Littérature haïtienne

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La littérature haïtienne et la vie politique ont toujours été fortement imbriquées, à tous les stades de l'histoire d'Haïti. Les intellectuels haïtiens se sont tournés, successivement ou simultanément vers la France, l'Angleterre, l'Amérique, et puisent aux sources des traditions africaines. Dans le même temps, l'histoire d'Haïti a toujours été un matériau riche d'inspiration pour la création littéraire, avec ses héros, ses soulèvements, ses cruautés et ses rites.

Documentation coloniale[modifier | modifier le code]

Les populations amérindiennes n'ont pas légué de documentation écrite. Et Bartolomé de las Casas, dans sa Brevísima relación de la destrucción de las Indias (1552) (et dans Historia de Indias (1527-1547)) a suffisamment renseigné l'extinction des Amérindiens, au risque de développer une légende noire espagnole.

Les Archives nationales d'Haïti assurent la conservation des documents produits par l'administration centrale haïtienne (depuis la Révolution haïtienne de 1791-1804), et de certains documents de l'époque coloniale[1]. La domination espagnole (1492-1697) est principalement documentée dans les archives espagnoles, administratives, militaires, ou religieuses. La domination française (1626-1809) est principalement documentée dans les archives françaises, administratives, militaires ou religieuses : liste des gouverneurs français de Saint-Domingue. Il en est de même pour l'Île de la Tortue (colonie française) (1629-1804), principalement peuplée de boucaniers, corsaires, flibustiers et pirates. Anglais et Hollandais disposent également de documentation, et sans doute pas de littérature non plus.

19e siècle[modifier | modifier le code]

Au 18e siècle, les colons font parfois éditer en France des œuvres descriptives ou politiques, comme Moreau de Saint-Méry (1750-1819). C'est véritablement à l'indépendance que naît la littérature haïtienne. Elle peut se diviser en plusieurs périodes.

Période des pionniers ou pseudo-classique : 1804-1836[modifier | modifier le code]

En 1804, Pierre Fligneau (17..-1840)[2] fait jouer sa pièce L'Haïtien expatrié. Mais les classes dirigeantes et les élites intellectuelles, au sein de l'État haïtien émergent, restent très imprégnées de la culture française. Sur le fond, la littérature de cette époque prône le patriotisme et retrace les hauts faits de la convulsive accession à l'indépendance. Sur la forme, elle épouse, au fil du XIXe siècle, les courants littéraires successifs qui viennent de France : classicisme, romantisme, Parnasse, symbolisme (jusqu'au surréalisme le siècle suivant).

Par contre, les écrivains se servent de leur plume pour faire des appels à l’unité pour défendre la patrie contre une éventuelle attaque des Français[3].

On peut retenir de cette période

« L’épée et les talents doivent n’avoir qu’un but :
Que chacun à l’Etat apporte son tribut. »

Parmi les oeuvres de cette époque, citons les revendications du baron Pompée Valentin de Vastey, dans son livre, Le Système colonial dévoilé (Cap Henry, 1814) ; Juste Chanlatte, dans Nheri, anagramme d’Henri, célébrant la victoire des Haïtiens sur les troupes de Leclerc (Berrou et Pompilus, p. 32).

Un poème d'Antoine Dupré, "l’Hymne à la liberté" montre l'expression nationaliste de cette époque :

[…] Haïti, mère Chérie,
Reçois mes derniers adieux
Que l’amour de la patrie
Enflamme tous nos neveux.
Si quelque jour sur tes rives
Reparaissent nos tyrans
Que leurs hordes fugitives
Servent d’engrais à nos  champs.
 (Pompilus, t.1, p12)

En cette période d'intense effervescence littéraire, des journaux comme Le Républicain puis L'Union ouvrent leurs pages aux premiers romantiques. L'Observateur, créé en 1819, publie de la poésie galante. C'est en effet la poésie qui va donner ses lettres de noblesse à la littérature haïtienne au cours du XIXe siècle.

