Loi de Parkinson

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La loi de Parkinson pose que tout travail au sein d'une administration augmente jusqu’à occuper entièrement le temps qui lui est affecté. Elle concerne en particulier la multiplication inéluctable des fonctionnaires, et a d’abord été publiée par Cyril Northcote Parkinson le 19 novembre 1955 dans un article publié dans la revue The Economist et reprise ensuite avec neuf autres articles du même auteur dans un ouvrage intitulé Parkinson’s Law And Other Studies In Administration aux éditions The Riverside Press, en 1957. Cet ouvrage a été traduit en français par J. Villehouverte en 1958, sous le titre 1=2, ou les Principes de Mr. Parkinson.

Causes[modifier | modifier le code]

C. Northcote Parkinson a développé sa loi (Work expands so as to fill the time available for its completion. General recognition of this fact is shown in the proverbial phrase: It is the busiest man who has time to spare) à partir de trois éléments :

1) La loi des gaz appliquée au travail : cet élément permet à C. N.Parkinson d'affirmer que « le travail étant extensible, il n'y a pas (ou très peu) de relation entre un travail donné et la taille de l'équipe qui en est chargée ».

2) Les deux forces qui dictent le comportement des fonctionnaires, et que la longue expérience de C. Northcote Parkinson dans l'administration lui permet de mettre en évidence :

  1. « Un fonctionnaire entend multiplier ses subordonnés, pas ses rivaux » : il a une tendance à diviser le travail pour éviter d'être remis en cause par l'un de ses collaborateurs. Il crée ainsi des besoins de coordination interne, qui entraînent une charge de travail supplémentaire, puis l'embauche de collaborateurs supplémentaires. On construit ainsi un système « autarcique » qui va consommer, de manière endogène, une part croissante de l'énergie disponible, conduisant à la deuxième force :
  2. « Les fonctionnaires se créent mutuellement du travail ». Plus il y a de fonctionnaires, plus les demandes d'approbation qu'ils se communiquent mutuellement, ou tâches comparables, les occupent, de sorte que le travail accompli d'un point de vue extérieur par l'administration dans son ensemble n'augmente pas.

3) Le troisième élément, qui peut également être considéré comme une validation expérimentale, est son analyse des évolutions des personnels de deux ministères britanniques (Marine et Affaires coloniales) qui met en évidence une progression constante des employés malgré une importante diminution des attributions de ces ministères

À partir de ces trois éléments, il construit sa fameuse loi qu’il énonce ainsi (en page 12 de l’édition originale) : « …, it now becomes possible to state Parkinson’s Law in mathematical form: In any public administrative department not actually at war, the staff increase may be expected to follow this formula:….«  (ici, une formule mathématique délirante[non neutre]  x={\frac{(2k^{m}+a)}{n}} « … This figure will invariably prove to be between 5.17 per cent and 6.56 per cent, irrespective of any variation of the amount of work (if any) to be done. »

Explication de la formule :

  • x : est le nombre de nouveaux embauchés chaque année,
  • k : est le nombre de personnes qui recherchent une promotion via la nomination de subordonnés,
  • m : (l’exposant de k) est le nombre d'heures de travail consacrées à répondre à des notes internes du Service,
  • a : représente le nombre d’années entre l’âge d’affectation au poste et l’âge de la retraite,
  • n : est le nombre de nouveaux fonctionnaires nécessaires par an.

En pourcentage cela donne la formule :

x={\frac{100*(2k^{m}+a)}{y*n}}

y est le total de fonctionnaires de l'année précédente.

Une version française possible : « …, il devient désormais possible de présenter la loi de Parkinson sous une forme mathématique simple : Dans une administration publique qui n’est pas engagée directement dans des actions de guerre(s), l'augmentation des effectifs peut être définie par la formule suivante : (ici, la même formule mathématique que précédemment) « …Cette valeur sera toujours comprise entre 5,17 % et 6,56 %, indépendamment de toute variation de la quantité du travail (éventuel) à effectuer » .

La loi de Parkinson est donc la loi qui prédit l’augmentation inéluctable des fonctionnaires avec un taux d’environ 6% par an, indépendamment de la quantité de travail à fournir ou même de sa simple légitimité. Elle est également appelée « Loi de la pyramide sans fin» et a conduit à des expressions comme « développement parkinsonien des administrations ». C. Northcote Parkinson a ainsi mis en évidence une maladie fondamentale des bureaucraties administratives.

