Lobsang Sangay

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Lobsang Sangay
Illustration.
Lobsang Sangay en 2012
Fonctions
Premier ministre de l'Administration centrale tibétaine
En fonction depuis le
(7 ans, 4 mois et 11 jours)
Élection
Réélection
Gouvernement Administration centrale tibétaine
Prédécesseur Samdhong Rinpoché
Biographie
Date de naissance (50 ans)
Lieu de naissance Darjeeling, Drapeau de l'Inde Inde
Nationalité Américaine
Parti politique Parti démocratique national du Tibet
Conjoint Kesang Yangdon Shakchang
Enfants Une fille
Diplômé de Université de Delhi
Faculté de droit de Harvard
Profession Juriste
Résidence Dharamsala

Lobsang Sangay
Premiers ministres tibétains

Lobsang Sangay (tibétain : བློ་བཟང་སེང་གེ, Wylie : blo-bzang seng-ge « lion au bon cœur »), né le à Darjeeling en Inde, est, depuis le 8 août 2011, l'actuel président du gouvernement tibétain en exil, officiellement connu sous le nom de l'Administration centrale tibétaine. Expert en droit international et en démocratie formé à l'université Harvard aux États-Unis, Sangay détient la citoyenneté américaine.

Après les élections, à la demande du 14e dalaï-lama, le parlement tibétain en exil a modifié les statuts de l'organisation afin de supprimer le rôle du dalaï-lama en tant que chef politique, faisant de Lobsang Sangay son plus haut dirigeant. En 2012, pour refléter ce changement, le titre de Lobsang Sangay a été changé de kalön tripa (« premier ministre ») en sikyong (« souverain » ou « régent »).

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Lobsang Sangay est né en 1968, à Darjeeling, une région productrice de thé du nord-est de l’Inde. Ses parents étaient des réfugiés tibétains. Son père est un moine du monastère de Litang[1], détruit par les militaires chinois dans les années 1950, et qui a fui le Tibet en 1959, la même année que sa mère, âgée de 17 ans, Kelsang Choden, originaire de Chamdo, dans le Kham (aujourd'hui dans la région autonome du Tibet). Ses parents, qui s'étaient rencontrés dans un camp de réfugiés en Inde, s'installèrent à Lamahatta, un petit village près de Darjeeling. Ils tenaient un petit commerce, élevaient des poules et des vaches, dont l’une fut vendue pour les études scolaires de leur fils[2]. Il n'a jamais vécu ni ne s'est rendu au Tibet[3],[4].

Éducation et carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Lobsang Sangay effectua sa scolarité à l'École centrale pour les Tibétains de Darjeeling.

Il alla ensuite à l'université de Delhi, où il obtint un diplôme de lettres (Bachelor of Arts) et un diplôme de droit (Bachelor of Laws).

En 1995, il gagna les États-Unis après avoir obtenu une bourse Fulbright pour étudier à l'université Harvard[5].

En 1996 et en 2004, il obtint à l'université Harvard son Master of Laws, et son doctorat en droit.

La même année, il reçut le prix d'excellence Yong K. Kim' 95 pour sa thèse, Democracy in Distress: Is Exile Polity a Remedy? A Case Study of Tibet's Government-in-exile[6].

Il a été chargé de recherche du East Asian Legal Studies Program à la Faculté de droit de Harvard.

Citoyenneté[modifier | modifier le code]

Lobsang Sangay est de nationalité américaine[7] et voyage avec un passeport des États-Unis[8].

Activités militantes[modifier | modifier le code]

Lobsang Sangay a été élu en 1992 membre du comité exécutif du congrès de la jeunesse tibétaine.

En 2003, il organisa cinq rencontres entre des spécialistes chinois et tibétains, dont une rencontre entre le 14e dalaï-lama et 35 spécialistes chinois à l'université Harvard.

Activités politiques[modifier | modifier le code]

Lobsang Sangay, avec le dalaï-lama à Boston en 2012.

Lobsang Sangay se présente à l'élection du Premier ministre tibétain de 2011. Sur les 16 candidats en lice lors des primaires, il est l'un des six en tête et donc sélectionné.