École de 1836 ou cénacle Haïtien ou début du romantisme Haïtien : 1836-1860[modifier | modifier le code]

À partir de 1836 se forme le groupe du Cénacle, avec les poètes romantiques où se distinguaient les Frères Nau dont Ignace Nau (1808-1845), les frères Ardouin dont Coriolan Ardouin (1812-1838), et Beauvais Lespinasse. Ils avaient leur propre périodique qui fut d’abord La République, qui  plus tard devenait L’Union. Plus tard Oswald Durand (1840-1906), Massillon Coicou (1867-1908) se réclameront de cette mouvance. C’est une époque  importante dans la quête du moi intérieur haïtien. Ce dernier s’ouvrait sur de vifs débats sur la nature même de l’authenticité haïtienne.

Si certains comme Georges Sylvain pensent que la littérature haïtienne est : «une branche détachée du vieux tronc gaulois», Ignace Nau (1808-1839) fait entendre ses appels à l’authenticité : « soyons nous-mêmes » Le sentiment patriotique est un thème très prisé même exprimé de façon plus personnelle chez les romanciers et les dramaturges. Cet appel de Nau provoque une série d’évènements d’ordre socio-littéraire tant au pays qu’au niveau international. Beaucoup des intellectuels haïtiens se posent et s'imposent comme chercheurs et défenseurs de la patrie.

La production théâtrale est également riche et importante, parallèle à l'éclosion du mélodrame en France. Tous les genres sont représentés : drame en prose, tragédie, comédie. Les œuvres reflètent l'actualité et l'évolution des mœurs.

Parmi les premiers romanciers haïtiens reconnus, figure Émeric Bergeaud (1818-1858) (Stella, 1857, publié en 1959)[4],[5].

Mouvement patriotique ou épanouissement du romantisme Haïtien : 1870-1898[modifier | modifier le code]

Vers les années 1885, trois intellectuels haïtiens revendiquaient violemment et de façon scientifique le droit et la personnalité nègre en corrigeant ou défendant par leurs écrits les diffamations pseudo-scientifiques et insultantes vociférées à l’égard d’Haïti. Ils sont : Louis-Joseph Janvier dans Haïti aux Haïtiens (1884) et L’Égalité des races humaines (1884), Joseph Anténor Firmin avec principalement De l’Égalité des races humaines (1885) et Hannibal Price avec De la Réhabilitation de la Race Noire par la République d’Haïti (1889).[6]

Avec l’arrivée de ces défenseurs, le mouvement littéraire haïtien prenait un élan non mesurable. La plume des hommes de lettres vont être utilisée comme arme pour défendre la nation. Etant donné que les pseudo-classiques défendaient la nation avec des complaintes émotionnelle et des appels à l’unité, ces théoriciens de cette fin du XIXe siècle de leur part, se sont défendus de manière scientifique et bien fondée.

Louis-Joseph Janvier dans Haïti aux Haïtiens (1884) et L’Égalité des races (1884) formulaient des répliques à certaines diffamations contre la République Noire. D'ailleurs, "Haïti aux Haïtiens" était une réplique contre l’annexion du Môle Saint-Nicolas par les États-Unis, "L’Égalité des races" était une réponse à Renan qui avait écrit : ‘‘les hommes ne sont pas égaux, les races ne sont pas égales’’. Par ses arguments, Janvier montrait que les Noirs montrent des aptitudes pour tout : lettres, arts, sciences, dont lui-même il est un exemple vivant.[7] En 1883, dans La République d’Haïti et ses visiteurs, l'auteur répond contre une série d’articles dans lesquels est présenté un tableau critique et négatif de la société haïtienne sous la plume du journaliste d’origine antillaise Victor Cochinat.

Anténor Firmin, dans De l’égalité des races humaines s'est revendiqué contre les inexactitudes proférées par le comte Arthur de Gobineau dans sa thèse, L’inégalité des races humaines (1853).

