Lionel d'Este

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Lionel d'Este
Fonction
Marquis
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Leonello d’EsteVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Fratrie
Ginevra d'Este
Sigismondo d'Este (en)
Meliaduse d'Este (d)
Ugo d'Este (en)
Hercule Ier d'Este
Borso d'EsteVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoints
Margherita Gonzaga (d)
Maria d'Aragona (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Niccolò d'Este (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Lionel d'Este (en italien Leonello d'Este ou Lionello d'Este) (1407 - 1450) est un condottiere et homme politique italien membre de la Maison d'Este, marquis de Ferrare de 1441 à 1450.

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Lionel naît à Ferrare le 21 septembre 1407. Il est l'un des nombreux bâtards de Nicolas III d'Este, né de sa relation avec Stella de' Tolomei dell'Assassino, une jeune femme issue de la grande famille siennoise des Tolomei.

Il est élevé à la cour de Ferrare où il reçoit une éducation soignée. En 1422 son père l'envoie parfaire son éducation militaire auprès du condottiere Braccio da Montone. A la mort de ce dernier (1424), Lionel rentre à Ferrare et prend part à la guerre entre Milan et la ligue vénéto-florentine (1425). La même année, il devient le successeur probable de son père quand Nicolas fait exécuter son fils aîné Ugo pour un adultère commis avec Parisina Malatesta, jeune belle-mère de ce dernier[1].

En 1429, Nicolas III, soucieux de consolider son alliance avec Mantoue, négocie les fiançailles de Lionel avec Marguerite de Gonzague[2]. Les termes du contrat exigeant qu'il soit reconnu et officiellement déclaré futur marquis et vicaire de Ferrare[3], Lionel est légitimé par le pape Martin V (6 juillet 1430). Désormais destiné à gouverner les états de la Maison d'Este, Lionel poursuit sa formation intellectuelle sous la houlette de Guarino Guarini da Verona, qui lui enseigne la grammaire, la rhétorique, l'histoire, la philosophie et la morale. En 1433, quand Ferrare accueille l'empereur Sigismond venu confirmer la famille dans ses possessions, Lionel est ainsi en mesure de lui présenter un discours en latin[4].

Avant même d'accèder au pouvoir, il est témoin et acteur des marchandages diplomatiques suscités par les ambitions croisées de Venise et de Milan, puissants voisins qui cherchent à attirer à eux le futur marquis[5].

Accession au pouvoir[modifier | modifier le code]

Le 26 décembre 1441, alors qu'il est en ambassade à Milan depuis quelques semaines, Nicolas III d'Este décède, peut-être victime d'un empoisonnement. Pendant sa brève agonie, le mourant a eu le temps de rédiger un testament dans lequel il désigne Lionel pour successeur. Le 28 décembre 1441, celui-ci est donc proclamé, par la noblesse ferraraise, seigneur de Ferrare, Modène et Reggio. Rizzarda di Saluzzo, l'épouse légitime du défunt, qui réclame alors l'héritage au nom de ses fils Hercule et Sigismond, est réduite au silence et contrainte à quitter Ferrare en octobre 1442, tandis que les deux prétendants sont envoyés en ambassade forcée auprès du roi de Naples (1445).

Le frère de Lionel, Borso, se rend à Reggio et à Modène pour y prendre possession de la ville en son nom et, en échange de sa loyauté, reçoit le Polésine de Rovigo, qui a rejoint les possessions d'Este depuis 1438. Le nouveau seigneur est entouré d'un conseil composé d'anciens conseillers de Nicolas III[6], qui assure la continuité de la politique du défunt, caractérisée par l'équidistance entre ses puissants et ambitieux voisins : Venise, en quête d'une extension vers la terre ferme et Milan, aux visées expansionnistes pointées sur la Romagne.

