Ligue musulmane du Pakistan (N)

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Ligue musulmane du Pakistan (Nawaz)
(ur) پاکستان مسلم لیگ ن
image illustrative de l’article Ligue musulmane du Pakistan (N)
Logotype officiel.
Présentation
Président Shehbaz Sharif
Fondation
Scission de Ligue musulmane du Pakistan
Siège Islamabad, Pakistan
Fondateur Fida Mohammad Khan
Chef du parti Raja Zafar ul Haq
Secrétaire général Iqbal Zafar Jhagra
Parti prédécesseur Alliance démocratique islamique
Positionnement Centre droit[1],[2],[3]
Idéologie Conservatisme
Nationalisme
Libéralisme économique[4]
Conservatisme fiscal
Libéral-conservatisme
Fédéralisme
Démocratie islamique
Couleurs Vert
Site web pmln.org
Présidents de groupe
Sénat Raja Zafar ul Haq
Représentation
Sénateurs
33 / 104
Députés
82 / 342
Députés du Pendjab
164 / 371
Députés de Khyber Pakhtunkhwa
6 / 124
Députés du Baloutchistan
1 / 65
Députés du Gilgit-Baltistan
22 / 33
Députés de l'Azad Cachemire
35 / 49

La Ligue musulmane du Pakistan (N) (en anglais : Pakistan Muslim League (N), en ourdou : پاکستان مسلم لیگ ن) est un parti politique du Pakistan issu de la Ligue musulmane. Il est l'un des principaux partis du pays et est libéral en ce qui concerne les questions économiques et conservateur sur les questions de société. Il a été fondé en 1988 par Fida Mohammad Khan et est dirigé par Nawaz Sharif depuis 1993 dont le « N » signifie Nawaz Group.

La Ligue musulmane du Pakistan (N) constitue l'un des plus importants partis du pays. Depuis 1993, il a dirigé deux fois le pays et a été deux fois la principale force d'opposition. Il est particulièrement influent dans le Pendjab et a souvent dirigé son gouvernement local avec à sa tête Shehbaz Sharif qui prend la direction du parti en 2018 suite aux déboires judiciaires de son frère.

Le parti tire son nom de la Ligue musulmane, créée en 1906 pour représenter les musulmans du sous-continent indien. Plusieurs autres partis politiques revendiquent ainsi le nom de « Ligue musulmane du Pakistan » et sont différenciés par des lettres, comme la Ligue musulmane du Pakistan (Q) ou la Ligue musulmane du Pakistan (F).

Direction[modifier | modifier le code]

Nawaz Sharif en 2016.

Ce parti a été fondé en 1988 par Fida Mohammad Khan qui en prend la direction. En 1993, Nawaz Sharif lui succède et reste à ce jour le dirigeant de fait du parti.

Le parti est ensuite présidé par Javed Hashmi de 2001 à 2005, puis par le frère de Nawaz, Shehbaz Sharif, de 2005 à 2011, à la suite de quoi Nawaz Sharif reprend la présidence du parti, jusqu'à ce que son frère reprenne cette fonction en 2018 suite à la condamnation judiciaire de Nawaz Sharif.

Historique[modifier | modifier le code]

Scission de la Ligue musulmane (1988)[modifier | modifier le code]

En 1988, alors que le gouvernement du président Muhammad Zia-ul-Haq, qui dirige le pays depuis son coup d’État militaire en 1977 démet de ses fonctions le gouvernement de Muhammad Khan Junejo, la Ligue musulmane se divise en deux factions. L'une est dirigée par Junejo lui-même, et l'autre est fondée et dirigée par Fida Mohammad Khan alors que Nawaz Sharif devient secrétaire général[5]. Après la mort du président Muhammad Zia-ul-Haq le 17 août 1988, de nouvelles élections législatives sont organisées pour la première fois depuis onze ans. Les deux factions se retrouvent alors au sein de l’Alliance démocratique islamique qui réunit sept partis conservateurs.

Lutte pour le pouvoir face au PPP (1988-1999)[modifier | modifier le code]

Composition de l’Assemblée nationale après les élections de 1997. C’est la plus importante majorité jamais obtenue par le parti.

Lors des élections législatives de 1988, l'Alliance démocratique islamique perd le scrutin au profit du Parti du peuple pakistanais, opposant au président Zia, et devient donc la principale force de l'opposition.

En 1990, l’Alliance démocratique islamique remporte les élections anticipées après la révocation de Benazir Bhutto par le président Ghulam Ishaq Khan et Nawaz Sharif devient Premier ministre. Alors qu'une nouvelle crise éclate entre le président Khan et le Premier ministre, les deux hommes finissent par s'entendre pour démissionner conjointement et appeler des élections anticipées. C'est alors que Nawaz Sharif prend la présidence de sa faction et quitte l'Alliance démocratique islamique.