20e siècle[modifier | modifier le code]

La revue littéraire "Jeune Haïti" (1895-1898), fondée par Seymour Pradel (1875-1943) et Justin Lhérisson (1873-1907), publie de nouveaux auteurs dans ses quelques numéros.

Génération de la Ronde : 1898-1915[modifier | modifier le code]

Le siècle s'ouvre avec la création de la revue La Ronde par Pétion Gérome en 1895. La référence reste la France pour les poètes de cette école intimiste et délicate (Etzer Vilaire (1872-1951), Georges Sylvain (1866-1925)). Une veine qui perdurera au cours de la première partie du XXe siècle, avec des poètes comme Dantès Louis Bellegarde (1877-1966) ou Ida Faubert (1882-1969).

Justin Lhérisson (1873-1907), poète, journaliste et lodyanseur, compose La Dessalinienne (1903).

Charles Moravia (1875-1938), poète et dramaturge, édite également deux revues, "La Plume" (1914-1915), puis "Le Temps" (1922-1938).

Edmond Laforest (1876-1915), poète, conteur et journaliste, dirige aussi "Haïti littéraire et scientifique" et "La Patrie".

École Indigéniste ou mouvement Indigéniste : 1915-1945[modifier | modifier le code]

L'occupation américaine (1915-1934), est un électrochoc. La «génération de la gifle» crée successivement des revues littéraires militantes: La Revue de la ligue de la jeunesse haïtienne (1916), La Nouvelle Ronde (1925), et surtout La Revue indigène (1927). L'inspiration est combattante dans un pays en proie à une instabilité politique chronique et exprime le mal de vivre d'une génération aspirant à une vie meilleure. Le mouvement indigéniste, par la voix de son initiateur Jean Price Mars (1876-1969) invite les écrivains « à cesser d'être pasticheurs pour devenir des créateurs » (Ainsi parla l'Oncle, 1928), en clair à puiser aux racines africaines de l'homme d'Haïti. La résistance trouve alors son expression dans la culture orale issue de l'esclavage, les contes, traditions et légendes.

1945-1990[modifier | modifier le code]

Dans le même temps, le réalisme social investit la littérature, qui devient un terrain d'engagement et de défense du peuple, avec Jacques Roumain (1907-1944) (Gouverneurs de la rosée, 1944), Marie-Thérèse Colimon Hall (1918-1997) (Les Fils de misère) ou René Depestre (1926-). Le roman met alors en scène les couleurs sombres de la vie des paysans. Stephen Alexis (1922-1961), René Depestre et Gérald Bloncourt (1926-2018) fondent en 1945 la revue La Ruche.

« La littérature haïtienne est « au bouche à bouche avec l'histoire » (René Depestre) »

En 1946, André Breton est chargé par le directeur des Affaires culturelles à Paris d'établir des relations avec les intellectuels haïtiens. Il rencontre en Haïti le poète Pierre Mabille, fondateur de l'Institut français.


En pleine grève insurrectionnelle menée par les étudiants contre le gouvernement Lescot, ses discours trouvent un écho auprès des insurgés, emmenés en particulier par René Depestre. Toutefois l'influence surréaliste restera mineure, quoique réelle, sur la littérature haïtienne. Elle est par exemple ouvertement revendiquée par Clément Magloire-Saint-Aude (1912-1971), collaborateur des Griots.

Beaucoup plus fécond sera le courant du réalisme merveilleux de René Depestre ou Jacques Stephen Alexis dans les années 1950. Le site web « Haïti chérie » définit le réalisme merveilleux, expression inventée par le Cubain Alejo Carpentier, comme « l'alliance baroque du mythe et du concret, goût des images violentes et d'une écriture virtuose, tropicale ». Les contes sont également un aspect important de la littérature haïtienne et l'écrivaine Mimi Barthélémy (1939-2013) est une des conteuses populaires du XXe siècle.

