Linguistique du Livre de Mormon

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L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours considère le Livre de Mormon comme la traduction par Joseph Smith (au XIXe siècle) d’un récit historique des habitants de l’Amérique pré-colombienne écrit et compilé entre 600 av. J.-C. et 421 apr. J.-C.. D’après Joseph Smith, ce récit était écrit sur des plaques métalliques dans une langue qu’il qualifiait d’égyptien réformé.

C’est ainsi que les partisans et détracteurs du Livre de Mormon l’ont analysé d’un point de vue linguistique cherchant à démontrer le bien-fondé de leurs thèses. Les critiques de ce livre auraient ainsi relevé des anachronismes linguistiques tandis que les exégètes mormons auraient découvert des formes stylistiques présentant des similitudes avec l’égyptien et l’hébreu.

Chiasmes[modifier | modifier le code]

Histoire et définition du chiasme et exemples bibliques[modifier | modifier le code]

Le chiasme est une figure de rhétorique dans la Bible qui a pour effet de donner du rythme à une phrase. Les éléments de deux groupes parallèles sont inversés. Le chiasme peut souligner l'union de deux réalités ou renforcer une antithèse. Cette structure a été analysée par des exégètes et des linguistes catholiques tels que Marcel Jousse, Albert Vanhoye ou Roland Meynet, aussi bien dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau Testament.

Chiasmes dans le Livre de Mormon[modifier | modifier le code]

Divers exégètes mormons[1] ont relevé des structures s'apparentant à des chiasmes dans le Livre de Mormon. Cette forme étant hébraïque à l’origine, les chiasmes seraient selon les mormons une indication de l'origine hébraïque de leur livre sacré.

Un exemple tiré du Livre de Mormon :

Mosiah 3:18-19
Les hommes boivent de la damnation pour leur âme
(a) s’ils ne s’humilient,
 (b) et ne deviennent comme des petits enfants,
  (c) et ne croient que le salut est dans le sang expiatoire du Christ.
   (d) Car l’homme naturel
    (e) est ennemi de Dieu,
     (g) et l’est depuis la chute d’Adam,
     (f) et le sera pour toujours et à jamais,
    (e) à moins qu’il ne se rende aux persuasions de l’Esprit Saint,
   (d) et ne se dépouille de l’homme naturel,
  (c) et ne devienne un saint par l’expiation du Christ,
 (b) et ne devienne semblable à un enfant,
(a) soumis, doux, humble

Des dizaines d'autres textes continus ont été relevés comme chiasmatiques. D'autres encore ne sont pas des textes continus mais des structures de chapitres ou de livres qui s'articulent selon une disposition chiasmatique (Alma chapitre 36[2], 1er Livre de Néphi[3], Livre de Mosiah[4]).

Critique de l'argumentation mormone[modifier | modifier le code]

Les critiques contestent les conclusions des exégètes mormons pour deux principales raisons :

Les chiasmes présentés sont subjectifs

Les chapitres ou livres présentés comme chiasmatiques ne le sont que par la sélection subjective de certains passages laissant de côté l'immense majorité de ces livres ou chapitres.

Quant aux chiasmes apparemment plus clairs (comme Mosiah 3:18-19), ils pourraient aussi s'expliquer par les répétitions importantes du Livre de Mormon.

La présence de chiasmes ne prouve pas l'origine hébraïque de l’œuvre

De nombreux auteurs, tant antiques que contemporains, ont utilisé des chiasmes dans leurs écrits, par exemple :

Molière
(a) Il faut manger 
 (b) pour vivre 
 (b) et non pas vivre 
(a) pour manger.

Des chiasmes se retrouvent également dans plusieurs ouvrages du XIXe siècle et même dans les Doctrine et Alliances, écrits directement par Joseph Smith (sous la dictée de Dieu si l’on croit à ses affirmations) mais sans nulle base d’un texte hébraïque[5].

De plus, Joseph Smith a pu tout simplement s’inspirer des chiasmes présents dans la Bible :

« Même s'il pouvait être établi qu'il y a de véritables chiasmes dans le Livre de Mormon, cela ne prouvera rien de plus que Joseph Smith s'est inspiré des passages chiasmiques trouvés dans la Bible. (Jerald & Sandra Tanner, A Black Hole in the Book of Mormon, 1989) »

Analyses statistiques du texte[modifier | modifier le code]

Stylométrie[modifier | modifier le code]

La stylométrie est une méthode d’analyse statistique de textes afin d’identifier leur auteur. Celle-ci a été utilisée pour attribuer ou non des œuvres à un auteur précis (comme William Shakespeare) ou pour comparer des styles littéraires.

