Livret de famille (roman)

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Livret de famille
Auteur Patrick Modiano
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Date de parution
ISBN 978-2070183081

Livret de famille est un livre partiellement autobiographique et romanesque de Patrick Modiano paru le aux éditions Gallimard.

Cet auteur est connu pour mettre au jour les zones d'ombre de la Seconde Guerre mondiale. Selon lui « c'est le terreau - ou le fumier - d'où [il est] issu », puisque ses parents se sont rencontrés à cette époque. Il est en effet la mémoire d'une époque qu'il n'a pas vécue, mais qui le hante.

Il est le premier à écrire sur les crimes de la période de l’Occupation. Son premier texte, La Place de l’étoile (1968), forme avec ses deux œuvres suivantes, La Ronde de nuit (1969) et Les Boulevards de ceinture (1972), ce qu’on a appelé « la trilogie de l’Occupation ». Car ils mettent en scène des personnages qui ont réellement existé, et participé aux violences publiques et secrètes de la Collaboration, comme le père du narrateur, Albert Modiano. Ces Gestapistes français opéraient des rafles et torturaient dans des locaux près de la place de l’Étoile, Modiano y fera référence dans d'autres récits comme Remise de peine et Un pedigree, ainsi que dans Livret de famille.

Résumé[modifier | modifier le code]

Sous forme de quinze chapitres — constituant autant de nouvelles individuelles —, le narrateur, Patrick Modiano soi-même, évoque différents moments de sa vie qui dans les deux derniers chapitres présentent des recoupements de personnes ou de faits. Depuis la naissance de sa fille « Zénaïde[1] » et sa déclaration à l'état-civil ou bien la recherche avec sa femme de son propre certificat de baptême fait urgemment à Biarritz en 1970 ; la description de la venue de sa mère, l'actrice Louisa Colpeyn, en France ; l'évocation des rêves de son oncle Alex et de sa grand-mère vivant rue Léon-Vaudoyer à Paris ou son passage quinze ans après l'avoir quitté dans son appartement d'enfance et de jeunesse du 15, quai Conti ; ses rapports quelque peu conflictuels avec son père Aldo ; en passant par les rencontres de mystérieux hommes (Koromindé, Marignan, les Openfeld, Rollner, « le Gros » de Rome) ou d'étranges couples (les Reynolde, Denise Dressler et son fantomatique père Harry) allant jusqu'à la quasi-découverte d'un ancien milicien français très actif dans la traque des juifs à Paris, rue Greffulhe, durant les années noires ; jusqu'à l'évocation de séjours en Tunisie ou d'une lointaine mémoire familiale liée à Alexandrie et au roi Farouk ; Patrick Modiano trace un cercle mémoriel et intime, parfois incertain, dans ce premier ouvrage où il expose ouvertement des éléments de sa vie.

Thèmes principaux[modifier | modifier le code]

  • L’amitié : on remarque l’importance de l’amitié dès le début du récit, avec le vieil ami de son père, Jean Koromindé. Plusieurs amis à l’auteur-même sont nommés tout le long de cet ouvrage.
  • La famille : son père, sa mère ainsi que sa grand-mère ont chacun leur chapitre qui leur est consacré. Modiano y parle de leur vie et de moments passés avec eux. Un long chapitre raconte un séjour passé avec son père à la chasse dans une maison de campagne bourgeoise.
  • Paris : Modiano s'est souvent baladé au hasard dans Paris, c'est comme cela qu'il a appris à connaître cette ville et à l'aimer. Cette ville est un peu secrète et clandestine pour lui. Il dit dans une interview ; « J'ai l'impression que le Paris de mes livres est complètement intérieur, imaginaire. Les lieux réels, ceux d'aujourd'hui, sont vides de ce que je leur prête dans mes romans. Ils sont devenus des lieux uniquement liés à des choses très précises dans mon esprit ».
  • La souffrance : pour Modiano, cette souffrance est en effet une enfance difficile qui le marque durant toute sa vie. L’absence de sa mère qui était comédienne de boulevarde et aussi l’absence de son père occupé souvent par de bonnes affaires illicites un peu partout, le font souffrir. Donc d’autres personnes s’occupaient de lui et de son frère.  Une partie de son enfance est donc passée chez ses grands-parents ainsi qu’à Biarritz chez la nourrice de son petit frère qui les baptisera afin d’éviter tout doute sur leur origine juive. Il a aussi souffert d’histoires d’amours douloureuses. Dans le chapitre 12, il raconte qu’à 17 ans, il a rencontré Denise Dressel dont il tombe follement amoureux. De telle façon qu’il commence à rédiger la biographie de son père, Henry Dressel qui était disparu sans laisser de trace quand elle était très jeune. Denise le quitte pour aller vivre en Argentine avec un homme aisé et Modiano révèle le déchirement de cet abandon. Cette souffrance lui rappelle les moments durs que ses parents au lieu de rester à ses côtés, l’abandonnaient. « J'ai éprouvé une impression de vide qui m'était familière depuis mon enfance, depuis que j'avais compris que les gens et les choses vous quittent ou disparaissent un jour », écrit-il.
  • La mémoire et l’oubli : la mémoire est omniprésente dans ses livres puisqu'il s'agit d'autofictions et de récits autobiographiques.
  • La recherche de soi : cet écrivain met son passé en question. Souvent troublé par la recherche de lui-même, il est aussi obsédé par la recherche en général ; ainsi qu’un détective, il cherche continuellement à déchiffrer les mystères de sa vie et des gens qu’il croise. Il est perpétuellement en train de réfléchir, curieux de tout ce qui l’entoure.

