Lituus (instrument)

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« Lituus »
Image illustrative de l’article Lituus (instrument)

Variantes historiques Tuba, Trompette
Classification Instrument à vent
Famille Cuivres
Tessiture Laiton, Bronze, Cuivre
Instrumentistes célèbres Pirates tyrrhéniens et étrusques
Articles connexes Musique étrusque
Musique de la Rome antique
Étrusques
Tyrrhéniens
Flotte étrusque

Le « lituus » est un instrument à vent qui appartient à la famille des cuivres. De forme, il a une extrémité recourbée. Cet instrument musical est fabriqué au moyen d'un alliage métallique, généralement du bronze ou du laiton. Il est utilisé dès la fin de l'âge du bronze (IXe et VIIIe siècle av. J.-C.) par la piraterie tyrrhénienne (période villanovienne), puis par la thalassocratie étrusque et enfin par les Romains

Les sons et les notes produits par le « lituus », ont pour objectif de coordonner les mouvements des navires de guerre, lors de batailles navales. Ainsi, les embarcations étrusques, grâce aux modulations sonores du joueur de cet instrument à vent, permettent d'effectuer une offensive groupée et en ligne.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Les tout premiers instruments musicaux de ce type sont attestés pour la fin de l'âge du bronze (IXe et VIIIe siècle av. J.-C.)[1]. Néanmoins, quelques documents antiques, en particulier les textes bibliques, fournissent des indices attribuant la toute première apparition du lituus au cours du Xe siècle av. J.-C.. Ces mêmes textes évoquent une origine phénicienne de l'instrument à vent[2]. Ils sont utilisés, dans un premier temps, par la piraterie tyrrhénienne, au cours de la période villanovienne[3]. À cette époque succède l'époque archaïsante, où son usage est évoqué, lors de l'expansion territoriale de la thalassocratie étrusque sur les côtes et les îles des mers Tyrrhénienne et Adriatique[3],[4],[5]. Quelques lituus, sous forme d'artéfacts, ont été excavés de sépultures étrusques, au cours d'explorations archéologiques[6]. Les chercheurs ont également découvert une pièce archéologique datant du VIIe siècle av. J.-C., exhumée à proximité des côtes de la mer Tyrrhénienne, en à-pic de « Vetluna », vient témoigner de l'usage du lituus par les marins étrusques à la période archaïque[7].

Enfin, le « lituus » est repris et adopté par les Romains lors des combats navals et terrestres (infanterie)[3],[4],[5].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le lituus, dont le nom apparaît sous la forme « lituus-tourtouro » à Saint-Jean de Garguier, dans le massif de la Sainte-Baume, semble se perpétuer au Moyen Âge. Toujours de forme courbée, parfois coudée, l'instrument à vent est néanmoins conçu, à cette époque en, en terre cuite[8].

Par ailleurs, pour certains auteurs et historiens du médiévistes, tels que le hiérarque catholique Abbon, le lituus est, à cette époque, fréquemment confondu avec le tuba (musique)[9]. Parfois, notamment au XIIIe siècle (bas Moyen Âge), le lituus est amalgamé avec le cornet[10].

Utilisation et symbolique[modifier | modifier le code]

Pour la flotte étrusque, l'une des stratégies majeures adoptées au cours de combats navals, consiste en une offensive dite« collective »[3]. Ce mouvement tactique, groupé et concentré sur une même cible, repose sur une coordination entre chaque navire[3]. Cette coordination est obtenue au moyen de signaux sonores produits par le souffleur du lituus[Note 1],[3], instrument en laiton, d'aspect courbé, qui appartient à la famille des cuivres et apparenté à la trompette[4],[5],[3],[11]. Concernant la symbolique du lituus au sein des peuples étrusques, sa valeur de prestige militaire, l'historien Jean-René Jannot relève :

« Les textes qui concernent le lituus tendraient à faire croire à l'existence d'une tactique spécifique dont les diverses phases seraient coordonnées par des sonneries de trompette destinées à transmettre les ordres de navires à navires ; l'instrument aurait été inventé précisément dans ce but. La tactique de l'attaque collective aurait donc trouvé là un de ses outils essentiels. Mais les preuves sont faibles, et on pourrait à juste titre s'étonner que le lituus en question, bien loin de devenir une sorte de symbole de l'autorité navale, un insigne d'amirauté, se transforme en un attribut du pouvoir magistratural civil en particulier dans les cités de l'intérieur. »

— Jean-René Jannot, , pages 752 et 753[3].

