Loi de Stigler

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

En sociologie des sciences, la loi d'éponymie de Stigler, titre d'un article du statisticien Stephen Stigler en 1980[1], repris par Stigler dans son livre Statistics on the Table: The History of Statistical Concepts and Methods de 1999, affirme dans sa forme la plus abrupte :

« Une découverte scientifique ne porte jamais le nom de son auteur. »

Un article d'économie de la science[modifier | modifier le code]

Stigler étudie la désignation d'un concept, d'un théorème, d'une découverte, par le nom d'une personne — l'éponymie — en tant que partie du système de rétribution de l'effort des scientifiques. Cet hommage participe à l'économie du champ scientifique. En donnant son propre nom à cette « loi », Stigler la confirme dès les premières lignes, en affirmant que ce concept est au moins implicite dans les travaux du sociologue américain Robert K. Merton, auquel est dédié le recueil dans lequel l'article est d'abord publié.

Il ajoute, à propos des noms propres donnés aux découvertes scientifiques, qu'ils « ne sont que rarement proposés et jamais universellement reconnus, sauf si celui qui nomme est très distant dans le temps ou dans l'espace du scientifique ainsi honoré ». L'éponymie contribue non seulement au souvenir de la personne, mais encore au statut de la théorie ou du phénomène qu'elle désigne, qui se trouve ainsi dans une sélection considérablement restreinte de l'ensemble des travaux scientifiques[1].

La publication de l'article a suscité une avalanche d'exemples, mais peu de réactions au fond[2].

Exemples d'application[modifier | modifier le code]

En mathématiques[modifier | modifier le code]

Il y a de nombreux exemples où cette loi est vérifiée en mathématiques, avec plus ou moins de netteté. Par exemple le triangle de Pascal a une lointaine origine[N 1], la règle de L'Hôpital est due à Jean Bernoulli[3], la formule du binôme de Newton pour les entiers a une histoire ancienne[N 1], le théorème de Rolle sous sa forme actuelle date du XIXe siècle, postérieur à Rolle[4], le théorème de d'Alembert a été démontré par Gauss et énoncé pour la première fois par Albert Girard, la loi de Benford est observée la première fois par Simon Newcomb, etc., tandis que le déterminant de Vandermonde n'apparaît nulle part dans l'œuvre de Vandermonde[5], pionnier de la théorie des déterminants. En statistique, la correction de Bonferroni est due aux travaux de la mathématicienne Olive Jean Dunn[6].

En sciences physiques[modifier | modifier le code]

L'existence du boson de Higgs a été postulée indépendamment par Robert Brout, François Englert, Peter Higgs, Carl Richard Hagen, Gerald Guralnik et Thomas Kibble[réf. souhaitée].

Le code nommé code Baudot aux États-Unis est mentionné comme ayant été établi par Donald Murray (en).

L'effet Fizeau de déplacement des couleurs de la lumière est souvent nommé[réf. souhaitée] effet Doppler alors que celui-ci ne l'avait défini que pour le son.

En médecine[modifier | modifier le code]

La maladie de Parkinson, nommée ainsi par Jean-Martin Charcot en l'honneur de James Parkinson, a probablement été décrite par un médecin français en 1817 et même, selon d'autres auteurs, en Inde ancienne[7].

En démographie[modifier | modifier le code]

En démographie, le diagramme de Lexis donne un autre exemple de l’application de la loi de Stigler. En 1875, Wilhelm Lexis intervient dans le débat sur la construction de ce diagramme, soit plusieurs années après les contributions décisives de Gustav Zeuner (1869) ou Otto Brasche (1870)[8]. Par ailleurs, Abraham Verweij (1874), alias Abraham Verwey, propose exactement la même construction que Lexis, mais en 1874[9].

Contre-exemples[modifier | modifier le code]

Archimède a découvert et énoncé explicitement le principe qui porte son nom. Johannes Kepler a révolutionné l'astronomie en formulant ses trois lois. Gregor Mendel est reconnu comme étant à l’origine des lois de Mendel et le fondateur de la génétique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Voir l'article détaillé.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) T. F. et Gieryn, Science and social structure : a festschrift for Robert K. Merton, New York, NY Academy of Sciences, , 173 p. (ISBN 0-89766-043-9, lire en ligne), p. 147–157.
  2. Déclaration de Stigler dans (en) Robin Ince, « Laws That Aren't Laws : Stigler's Law », sur BBC, .
  3. (en) Howard Eves, In Mathematical Circles : Quadrant III-IV, Boston (Massachusetts) USA, Prindle, Weber & Schmidt, Inc., , 145 p., p. 208° ; voir l'article détaillé pour plus d'informations.
  4. Voir l'article détaillé.
  5. Cf. Lebesgue (Conférence d'Utrecht 1937) : « La grande notoriété n'est assurée en Mathématiques qu'aux noms associés à une méthode, à un théorème, à une notation. Peu importe d'ailleurs que l'attribution soit fondée ou non, et le nom de Vandermonde serait ignoré de l'immense majorité des mathématiciens si on ne lui avait attribué ce déterminant que vous connaissez bien, et qui n'est pas de lui ! ».
  6. (en) Jeremy Miles et Philip Banyard, Understanding and using statistics in psychology : a practical introduction : or, how I came to know and love the standard error, Los Angeles, SAGE Publications, , repr. éd., 356 p. (ISBN 978-0-7619-4397-6).
  7. Michael R. MacAskill,Tim J. Anderson Whose name is it anyway? Varying patterns of possessive usage in eponymous neurodegenerative diseases.
  8. (en) [PDF] The Lexis diagram, a misnomer.
  9. Demography - Analysis and Synthesis: A Treatise in Population, Academic Press, 2005, p. 57.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Stephen Stigler, « Stigler's Law of Eponymy », dans Statistics on the Table : The History of Statistical Concepts and Methods, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, , p. 277-290

Articles connexes[modifier | modifier le code]