Problème du genre[modifier | modifier le code]

Certains pensent que ses œuvre appartiennent à l’autobiographie, tandis que d’autres les considèrent des autofictions. Mais Modiano précise lors d'une interview qu'il ne pense pas que le mot « autobiographie » soit adapté :

Le ton autobiographique a quelque chose d'artificiel car il implique toujours une mise en scène. Pour moi, mon écriture c'est plutôt une entreprise artistique, une mise en forme d'éléments dérisoires.

Il écrit certainement de réelles anecdotes de sa vie, mais il y ajoute quelques détails imaginaires afin de rendre ses récits plus passionnants, car pour lui, avant tout le plaisir d’écrire est important.

Composition de Livret de famille[modifier | modifier le code]

L’œuvre est composée de quinze anecdotes d’environ cinq à dix pages, qui chacune forme un chapitre.

L’auteur ne suit pas une logique de type chronologique. Les souvenirs souvent réels, semblent parfois un peu ambigus. Comme si à chaque fois que l’écrivain se souvenait du passé, il l’écrivait tout de suite. Ces souvenirs racontés sont de certaines manières reliés à la naissance de sa fille. L’ouvrage commence avec la naissance de sa fille, Zina qu’il va déclarer avec Jean Koromindé, un ami de longue date et se termine avec l'arrivée de ce personnage à la maison familiale.

Ce livre contient plusieurs thèmes différents. Il est un ensemble de quelques moments de la vie de l’écrivain qui forment un grand souvenir. Il n’y a pas de réels liens chronologiques entre les différents chapitres.

Style de Modiano[modifier | modifier le code]

La syntaxe et les figures de style sont présents dans toute œuvres de Modiano, dans des phrases simples et complexes, tandis qu’il essaie de s’éloigner du modèle canonique par certains procédés comme ; ellipse, parcellarisation, interrogation et réticence.

Par exemple le narrateur se rappelle qu’il n’a pas beaucoup apprécié le séjour avec son père chez Monsieur Reynolde. Il n’a pas oublié l’impatience qu’il éprouvait de quitter la maison de ce personnage. La parcellarisation employée dans cet extrait prouve les sentiments du narrateur ;

J’eus envie de demander à Reynolde s’il pouvait nous ramener à la gare. Et tout de suite.