La littérature haïtienne contemporaine fait bien partie de la mouvance culturelle latino-américaine. Dans la jeune génération, l'écrivain Louis-Philippe Dalembert (1962-), entre autres, est l'auteur d'une thèse de doctorat en littérature comparée sur La représentation de l'Autre dans l'œuvre romanesque d'Alejo Carpentier.

21e siècle[modifier | modifier le code]

Écrivains de la 3ème période de la littérature haïtienne[modifier | modifier le code]

Quelques auteurs contemporains en Haïti[modifier | modifier le code]

Frankétienne (1936 -), Jean-Claude Fignolé (1941 -), Christophe Philippe Charles (1951-), Yanick Lahens (1953 - ), Evelyne Trouillot (1954 -), Lyonel Trouillot (1956 -), Gary Victor (1958 -), Kettly Mars (1958- ), Jacques Roche (1961-2005), Jean-Euphèle Milcé (1969 -), Emmelie Prophète (1971-), Pierre-Paul Ancion (1977 -), Inéma Jeudi (1981 - ), Iléus Papillon (1984 - ), Handgod Abraham (1986 - ), Elbeau Carlynx (1994- ), Raynaldo Pierre-Louis (1990-), ...

Voir aussi: Liste d'écrivains haïtiens

Diaspora[modifier | modifier le code]

« J'ai quitté là-bas, mais je ne suis pas encore d'ici (Dany Laferrière) »

Le régime des Duvalier (1957-1986) a vu l'exode de nombreux intellectuels haïtiens. Ceux qu'on appelle les écrivains de la diaspora s'engagent dans une littérature militante, qui évoque Haïti sous l'angle des souvenirs, des souffrances, de la culpabilité d'être loin de leur terre. Comme Jean Métellus (1937-2014), dans Louis Vortex (1992, réédition 2005), ils mettent souvent en scène le quotidien des haïtiens exilés dans leur pays d'accueil. Mais le déracinement a des conséquences importantes : épuisement des sujets nationaux ou au contraire folklorisme, parfois de commande (en particulier autour du vaudou). Lorsque l'« exil » perdure, il devient alors difficile de qualifier d'haïtien un texte ou un auteur.

Aux États-Unis ou au Canada : Anthony Phelps (1928 -), Maximilien Laroche (1937-2017) Émile Ollivier (1940 - 2002), Jean-Robert Léonidas (1946 -), Dany Laferrière (1953 -), Marie-Célie Agnant (1953, -), Rodney Saint-Éloi (1963), Stanley Péan (1966 -), Edwidge Danticat (1969 -), André Fouad (1972 - ), Guy Régis Jr (1974-), , Fred Edson Lafortune (1982 -), Thélyson Orélien (1988-)...

En France : René Depestre (1926 -), Jean Métellus (1937 - 2014), Jean-Claude Charles (1949 - 2008), Louis-Philippe Dalembert (1962-)...

Spécialistes de la littérature haïtienne[modifier | modifier le code]

Parmi les spécialistes de la littérature haïtienne on peut citer Léon-François Hoffmann (1932-2018) et Maximilien Laroche (1937-2017)

Léon-François Hoffmann[modifier | modifier le code]

