Littorella uniflora

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Littorella uniflora

Littorella uniflora (L.) Asch., 1864, ou Littorelle à une fleur, ou Littorelle des étangs est une petite plante amphibie, vivace, Hémicryptophyte, appartenant au genre Littorella [1] (considéré comme ambigu[2].
Cette plante aquatique peut effectuer tout son cycle de vie sous l’eau, s’y reproduisant essentiellement par stolons, et parfois (en juin-juillet) en produisant des fleurs hors de l’eau[2].

Cette espèce est rare à très rare (voire absente ou disparue de régions entières), protégée parce qu'en régression, et vulnérable à l'eutrophisation et aux apports d'eaux turbides amenant des argiles mises en solution.

Tapis de L. uniflora en bordure d'une mare sableuse.

Classification[modifier | modifier le code]

  • Les données de biologie moléculaire font de cette plante une proche parente du genre Plantago, faisant que la cladistique devrait permettre de la considérer comme un genre séparé de Plantago, ou non[2],[3].
  • Certains auteurs l’ont considéré comme appartenant à la même espèce que sa cousine L. americana mais les données moléculaires ont confirmé qu’il s’agissait de deux espèces différentes (L. americana serait plutôt plus proche de L. australis que de L. uniflora, ce qui plaide pour la reconnaissance de trois espèces dans ce genre[4]. En outre L. uniflora fleurit plus souvent que ses cousines, ce qui plaide aussi pour des espèces séparées[2].
  • Il semble probable que le genre soit originaire d’Europe et se soit d'abord répandu en Amérique du nord, puis en Amérique du sud, les deux événements s'étant déroulés au Pléistocène, voire ultérieurement[2].

Synonymes[modifier | modifier le code]

Répartition[modifier | modifier le code]

Cette espèce est très rare en France, et disséminée (un peu moins rare dans l'ouest (Bretagne, Pays-de-la-Loire, Poitou), dans le centre (Limousin, Auvergne) et dans le centre-est (Rhône-Alpes, Franche-Comté, Bourgogne), surtout en populations denses, sans doute en raison de besoins stricts en termes d’habitat, mais elle est trouvée dans un large échantillon de climats, de l’arctique au climat méditerranéen : elle peut potentiellement être trouvée de l’Islande à la Mer noire, dont en France[2].

En France, selon l’INPN elle a été observée dans plus de la moitié des régions et départements métropolitains.

Description[modifier | modifier le code]

Cette plante peut être discrète ou bien visible quand elle forme des gazons denses. Ette est également bien reconnaissable en fleur ou quand elle forme des tapis (évoquant un gazon)[5] ; elle peut toutefois aussi être confondue avec des joncs ou les isoètes.

Cette petite herbacée (3 à 10 cm), amphibie, à souche stolonifère (rejets automnaux) s'enracinant aux noeuds présente des feuilles dressées, linéaires, parfois charnues, toutes à la base des tiges ; dimorphes[6] :

  • feuilles émergées : vertes, elles sont semi-cylindriques et creusées en gouttière, surtout à la base,
  • feuilles immergées cylindriques et tendant vers le jaune[6].

Les fleurs sont unisexuées, très petites ;

  • fleurs mâles (+/- 5 mm de long) solitaires, « portées au sommet de pédoncules filiformes plus courts que les feuilles, à 4 sépales obtus et 4 pétales blanchâtres soudés en tube, et 4 étamines à filet très long (1-2 cm) et grêle. »[6]. ;
  • fleurs femelles (petites ; < 5 mm), sessiles, en groupe de 1 à 3 fleurs, situées au pied des pédoncules des fleurs mâles. Elles ont 4 sépales blanchâtres, 4 pétales soudés formant une corolle évoquant une bouteille. L’ovaire se prolonge en un style d’environ 1 cm se finissant en stigmate poilu[6].

Le fruit est un akène ovoïde, dur et mono-graine[6]. La floraison et la fructification se produisent en juin-juillet et uniquement lors d’un exondation[6].

Biologie, écologie[modifier | modifier le code]

Cette espèce écotoniale présente des caractéristiques physiologiques et un système photosynthétique qui lui permet de bien s'adapter à l'exondation temporaire[7]. Son métabolisme saisonnier a fait l'objet d'études[8].

