Lina Ben Mhenni

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Lina Ben Mhenni
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Lina Ben Mhenni à la conférence Freedom Online, Tunis en 2013.

Naissance (34 ans)
Nationalité tunisienne
Pays de résidence Drapeau de la Tunisie Tunisie
Profession
Assistante universitaire
Activité principale
Cyberdissidente et blogueuse
Autres activités

Lina Ben Mhenni (لينا بن مهني), née le , est une cyberdissidente, blogueuse et journaliste tunisienne. Elle est par ailleurs assistante d'anglais à l'université de Tunis.

Biographie[modifier | modifier le code]

Lina Ben Mhenni est issue d'une famille tunisienne moyenne : son père, Sadok Ben Mhenni, travaille au ministère du Transport[1]. Entre 1974 et 1980, il est emprisonné, en tant que militant de gauche opposé à la politique du président Habib Bourguiba, et torturé[2]. Sa mère est enseignante d'arabe dans l'enseignement secondaire. Son frère figure parmi les fondateurs de la section tunisienne d'Amnesty International[3].

Elle étudie aux États-Unis en 2008-2009, dans le cadre du programme Fulbright, et enseigne l'arabe à l'université Tufts près de Boston[1].

Alors que son blog atteint une renommée mondiale pendant la révolution tunisienne de 2010-2011, elle est souvent vue comme « la voix de la révolte tunisienne »[4] bien qu'elle indique parler uniquement en son nom[1]. En mai 2011, elle est appelée à rejoindre les participants du Oslo Freedom Forum[5]. Elle annonce également participer à l'Instance nationale indépendante pour la réforme de l'information et de la communication mais y renonce le 27 mai[6], déçue par le manque de volonté de changement[2]. En septembre, elle participe à un symposium de l'Ars Electronica sur le rôle sociétal des réseaux sociaux[7].

À la suite de sa greffe de rein en 2007, elle prend part la même année ainsi qu'en 2009 aux Jeux mondiaux des transplantés, respectivement en Thaïlande et en Australie ; elle y remporte une médaille d'argent en marche athlétique.

Blog[modifier | modifier le code]

Ben Mhenni, qui possède déjà un ordinateur durant son adolescence, commence l'écriture d'un blog en 2007, sous le pseudo de Nightclubbeuse[3]. Dans un premier temps, elle aborde des questions privées puis, influencée par ses expériences durant ses études aux États-Unis, rejoint d'autres blogueurs tunisiens qui combattent pour la liberté d'expression et les droits de l'homme dans leur pays[8],[1]. Son blog, A Tunisian Girl, est par la suite interdit et censuré par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali[9].

Pendant la révolution tunisienne, en décembre 2010 et janvier 2011, elle se rend à Sidi Bouzid, le site de l'auto-immolation de Mohamed Bouazizi, puis à Kasserine et figure parmi les premiers à rapporter les événements qui se déroulent sur place. Elle diffuse photos et vidéos des opérations de police, des blessés et des morts, les listes des victimes, visite des hôpitaux et interroge des familles qui ont perdu l'un des leurs en raison de la répression policière. Elle maintient également des contacts avec des journalistes étrangers. A Tunisian Girl devient alors un point central pour l'opposition[10],[11],[9]. Dans le cadre de ses activités journalistiques, elle subit aussi la répression : son ordinateur et ses caméras sont volés durant un cambriolage en 2010 — interrompant ainsi son travail de doctorat en linguistique[3] — et son partenaire est arrêté avant d'être libéré après une campagne de solidarité organisée sur Internet[1]. Même après la fuite de Ben Ali, elle reçoit des menaces de mort. Une année après le début de la révolution, elle exprime sa déception au vu des résultats et de la victoire électorale du parti islamiste Ennahdha ; la situation économique ne s'est pas améliorée et la révolution est encore inachevée. Ben Mhenni met aussi en garde contre une dérive de l'État vers l'intégrisme[12],[13] Sur son blog, elle écrit : « Je n'ai jamais pensé que nous nous sommes placés dans une pluie de balles afin de réintroduire la polygamie »[14].