Dans son livre "Parkinson’s Law And Other Studies In Administration", C. N. Parkinson propose également deux autres lois :

- La loi de futilité : dans un comité financier, plus le budget discuté est important, moins on y passe de temps, et inversement (appelée également « Loi du local à vélos »[réf. nécessaire])

- Le coefficient d’inefficacité : Il définit le nombre critique des membres d’un cabinet ou conseil des ministres, nombre à partir duquel ce cabinet ministériel devient inefficace. Ce chiffre est toujours compris entre 19,2 et 22,4[1].

Exemples concrets[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage, Parkinson prenait l'exemple des effectifs administratifs de l'admirauté britannique et montrait que ceux-ci avaient crû notablement alors même que les tonnages gérés avaient été réduits des deux tiers. L'exemple le plus frappant étant le département colonial qui comprenait 372 personnes en 1932 et 1 661 personnes après la fin de l'existence des colonies britanniques[2].

En France, le ministère de l'Agriculture voit ses effectifs augmenter bien que le nombre d'agriculteurs baisse et qu'une partie de sa gestion est confiée à Bruxelles[2]. Les effectifs du ministère des Anciens combattants sont stables en dépit de la diminution des anciens combattants[2].

Les Fonds régional d'art contemporain (Frac) mis en place par Jack Lang présentent une autre illustration de la loi de Parkinson avec des procédures d'acquisition (la composition des comité d’acquisition n'est presque jamais détaillée), empêchant de contrôler l'absence de conflits d'intérêts dans les achats, des critères des choix d'acquisition qui ne sont pas rendus publics. Sous prétexte de secret commercial, le prix n'est presque jamais communiqué sauf quelques exceptions. Finalement, la constation s'impose dans les différentes régions que le poids du budget de fonctionnement l’emporte très largement sur l’investissement[3],[4],[5]

Généralisation de la loi des gaz[modifier | modifier le code]

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La loi des gaz est aussi utilisée pour évoquer un dérivé de la loi originale en rapport avec les ordinateurs : « Les données s’étendent jusqu’à remplir l’espace disponible pour leur stockage » ; acquérir davantage de mémoire encourage l’utilisation de techniques gourmandes en mémoire. Il a été observé qu'entre 1996 et 2006 l’utilisation de mémoire sur des systèmes évolutifs a tendance à doubler à peu près tous les 18 mois. La quantité de mémoire disponible pour une somme donnée a également tendance à doubler tous les 18 mois (voir loi de Moore) ; la loi des gaz généralisée affirme donc que l'on augmente les besoins jusqu'à ressentir toujours la même étroitesse des supports de stockage, malgré cette augmentation. Une aggravation de ce principe correspond à la loi de Wirth.

Cette loi des gaz pourrait être davantage généralisée comme : « La demande pour une ressource s’accroît toujours pour correspondre à l’approvisionnement de la ressource » (s'apparentant alors à la loi de Say).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. Northcote Parkinson, Les Lois de Parkinson, trad. par Jérôme de Villehouverte, préface d’Alfred Sauvy, Robert Laffont, Paris, 1983, (ISBN 2-221-01173-2)
  • C. Northcote Parkinson, Parkinson's Law, or The Pursuit of Progress, 1957. La loi de Parkinson en citation intégrale
  • Collectif, L'Entreprise moderne, Retz, 1972
  • E. Michael Bannester, L'analyse du travail appliquée aux tâches administratives: Réponse à la loi de Parkinson, in Management International, vol. 4, no 3, 1964), p. 115-123

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un chiffre exactement de cet ordre a été observé curieusement dans la messagerie instantanée Minitel du Parisien libéré : un Mini 6 de Bull gérait 80 terminaux simultanés en 1986 et deux ans plus tard un réseau de 20 Mini 6 en gérait non pas 1600, mais 800, suggérant que la moitié de la puissance disponible était consommée à coordonner les serveurs. L'équipe informatique estima inutile d'ajouter un 21e serveur, estimant que l'effet global serait une diminution du nombre de terminaux simultanés possibles.
  2. a, b et c Didier Dufau, L'étrange désastre. Le saccage de la prospérité, CEE, 2015, p. 89
  3. Art contemporain des collections publiques à fonds perdus, Société Civile, n°134, avril 2013
  4. Fric-frac : des impostures de l'art contemporain, Luc Ferry, lefigaro.fr, 15 mai 2013
  5. ibid, Dufau, p. 91-96

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Œuvres en ligne[modifier | modifier le code]