Première mandature (2011-2016)[modifier | modifier le code]

Le 27 avril 2011, il est proclamé par la commission électorale premier ministre de l'Administration centrale tibétaine[9], ayant remporté l'élection du 20 mars avec 55 % des voix exprimées (27 051 voix) par les votants (49 184) enregistrés parmi la communauté tibétaine en exil dans 30 pays du monde (83 990 électeurs inscrits). Les deux autres candidats sont Tenzin Namgyal Tethong, diplômé de l'université Stanford, représentant du dalaï-lama à New York entre 1973 et 1986 et son représentant spécial à Washington entre 1987 et 1990 ainsi que Premier ministre du gouvernement tibétain de 1993 à 1996, et Tashi Wangdi, qui a été représentant tibétain à Bruxelles, New Delhi et New York. Tenzin Namgyal Tethong obtient 37,4 % des voix, tandis que Tashi Wangdi, qui avait été ministre du gouvernement tibétain en exil une dizaine de fois dans les dernières années, n'obtient que 6,4 %[10]. Lobsang Sangay succède à Samdhong Rinpoché.

C’est à 9 heures 9 minutes et 9 secondes, le 8 août 2011 que Lobsang Sangay prête serment comme nouveau Premier ministre du gouvernement tibétain en exil et successeur politique du dalaï-lama, en souhaitant libérer son peuple de ce qu'il appelle le « colonialisme » chinois. Le chiffre 9 est associé à la longévité. Le chiffre 8, relatif au jour et au mois lunaire tibétain, est de bon augure[11],[12],[13].

Renonçant à son travail à Harvard où il vivait confortablement depuis une quinzaine d'années, il vient s'installer avec sa famille à Dharamsala, où il perçoit un salaire de 367 dollars par mois. L'éducation des Tibétains pour s'opposer à l'éradication de la culture tibétaine est l'une de ses priorités avec sa volonté de dialogue avec les Chinois. Il prône « la voie du milieu » du dalaï-lama « consistant en ce que les Tibétains soient gouvernés par une administration qui jouisse d'une authentique autonomie régionale nationale avec toutes les garanties afférentes, c'est-à-dire l'autoadministration et la pleine capacité de décision, sauf en ce qui concerne les questions touchant aux relations avec l'étranger et à la défense nationale »[14].

En 2011, quatre mois après son investiture, il visite sept pays d'Europe, la Suisse, l'Allemagne, la Norvège et le Danemark, la France, la Belgique et la Grande-Bretagne[15].

En 2013, il participe au Oslo Freedom Forum (en). Il aborde les difficultés d'une lutte asymétrique entre un gouvernement en exil aux ressources limitées contre la superpuissance économique et politique de la Chine. Cependant, en suivant les méthodes et les idéaux démocratiques, la diaspora tibétaine a pu bâtir un gouvernement offrant de nombreux services sociaux, et Sangay a confiance en la victoire ultime de la démocratie sur la domination du Parti communiste chinois[16].

En mars 2015, il est en visite à Paris où il donne un discours lors de la commémoration européenne du soulèvement tibétain de 1959[17].

Deuxième mandature (2016-?)[modifier | modifier le code]

Candidat à l'élection du Premier ministre tibétain de 2016, il est réélu le 27 avril 2016 avec 33 876 voix, soit 57,08 % des 59 353 suffrages exprimés, contre 24 864 voix, soit 41,89 %, pour Penpa Tsering, le président du parlement tibétain en exil (électeurs inscrits : 90 377)[18],[14]. Il était opposé à deux autres candidats : Panpa Tsering, qui atteindra le deuxième tour, et Lukar Jam Atsok, éliminé dès le premier tour. Ce dernier, un ancien détenu des prisons chinoises, considère que la « voie du milieu  » a échoué et appelle à l'indépendance du Tibet, remettant ainsi en cause le point de vue du dalaï-lama[19]. Lors de cette élection le titre officiel en tibétain de Kalon Tripa (« premier ministre ») a été changé en Sikyong (« dirigeant politique »).

En août 2017, Lobsang Sangay en visite en Australie appelle le gouvernement australien à soutenir la politique de la voie médiane demandant une autonomie tibétaine authentique selon les lois chinoises, sans chercher la séparation de la Chine[20]. Reçu par le sous-comité des droits de l'homme du Parlement d'Australie, il dénonce la répression religieuse et les violations des droits de l'homme au Tibet, évoquant la destruction de l'Institut bouddhiste de Larung Gar[21].