Lina Ben Mhenni caractérise Internet comme un outil précieux pour la révolution tunisienne mais ne désigne pas celle-ci comme une révolution de Facebook ou d'Internet, bien que les réseaux sociaux, la couverture d'Al Jazeera et les attaques d'Anonymous y ont joué un rôle important. Pour elle, la révolution a été menée par le peuple et a débuté dans la rue. Elle refuse par ailleurs le terme de « révolution de jasmin » qu'elle juge inappropriée au regard du bilan en termes de vies humaines[8],[2].

Publication[modifier | modifier le code]

En 2011, elle publie chez Indigène éditions un livre, Tunisian Girl, blogueuse pour un printemps arabe[15], où elle décrit son rôle de blogueuse indépendante et de manifestante, avant et pendant la révolution. Une traduction allemande, Vernetzt Euch!, paraît la même année chez Ullstein-Verlag.

Elle y appelle les utilisateurs d'Internet et des réseaux sociaux comme Facebook, dont l'audience s'est accrue en Tunisie, à les utiliser comme un moyen de mobilisation en faveur d'une « démocratie directe et populaire » et contre des formes répressives de gouvernement. L'ouvrage est inspiré par l'essai Indignez-vous ! de Stéphane Hessel.

Récompense[modifier | modifier le code]

Son blog A Tunisian Girl reçoit le prix du meilleur blog 2011 dans le cadre du concours international The BOBs organisé par la Deutsche Welle[9].

Kristian Berg Harpviken, directeur du Peace Research Institute Oslo, indique avant l'attribution du prix Nobel de la paix 2011 que Lina Ben Mhenni, en tant que représentante du printemps arabe, pouvait figurer parmi les lauréats[16],[17], sur une liste aux côtés des Égyptiens Wael Ghonim et Israa Abdel Fattah[18]. La distinction est finalement décernée le 7 octobre à Ellen Johnson Sirleaf, Leymah Gbowee et Tawakkul Karman[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (de) « Wie eine junge Frau Diktatoren stürzt », Die Welt, 17 juin 2011
  2. a, b et c (de) Andreas Noll, « Die Stimme der Jasmin-Revolution », Deutschlandradio, 27 juin 2011
  3. a, b et c Florence Pitard, « Lina Ben Mhenni, blogueuse de la révolution tunisienne », Ouest-France, 14 juin 2011
  4. (de) « Mutige Stimme der Revolution. Die tunesische Bloggerin Lina Ben Mhenni », 3sat, 8 avril 2011
  5. (en) Portrait de Lina Ben Mhenni (Oslo Freedom Forum)
  6. « Lina ben Mhenni, l'âme de la révolution tunisienne », Metro France, 15 juin 2011
  7. (en) How social fabric is weaving a new era (Ars Electronica)
  8. a et b (de) Patrick Dax, « Tunesische Bloggerin: "Die Leute waren wütend" », Futurezone, 7 septembre 2011
  9. a, b et c (de) « Das beste Blog ist ein tunesisches Mädchen », Die Zeit, 12 avril 2011
  10. (de) Reiner Wandler, « Das tunesische Mädchen », Die Tageszeitung, 30 juillet 2011
  11. (de) Reiner Wandler, « Ein tunesisches Mädchen – Blog-Award für Lina Ben Mhenni », Die Tageszeitung, 13 avril 2011
  12. (de) Julia Gerlach, « Arabische Bloggerin: "Wir müssen weiterkämpfen" », ZDF heute, ZDF, 17 décembre 2011
  13. (de) « Die Angst vor dem Fundamentalismus », Der Standard, 11 janvier 2012
  14. Stern, n°50, 2011, p. 123
  15. Tunisian Girl, blogueuse pour un printemps arabe, coll. Ceux qui marchent contre le vent, éd. Indigène éditions, Montpellier, 2011 (ISBN 2911939875)
  16. (en) PRIO Director's Nobel Peace Prize Speculations 2011 (Norwegian Peace Research Institute)
  17. (de) Björn Amland et Karl Ritter, « Friedensnobelpreis für den Arabischen Frühling? », The Epoch Times, 30 septembre 2011
  18. (en) « Tunisian blogger Lina Ben Mhenni 2011 Nobel Peace Prize nominee », Tunis Afrique Presse, 28 septembre 2011
  19. (en) Prix Nobel de la paix 2011 (Comité Nobel)

(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Lina Ben Mhenni » (voir la liste des auteurs).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]