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Littérature wallonne

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Littérature wallonne
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La littérature wallonne existe depuis le XVIe siècle ou le début du XVIIe siècle et a connu son « âge d'or », à la fin du XIXe siècle[1].

Cette période a vu l'efflorescence d’œuvres littéraires, de pièces de théâtre et d’œuvres poétiques, ainsi que la création de nombreuses troupes de théâtre et de périodiques.

Caractéristiques générales

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Selon Émile Lempereur, la littérature wallonne est, en 1948, l'une des littératures d'expression régionale les plus importantes, sous le rapport de la mise en circulation des œuvres. À l'appui de cette thèse, il fournit des estimations du nombre d'auteurs et d'œuvres produites :

« Et cependant notre littérature est de toutes les littératures dialectales du monde latin, voir [sic] du monde entier, vraisemblablement la plus riche et la plus vivante : 1 000 écrivains l'ont aidée à naître et à se développer qui écrivirent près de 8 000 œuvres dramatiques et le double de pièces lyriques […][2]. »

Le wallon étant une langue non standardisée, sa littérature s'exprime dans des variantes linguistiques locales, transcrites — à compter du début du XXe siècle — selon le système phonético-analogique de Jules Feller. En dépit de l'invention, dans les années 1990, d'un wallon unifié, la littérature en langue wallonne continue à être écrite en grande majorité en dialecte.

Dans le domaine de la poésie, la prosodie wallonne recourt à un vers « oral », ainsi nommé car il compte les seules syllabes prononcées, contrairement aux usages du calcul des syllabes dans le vers français[3]. De même, elle ne retient pas la distinction entre rimes féminines et masculines mais distingue des rimes vocaliques et consonantiques[4].

Le wallon présente des carences dans la caractérisation du substantif et dans le lexique de l'abstraction, ce qui oblige les poètes « à exprimer le réel en le nommant, sans plus, l'abstraction en la suggérant »[5].

La littérature en Wallonie avant les premiers écrits de langue wallonne

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Les premiers textes écrits en territoire wallon l'ont été, en latin, par des ecclésiastiques (moines, évêques) : Vita Sanctae Gertrudis (670), Vitae Landiberti (727), Liber de rectoribus christianis (vers 900).

Des siècles suivants demeurent (pas en wallon) :

  • Xe : Séquence de Sainte Eulalie, Rithmus Teutonicus de piae memoriae Hludovico rege filio Hludvici aeque regis,
  • XIe : Fecunda ratis (compilation de maximes et d'histoires, distiques),
  • XIIe : Poème Moral,
  • XIIIe : Godefroid de Fontaines,
  • XIVe : Jean Froissart, Adenet le Roi,
  • XVe : Jean Lemaire de Belges, Ystoire de Madame sainte Waudru (1433), Mystère de la Nativité (1478-1484),
  • XVIe : Enffans du prince d’Amour, Le livre de conduite du Réggiseur, Compte des dépenses pour le Mystère de la Passion joué à Mons.

XVIIe siècle

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Le premier texte daté et conservé en original de la littérature en langue wallonne est le Sonèt lîdjwès â minisse du frère Hubert Ora, ou d’Heure, Mineur de Liège. Publié en 1622, il constitue la conclusion d’un débat théologique écrit, ayant opposé le théologien catholique, Louis du Château, au pasteur wallon, Daniel Hochedé de la Vigne, entre et [6]. Parmi les thèmes récurrents de la littérature du début de la littérature wallonne du XVIIe siècle, on retrouve notamment des lamentations décrivant les horreurs de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui affecta particulièrement les populations romanes des Pays-Bas méridionaux, comme dans l'extrait ci-dessous qui vitupère les exactions du seigneur de guerre Ernst von Mansfeld

Quatre dialogues de paysans (1631-1636), auteur anonyme, dialogue III, vers 73-82[7]
Wallon Français

Dji n'sai si l'diâle n'èvolrè nin,
ci dâné Mansfèl èt sès djins,
si nos fârè letchî nos plâyes,
sins çou qui l'boy l'abatrè mây,
si l'tonîre nèl dirèn'rè nin,
si l'plate pire Diè n' l' assomrè nin,
si l'feû griyeûs n' djetrè nén s'flâme,
qui lî graf'rè foû dè cwer l' âme,
ci dine lâron, ci diâle volant,
qui touwe pére èt mére èt èfants !

