dans l'Isère, au début du XXe siècle.
Présentation
Pays Drapeau de la France France
Type Loi
Adoption et entrée en vigueur
Régime IIIe République
Législature IIIe
Gouvernement Charles de Freycinet (2)
Promulgation
Publication

La loi du relative à la destruction des loups est une loi française promulguée le par le président Jules Grévy et parue au Journal officiel le lendemain. Cette loi met en place des primes d'abattage importantes dans le but assumé d'obtenir l'éradication du loup en France.

Contexte[modifier | modifier le code]

En , l'abattage des loups est déjà récompensé par des primes. Celles-ci ont été fixées pendant la Révolution par la loi du 10 messidor an V () qui elle-même remplace un décret du 11 ventôse an III (). Cependant les montants de ces primes sont devenus trop bas pour être suffisamment intéressants. De plus, le paiement des primes est à la charge des départements, dont les budgets sont insuffisants et donc vite épuisés ; dans les faits les primes sont versées presque toujours en retard, voire jamais[1].

Dispositions[modifier | modifier le code]

Un loup gris.

Article 1[modifier | modifier le code]

Le premier article fixe les nouvelles primes à verser par tête de loup :

  • 40 francs pour un louveteau.
  • 100 francs pour un loup ou une louve « non pleine ».
  • 150 francs pour une louve « pleine » (c'est-à-dire gravide).
  • 200 francs pour un loup qui a attaqué un être humain, preuve à l'appui.

Cet article définit également le louveteau comme un spécimen dont la masse n’excède pas 8 kg.

Articles suivants[modifier | modifier le code]

Le deuxième article détaille la procédure concernant le versement des primes. Les primes sont à la charge de l'État et pour cela un budget est ouvert au ministère de l'Agriculture. Le troisième article indique que l'abattage doit être constaté par le maire de la commune sur laquelle il a eu lieu.

Le sixième article abroge aussi la loi du 10 messidor an V.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La loi est suivie le par un décret d'application et une circulaire du ministre François Césaire de Mahy qui simplifie encore la procédure[1].

La nouvelle loi conserve l'idée des primes d'abattage déjà en vigueur auparavant mais augmente celles-ci d'un facteur de six à huit, les rendant beaucoup plus attirantes. De plus, le problème des primes versées avec retard est réduit par la garantie de versement sous quinze jours et l'ouverture d'un budget au ministère[1].

Dès 1883, le nombre de loups abattus (et déclarés) bondit à 1 316, contre 423 pour l'année 1882. Jusqu'en 1887 ce sont 4 712 primes qui sont versées. L'ampleur de la tuerie fait considérer cette loi comme le « coup de grâce » du loup en France[1].

Année Loups abattus
1882 423
1883 1 316
1884 1 035
1885 900

L’appât du gain exacerbe aussi la concurrence entre candidats aux primes. L'historien Jean-Marc Moriceau rapporte une anecdote survenue le , à Ennordres, petite commune du Cher : six terrassiers affirment avoir battu à coup de bûche un loup de 40 kg qui essayait de traverser la Petite Sauldre. Ils adressent leur demande de prime au préfet mais, deux jours plus tard, un propriétaire terrien de Presly, M. Boutroux, se fait connaître et déclare qu'il est le « véritable destructeur » du loup. En effet, il explique avoir, le premier, empoisonné une carcasse avec de la strychnine pour que l'animal ne mange plus ses moutons. Un rapport vétérinaire confirme que le loup tué a bien été empoisonné. Le préfet décide alors de ne verser aucune prime : aux terrassiers car ils ont menti, au propriétaire car il a fait usage de poison sans autorisation[2].

Le loup gris, traqué, massacré ou empoisonné, disparaît de France dans les années 1930. Il ne fait son retour timide que des décennies plus tard, en 1992[2], dans le parc national du Mercantour, à travers une expansion naturelle depuis l'Italie favorisée par l'exode rural et la protection de l'espèce.

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « La nationalisation des primes : une politique générale d’éradication (1789-1928) », Homme et loup : 2000 ans d'histoire, sur unicaen.fr (consulté le 28 juin 2018).
  2. a et b Jean-Marc Moriceau, L'homme contre le loup : Une guerre de deux mille ans, Paris, Fayard, , 488 p. (ISBN 978-2-213-63555-2, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]