Loi de Brandolini

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La loi de Brandolini est un adage ou aphorisme énonçant que « la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire »[1],[2]. Ce principe critique la technique de propagande (en) qui consiste à diffuser de l'infox en masse, afin d'exploiter la crédulité d'un certain public en faisant appel à son système de pensée rapide, instinctif et émotionnel[3].

Pour le dire simplement : s'il est facile de créer une fausse information, sur le fond et la forme, en quelques minutes, il faudra probablement plusieurs heures pour démonter chaque point et montrer ainsi la fausseté de l'ensemble.

Historique[modifier | modifier le code]

Le principe est formulé publiquement pour la première fois en janvier 2013 par le programmeur italien Alberto Brandolini[4], puis rendu célèbre, après la publication sur Twitter d'une photo montrant une diapositive d'une présentation effectuée par Brandolini lors de la conférence XP2014 organisée par l'Agile Alliance, le [5].

Dans ses Lettres sur l'infidélité, George Horne écrit en 1786[6] :

« La stupidité et l'ignorance peuvent poser une question en trois lignes, à laquelle trente pages de savoir et d'ingéniosité seront nécessaires pour répondre. Une fois cela fait, la même question sera triomphalement posée à nouveau l'année suivante, comme si rien n'avait jamais été écrit sur le sujet. (Pertness and ignorance may ask a question in three lines, which it will cost learning and ingenuity thirty pages to answer. When this is done, the same question shall be triumphantly asked again the next year, as if nothing had ever been written upon the subject.) »

— George Horne

Cette réflexion peut se rapprocher de l'aphorisme cité par Lénine dans sa Lettre aux Camarades[7], à la différence que l'aphorisme porte sur les questions d'un imbécile et non les idioties qu'il peut affirmer :

« Un imbécile peut poser à lui seul dix fois plus de questions que dix sages ensemble ne sauraient en résoudre. »

— Lénine

Une réflexion similaire avait été formulée par le passé, mais elle se concentrait davantage sur la vitesse de propagation que sur l'idiotie, alors que le propos de Brandolini s'intéresse à la difficulté de réfuter.

Cette loi expérimentale est à rapprocher de la citation de Benjamin Disraeli qui donne une estimation approchante[8],[9],[10] :

« Les livres sont le fléau de l'humanité. Les neuf dixièmes des livres existants sont des inepties, et les livres intelligents ne sont que la réfutation de ces inepties. »

— Benjamin Disraeli

Intérêt[modifier | modifier le code]

Il ressort de cet adage que la désinformation a un avantage important sur la vérité, car rétablir la vérité est particulièrement coûteux[2].

Ce principe est l'une des raisons pour lesquelles il ne faut pas renverser la charge de la preuve.

Applications[modifier | modifier le code]

Le phénomène est amplifié par le développement des réseaux sociaux. La démarche initiale est le « scoopisme » : « baratins et racontars, souvent alarmistes et complotistes, ont le vent en poupe, à la faveur des médias sociaux qui diffusent avec d'autant plus de célérité les informations que celles-ci paraissent choquantes, ou aller à contre-courant des conventions »[2]. Il touche notamment la communauté scientifique qui n'a pas les moyens de combattre tous « les mensonges et les inexactitudes » diffusées sur le web mais devrait selon le biologiste Phil Williamson, exploiter la puissance d'internet pour créer des systèmes de notation modérée s'appliquant à des sites Web qui prétendent apporter des informations scientifiques[11].

Cette technique de propagande s'apparente au « Gish gallop (en) »[12] (une expression de l'anthropologue américaine Eugenie Scott pour fustiger la rhétorique du créationniste Duane Gish), « une technique de débat qui consiste à noyer son adversaire sous un déluge d’arguments inconsistants[1] ».

Elle s'apparente aussi au « millefeuille argumentatif »[13].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bernard Swynghedauw, « Le principe de Brandolini et les fake news », Medecine sciences: M/S, vol. 36, nos 6-7,‎ , p. 654 (lire en ligne).
  2. a b et c « La loi de Brandolini ou le principe d'asymétrie du baratin : un défi pour les scientifiques », sur www.echosciences-grenoble.fr (consulté le )
  3. « La « loi de Brandolini » : qu’est-ce que c’est ? », sur laculturegenerale.com, .
  4. (en) Alberto Brandolini, « Bullshit Asymmetry Principle - Twitter », sur Twitter (consulté le ).
  5. (en) Tim Farley, « Bullshit asymmetry principle », sur Twitter (consulté le ).
  6. (en) George Horne, Letters on Infidelity, Clarendon Press, (lire en ligne)
  7. V. I. Oulianov dit Lénine, « Lettre aux Camarades », sur marxistes.org, (consulté le )
  8. Les livres sont le fléau de l'humanité.
  9. Citation de Benjamin Disraeli
  10. Les livres sont le fléau de l'humanité
  11. (en) Phil Williamson, « Take the time and effort to correct misinformation », Nature, vol. 540, no 171,‎ (DOI 10.1038/540171a)
  12. (en) Eugenie Scott, « Debates and the Globetrotters », sur talkorigins.org, .
  13. « C’est une technique rhétorique qui vise à intimider celui qui y est confronté : il s’agit de le submerger par une série d’arguments empruntés à des champs très diversifiés de la connaissance, pour remplacer la qualité de l’argumentation par la quantité des (fausses) preuves. Histoire, géopolitique, physique, biologie… toutes les sciences sont convoquées – bien entendu, jamais de façon rigoureuse. Il s’agit de créer l’impression que, parmi tous les arguments avancés, "tout ne peut pas être faux", qu’"il n’y a pas de fumée sans feu" ». Cf « On te manipule », sur gouvernement.fr,

Articles connexes[modifier | modifier le code]