J'ignore si le Diable emportera,
ce maudit Mansfeld et ses gens,
si nous devrons encore panser nos plaies
sans que le bourreau ne l'achève,
si le tonnerre le frappera,
si contre une pierre plate Dieu le fracassera,
si le feu grégeois l'atteindra de sa flamme,
qui lui arracherait l'âme du corps
ce perfide brigand, ce diable volant,
qui tue père, mère et enfants !

XVIIIe siècle

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XIXe siècle

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Li Houlo, premier roman écrit en wallon, est publié en 1888.

Le , une chanson intitulée Lèyîz-m' plorer, dont l'auteur est Nicolas Defrecheux, est publiée dans le Journal de Liège. Elle devient d'emblée un succès populaire, au point que, entre 1854 et 1856, il s'écoule à Liège six tirages de 2 000 exemplaires d'un tiré à part[8]. De cette émulation nait la Société liégeoise de littérature wallonne[9],[10].

En 1863, cette société réalise une traduction de l’Évangile selon Matthieu, à la demande du prince Louis-Lucien Bonaparte qui regarde le dialecte liégeois comme le premier ou du moins comme devant être mis en tète de tous les patois de la langue d’oïl[11].

XXe siècle

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Dans les années 1930, un mouvement se fait jour dans les lettres en langue wallonne, en faveur du développement d'une « poésie intellectuelle ». Cette perspective est notamment défendue par Émile Lempereur dans un rapport intitulé Du renouvellement des sources d'inspiration dans la poésie wallonne, qu'il présente le lors du 15e Congrès de Littérature et d'Art dramatique wallon[12]. Lors de cette communication, il se dit simultanément favorable au renouvellement des thèmes et à la fidélité à la langue, tout en reprochant à ses homologues plus âgés leur complaisance pour les sujets folklorisants ou passéistes :

« Il est temps que, à côté de la poésie populaire, se développe une poésie intellectuelle attirant des couches sociales cultivées, des gens qui trouveront en Elle une nourriture spirituelle digne d'eux[13]. »

Cette revendication est ensuite défendue par l'Action littéraire interprovinciale wallonne (ALIW), fondée à Liège en 1934, qui milite notamment en faveur du développement d'une littérature wallonne plus universelle. Les activités de cette associations sont toutefois interrompues par la Seconde Guerre mondiale[14].

À compter de 1948, une poésie moderne en langue wallonne voit le jour, d'abord sous l'impulsion des cinq auteurs du recueil Poèmes wallons — Willy Bal, Franz Dewandelaer, Jean Guillaume, Albert Maquet et Louis Remacle —, puis sous l'égide du philologue Maurice Piron, auteur notamment de l'anthologie Poètes wallons d'aujourd'hui, qui diffuse cette littérature en France, en collaboration avec les éditions Gallimard. Dans les années 1960, dans la région namuroise, la « nouvelle poésie wallonne » réunit des auteurs comme Guillaume, Georges Smal, Émile Gilliard, Willy Félix[note 1] et, dans une certaine mesure, Gabrielle Bernard[16].

Adaptations et traductions vers le wallon

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Au XIXe siècle, des traductions des Fables d'Ésope sont réalisées, en liégeois, par Charles Duvivier (en 1842), Joseph Lamaye (1845), l'équipe de Jean-Joseph Dehin (1847, 1851-1852) et François Bailleux (1851-1867)[17]. D'autres adaptations sont réalisées par Charles Wérotte (Namur, 1844). Léon Bernus publie une centaine de fables de La Fontaine traduites dans le dialecte de Charleroi (1872). Au XXe siècle, Joseph Houziaux (1946) publie une sélection de cinquante fables dans le dialecte du Condroz.

Il existe des liens entre la littérature française et la littérature wallonne. Par exemple, l'écrivain Raymond Queneau a publié l'anthologie Poètes wallons d'aujourd'hui de Maurice Piron aux éditions Gallimard. Ubu roi a été traduit par André Blavier pour le nouveau théâtre de marionnettes de Liège de Jacques Ancion. Le Petit Prince a été traduit en wallon de Châtelet, par Jean-Luc Fauconnier, en 2008, en liégeois, par Guy Fontaine, en 2012, et en namurois, par Bernard Louis, en 2013.