Habitat[modifier | modifier le code]

Cette espèces vit dans les eaux peu profondes d’étangs acides ou d’eaux à faible courant ou sur des sols engorgés ou marécageux, siliceux (sables à graviers, et éventuellement sur des sols tourbeux et acides), jusqu’à 500 m d’altitude. Elle supporte des eaux un peu calcaires, mais restant oligotrophes[6]. Très héliophile, éventuellement pionnière, pouvant former des tapis denses et régressant en cas de forte concurrence ou disparaissant durant plusieurs années pour des raisons souvent non-expliquées[6].

Phytosociologie[modifier | modifier le code]

Groupements d'hydrophytes des berges, essentiellement dans les Littorelletalia[6].

Menaces et vulnérabilité[modifier | modifier le code]

Elle est vulnérable à l'artificialisation des zones humides, à la forte régression du nombre de mares (en Europe, et en France notamment), à la surfréquentation des berges, à trop grande régulation des niveaux d’eau, aux pollutions des mares et étangs (eutrophisation, dystrophisation, désherbants…).

Sa germination semble délicate (seulement 13% de germination réussie lors d’une étude faite en 1990) ce qui pourrait expliquer sa rareté et ses disparitions d’une année sur l’autre et plus ou moins longues dans un même site[9]

Selon une étude récente ayant porté sur plus de 470 lacs et mares abritant encore ou ayant autrefois abrité L. uniflora, l’eutrophisation (par l’azote et le phophore) (beaucoup plus que l’acidification) est responsable de la régression de cette espèce, qui par ailleurs apprécie les dépôts de sable éolien (apporté par le vent), mais pas les apports argileux et les contextes de conversion des terres proches en terre agricole[10].

Protection[modifier | modifier le code]

Cette plante a un statut d’espèce protégée sur tout le territoire français[11].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Littorella L. », sur Flora of Chile, p. 125–126
  2. a b c d e et f Ronald K. Hoggard, Paul J. Kores, Mia Molvray, Gloria D. Hoggard et David A. Broughton, « Molecular systematics and biogeography of the amphibious genus Littorella (Plantaginaceae) », American Journal of Botany, vol. 90, no 3,‎ , p. 429–435 (PMID 21659136, DOI 10.3732/ajb.90.3.429, lire en ligne)
  3. Albach D. C., Meudt H. M. et Oxelman B., « Piecing together the "new" Plantaginaceae », American Journal of Botany, vol. 92, no 2,‎ , p. 297–315 (PMID 21652407, DOI 10.3732/ajb.92.2.297, lire en ligne)
  4. Hassemer, G., Moroni, P., & O’Leary, N. (2018). A nomenclatural revision of Littorella (Plantaginaceae: Plantagineae). Taxon, 67(5), 1024-1028 ([1]).
  5. {https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/106419 Présentation] sur le site de l’INPN.
  6. a b c d e f g h et i Motard E & bajon R (2000). Littorella uniflora (L.) Asch., 1864. In Muséum national d'Histoire naturelle [Ed]. 2006. Conservatoire botanique national du Bassin parisien, juin | site Web. http://www.mnhn.fr/cbnbp
  7. Robe W.E & Griffiths H (2000) Physiological and photosynthetic plasticity in the amphibious, freshwater plant, Littorella uniflora, during the transition from aquatic to dry terrestrial environments. Plant, Cell & Environment, 23(10), 1041-1054
  8. Robe, W. E., & Griffiths, H. (1992).[ https://nph.onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/j.1469-8137.1992.tb05666.x Seasonal variation in the ecophysiology of Littorella uniflora (L.) Ascherson in acidic and eutrophic habitats]. New Phytologist, 120(2), 289-304.
  9. Arts, G. H., & van der Heijden, R. A. (1990). Germination ecology of Littorella uniflora (L.) Aschers. Aquatic Botany, 37(2), 139-151.
  10. Pedersen, O., Andersen, T., Ikejima, K., Zakir Hossain, M. D., & Andersen, F. Ø. (2006). A multidisciplinary approach to understanding the recent and historical occurrence of the freshwater plant, Littorella uniflora. Freshwater Biology, 51(5), 865-877.
  11. Arrêté du 20 janvier 1982 fixant la liste des espèces végétales protégées sur l'ensemble du territoire ; Version consultée : consolidée au 30 octobre 2019

