Loi de modernisation du système de santé

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Loi de modernisation du système de santé
Présentation
Titre Loi no 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé
Pays Drapeau de la France France
Langue(s) officielle(s) Français
Type Loi ordinaire
Adoption et entrée en vigueur
Législature XIVe législature de la Ve République
Gouvernement Gouvernement Valls II
Adoption 17 décembre 2015
Promulgation 26 janvier 2016
Version en vigueur Lire sur Légifrance

La loi de modernisation du système de santé, aussi appelée loi Santé, est une loi française promulguée en , après avoir été portée par la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine.

Au cours de son étude par le Parlement, entre octobre 2014 et décembre 2015, elle suscite de nombreuses critiques de la part des professionnels de la santé. Cette période est marquée par plusieurs grèves et manifestations, à Paris et en province, notamment en mars[1], en octobre[2] et en novembre 2015[3].

Points principaux[modifier | modifier le code]

La loi s'organise selon 3 axes[4] :

  • Faciliter l'accès aux soins
    • Extension du dispositif du tiers payant
    • Programme national de lutte contre les déserts médicaux
    • Extension d’un tarif social pour les soins dentaires (prothèses et orthodontie), optiques (lunettes) et les prothèses auditives pour les bénéficiaires de l’ACS (aide à l’acquisition d’une complémentaire santé) ;
    • Création d’un numéro d’appel national pour joindre un médecin aux heures de fermetures des cabinets médicaux ;
    • Création d’un portail Internet pour trouver un professionnel de santé à proximité qui permettra de se renseigner sur la prévention en santé, les risques épidémiques… ;
    • Création des actions de groupe en santé pour les victimes de dommages liés aux produits de santé ;
    • Autorisation de l’accès au dossier médical d’une personne décédée par son concubin ou son partenaire pacsé.
  • Consolider le système de santé
    • Mise en place de la refondation du service public hospitalier conçu comme un bloc d’obligations, et non plus la participation à l’une des 14 missions de service public fixées par la loi Hôpital, patients, santé et territoires du 21 juillet 2009 (loi HPST).
    • Création des groupements hospitaliers de territoire (GHT) pour permettre aux hôpitaux proches de partager des missions ou des fonctions support dans un projet médical commun,
    • Instauration d’un service territorial de santé au public qui concernera cinq domaines : les soins de proximité, la permanence des soins, la prévention, la santé mentale et l’accès aux soins des personnes handicapées ;
    • Relance du dossier médical partagé, librement accessible par le patient ;
    • Remise d’une lettre de liaison pour chaque patient à la sortie de l’hôpital ;
    • Amélioration de l’accès aux données de santé tout en respectant la protection de la vie privée ;
    • Suppression du délai de réflexion entre la première et la seconde consultation pour une interruption volontaire de grossesse (IVG) ;
    • Encadrement des conditions d'emprunt des hôpitaux publics ;
    • Instauration d'un droit à l'oubli afin d'améliorer l'accès à l'assurance et à l'emprunt des personnes ayant ou ayant eu une maladie grave, comme un cancer ;
    • Définition de principes fondamentaux de conciliation entre l'ouverture des données publiques de santé et le respect de la vie privée.

Certaines mesures gouvernementales ont été supprimées au cours du travail législatif

Extension du tiers payant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tiers payant.

Prévention[modifier | modifier le code]

Lutte contre l'alcoolisme et le tabagisme[modifier | modifier le code]

  • Lutte contre l’alcoolisation des jeunes avec la mise en place de sanctions pour l’incitation à la consommation d’alcool excessive chez un mineur.
  • Autorisation de prescription de substituts nicotiniques pour les médecins du travail, infirmiers et sages-femmes.

Encadrement des toxicomanies[modifier | modifier le code]

  • Expérimentation pendant six ans de « salles de consommation de drogues à moindre risque » supervisées par des professionnels de santé.

Lutte contre l'obésité[modifier | modifier le code]

  • Mise en place d’une information visuelle pour le consommateur sur la qualité nutritionnelle des produits alimentaires industriels, assurée par les partenaires de l’agroalimentaire sur la base du volontariat.

Création de Santé publique France[modifier | modifier le code]

Don d'organes[modifier | modifier le code]

  • Encouragement au don d’organes avec le consentement présumé de toute personne majeure décédée à partir de 2018.

Lutte contre les déserts médicaux[modifier | modifier le code]

En 2015, la France compte 192 zones considérées comme déserts médicaux par les Atlas régionaux de la démographie médicale du Conseil national de l’ordre des médecins, dans ces zones vivent près de 2,5 millions de personnes[5]. Afin de lutter contres ces déserts médicaux, ce texte de loi prend de nouvelles mesures regroupées sous le nom de « pacte territoire santé 2 », « faisant suite au "pacte territoire santé » lancé fin 2012, auquel il donne une assise législative[6].