Alliance avec Naples[modifier | modifier le code]

Cette position médiane devient plus difficile à tenir à partir de 1443, quand le pape Eugène IV, déclarant la guerre à Milan (alors gouvernée par Francesco Sforza), ressuscite les tensions sous-jacentes entre Milan et Venise. La Maison D'Este mise alors un temps sur Alphonse d'Aragon, roi de Naples depuis 1442. Un mariage entre Lionel et Marie d'Aragon (fille naturelle d'Alphonse) est ainsi célébré en 1444 et la famille D'Este se retrouve bientôt à servir d'intermédiaire entre Naples et Milan, jusqu'au déclenchement d'une nouvelle guerre entre Milan et Venise, alliée à Florence (1445-1446). Lionel parvient, malgré les appels insistants des belligérants à prendre parti, à conserver une certaine neutralité[7], ce qui permet à Ferrare d'héberger les pourparlers de paix engagés, en 1447, par le nouveau pape Nicolas V et par Florence, initiative suspendue par la mort, le 13 août 1447, de Filippo Maria Visconti.

Rapprochement avec les Sforza[modifier | modifier le code]

Alors que le pouvoir des Visconti se délite, Ferrare participe au dépeçage des dépouilles, s'octroyant Castelnuovo Scrivia et Copiano, tout en favorisant l'ascension de Francesco Sforza[8] et le retour à la paix entre voisins, essentielle au développement de Ferrare.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Lionel s'appuie, pour gouverner, sur son frère Borso et sur ses conseillers, faisant au peuple des concessions destinées à obtenir son appui[9] En 1444, commencent les travaux pour la construction de l'hôpital Santa Anna, destiné aux plus pauvres. Comme d'autres membres de la Maison D'Este avant et après lui, Lionel commande, pour favoriser le développement de l'agriculture, de grands travaux d'assainissement de la plaine du Pô. Les terrains ainsi bonifiés font l'objet d'exemptions fiscales et, en accord avec le clergé, sont épargnés par la dîme. La cour fait vivre les orfèvres et les joailliers et elle attire et protège les marchands vénitiens comme les banquiers et prêteurs juifs.

Prince philosophe[modifier | modifier le code]

De son vivant, Lionel bénéficie d'une réputation de sage et d'homme d'état avisé. Ayant reçu une éducation soignée, le marquis de Ferrare continue à fréquenter son mentor, Guarino Veronese, et invite à sa cour des érudits et des humanistes réputés[10], les soutenant dans leurs recherches et participant même à leurs débats. Leon Battista Alberti, qui lui dédie de nombreux ouvrages[11], affirme avoir rédigé son De re aedificatoria sous l'impulsion de Lionel.

Le 17 janvier 1442, il fait rouvrir le Studio ferrarese[12], lui donne les moyens financiers de fonctionner et y attire des enseignants de renom[13] qui drainent bientôt des étudiants venus de toute l'Europe.

Patron des arts[modifier | modifier le code]

LPendant son passage aux affaires, Lionel développe également la Biblioteca Estense, en procédant à de nouvelles acquisitions et en commanditant des copies et des traductions. Il poursuit les constructions, les embellissements[14], mais aussi les fortifications[15]. Il collectionne les antiquités[16] et les œuvres d'art, qu'il commandite également. C'est ainsi qu'en 1435, il attire à sa cour Antonio Pisano, dit Pisanello. Celui-ci réalise huit médailles à l'effigie de Lionel, ainsi qu'un tableau pour le palais de Belriguardo et une Vision de saint Antoine et de saint Georges. En 1141, c'est au tour de Iacopo Bellini de rejoindre la cour de Ferrare. Il y gagne le concours qui l'oppose à Pisanello[17] pour le portrait du marquis.

Lionel est probablement représenté en position de donateur, sur la Madonna con Bambino de Iacopo Bellini[18]. En 1449 Andrea Mantegna, invité à Ferrare, exécute lui aussi un portrait de Lionel[19]. Piero della Francesca décore le château de plusieurs cycles de fresques. Les archives gardent aussi trace de plusieurs œuvres commissionnées, autour de 1450, à Roger van der Weyden[20] peut-être par l'entremise du fils de Lionel, Francesco, dépêché à la cour de Bourgogne.

La mode est alors aux tapisseries flamandes, que la famille D'Este collectionne et fait aussi confectionner à Ferrare. En 1441 Lionel fait ainsi appel, pour développer cette activité, à Pietro di Andrea, qui rejoint à Ferrare Giacomo di Angelo, qui y a élu domicile depuis 1436. En 1444 arrivent en ville Livino Gigli, de Bruges, et Rinaldo Gualtieri, de Bruxelles.

