Lo'jo

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Lo'jo est le fruit de la rencontre au début des années 80 de Denis Péan (claviers, chant), Richard Zenou (contrebasse) et Richard Bourreau (violon).

Lo'Jo

Historique[modifier | modifier le code]

En 1982 Denis Péan nomme le groupe : Lo'jo, il deviendra quelques années plus tard Lo'jo Triban et pour un temps plus court Lo'jo Triban Rezoo avant de redevenir Lo'jo. Le groupe s'expérimente d'abord en concert dans la ferme des parents de Denis Péan à Sorges, commune des Ponts de Cé en Anjou.

Le premier concert mémorable  " Musique pour l'homme en marche " eut lieu aux Beaux-Arts d'Angers en 1984 couplé à une exposition de la peintre Eli Meslier qui deviendra Josef Pinture dont les oeuvres jalonneront la vie du groupe.

Des dizaines de musiciens gravitent autour du groupe pour inventer une musique et une mythologie inédite.

Le groupe joue alors dans les rares salles de concerts ou cabarets de la ville d'Angers (Le Grand café, Le Vert Luisant, La Grande Lande, la salle Jean Vilar ).

Les musiciens les plus marquants des débuts seront Nico Loco Zoo, Denis Halligon, Pascal Boulat, Nico Ganter,Toto Fougeras, Hameed Khan (dont la famille du Rajasthan restera toujours liée à lo'jo). Dans cette bande anarchique on trouve déjà Philippe Brix qui deviendra le manager et un des activistes incontournables du groupe jusqu'à la moitié des années 2000.

En 1985 c'est Viva Lo'jo puis en 1988 le groupe qu'a rejoint le batteur Nicolas Gallard est sollicité par la Cie de Théâtre de rue Jo Bithume. C'est le début d'un voyage qui n'aura de cesse. Lo'jo, en camions et caravanes, traverse l'Europe pour se retrouver en 1991 au Lincoln Center à New-York puis en tournée à l'Ile de la Réunion.

Le premier enregistrement K7 de Lo'jo  " Depuis très longtemps " consigne ces musiques illustrant les fantaisies de la Cie Jo Bithume. Dans la foulée il enregistre " The international Courabou "  rejoint par les chanteuses Nadia Nid el Mourid et Chrystèle Chiaudano et Renaud Pion au saxophone.

Puis se succéderont " Siempre ", et " Le disque dort " commande de l'artiste Jean-Michel Verret pour son ouvrage 360°.

Après 4 années passées à jouer sur les places des villes et des villages de France, d'Allemagne de Pologne , de Hollande, d'Autriche avec la Cie Jo Bithume, Lo'jo décide de voler de ses propres ailes.

Le bassiste Kamga Kamdem, le guitariste Rachid Séfrioui, l'accordéoniste Guy Raimbault rallient le groupe ; sort alors le disque " Fils de Zamal " (1993) qui donnera au groupe un début de renommée nationale, puis le groupe change encore sensiblement de musiciens pour " G7 of destruction & artisans of peace " (1994, avec Stéphane Barral à la basse et Méphisto au saxophone), et  " Sin Acabar " (1996) dans lequel la chanteuse Yamina Nid el Mourid fait sa première apparition dans le groupe après avoir succédé à Chrystèle Chiaudano.

La rencontre avec l'éditeur parisien Max Amphoux est décisive, il co-produira avec Lo'jo les disques  " Mo'jo Radio " (1997, qui inaugure l'arrivée du bassiste et contrebassiste Kham Meslien ; par ailleurs le bassoniste Stéphane Coutable deviendra un des invités les plus réguliers du groupe), " Bohème de Cristal " (2000, dernier album avec Guy Raimbault) ,  "  L'une des siens " (2002, Mathieu Rousseau remplace alors Nicolas Gallard à la batterie), le live " Ce soir là ( 2003), " Bazar Savant " (2006).