Formation des médecins[modifier | modifier le code]

Il prévoit l'augmentation du numerus clausus dans 10 facultés de médecine (Amiens, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Pointe-à-Pitre, Rouen, Saint-Denis de la Réunion et Tours), d'en moyenne 6,4 % (entre 7 et 20 places par faculté), ciblant ainsi dix régions déficitaires en médecins[7]. Cette augmentation correspond à 131 places supplémentaires au niveau national. Pour l'Association nationale des étudiants en médecine de France, cette augmentation aura « un impact mineur et ne sera efficace que dans dix ans au mieux, le temps que les quelques étudiants supplémentaires finissent leur formation », même si cette mesure est globalement perçue comme positive par les étudiants et les professeurs[8].

Il prévoit également de développer les stages des futurs médecins en cabinet de ville et d'augmenter le nombre de médecins libéraux enseignants.

Installation[modifier | modifier le code]

Quotidien professionnel[modifier | modifier le code]

Interruption volontaire de grossesse[modifier | modifier le code]

Ce texte de loi comprend un amendement déposé par la députée socialiste Catherine Coutelle, présidente de la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale, supprimant l'obligation faite aux femmes de respecter un délai de réflexion de 7 jours entre la première et la seconde consultation du processus d'interruption volontaire de grossesse. Cette mesure a été soutenue par le PS, EELV, le PCF, les associations féministes et le planning familial[9].

L'UMP, l'UDI et le FN ont déposé des amendements visant à supprimer cette mesure, estimant qu'elle détricote la loi Veil, banalisant l'avortement et ne protégeant plus l'enfant à naître, mais ceux-ci ont été rejetés[10]. Le Collège national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) considère que supprimer l'obligation de respecter un délai de réflexion est contre-productif[11]. Les partisans de cette mesure estiment quant à eux que cette obligation était infantilisante, moralisatrice, culpabilisante et inutile dans une procédure longue permettant déjà la réflexion[12]. Ils mettent également en avant le fait qu'il pouvait entraîner des femmes à dépasser la date légale de 12 semaines de grossesse au-delà de laquelle il n'est plus possible d'avorter.

Par ailleurs le texte autorise les sages-femmes à prescrire l'IVG, mais uniquement par méthode médicamenteuse[13], ce qui a été salué par l'Ordre des sages-femmes, 85 % d'entre elles y étant favorables[14]. Il autorise également les médecins exerçant dans des centres de santé de proximité de réaliser des IVG chirurgicales[10] (ils pouvaient pratiquer des IVG médicamenteuses depuis 2008). Ces mesures visent notamment à endiguer le flux de femmes partant avorter à l'étranger, par manque d’accès à un professionnel compétent sur le territoire national[15].

Un amendement visant à supprimer la clause de conscience des médecins et des sages-femmes spécifique à la pratique de l'IVG, pour motif qu'elle est redondante avec le Code de la santé publique qui prévoit déjà qu'un professionnel puisse refuser des soins pour motifs personnels, a été retiré. Il était désapprouvé par l'Ordre des médecins, l'Ordre des sages-femmes et la ministre de la Santé[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. « Nouvelle manifestation des professionnels de santé contre le projet de loi Santé », sur 20minutes.fr (consulté le 29 décembre 2015)
  2. « Projet de loi Santé - Manifestation régionale des médecins généralistes à Lyon - France 3 Rhône-Alpes », sur France 3 Rhône-Alpes (consulté le 29 décembre 2015)
  3. « Revivez la journée de mobilisation des médecins contre la loi Touraine », sur Le Figaro (consulté le 29 décembre 2015)
  4. Espace Presse, Sénat, 18 décembre 2015
  5. « Près de 2,5 millions de Français vivent dans un désert médical », sur lemonde.fr,
  6. « Déserts médicaux : le Pacte Territoire Santé 2 renforce les aides à l’installation », sur lagazettedescommunes.com,
  7. « Médecine : le numerus clausus en hausse », sur lanouvellerepublique.fr,
  8. « Médecine : le numerus clausus augmente dans dix régions », sur etudiant.lefigaro.fr,
  9. « IVG : malgré l'opposition de la droite, l'Assemblée supprime le délai de réflexion », sur liberation.fr,
  10. a et b « IVG : l'Assemblée vote la suppression du délai de réflexion de sept jours », sur lemonde.fr,
  11. « Quand les médecins dénient aux femmes un droit de décision », sur liberation.fr,
  12. « IVG : le délai de réflexion de sept jours est un « calvaire » », sur lemonde.fr,
  13. a et b « IVG : vers la suppression du délai de réflexion », sur sante.lefigaro.fr,
  14. « L’Ordre des sages-femmes plébiscite la possibilité pour les sages-femmes de pratiquer les IVG médicamenteuses », sur ordre-sages-femmes.fr,
  15. « Loi IVG et sages-femmes : ça change quoi, concrètement ? », sur santemagazine.fr,