Le Parti du peuple pakistanais remporte les élections anticipées de 1993 alors que l’Alliance démocratique islamique n'est pas reconduite et que la Ligue musulmane de Nawaz réuni dix fois plus de voix que la Ligue de Junejo. Toutefois, bien que le PPP remporte plus de députés et que Benazir Bhutto forme un nouveau gouvernement, c'est la Ligue de Nawaz qui remporte le plus de votes populaires.

Avec les élections anticipées de 1997, la Ligue musulmane de Nawaz Sharif remporte une écrasante majorité absolue (environ deux-tiers des députés) à l’Assemblée nationale et Nawaz Sharif redevient Premier ministre. Durant cette période, le parti fait voter des réformes constitutionnelles afin de redonner au régime politique sa forme parlementaire originelle et renforce le pouvoir du Premier ministre tout en durcissant les lois islamiques.

Coup d’État, nouvelle scission et effondrement (1999-2008)[modifier | modifier le code]

Après le coup d’État du chef de l’armée Pervez Musharraf le 12 octobre 1999, Nawaz Sharif est arrêté puis contraint de s’exiler. La Ligue musulmane se scinde alors à nouveau. La Ligue musulmane du Pakistan (Q) est fondée en 2002 par Chaudhry Shujaat Hussain pour soutenir le président Pervez Musharraf.

Durant les élections législatives de 2002, la Ligue musulmane de Nawaz Sharif n’a réuni que 9,4 % des voix avec seuls 19 députés élus, devenant seulement la quatrième formation de l’Assemblée nationale et réalisant ainsi la pire performance de son histoire. La Ligue musulmane du Pakistan (Q) remporte quant à elle le scrutin sans majorité absolue.

Élections de 2008 : première force de l'opposition (2008-2013)[modifier | modifier le code]

Le parti obtint 19,6 % des voix durant les élections législatives pakistanaises de 2008 et 90 députés. Il devient la deuxième formation de l’Assemblée nationale après le Parti du peuple pakistanais. Le parti a ensuite formé une coalition gouvernementale avec le PPP et d’autres petits partis. Nawaz Sharif et le PPP de Benazir Bhutto s’étaient associés pour remporter ces élections et isoler la Ligue musulmane pakistanaise (Q) qui soutenait Pervez Musharraf.

La Ligue musulmane a quitté la coalition parlementaire en août 2008 en contestant notamment le choix d’Asif Ali Zardari comme candidat à la présidence ainsi que l’absence de restitution des juges de la Cour suprême. Le parti devient alors le principal parti d’opposition.

En 2008, la Ligue musulmane de Nawaz a largement remporté les élections dans le Pendjab et manque de peu la majorité absolue. Le parti a alors formé une coalition avec le Parti du peuple pakistanais. Shehbaz Sharif est devenu le ministre en chef du gouvernement local, qui intègre des ministres du PPP. Ces derniers ont été renvoyés du gouvernement local après des tensions entre le PPP et la Ligue musulmane en février 2011[6].

En 2009, le parti s'est activement joint au mouvement des avocats pour demander la restauration des juges révoqués sous Musharraf.

Retour au pouvoir (2013-2018)[modifier | modifier le code]

Rassemblement politique de la Ligue à Islamabad en février 2013.

Alors que durant la campagne électorale la Ligue et le Mouvement du Pakistan pour la Justice se disputent le rôle de principale force d'opposition, la première gagne largement les élections législatives de 2013. Après le ralliement des députés indépendants et l'élection des sièges réservés, la Ligue obtient 185 sièges, soit treize de plus que la majorité absolue ; Sardar Ayaz Sadiq devient président de l’Assemblée nationale. Le Parti du peuple pakistanais et le Mouvement pour la justice arrivent loin derrière avec respectivement 42 et 35 députés. La Ligue obtient aussi une large majorité des trois-quart à l'Assemblée provinciale du Pendjab et une majorité relative à l'Assemblée du Baloutchistan.

Nawaz Sharif est investi Premier ministre pour la troisième fois le 5 juin 2013 et son cabinet prend ses fonctions le 7 juin avec Nisar Ali Khan au poste de ministre de l'intérieur et Ishaq Dar au poste de ministre des Finances. Shehbaz Sharif est quant-à lui réélu au poste de ministre en chef du Pendjab.

Nawaz Sharif est englué à partir de 2016 dans l'affaire des Panama Papers. Il est destitué de son poste de député par la Cour suprême le [7] et perd par la même occasion son poste de Premier ministre, duquel il accepte de démissionner le jour-même[8]. Il est aussi condamné à une peine d'inéligibilité de dix ans. Shahid Khaqan Abbasi lui succède au poste de Premier ministre[9]. Dans un premier temps, son frère Shehbaz Sharif est pressenti prendre à terme la tête du gouvernement[10], mais le choix stratégique est fait de le conserver à la tête du gouvernement local du Pendjab.