Prix[modifier | modifier le code]

  • 2004 Yong K. Kim' 95 Prize of excellence pour sa thèse
  • 2015 Presidential Medal de la Salisbury University (en) pour promouvoir la paix et le dialogue [22]

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Human rights and Buddhism : cultural relativism, individualism & universalism, Thèse (LL. M.), Harvard Law School, 1996, (OCLC 43348085)
  • (en) Democracy in distress : is exile polity a remedy? : a case study of Tibet's government in exile, Thèse (S.J.D.), Harvard Law School, 2004, (OCLC 62578261)
  • (en) Tibet: Exiles' Journey, Journal of Democracy (en) - Volume 14, Number 3, juillet 2003, p. 119-130
  • (en) Billy Jackson, We Sing a Song of Sadness Tibetan Political Prisoners Speak Out, (With poems and recollections by the late Ngodup Paljor), sous la direction de Sarah Jackson, Lobsang Sangay, Tyler DeWaal, Publish America, 2004, (ISBN 1-4137-1677-6)
  • (en) Lobsang Sangay, China in Tibet: Forty Years of Liberation or Occupation?, Harvard Asia Quarterly, Volume III, No. 3, (voir en ligne)
  • (en) A constitutional analysis of the secularization of the Tibetan diaspora : the role of the Dalai Lama, in Theology and the soul of the liberal state, ed. Leonard V Kaplan; Charles Lloyd Cohen, Lanham : Lexington Books, 2010, (ISBN 9780739126172)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Anuradha Sharma Pujari (en), Interview: Lobsang Sangay, The Diplomat, 7 avril 2014.
  2. Dorian Malovic, Un professeur de Harvard élu premier ministre de la diaspora tibétaine, 27 avril 2011.
  3. Le successeur politique du dalaï lama prête serment, Libération, 8 août 2011 : « Lobsang Sangay, né dans une région productrice de thé dans le nord-est de l’Inde [...]. Cet expert en droit international n’a jamais vécu au Tibet et ne s’y est même jamais rendu. »
  4. (en) Zhu Shanshan, Dalai Lama's new "prime minister" illegitimate: official, Global Times, 28 avril 2011, reproduit sur le site Tibet Sun : « Born in the tea-growing region of Darjeeling in India in 1968, Sangay has never lived in or visited Tibet. »
  5. (en) Zhu Shanshan, op. cit. : « He arrived in the US in 1995 after receiving a Fulbright scholarship to Harvard University, the BBC reported. »
  6. (en) Lobsang Sangay LL.M. '96 S.J.D. '04 named prime minister of the Tibetan government in exile, site Harvard Law School, April 27, 2011 : « As a doctoral candidate at HLS in 2004, Sangay was a co-recipient of the Yong K. Kim Prize, awarded annually at Commencement in recognition of the best student writing intended to foster U.S.-East Asian understanding. His dissertation was entitled “Democracy in Distress: Is Exile Polity a Remedy? A Case Study of Tibet’s Government in Exile.” »
  7. (en) Raphael Ahren, In 1st Israel visit, a Tibetan leader quietly seeks support, hails Jews’ return, The Times of Israel, 25 juin 2018 : « Sangay, who spent many years in the US and holds American citizenship [...]. »
  8. (en) Kevin Bloom, SA’s Tibet Problem: An interview with China’s public enemy number two, Lobsang Sangay, Daily Maverick, 8 février 2018 : « Sikyong Lobsang Sangay, who travels on a United States passport [...] the Dalai Lama, who intentionally travels on refugee papers. »
  9. (en) Election Commission Announces Final Results of Elections
  10. (en) Tibetans Elect Dr Lobsang Sangay as Kalon Tripa
  11. Le successeur politique du dalaï lama prête serment, Libération, 8 août 2011.
  12. Frédéric Bobin, Lobsang Sangay : "Pékin porte la responsabilité des immolations de Tibétains", Le Monde, 17 février 2011.
  13. Audrey Garric, Le dalaï-lama renonce à son rôle politique mais pas à son influence, Le Monde, 10 mars 2011.
  14. a et b Falila Gbadamassi, Lobsang Sangay, celui qui porte les aspirations d'un Tibet «auto-administré», GeopolisFTV, 3 mai 2016.
  15. Première tournée européenne du chef du gouvernement tibétain en exil, RFI, 26 novembre 2011
  16. (en) Oslo Freedom Forum (en), Lobsang Sangay - Democracy in Exile, May 14, 2013
  17. (en) Re-Elected Tibetan Leader Pledges to Revive Global Awareness of His Country’s Plight, Times, 28 avril 2016
  18. « Final Results of Sikyong and Tibetan Parliamentary Elections Declared », Central Tibetan Administration, April 27, 2016.
  19. Harold Thibault, Tibet la non violence dans l'impasse, Le Monde 18 septembre 2016.
  20. (en) http://www.smh.com.au/national/leader-in-exile-tibetan-president-calls-for-australias-support-20170806-gxqags.html
  21. (en) http://www.newsx.com/world/71562-tibetan-prime-minister-lobsang-sangay-apprises-australian-mps-about-rights-violations
  22. (en) US university honoured Tibetan PM Sangay with Presidential Medal for promoting peace, Jagran Prakashan Limited, 15 octobre 2015

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]