Liste des œuvres musicales silencieuses

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Cet article recense les œuvres musicales consistant principalement ou entièrement en silence.

Principe[modifier | modifier le code]

Avant même qu'une telle œuvre ne soit écrite, certains compositeurs ont discuté de la signification du silence ou d'une composition silencieuse. En 1907 dans Esquisse d'une nouvelle esthétique de la musique, Ferruccio Busoni la décrit ainsi[1] : « Ce qui, dans notre musique actuelle, approche au plus près de l'essence de l'art est le silence et la pause. Les joueurs accomplis, les improviseurs, savent comment utiliser leurs instruments d'expression d'une manière plus ambitieuse et plus ample. Le silence tendu entre deux mouvements — en lui-même musique dans cet environnement — laisse un cadre plus grand pour la divination qu'un son plus déterminé, et donc moins élastique. » Après avoir pris connaissance de ce texte, Paul Hindemith propose une œuvre qui ne comprend rien d'autre que des silences et des points d'orgue[2].

Les œuvres silencieuses prennent différentes formes. Certaines s'apparentent à des compositions de musique classique, transcrites sur des partitions et destinées à être jouées. D'autres sont réellement enregistrées et gravées sur un support musical, souvent une simple piste sur un album (parfois simplement mentionnée sur la pochette avec une durée de 0 seconde). Des disques entièrement silencieux ont été édités. Vers 1947, John Cage projette de produire un tel disque, intitulé Silent Prayer et qui aurait la même durée qu'un disque commercial standard, mais ne le réalise pas. En 1957, la ligne BunaB (en), qui produit des gadgets volontairement inutiles, édite BunaB #5, un disque entièrement silencieux destiné à être écouté en regardant la télévision.

Les motivations d'une œuvre silencieuse sont diverses. Pour John Cage dans 4′33″, il s'agit de créer une œuvre constituée des sons de l'environnement, que les auditeurs entendent lorsqu'elle est interprétée[3]. D'autres sont contestataires, comme Are We Here? (Criminal Justice Bill?) d'Orbital (une piste de 4 minutes pour protester contre le Criminal Justice and Public Order Act (1994) (en) visant à pénaliser les comportements anti-sociaux au Royaume-Uni) ou There's a Riot Goin' On de Sly and the Family Stone (un piste non-existante uniquement mentionnée sur la pochette de l'album avec une durée nulle). D'autres encore expriment une émotion, comme Two Minutes Silence de John Lennon et Yoko Ono (deux minutes de silence après l'enregistrement des battements de cœur du fœtus, mort d'une fausse couche d'Ono)[4].

Le silence a donné lieu à une plainte pour plagiat : en 2002, le groupe The Planets (en) place la piste A One Minute Silence sur son album Classical Graffiti et mentionne « Batt/Cage » dans les crédits. Les ayants droit de John Cage l'attaquent pour plagiat de 4′33″. L'affaire se conclut à l'amiable[5].

Liste[modifier | modifier le code]

Compositions classiques[modifier | modifier le code]

  • 1897 : Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd, Alphonse Allais : neuf mesures blanches. Allais inclut les instructions suivantes : « Les grandes douleurs étant muettes, les exécutants devront uniquement s’occuper à compter des mesures, au lieu de se livrer à ce tapage indécent qui retire tout caractère auguste aux meilleures obsèques[6] ».
  • 1919 : In futurum, Erwin Schulhoff. Partition notée avec un grand détail rythmique, employant des mesures bizarres et des motifs rythmiques complexes (troisième mouvement de Fünf Pittoresken pour piano)[7].
  • 1949 : Symphonie Monoton Silence, Yves Klein. Deux mouvements, un accord tenu pendant 20 minutes suivi d'un silence de 20 minutes[8],[9].
  • 1952 : 4′33″, John Cage. Trois mouvements durant au total quatre minutes et trente-trois secondes, pour un instrument ou une combinaison d'instruments.
  • 1960: Chiroptera, Malcolm Arnold. Arnold indiqua que l'orchestre devait jouer « avec grande énergie mais sans faire de son ».
  • 1961 : Three Bagatelles for David Tudor, György Ligeti
  • 1962 : 4'33" No. 2, John Cage.

Chansons et pistes individuelles[modifier | modifier le code]

Années 1960[modifier | modifier le code]

Années 1970[modifier | modifier le code]

Années 1980[modifier | modifier le code]

Années 1990[modifier | modifier le code]

Années 2000[modifier | modifier le code]

Années 2010[modifier | modifier le code]

Anthologies et disques silencieux[modifier | modifier le code]

  • 1957 : BunaB #5 (en), Al Crowder (en) : disque entièrement vierge, « destiné à être joué en regardant la télévision »
  • 1959 : Prince of Space, Musik der Leere, Yves Klein, Charles Wilp
  • 1965-1969 : Disque de silence (Barclay)
  • 1970 : The Best of Marcel Marceau, Michael Viner
  • 1978 : The Nothing Record Album (Solid Gold Records) : 10 pistes silencieuses[4]
  • 2013 : Sounds of Silence, Patrice Caillet, Adam David et Matthieu Saladin (Alga Marghen, Frac Franche-Comté) : anthologie reprenant 30 morceaux silencieux[10],[4]

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] (en) Ferruccio Busoni, Sketch of a New Esthetic of Music, New York, G. Schirmer, (lire en ligne), p. 23
  2. (en) Corinna da Fonseca-Wollheim, « Slyly Pricking the Wagnerian Balloon », The New York Times,
  3. (en) Richard Kostelanetz, Conversing with John Cage, New York, Routledge, (ISBN 0-415-93792-2), p. 69-70
  4. a, b et c Marie Lechner, « Chaque silence de ce disque raconte une histoire différente », Libération,
  5. (en) Corinna da Fonseca-Wollheim, « Silent music dispute resolved », BBC News,
  6. (en) Steven Moore Whiting, Satie the Bohemian: From Cabaret to Concert Hall, New York, Oxford University Press, (lire en ligne), p. 81
  7. (en) Marianne Betz, « "In futurum" - von Schulhoff zu Cage », Archiv für Musikwissenschaft, vol. 56, no 4,‎ , p. 331ff
  8. (en) Yves Klein, Overcoming the Problematics of Art: The Writings of Yves Klein, Spring Publications,
  9. (en) « Symphonie Monoton », Yves Klein Archives
  10. (en) « Sounds of Silence (vinyl LP), Patrice Caillet, Adam David & Matthieu Saladin », Les Presses du Réel