Le , la Cour suprême rend une décision interdisant à Nawaz Sharif de diriger son parti[11] et une semaine plus tard, Shehbaz Sharif est désigné président de la Ligue musulmane du Pakistan (N) et prend ses fonctions le . Il devient ainsi le candidat de la ligue au poste de Premier ministre pour les élections de juillet 2018[12]. Nawaz Sharif est condamné à 10 ans de prison pour corruption en juillet 2018[13]. Affaibli, le parti est également écarté du pouvoir dans le Baloutchistan où il subit des défections parmi ses élus[14].

Chute de Nawaz Sharif et retour dans l'opposition (depuis 2018)[modifier | modifier le code]

Le , Nawaz Sharif est condamné à dix ans de prison pour corruption et sa fille Maryam Nawaz Sharif à sept[15],[15]. Alors qu'ils sont menacés d'arrestation, Nawaz et Maryam retournent au Pakistan le 13 juillet, tandis que leurs partisans décident de les accueillir à l'aéroport, malgré l'arrestation d'un certain nombre d'entre eux[16]. Ils sont arrêtés à leur arrivée dans le pays, tandis que Shehbaz Sharif organise une manifestation de soutien interdite[17] et Nawaz Sharif est enfermé dans la prison d'Adiala à Rawalpindi[18]. Le clan Sharif accuse la puissante armée pakistanaise de comploter contre lui, tandis que certains médias et fonctionnaires notent une répression à l'encontre du parti sortant et dénoncent des censures[19],[20].

Le 25 juillet, la Ligue arrive en seconde place des élections législatives, cédant le pouvoir au mouvement du Pakistan pour la justice. Elle réunit 24,4 % des voix et 82 sièges, soit plus de deux fois moins que dans la législature précédente et perd même la majorité à l'Assemblée provinciale du Pendjab[21].

Tableau récapitulatif des scrutins[modifier | modifier le code]

Élections % de suffrages
(échelle nationale)
Nombre de sièges à
l’Assemblée nationale
% des sièges Position
Législatives de 1993 39,9 % 73 / 207 35,3 % Opposition
Législatives de 1997 45,9 % 137 / 207 66,2 % Majorité
Législatives de 2002 9,4 % 19 / 342 5,6 % Opposition
Législatives de 2008 19,6 % 91 / 342 26,6 % Opposition
Législatives de 2013 32,8 % 185 / 342 54,1 % Majorité
Législatives de 2018 24,4 % 107 / 342 31,3 % Opposition

Personnalités du parti[modifier | modifier le code]

Des personnalités du parti. Les deux hommes au centre sont Nawaz Sharif (à gauche) et Shehbaz Sharif (à droite). Ishaq Dar est l'homme tout à droite.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Sharif declares victory for his party in Pakistan vote », sur Hindustan Times,
  2. (en) « Nawaz Sharif declares his party victorious in Pakistan vote », Al Arabiya
  3. (en) « Nawaz Sharif Set for Third Term as PM »,
  4. (en) « The democratic uncertainty of Pakistan », sur Himal Mag
  5. (en)Pakistan Resolution sur le site officiel de la Ligue musulmane du Pakistan (N)
  6. (fr) La LMP-N renvoie les ministres du PPP du gouvernement provincial du Pendjab, Daily India, le 23 février 2011. Consulté le 4 mars 2011.
  7. Pakistan : le premier ministre Nawaz Sharif démissionne, Le Monde, .
  8. « Pakistan: le premier ministre destitué », Le Figaro.fr,‎ (lire en ligne).
  9. « Nocookies », sur The Australian (consulté le 29 juillet 2017)
  10. « Shahbaz Sharif will be Pakistan » (consulté le 28 juillet 2017)
  11. « Pakistan: la justice interdit à l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif de diriger son parti », sur L'Orient-Le Jour (consulté le 27 février 2018)
  12. « Au Pakistan, le Premier ministre destitué remplacé par son frère à la tête du parti au pouvoir », sur Libération.fr (consulté le 27 février 2018)
  13. « Pakistan : l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif condamné pour corruption », AFP/Paris Match,‎ (lire en ligne)
  14. (en) PML-N dissidents, independents launch 'Balochistan Awami Party' sur Dawn.com, le 29 mars 2018
  15. a et b « Pakistan : l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif condamné pour corruption », sur parismatch.com (consulté le 7 juillet 2018)
  16. « Nawaz Sharif, de retour au Pakistan, après sa condamnation à 10 ans de prison - Asie-Pacifique - RFI », sur RFI (consulté le 13 juillet 2018)
  17. https://www.challenges.fr/monde/l-ancien-premier-ministre-nawaz-sharif-arrete-a-son-retour-au-pakistan_601197
  18. Pakistan: pas de docteur personnel pour l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif emprisonné et souffrant sur L'Express, le 23 juillet 2018
  19. Pakistan: pas de docteur personnel pour l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif emprisonné et souffrant sur L'Express, le 23 juillet 2018
  20. Avant des élections au Pakistan, l'ombre de l'armée sur la presse sur L'Express, le 29 juin 2018
  21. (en) Pakistan election: Imran Khan begins coalition talks as opposition parties protest 'rigged' vote sur independent.co.uk, le 28 juillet 2018

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]