Le premier voyage au Mali en 1996 à l'occasion du " Festival du Théâtre des réalités " dirigé par le dramaturge Adama Traoré  marquera à jamais l'histoire sonore et  humaine du groupe. Lo'jo produit le premier disque de l'orchestre béninois Gangbé Brass Band avec lequel il part aussi en tournée en France, au Canada, en Norvège, Belgique. 

La fin des années 90 est marquée par les spectacles " Ombrofono & Cinémisik " ou " Triban de Lo'jo " concoctés avec le groupe ZUR, inventeurs d'un monde insolite d'objets mécaniques et de faisceaux, d'utilisation détournée de projections cinéma 16 mm ; de même seront significatives la rencontre avec la peintre allemande Viola Schöpe, les performances avec les acrobates des Sélène, et aussi l'organisation avec le groupe Yo de grandes festivités au coeur des villes, nommées Kabar' Lo'jo.

Le groupe continue a se produire dans le monde notamment dans les " Womad Festival " initiés par Peter Gabriel.

Le groupe investit  dès l'an 2000 - à l'initiative de Philippe Bodart, maire de la commune de Mûrs-Erigné près d'Angers - une grande bâtisse " La Fontaine du Mont " qui deviendra son quartier général et un lieu de résidence pour des musiciens locaux aussi bien que pour des artistes du monde entier, une agora permanente, un terrain d'expérimentation de la vie collective et de citoyenneté. L'accordéoniste réunionnais René Lacaille compagnon d'Alain Peters y séjourne régulièrement de même que nombres d'artistes touaregs.

Lo'jo et son manager historique Philippe Brix inventent en 2001 le " Festival au Désert " à Tin-Essako dans le Nord-Mali, et produisent avec leur ingénieur du son Jean-Paul Romann le disque " The Radio Tisdas Sessions " du goupe Tinariwen. Ils feront connaître au reste du monde la légende du blues Touareg alors insoupçonnée en dehors du Sahara. En 2003 ils entrainent Robert Plant de Led Zeppelin et son guitariste Justin Adams (réalisateur quelques années auparavant de " Mo'jo Radio " et " Bohème de Cristal " ) dans la troisième édition du festival près de Tombouktou.

En 2006paraîtra " Bazar savant " (Franck Vaillant remplace alors Mathieu Rousseau à la batterie, une chanson chantée par George Barrington Dudley du groupe jamaïcain Mystic Revelation of Rastafari conclut l'opus). Le groupe donnera cette même année pour France-Inter un concert légendaire avec le saxophoniste Archie Shepp dans l'émission Pollen de Jean-Louis Foulquier.

Lo'jo participe à l'épopée " Babel Caucase " passant par la Géorgie d'où naîtra une  grande amitié musicale avec le chanteur et joueur de panduri Niaz Diasamidze).

En 2008 Lo'jo crée le spectacle " Lojo Music Circus " avec les artistes de la troupe coréenne Dulsori, un funambule indien, et d'autres circassiens prodiges.En accompagnant les installations de feu de la Cie Carabosse Lo'jo garde toujours un pied dans le milieu de l'art de rue. Suivront les disques " Cosmophono " (2009, avec la trompettiste Airelle Besson ), " Cinéma el Mundo " (2012, réalisé par Jean Lamoot, avec Robert Wyatt, Vincent Ségal, Ibrahim Ag Alhabib de Tinariwen; Baptiste Brondy devient le batteur attitré). Cette dernière production recevra à Londres le Award de la revue anglaise Songlines dans la catégorie meilleur groupe de l'année. A partir de " Cosmophono " Lo'jo redevient indépendant , produit lui-même ses disques et fonde sa propre maison d'édition : Cosmophonique Editions. L'arrivée de la manageuse Clarisse Arnou sera déterminante dans la nouvelle organisation de la vie du groupe.

Richard Bourreau fonde le groupe Deltas avec Vincent Herdeven claviériste du groupe Zenzilé et le joueur de goni Andra Kouyaté. Denis Péan, Nadia et Yamina Nid el Mourid créent La Tribu des Femmes  avec Las Hermanas Caronni, Elisabeth Hérault, Coline Linder et Oriane Lacaille.