Il pointait le menton et faisait claquer son fouet. Pour rien. Pour l’art.[2]

L’emploi de différents coordonnants ainsi que « et », « mais » et « ou » sont bien évident dans l’œuvre. La conjonction « ou » exprime le doute du narrateur qui s’interroge sur la justesse des suppositions. Par exemple, lorsque le narrateur visite son appartement d’enfance, une des pièces lui parait plus petite qu’avant. Premièrement il suppose que c’est parce qu’elle vide ;

Vide, cette pièce me semblait plus petite. Ou bien était-ce mon regard d’adulte qui la ramenait à ses véritables dimensions ?[3] 

La réticence est pratiquée sciemment par les interlocuteurs lorsqu’ils veulent laisser les autres personnes en dehors de la conversation. Dans ces cas, il s’agit plutôt des amis ou de la famille très proche. Par exemple lorsque le narrateur de Livret de famille et son père arrivent chez Monsieur Reynolde, ce dernier vient les chercher à la gare, accompagné de son ami Jean-Gérard. En route, les deux hommes prennent la parole qui dépasse complètement le narrateur et son père :

(...) Ils ne nous expliquaient pas la raison de leur hilarité, mais semblaient prendre – du moins Reynolde – un certain plaisir à nous laisser en dehors de leur conversation.

- Je vois d'ici la tête de Chever! Il se fait tellement d'idées sur Monique!

- Emouvant, non, sa naïveté ?

- C'est un plouc de l'île Maurice...[4]

La réticence fait appel au contexte connu uniquement par Reynolde et Jean-Gérard. Dans le récit de Modiano, les points de suspension ont de valeurs différentes, mais dans cette œuvre leur valeur principale est plutôt émotionnelle.

En plus l’emploi des phrases nominales, qui du point de vue sémantique, permet de souligner les personnes ou les objets qui avaient marqué le narrateur à l’époque dont il parle.

Une chambre basse de plafond, aux murs blanchis à la chaux. Aucun meuble, sauf deux lits jumeaux de style rustique et deux tables de nuit.[5] 

L’interrogation aussi fait partie des figures de style par tour de phrase qui se divise en trois groupes principaux dans l’œuvre ; l’interrogation exprimant la correction, la question rhétorique afin d’attirer l’attention et la question de doute qui correspond à une phrase assertive. Par exemple lorsque le narrateur apprend que lors du mariage de ses parents, son père s’était présenté sous une fausse identité, il s’interroge sur les raisons de ce nom ;

Que faisaient mon père et ma mère en février 1944 à Megève ? Je le saurais bientôt – pensais-je.[6]

Éditions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Zina Modiano dans la réalité.
  2. Patrick Modiano, Livret de famille, Gallimard, Paris, 1977, p. 64.
  3. Ibid., p. 197.
  4. Ibid., p. 64.
  5. Ibid., p.73.
  6. Ibid., p. 13.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Patrick Modiano, Livret de famille, Éditions Gallimard, Paris, 1977.
  • Bruno Doucey, La ronde nuit Modiano, Profil 144, Éditions Hatier, Paris, 1992.
  • C. Nettelbeck et P.-A. Hueston Patrick Modiano, Pièces d'identité. Ecrire l'entre-temps, Éditions Minard, coll. Archives des lettres modernes, No 220, Paris 1986.

Articles extraits de revues et de journaux[modifier | modifier le code]

  • J.-L. Ezine, Patrick Modiano, L'homme du cadastre, Magazine littéraire No 332, mai 1995,  p. 63 – 64.
  • A. Vaguin, Une histoire d'amour, La quinzaine littéraire No 685, 31 janvier 1996, p. 8.
  • J.-F. Josselin, Modiano cantabile, Le Nouvel Observateur, 4 octobre 1996, p. 68.
  • E. Neuhoff, Patrick Modiano donne la parole aux femmes, Elle, février 1999, p. 26 – 27.
  • D. de Lamberterie, M. Palmiéri, Patrick Modiano dans la peau d'un ado, Elle No 2886, avril  2001, p. 157 -158.
  • Magazine Lire No 176, mai 1990, Dossier consacré à Patrick Modiano.
  • P. Maury, Etrange caravane, dans Magazine littéraire No 302, septembre 1992.

Entretiens[modifier | modifier le code]

  • Entretien avec J. Montalbetti, dans Magazine littéraire, Paris, novembre 1969.
  • Entretien avec J. L. de Rambures, dans Le Monde, Paris, 14 mai 1973.
  • Entretien avec G. Pudlowski, dans Les Nouvelles littérairesN°2774 du 12 au 19 février 1981.
  • F. Hardy et A.-M. Simond, Entre les lignes entre les signes, Éditions J'ai lu, Paris, 1988.
  • Le monde du 16 janvier 1976, entretien de J.-L. de Rambures, cité par J.- M. Adam La description, Presses Universitaires de France, Paris, 1993.