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Litani

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Litani
Illustration
Rive du Litani
Carte
Caractéristiques
Longueur 170 km
Bassin 2 290 km2
Bassin collecteur Le Litani
Débit moyen 25,1 m3/s ([1])
Cours
Embouchure la Méditerranée
· Localisation au nord de Tyr
· Altitude m
· Coordonnées 33° 20′ 20″ N, 35° 14′ 43″ E
Géographie
Pays traversés Drapeau du Liban Liban

Le Litani (en arabe : نهر الليطاني; – Nahr al-Litani, en grec : le Léontes – Λέοντες, « Les Lions ») est un important fleuve libanais. Son cours, entièrement sur le territoire du Liban et long de plus de 140 km, traverse la plaine de la Bekaa et le sud du pays, et se jette dans la mer Méditerranée, au nord de Tyr.

Géographie

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Le cours du Litani est représentatif, dans ses différentes séquences, de la variété des paysages et de la géographie du Liban, traversant tour à tour des plaines semi-arides, des plaines irriguées, des reliefs montagneux escarpés, et une plaine littorale (plaine de Qasmiyeh) plantée d'orangers, de bananiers et de produits maraîchers. Il est très important pour l’agriculture libanaise et très sollicité pour l'irrigation (notamment depuis le barrage de Qaraoun), l'eau potable (station de Taybé notamment) et l'électricité (centrale de Markaba).

Prétentions israéliennes

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Les eaux du Litani ont été régulièrement convoitées par Israël, une limite naturelle, une ligne de sécurité pour la frontière nord de cet État[2]. Le mouvement sioniste, avant la création de l'État d'Israël, avait plaidé auprès de la France et de l'Angleterre pour un tracé des frontières qui permette de faire bénéficier de ses eaux les foyers juifs implantés en Palestine[3],[4].

En 1916, pendant les négociations qui aboutiront aux accords Sykes-Picot entre la France et le Royaume-Uni sur le partage des possessions ottomanes au Proche-Orient, les représentants du mouvement national juif, dont Chaim Weizmann et David Ben Gourion, réclament l’extension de la frontière nord de la Palestine jusqu’aux régions bordant la partie sud du Litani — soit près de cinquante kilomètres au-delà de la limite septentrionale de l’actuel État d’Israël. Ces prétentions territoriales sont précisées trois ans plus tard lors de la conférence de paix organisée à Paris[3].

Le 1er septembre 1920, quand la France crée l’État du Grand-Liban avec les frontières actuellement reconnues, les sionistes poussent les Britanniques, qui contrôlent la Palestine, à réclamer à nouveau de changer le tracé de la frontière. Cette demande est plusieurs fois refusée par la France jusqu'à ce que l’accord Paulet-Newcombe soit ratifié le 7 mars 1923, mettant fin à trois années d’efforts soutenus des sionistes pour obtenir en vain le contrôle du Litani et du Hasbani[4].

Le contrôle du Litani redevient une priorité sioniste avec le lancement par l'Agence juive, entre 1938 et 1939, de deux projets de planification des eaux. Le premier, réalisé en secret afin de ne pas se heurter immédiatement au veto des Français et des Anglais, est confié à des membres de la Haganah, principale milice sioniste pré-étatique. Il est déposé à Tel-Aviv en septembre 1943, mais ne connait aucune suite[4]. Le second est réalisé à New York par la Commission on Palestine Surveys (C.P.S), financée par des sources américaines. Il concerne l’ensemble des ressources hydrauliques du bassin du Jourdain et inclut le Litani. Ce dernier fleuve est finalement retiré du projet en 1945[4].