En 2014 l'album " 310 Lunes " réunit - arrangées par Renaud-Gabriel Pion pour un quintet d'instruments à vent - des versions instrumentales de pièces majeures du groupe avec les solistes Erik Truffaz, Hasan Yarimdünia, Roswell Rudd's du légendaire Liberation Orchestra, Magic Malik. Le coffret présente une soixantaine de clichés argentiques de Lojo par le photographe polonais Bogdan Konopka rencontré à Cracovie 25 années auparavant et la ré-édition de l'oeuvre de jeunesse " The International Courabou " devenue introuvable.

Après la Fédération Russe, le Maghreb, le Laos, le Vietnam , l'Australie, La Nouvelle-Zélande, la Scandinavie, presque toutes les contrées d'Europe, l'Amérique du Nord, etc, le groupe découvre la Chine, le Koweit.

En septembre 2017 paraît [ Fonetiq Flowers ], enregistré en partie en tournée avec un studio nomade avec l'ingénieur du son Tonio Harcourt (Géorgie, Louisiane, Chine, Corée, Bénin, Mali et France). C'est Jean Lamoot qui finit les enregistrements à Paris et signe une nouvelle fois la réalisation.

Erik Truffaz à la trompette apporte au disque une contribution tant sauvage qu'inspirée tandis qu'Albin de la Simone vient rehausser avec ses claviers le sinueux parcours harmonique, colorer subtilement les digressions mélodiques.

 Le clip pour la chanson " Café des Immortels " est filmé au Théâtre Equestre Zingaro.

Membres[modifier | modifier le code]

En près de 30 ans de carrière, Lo'jo a connu différentes périodes et sa composition s'est transformée plusieurs fois.

Formation actuelle

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TU CONNAIS LO'JO ?

La chanson « Bonjour ignorance[1] » fut ma porte d’entrée dans le monde de Lo’Jo un après-midi de 2007. J’étais à la recherche de nouvelles musiques après une longue période d’exploration des univers classiques et je tamisais des gigaoctets de pacotilles diverses. France 5 diffusait alors des petites vidéos enregistrées live dans l’émission « Studio 5 »[2]. Dans une de celles-ci, je fus intrigué par les mots de l’homme au chapeau - dont je découvrirais vite le nom, Denis Péan - qui chantait sans complaisance pour la caméra : « Bonjour ignorance ». L’apostrophe n’était pas banale et se calait sur un riff de basse[3] plongeant ses racines dans le meilleur du rock anglo-saxon. « Bonjour ignorance, je te donne le salut des secrets et des manques ». Les mots psalmodiés m’emmenaient là où j’avais envie d’aller, vers le contraire de l’évidence. « Bonjour ignorance ! Je te donne le salut des secrets et des manques, le salut d’une chanson qui parle ». Oui, la chanson peut parler sans être bavarde, se faire aphorisme pentatonique, lover la profondeur du monde au creux d’un vers. « Bonjour ignorance ! Je te donne le salut des secrets et des manques, le salut d’une chanson qui parle, et le salut des choses sans importance qui toutes ensemble font l’étoffe de l’au-delà des apparences, des mers immenses du monde ». Non la chanson n’est pas condamnée à être « à texte » ou à être inepte. Elle peut être le plus merveilleux véhicule de l’étrangeté du monde, de son irréductibilité au raisonnement cartésien. Cette interpellation sans compromis mais sans brutalité - je le comprendrais par la suite - est la plus belle manière d’exprimer son engagement contre la bêtise à front de taureau qui se caparaçonne dans l’identité nationale[4] aussi bien que celle qui, ceinte des lauriers des meilleures écoles du conformisme, exalte l’esprit de conquête dans ses tracts électoraux puis crache son mépris pour les plus humbles d’ici et d’ailleurs... « Bonjour ignorance », J’ai découvert les sœurs Nadia et Yamina Nid el Mourid dont les chants sont le yin du yang de Denis (et inversement). J’ai découvert Richard Bourreau à la kora - je ne mesurerais son apport à l’art du violon contemporain que plus tard. « Bonjour ignorance. Je te donne le salut d’une planète foraine avec ses marchés d’ombre, d’un maçon poète, d’une confidence faite à la terre ». Je fus magnétisé par ces phrases, par cet art brut, par le sample aérien et les percussions telluriques[5]. Je savais que cet univers m’attendait et que je ne le lâcherais plus. « Bonjour ignorance ! Je te donne le salut de la façon des arbres, du chemin des animaux, le salut des certitudes qui s’effilochent ce matin ». Je découvris  le syncrétisme bienveillant et l’animisme généreux de Lo’Jo, loin des sécheresses matérialistes et des arnaques new age. « Bonjour ignorance ». « Bonjour ignorance ». « Bonjour ignorance ». « Bonjour ignorance »