Collections publiques

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La Bibliothèque des dialectes de Wallonie à Liège possède 35 000 livres, ouvrages et brochures en lien avec les langues régionales de Wallonie, dont un grand nombre d'œuvres littéraires. La bibliothèque couvre près de 800 mètres linéaires[18].

La New York Public Library détient une importante collection d'œuvres littéraires en wallon, probablement la plus importante hors de la Belgique. Sur près de mille œuvres, vingt-six ont été publiées avant 1880. Ce chiffre augmente ensuite chaque année pour atteindre un pic de soixante-neuf en 1903. Après cela, les publications en wallon diminuent à onze en 1913.

Auteurs de langue wallonne

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Notes et références

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  1. Willy Félix nait à Auvelais en 1925. Enseignant de profession, il remporte en 1948 un 3e prix de poésie au concours du journal Vers l'Avenir et est dès lors publié dans la chronique wallonne hebdomadaire de ce journal, Chîjes èt Pasquéyes. Il est aussi publié dans èl bourdon, le périodique de l'Association littéraire wallonne de Charleroi, et dans Les Cahiers wallons, l'organe du cercle littéraire dialectal Lès Rèlîs Namurwès, où il est admis en 1954. Poète fougueux et pessimiste, il s'éloigne toutefois du cercle, jusqu'à en être démis en 1969, en raison de son absentéisme[15].

Références

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  1. Anthologie de la littérature wallonne, Mardaga, Liège, 1978, (ISBN 2-8021-0024-6)
  2. Émile Lempereur, Essai de catalogue d'une bibliothèque de littérature et de folklore wallons : 1890-1947, Bruxelles, Labor, , p. X
  3. Maurice Piron, Poètes wallons d'aujourd'hui, Bruxelles, Labor, coll. « Espace Nord » (no 198), (ISBN 2-8040-1973-X), p. 16.
  4. Guy Belleflamme, « Louis Remacle, poète wallon », dans Guy Belleflamme et al., Hommage à Louis Remacle (1910-1997), Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne » (no 15), (ISBN 978-2-930505-12-1), p. 47-48.
  5. Victor George, « De la ténuité de l'œuvre », dans L'Œuvre en wallon de Robert Grafé (1896-1968) : Communications présentées au colloque du 10 novembre 1993, Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne » (no 1), , p. 21.
  6. Marie-Guy Boutier, La Littérature wallonne, Chap. VII. Université de Liège, 2009, p. 247
  7. Quatre dialogues de paysans (1631-1636), III, 73-82, textes rassemblés et commentés par Jean Haust (1868-1946) Liège, Imprimerie H. Vaillant-Carmane, 1939.
  8. Maurice Piron, Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, Liège, Mardaga, , 661 p. (ISBN 2-87009-556-2), p. 189.
  9. Musée de la Vie wallonne, Qué novèle ? : Apprendre le wallon liégeois, t. 2 : Histoire et culture de la langue wallonne, Liège, Les éditions de la province de Liège, , 64 p. (ISBN 9782390102236), p. 48.
  10. Willems 2011, p. 151.
  11. Bulletin de la Société Liégeoise de Littérature Wallonne, 3e année, Liège, 1860
  12. Fauconnier 2012, p. 139.
  13. Fauconnier 2012, p. 140.
  14. Fauconnier 2012, p. 146.
  15. Émile Gilliard, « Le Cercle des poètes effacés (1) : Convergences namuroises des années 60 », Wallonnes, Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, no 6,‎ 2e trimestre 1995, p. 5-6 (ISSN 1374-9412).
  16. Bs d'Hule (pseud. Jules Rivière), « Poètes wallons d'aujourd'hui par Maurice Piron de l'Académie Royale de Langue et de Littérature française » (rubrique « Chîjes èt Pasquéyes », no 783), Vers l'Avenir,‎ .
  17. Anthologie de la littérature wallonne, Mardaga, Liège, 1978
  18. Baptiste Frankinet (préf. Julien Noël), Nicolas Defrecheux : Le Bicentenaire d'un auteur wallon, Lamiroy, coll. « L'Article » (no 51), , 50 p. (ISBN 978-2-87595-965-2), p. 11.
  19. https://www.museedelaparole.be/fr/thiry-joeel.html?cmp_id=35&news_id=15

Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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