Description[modifier | modifier le code]

Le « lituus » est un instrument à vent qui appartient à la famille des cuivres. De forme longiligne, son extrémité est recourbée vers le haut[12], parfois quasi-circulaire, cet instrument musical est fabriqué au moyen d'un alliage métallique, généralement du bronze ou du laiton[4],[5],[3],[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-René Jannot, « Les navires étrusques, instruments d'une thalassocratie ? », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 139e année,‎ , pages 743-778 (DOI 10.3406/crai.1995.15514, lire en ligne, consulté le 29 septembre 2016).
  • Jean-René Jannot, « Musiques et musiciens étrusques. », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 132e année,‎ , pages 311 et 312 (DOI 10.3406/crai.1988.14609, lire en ligne, consulté le 1er octobre 2016).
  • Yves Liébert, « Le texte de Posidonios », dans Yves Liébert, Regards sur la Truphé étrusque, , 356 p. (lire en ligne), page 142.
  • Papodoulo et Tyler Jo Smith, « Instruments en Étrurie », dans Papodoulo, Tyler Jo Smith et al., Thesaurus Cultus Et Rituum Antiquorum (ThesCRA)., Getty Publications, , 646 p. (lire en ligne), pages 391 et 392.
  • (en) Herbert Antcliffe, What music meant to the Romans, vol. 30, Music & Letters, , p. 338.
  • (en) Filippo Bonanni, Antique Musical Instruments and their Players, New York, Dover Publications, .
  • (en) Giovanni Comotti, Music in Greek and Roman Culture, Baltimore, Johns Hopkins, .
  • (en) G. H. Donaldson, Signalling communications and the Roman Imperial Army, vol. 19, Britannia, , pages 351–352.
  • (en) Donald J. Grout et Claude V. Palisca, A History of Western Music, New York, W. W. Norton, .
  • (en) Renato Meucci, « Roman military instruments and the Lituus », The Galpin Society Journal, no 42,‎ , page 86.
  • (en) John G. Landels, « 8 : The roman musical experience », dans John G. Landels, Music in Ancient Greece and Rome, Routledge, , 320 p. (lire en ligne).
  • (en) Andrew Barker, Greek Musical Writings : Volume 1, The Musician and His Art, Cambridge University Press, , 352 p. (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certains auteurs, tels que Tite-Live (Livre IX, 52, 5-9), Hésychios d'Alexandrie, et le musicien grec Athénée mentionnent et évoquent ce type d'instrument à vent et dont se servaient les pirates tyrrhéniens et étrusques. Les textes des anciens permettent d'attribuer l'invention du lituus au peuples d'Étrurie[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jeremy Montagu, « Trumpets and horns », dans Jeremy Montagu, Origins and Development of Musical Instruments, Scarecrow Press, , 280 p. (lire en ligne), page 106.
  2. (en) Yelena Kolyada, A Compendium of Musical Instruments and Instrumental Terminology in the Bible, Routledge, 288 p. (lire en ligne).
  3. a b c d e f g h i et j Jean-René Jannot, « Les navires étrusques, instruments d'une thalassocratie ? », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 139e année,‎ , pages 743-778 (DOI 10.3406/crai.1995.15514, lire en ligne, consulté le 29 septembre 2016).
  4. a b c et d Papodoulo et Tyler Jo Smith, « Instruments en Etrurie », dans Papodoulo, Tyler Jo Smith et al., Thesaurus Cultus Et Rituum Antiquorum (ThesCRA)., Getty Publications, , 646 p. (lire en ligne), pages 391 et 392.
  5. a b c et d Yves Liébert, « Le texte de Posidonios », dans Yves Liébert, Regards sur la Truphé étrusque, , 356 p. (lire en ligne), page 142.
  6. (en) Jean MacIntosh Turfa, « Etruscans Instruments », dans Jean MacIntosh Turfa, The Etruscan World, Routledge, , 1216 p. (lire en ligne), pages 842 et 843.
  7. (en) Nancy T. Grummond, « Etruscans connections », dans Friedland, Melanie Grunow Sobocinski (directeurs d'ouvrage), The Oxford Handbook of Roman Sculpture, University Press, , 728 p. (lire en ligne), pages 224 et 225.
  8. Robert Maestracci, Géographie secrète de la Provence, Editions Cheminements, (lire en ligne), pages 52 à 55.
  9. M. Bottée de Toulmon, « Dissertation sur les instruments de musique utilisés au Moyen Âge », dans M. Bottée de Toulmon et al., Mémoires et Dissertations sur les Antiquités nationales et Étrangères, vol. TOME SEPTIÈME avec des planches, La Société Royale des Antiquaires de France Nouvelle Série, (lire en ligne), pages 64 et 65.
  10. François-Joseph Fétis, Histoire générale de la Musique, vol. 7, Georg Olms Verlag, (lire en ligne), page 380.
  11. a et b Jean-René Jannot, « Musiques et musiciens étrusques. », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 132e année,‎ , pages 311 et 312 (DOI 10.3406/crai.1988.14609, lire en ligne, consulté le 1er octobre 2016).
  12. Curt Sachts, The History of Musical Instruments, Courier Corporation, , 560 p. (lire en ligne), page 146.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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