  • Histoire littéraire de la francophonie : Littérature d'Haïti (1995) [lire en ligne]
  • Le roman haïtien : Idéologie et structure (1982) [lire en ligne]
  • Le nègre romantique : Personnage littéraire et obsession collective (1973) [lire en ligne]
Articles de revues et chapitres de livres[modifier | modifier le code]
  • Prolégomènes à l'étude de la représentation de la révolution haïtienne en Occident (2002)] [lire en ligne]
  • La langue française et le danger états-unien en Haïti (1999) [lire en ligne]
  • Difficultés de périodisation en littératures francophones (1997) [lire en ligne]
  • Victor Hugo, les noirs et l'esclavage (1996) [lire en ligne]
  • Émile Ollivier, romancier haïtien (1995) [lire en ligne]
  • Formation sociale, déformation personnelle : L'Éducation de Claire dans Amour, de Marie Chauvet. (1994) [lire en ligne]
  • Le vaudou (1992) [lire en ligne]
  • Victor Hugo, John Brown et les Haïtiens (1987-1988) [lire en ligne]
  • Le Vodou sous la Colonie et pendant les Guerres de l'Indépendance (1987) [lire en ligne]
  • Le Nègre romantique (1987) [lire en ligne]
  • Lamartine, Michelet et les Haïtiens (1985) [lire en ligne]
  • Tradition et originalité dans Chronique d'un faux-amour de Jacques-Stéphen Alexis (1985) [lire en ligne]
  • Les États-Unis et les Américains dans les lettres haïtiennes (1980) [lire en ligne]
  • L'Étranger dans le roman haïtien (1978) [lire en ligne]
  • Complexité linguistique et rhétorique dans Gouverneurs de la Rosée de Jacques Roumain (1976) [lire en ligne]

Maximilien Laroche[modifier | modifier le code]

  • Littérature haïtienne comparée (2007) [lire en ligne]
  • Mythologie haïtienne (2002) [lire en ligne]
  • Sémiologie des apparences (1994) [lire en ligne]
  • Dialectique de l'américanisation (1993) [lire en ligne]
  • La double scène de la représentation : Oraliture et littérature dans la Caraïbe (1991) [lire en ligne]
  • La littérature haïtienne : Identité • langue • réalité (1981) [lire en ligne]
  • Le miracle et la métamorphose : Essai sur les littératures du Québec et d'Haïti (1970) [lire en ligne]
  • Thèmes chantés poétiques par les auteurs du mouvement patriotique (?).

Question de la langue[modifier | modifier le code]

Deux hypothèses existent sur la naissance du créole, langue dont l'histoire est intimement liée à la colonisation[Selon qui ?] : l'une avance que le créole serait né de la nécessité pour différentes communautés de communiquer entre elles : le créole haïtien est né au XVIIe siècle dans l'Île de la Tortue, où cohabitaient alors esclaves africains, flibustiers, corsaires et colons européens. L'autre énonce qu'il est né dans les comptoirs portugais de la côte atlantique de l'Afrique au XVe siècle et qu'il aurait ensuite été « exporté » via le commerce négrier.

En tout état de cause on recense plus de deux-cents langues créoles ou apparentées. Qu'elle soit de base anglaise, portugaise, espagnole, néerlandaise ou française, comme en Haïti, c'est la langue de la mémoire collective, qui véhicule une symbolique de la résistance. On la retrouve dans les contes, les chants, la poésie (Saint-John Perse, Aimé Césaire, Derek Walcott…), les romans (Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant…).

Malgré l'indépendance, le français est demeuré langue officielle en Haïti. Langue de grand prestige culturel, ceux qui la maîtrisent au XIXe siècle, font partie de l'élite. Le créole n'entre véritablement dans le champ littéraire que dans la deuxième moitié du XXe siècle. Les indigénistes dans les années 1930, et le mouvement de la négritude (incarné en Haïti par Jean Price Mars) ont certes mis en avant les origines africaines de l'antillais, lui redonnant ainsi une identité perdue dans la déportation et l'après colonisation. Mais, pour eux, « le créole était considéré comme une langue impure, celle de l'esclavage, celle que les maîtres avaient inventée pour se faire obéir »[8].

Le mouvement de la créolité, qui leur succède, réhabilite le créole, qui n'est plus alors seulement la langue de l'esclavage, « mais celle qu'on a fabriquée ensemble pour survivre » (id.). Dans la littérature haïtienne s'opère alors un glissement, du français vers le créole, ou plutôt un dialogue, un aller-retour entre les deux langues. Car comme l'affirme Régis Antoine dans La Littérature franco-antillaise, si « le français seul n'aurait jamais pu nous régaler… », cette dualité est pour chaque écrivain « un obstacle et une chance ».