J’ai acheté l’album Bazar savant, les promesses furent tenues au centuple. Dans un éblouissement sonore, je trouvais confirmation que « les beautés si fragiles et secrètes ont  leur façon de se taire », que « la vérité se cache sous n’importe quelle latitude », que « l’on ne peut ferrer le cheval magique » mais que l’on peut « danser le feu et les haillons de l’histoire » ; que « tout était simple hier : la vérité était ici et l’erreur ailleurs mais que ce temps est révolu » ; que « les mangeuses des démons des hommes logent rue Saint-Denis ou à l’hôtel Octobre, amantes cinq minutes du rêve d’un envol » ; que nos « paniers sont remplis du nombre des heures d’où l’on extrait la science, nos nombres d’or » ; qu’une maman peut être la meilleure interprète d’une petite chanson ; qu’une chanson est un « grand voyage dans le son de la pluie » ; que Lo’Jo habite « à côté du paradis un palais imparfait qui donne sur la guerre ».

Ce jour de 2007 j’ai ouvert une faille dans mon continuum spatiotemporel où se sont glissés tous les albums de Lo’Jo, toute la « caffila d’azhingans[6] », de musiciens, plasticiens, circassiens, esprits libres et utopistes de terrain dont la trajectoire a pu entrer en orbite de la « comète algébrique » d’Angers[7]. J’ai découvert des instruments, des mots, une vie, une éthique, un être vivant qui métabolise le monde en paroles et en musiques, au gré de ses voyages sur tous les continents, du Sahara au Caucase, des plaines amérindiennes à la Pologne, de la Réunion à l’Extrême-Orient. J’ai vu une aura qui agrège les bonnes âmes au banquet des vivants. J’ai fait l’archéologie musicale d’un univers aussi cohérent que composite - irréductible à toute étiquette - qui emprunte autant à Robert Wyatt qu’à Leonard Cohen, à Archie Shepp qu’à Erik Satie. J’ai arpenté les 4 lettres de Lo’Jo pour vérifier la pertinence de mes clés divinatoires.

J’ai dit bonjour à mon ignorance et me suis plongé dans cette mer de sapience.

Alain GABET


[1]  Sur l’album Bazar savant, cf. discographie.

[2] [2]  Internet fourmille d’archives mais je n’ai malheureusement pas retrouvé trace de cet enregistrement.

[3] [3]  Qu’il me soit donné l’occasion de saluer le travail magnifique de Nicolas « Kham » Meslien qui fut à la basse un des éléments majeurs du son du groupe de Mojo radio à Cinéma el Mundo.

[4] [4]  Cf. « La marseillaise en créole » sur l’album Cinéma el Mundo.

[5] [5]  Franck Vaillant,  musicien inspiré,  officiait alors à la batterie.

[6]  Expression ancienne comme les affectionne Denis Péan,  qui désigne une procession de tziganes ( cf. « Slam » sur l’album Cosmophono, un opus mal aimé à redécouvrir).

[7] J’ai tenté d’en faire un portulan dans l’Abécédaire Lo’Jo qui est en accès libre sur le site lojo.org.

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums studio:

Autres:

Notes et références[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]