Loi de Speenhamland

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La loi de Speenhamland, communément appelée la « loi sur les pauvres », a été en vigueur en Grande-Bretagne de 1795 à 1834. C'est l'une des nombreuses Poor Laws.

Principes et fonctionnement de la loi[modifier | modifier le code]

Cette loi a assuré jusqu'en 1834 un revenu minimum aux pauvres dans chaque paroisse, grâce à l'octroi d'un complément de ressources en numéraire indexé sur le prix du pain (ou du blé) et sur la taille de la famille à prendre en charge. Ce revenu était accordé en moins du salaire versé lorsque celui-ci ne suffisait pas à assurer l'existence du travailleur[1].

La loi a fait l'objet des critiques des libéraux (dont Morton Eden, Jeremy Bentham et Malthus), qui l'accusaient de déresponsabiliser l'individu et de favoriser le paupérisme[1]. Ils prétendaient aussi que celle-ci dépréciait la valeur travail[1].

Évaluations historiographiques[modifier | modifier le code]

La loi de Speenhamland a fait l'objet d'une ré-évaluation, initiée par les travaux de l'historien Mark Blaug en 1963 et 1964[1]. Selon l'historien George Boyer (1985), qui parle d'« assurance sociale » avant l'heure ou encore de « welfare state en miniature », le « système des secours » aurait réduit l’incertitude qui caractérisait à la fois la situation de l’ouvrier, susceptible de perdre son emploi, et celle du propriétaire terrien, qui devait trouver régulièrement une main-d’œuvre suffisante[1]. D'autres, comme Eric Hobsbawm, ont parlé d'ancêtre de la « sécurité sociale » [1].

Robert Castel note que l'abrogation de la loi de Speenhamland laisse place à un nouveau système public de secours qui repose sur la workhouse, "c'est-à-dire sur le travail obligatoire des indigents dans des conditions souvent inhumaines, mais système centralisé, national, qui se veut homogène et qui est financé par des fonds publics"[2]. Ce n'est pas une abolition stricte des Poor Laws comme le souhaitait notamment Malthus.

Elle est analysée dans ses origines et ses effets par Karl Polanyi dans son ouvrage phare La Grande Transformation, notamment son effet dépressif sur les salaires et sur la productivité[3], les employeurs n'ayant pas intérêt à proposer des salaires élevés puisque les ressources des employés étaient complétées par la paroisse, et les employés n'ayant pas intérêt à accroître leur productivité. Il voit dans son abolition en 1834, le point de départ du capitalisme industriel comme d'un modèle de société.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Jacques Rodriguez, De la charité publique à la mise au travail ? Autour du Speenhamland Act, La Vie des idées, 23 septembre 2008
  2. Robert Castel, les métamorphoses de la question sociale, p. 347, folio, folio essais, 3 septembre 1999, (ISBN 978-2070409945)
  3. Karl Polanyi, La Grande transformation, Chapitre 7

Liens internes[modifier | modifier le code]