En 1980, des chercheurs mormons à l’université Brigham Young ont utilisé ce type de technique (Wordprint) pour déterminer les auteurs possibles du Livre de Mormon, affirmant être arrivés à la conclusion que les passages choisis ne ressemblaient à aucun de ceux des auteurs supposés du Livre de Mormon au XIXe siècle, y compris Joseph Smith[6].

Les mormons rejettent généralement leur conclusion, contestant les données utilisées et la méthodologie employée[7].

Parallèles[modifier | modifier le code]

Thomas Donofrio a affirmé avoir trouvé des centaines de parallèles entre des expressions du Livre de Mormon et des écrits de personnages du XVIIIe et XIXe siècles[8]. Les exégètes mormons considèrent ces parallèles normaux étant donné que le Livre de Mormon est une traduction par un personnage vivant au XIXe siècle et qu’il utilisait des tournures de phrase qui lui étaient familières.

Reprises de passages de la Bible du Roi Jacques[modifier | modifier le code]

Le Livre de Mormon contient des similitudes avec la version anglaise de la Bible et certains passages semblent avoir été recopiés depuis la Bible (entre autres 478 versets d’Ésaïe). Les exégètes mormons considèrent que Joseph Smith, n'ayant pas écrit le Livre de Mormon mais l’ayant traduit, a fait comme tout traducteur qui, lorsqu'une partie d'un texte a déjà été traduite, ne la retraduit pas, mais la recopie.

Noms propres[modifier | modifier le code]

Le Livre de Mormon contient plus de 300 noms propres, qui pourraient permettre de déterminer l’origine du livre. En effet, les noms propres sont généralement bien préservés car ils sont reproduits phonétiquement, y compris dans une traduction.

Ainsi, le Livre de Mormon contient :

  • des noms hébreux : Lehi, Lemuel, Ammon, Enos, etc. ;
  • des noms égyptiens : Paanchi, Pahoran, etc. ;
  • des noms grecs : Antipas, Archeantus, Zenos, etc..

Si la présence de noms hébreux et égyptiens est selon les mormons un argument en faveur de l’origine hébraïque/égyptienne du livre, la présence de noms grecs semble disqualifier cette origine, sauf à considérer les relations entre les peuples du pourtour méditerranéen.

Concepts anachroniques[modifier | modifier le code]

Le Livre de Mormon présente certains concepts dans la langue employée, qui semblent en contradiction avec les concepts connus dans l’Amérique pré-colombienne ou le monde juif du temps de Léhi.

Apparition du terme « chrétien »[modifier | modifier le code]

Certains critiques[9] avancent que le terme « chrétien » (Alma 46:13-16) ne peut pas se trouver ailleurs que dans la Bible avant que les disciples du Christ ne se soient qualifiés de chrétiens, ce qui arriva pour la première fois dans la ville d'Antioche dans les années 40.

Les mormons considèrent que le mot « chrétien » utilisé dans Alma 46:13 n'est que l'équivalent anglais donné au XIXe siècle par le traducteur (Joseph Smith) à un mot écrit 1200 ans plus tôt, différent d'un point de vue phonétique et graphique, mais identique quant au sens.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dont le premier était John Welch (1969).
  2. John W. Welch, Le chiasme d'Alma 36 : un chef-d'œuvre.
  3. Marcel Kahne, Exemples de chiasmes dans le Livre de Mormon.
  4. John W. Welch, Le chiasme dans le Livre de Mormon.
  5. Depuis que Welch a publié son étude sur les chiasmes en 1969, il a été découvert que des chiasmes apparaissent aussi dans les Doctrine et Alliances (par exemple 88:34-38; 93:18-38; 132:19-26, 29-36), la Perle de Grand Prix (Livre d'Abraham 3:16-19; 22-28), et dans plusieurs ouvrages isolés du XIXe siècle. La présence de chiasmes dans le Livre de Mormon pourrait donc être la preuve du style littéraire et du génie de Joseph Smith lui-même (Blake Ostler, Book of Mormon Authorship: New Light on Ancient Origins, Dialogue: A Journal of Mormon Thought, Vol. 16, No. 4, Winter, 1983, p. 141-143).
  6. Larsen, Wayne A; Alvin C Rencher & Tim Layton, Who Wrote the Book of Mormon? An Analysis of Wordprints, BYU Studies 20: 225-51.
  7. Jerald & Sandra Tanner, The Godmakers II: Under Fire From Within and Without, Salt Lake City Messenger 84, Avril 1993.
  8. Tories.
  9. entre autres Tony Hynes, Lettre ouverte à un mormon.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]