En 1447, il commande à Angelo Maccagnini da Siena un cycle de panneaux décoratifs représentant les neuf muses, pour son studiolo[21] du palais de Belfiore[22].

Mort et succession[modifier | modifier le code]

Lionel d'Este meurt le 10 octobre 1450, à l'âge de 43 ans, dans son palais de Belriguardo, après qu'on lui a découvert « un abcès à la tête ». Il est enseveli dans l'église Santa Maria degli Angeli de Ferrare, où reposent nombre de représentants de la Maison D'Este. Il laisse derrière lui un bâtard, Francesco, et un fils légitime, Niccolò, né de sa relation avec Margherita Gonzaga. Son frère Borso d'Este, lui aussi bâtard de Nicolas III, lui succède, en dépit des instructions testamentaires de leur père, qui réservaient la succession à ses descendants légitimes. [23]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Meliaduse d'Este, un autre fils de Nicolas, est, quant à lui, destiné à la carrière écclésiastique.
  2. Marguerite meurt en 1439, après lui avoir donné un fils (Nicolas) en 1438. Celui-ci mourra en 1476).
  3. La province de Ferrare a une longue relation avec l'Empire et avec la Papauté, d'où la nécessité de confirmer la délégation sur l'ancienne marche (marquisat) et le vicariat (papal).
  4. De même lors de la visite du pape Eugène IV en 1438, à l'occasion de l'ouverture du concile de Ferrare.
  5. En 1440, le Milanais Filippo Maria Visconti tente de proposer à Lionel, qui vient de prendre son épouse, la main de sa fille Bianca Maria, par ailleurs déjà promise à Francesco Sforza.
  6. Outre Borso, y siègent Uguccione Contrari, Feltrino Boiardo, Giovanni Gualengo, et Alberto Pio di Carpi.
  7. Même si ses relations avec Venise pâtissent du passage répété, sur son territoire, de troupes hostiles à la Sérénissime.
  8. En novembre 1448 Lionel propose de marier un de ses fils, Niccolò, avec une fille naturelle du Sforza, Ippolita.
  9. Concessions essentiellement fiscales : suppression de la taxe sur les ovins, allègement d'un tiers de la taxe sur les grains imposée aux paysans.
  10. Giovanni Aurispa, abbé de Santa Maria in Vado, Angelo Decembrio, humaniste milanais, Teodoro Gaza, érudit grec, Pier Candido Decembrio, Ambrogio Traversari, Lorenzo Valla, Poggio Bracciolini, Francesco Barbaro, Flavio Biondo, ainsi que le poète Basinio Basini.
  11. Son Philodoxeos, son Teogenio et le De equo animante.
  12. L'université de Ferrare, qui doit lutter contre les puissantes institutions de Padoue et de Bologne.
  13. Angelo degli Ubaldi en droit civil, Francesco Accolti en droit canonique, Michele Savonarola en médecine, Guarino Veronese pour le latin et la réthorique, Teodoro Gaza pour le grec.
  14. Belfiore, Belriguardo, Copparo et Migliaro.
  15. Lugo, Bagnocavallo, Rubiera et Finale.
  16. Camées, médailles, monnaies, broches.
  17. La contribution de ce dernier est conservée à Bergame, dans les collections de l'Accademia Carrara.
  18. Aujourd'hui au Louvre.
  19. Un portrait du camerlingue Folco di Villafora, alors favori du marquis, est peint au dos du panneau.
  20. Dont un triptyque perdu (Deposizione et la Cacciata dall'Eden).
  21. Cabinet de lecture et bureau.
  22. Le peintre ne pourra terminer que Clio et Melpomene avant sa mort, et les panneaux seront démembrés après l’incendie de Belfiore, en 1482.
  23. Giampiero Brunelli. Este, Leonello d'. Dizionario Biografico degli Italiani. Treccani. Volume 43, 1993.

Liens internes[modifier | modifier le code]

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