Un troisième projet de planification hydraulique globale est réalisé à la même période par Simcha Blass, un ingénieur du Yishouv. En 1944, il publie son plan, Trésors d’eau en Terre d’Israël, incluant la diversion du fleuve Litani. Toutefois, si le comité mis en place par l'Agence juive pour évaluer le projet approuve le principe du transfert de l’eau du nord vers le sud, il considère que l’exécution du plan requiert l’extension des frontières de la Palestine vers le nord, le nord-est et l’est pour inclure des sources d’eau et des territoires faisant partie du Liban, de la Syrie et de la Jordanie[4].

Après 1948 et la création de l'État d’Israël, l'intérêt pour le Litani reste important pour les dirigeants israéliens, notamment Ben Gourion et Dayan. Un rapport de la CIA daté de 1957 décrit « l’institutionnalisation » d’un double langage israélien en ce qui concerne le Litani : « Les rapports disponibles publiés par le ministère de l’Agriculture incluent systématiquement les eaux du Litani et du Yarmouk dans les discussions sur le "développement ultime" d’Israël »[4].

Occupation israélienne du Sud-Liban

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En 1978, le Sud du Liban est occupé une première fois par Israël, puis certaines zones sont confiées à sa milice supplétive de l'Armée du Liban sud. En 1982, l'armée israélienne s'installe durablement au Liban, d'abord jusqu'à Beyrouth, puis sur une bande de territoires au Sud. Finalement, en 2000, à la suite des actions menées par le Hezbollah, Israël se retire du Sud-Liban, à l'exception de certains points stratégiques en matière de ressources en eau ou de positions dominantes[5].

Frontière nord de la zone tampon

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Dans la Résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies de 2006, le fleuve Litani est utilisé pour marquer la ligne au sud de laquelle aucune milice armée n'est autorisée, ce qui vise en particulier celle du Hezbollah ; seules les Forces armées libanaises et la Force des Nations unies y étant théoriquement autorisées. Pour autant, cette région devient un bastion du Hezbollah pro-iranien et l'objet de convoitises israéliennes lors du conflit de 2026[2].

Le barrage de Qaraoun

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Le lac et le barrage de Qaraoun.

Qaraoun, un lac artificiel de 11 km2, a été créé par le barrage Albert Naccache du fleuve Litani, est haut de 60 mètres et long de 1 350 mètres. Les travaux de construction du barrage se sont terminés au début des années 1960. Un évacuateur de crues de 6 503 mètres transporte l'eau à la station hydroélectrique, où les générateurs produisent un maximum de 185 mégawatts d'électricité. C'est le plus grand projet hydroélectrique au Liban. Le barrage est aussi destiné à fournir l'irrigation de 310 km2 de terres agricoles dans le sud du Liban et de 80 km2 dans la vallée de la Bekaa. Le lac a une administration et un certain nombre de restaurants spécialisés dans les truites fraîches.

Notes et références

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  1. (en) Ahmad Houri et Saadieh El Jeblawi, « Water quality assessment of Lebanese coastal rivers during dry season and pollution load into the Mediterranean Sea », Journal of Water and Health,‎ , p. 615-623 (lire en ligne).
  2. a et b Cécile Hennion et Laure Stephan, « Pourquoi Israël et ses pères fondateurs ont fait du fleuve Litani et du Liban sud un enjeu stratégique majeur », Le Monde,
  3. a et b Olivier Pironet, « Rêves sionistes au pays du Cèdre », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  4. a b c d e et f Pierre Naccache, « Les sionistes et le Litani. De la création de l’Organisation sioniste mondiale à la fin du Mandat britannique », Confluences Méditerranée, vol. 123, no 4,‎ , p. 179–196 (ISSN 1148-2664, DOI 10.3917/come.123.0180, lire en ligne, consulté le )
  5. Daniel Meier, « Au Sud-Liban, la Blue Line comme marqueur du post-conflit ? », L’Espace Politique. Revue en ligne de géographie politique et de géopolitique, no 33,‎ (ISSN 1958-5500, DOI 10.4000/espacepolitique.4451, lire en ligne, consulté le )

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Articles connexes

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Liens externes

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