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Andersen, T., & Andersen, F. Ø. (2006). Effects of CO2 concentration on growth of filamentous algae and Littorella uniflora in a Danish softwater lake. Aquatic Botany, 84(3), 267-271 (résumé).
  • Arts, G. H., & van der Heijden, R. A. (1990). Germination ecology of Littorella uniflora (L.) Aschers. Aquatic Botany, 37(2), 139-151 ([]).
  • Boston, H. L., & Adams, M. S. (1987). Productivity, Growth and Photosynthesis of Two SmallIsoetid'Plants, Littorella Uniflora and Isoetes Macrospora. The Journal of Ecology, 333-350 (résumé).
  • Christensen, P. B., Revsbech, N. P., & Sand-Jensen, K. (1994). Microsensor analysis of oxygen in the rhizosphere of the aquatic macrophyte Littorella uniflora (L.) Ascherson. Plant Physiology, 105(3), 847-852.
  • Christensen, K. K., & Andersen, F. Ø. (1996). Influence of Littorella uniflora on phosphorus retention in sediment supplied with artificial porewater. Aquatic Botany, 55(3), 183-197.
  • Christensen, K. K., Andersen, F. Ø., & Jensen, H. S. (1997). « Comparison of iron, manganese, and phosphorus retention in freshwater littoral sediment with growth of Littorella uniflora and benthic microalgae ». Biogeochemistry, 38(2), 149-171(résumé).
  • Herrmann, M., Saunders, A. M., & Schramm, A. (2008). Archaea dominate the ammonia-oxidizing community in the rhizosphere of the freshwater macrophyte Littorella uniflora. Appl. Environ. Microbiol., 74(10), 3279-3283.
  • Hassemer, G., Moroni, P., & O’Leary, N. (2018). A nomenclatural revision of Littorella (Plantaginaceae: Plantagineae). Taxon, 67(5), 1024-1028 ([2]).
  • Holmer, M., Jensen, H. S., Christensen, K. K., Wigand, C., & Andersen, F. Ø. (1998). Sulfate reduction in lake sediments inhabited by the isoetid macrophytes Littorella uniflora and Isoetes lacustris. Aquatic Botany, 60(4), 307-324 (résumé).
  • Hostrup, O., & Wiegleb, G. (1991). Anatomy of leaves of submerged and emergent forms of Littorella uniflora (L.) Ascherson. Aquatic Botany, 39(1-2), 195-209. ‘résumé)
  • Nielsen, K. B., Kjøller, R., Olsson, P. A., Schweiger, P. F., Andersen, F. Ø., & Rosendahl, S. (2004). Colonisation and molecular diversity of arbuscular mycorrhizal fungi in the aquatic plants Littorella uniflora and Lobelia dortmanna in southern Sweden. Mycological research, 108(6), 616-625.
  • Pedersen, O., Andersen, T., Ikejima, K., Zakir Hossain, M. D., & Andersen, F. Ø. (2006). A multidisciplinary approach to understanding the recent and historical occurrence of the freshwater plant, Littorella uniflora. Freshwater Biology, 51(5), 865-877.
  • Robe, W. E., & Griffiths, H. (1992).[ https://nph.onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/j.1469-8137.1992.tb05666.x Seasonal variation in the ecophysiology of Littorella uniflora (L.) Ascherson in acidic and eutrophic habitats]. New Phytologist, 120(2), 289-304.
  • Sand-Jensen, K. (1978). Metabolic adaptation and vertical zonation of Littorella uniflora (L.) Aschers. and Isoetes lacustris L. Aquatic Botany, 4, 1-10 (résumé).
  • Scholz, V. V., Nielsen, L. P., Meckenstock, R. U., Müller, H., Koren, K., & Marshall, I. P. (2019). The electric rhizosphere of aquatic plants. In Electromicrobiology 2019 (résumé).
  • Søndergaard, M., & Sand-Jensen, K. (1979). Carbon uptake by leaves and roots of Littorella uniflora (L.) Aschers. Aquatic Botany, 6, 1-12. (résumé)