Le créole est très présent dans la poésie et le théâtre. Frankétienne par exemple n'écrit ses pièces qu'en créole. Langue orale, le créole s'illustre particulièrement bien dans ces deux genres qui donnent « de la voix ». Car, si beaucoup d'Haïtiens parlent et comprennent le créole, tous ne savent pas le lire.

Dans le roman, les deux langues cohabitent parfois, créant une écriture originale et nouvelle, propice à l'imaginaire développé dans le courant du réalisme merveilleux par exemple.

Le choix de la langue d'écriture est un enjeu important de la création littéraire contemporaine, en particulier pour les écrivains résidant en Haïti. Enjeu toujours militant, parfois théorisé, qui se heurte à un taux d'analphabétisme élevé. Georges Castera écrit en français et en créole, il résume assez bien la question de la langue[9] :

« L'écrivain bilingue que je suis, prend continuellement conscience (avec quelques autres) que l'écrit créole est toujours un écrit en construction, dans une langue écrite à construire.[…] Il est à déplorer que la plupart des linguistes haïtiens ne s'intéressent pas au créole littéraire […] L'écrit créole cesse d'être un projet national pour devenir celui des Haïtiens à alphabétiser […] Aurons-nous une littérature sans lecteurs ou une littérature sans langue ? »

Institutions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_1988_num_142_1_3101
  2. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb102150498
  3. Carey Dardompré, « Billet 4. Survol de la littérature haïtienne de 1804 à nos jours. », sur La lodyans, (consulté le )
  4. https://sites.duke.edu/haitilab/french/les-romans-et-la-poesie-du-19e-siecle/le-premier-roman-haitien/
  5. https://journals.openedition.org/itineraires/234
  6. Anne Marti, Haïti en littérature, Paris, la Flèche du Temps-Maisonneuve & Larose, , p.24
  7. Anne Mart, Haïti en littérature, Paris, la Flèche du Temps-Maisonneuve & Larose, , p.25
  8. Dominique Chance, maître de conférence à l'université de Bordeaux-III.
  9. Notre Librairie, no 143, janvier-mars 2001.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Anglade, Le secret du dynamisme littéraire haïtien, Éditions de l'université d'État d'Haïti, Port-au-Prince, 2010 (ISBN 978-99935-57-19-7), 62 pages
  • Sylvie Brodziak (dir.), Haïti : enjeux d'écriture, Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, 2013 (ISBN 978-2-84292-359-4), 218 pages
  • Collectif, Relire l'histoire littéraire et le littéraire haïtiens, Presses nationales d'Haïti, 2007 (ISBN 978-99935-91-54-2), 524 pages
  • Bruno Doucey (dir.), Terre de femmes : 150 ans de poésie féminine en Haïti, B. Doucey, Paris, 2010, 290 pages
  • Nadève Ménard, Écrits d'Haïti : perspectives sur la littérature haïtienne contemporaine, 1986-2006, Karthala, Paris, 2011 (ISBN 978-2-8111-0496-2), 486 pages
  • Jean-Robert Léonidas, Prétendus Créolismes : Le Couteau dans l'igname, Cidihca, Montréal, 1995.
  • Marie-Agnès Sourieau et Kathleen M. Balutansky (dir.), Écrire en pays assiégé : Haïti, Rodopi, Amsterdam, New York, 2004 (ISBN 90-420-1753-8), 545 pages
  • Emmanuelle Anne Vanborre (dir.), Haïti après le tremblement de terre : La forme, le rôle et le pouvoir de l'écriture, P. Lang, New York, 2014 (ISBN 978-1-4331-2831-8), 157 pages
  • Duracine Vaval, Histoire de la littérature haïtienne, ou L'âme noire, Ed. Fardin, Port-au-Prince, 1986 (1re éd. 1933 [lire en ligne]), 2 volumes, 501 pages

Multimédia[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]