Lexique Heidegger

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Article principal : Martin Heidegger.

Martin Heidegger, philosophe allemand du XXe siècle, a réalisé pendant soixante ans (de 1910 à 1973) un travail de pensée qui l'a conduit à créer une grande quantité de néologismes, ainsi qu'un nouvel usage d'idiomes de la langue allemande, un vocabulaire renouvelé, porteur de sens nouveaux, exprimant le travail de pensée du philosophe et les nouveaux concepts qu'il propose. La traduction de l'œuvre de Heidegger en France a conduit à innover dans le domaine de la langue philosophique, non sans difficultés, mais en permettant par ce travail de traduction/interprétation une réflexion approfondie sur la pensée du philosophe.

Le lexique est suivi d'un petit glossaire des traductions de termes heideggeriens.

Vocabulaire heideggerien[modifier | modifier le code]

Accomplissement[modifier | modifier le code]

De l'allemand Vollzugssinn.

L'accomplissement est un moment de l'entente phénoménologique approfondie de la vie. Une telle recherche met à jour trois dimensions que Heidegger désigne comme Gehaltsinn (teneur de sens), Bezugssinn (référentiel) et Vollzugssinn (accomplissement). Ce ternaire fondamental, amplement décrit par Jean Greisch[1], est évoqué dans de multiples analyses de la phénoménologie de la vie. Tout comportement, tout phénomène de vie n'est pas vraiment compris tant qu'il n'est pas envisagé sous l'angle de son accomplissement (Vollzugssinn), traduit également par effectuation. Or tout « vécu » est un événement ayant une signification dans un « monde » donné de significations (tel ou tel monde religieux ou le monde de la passion amoureuse). La vie s'accomplit toujours dans, vers, ou contre quelque chose.

« La nature de cet accomplissement de la vie et la possibilité méthodologique d'y accéder et d'en parler, voilà l'un des enjeux cruciaux des réflexions du jeune Heidegger »[2]. Elle se rapporte donc intrinsèquement au « monde », ce qui veut dire qu'elle a pour teneur de sens (Gehaltsinn) le monde de la vie[3]. Dans le vécu du monde ambiant (Gehaltsinn, teneur de sens), il se donne quelque chose Bezugssinn (sens référentiel) en rapport avec ce monde (Heidegger dit : « cela mondanise »). Heidegger précise qu'il ne suffit pas de disposer du sens référentiel (par exemple, le contenu d'une prière bouddhiste) pour en comprendre la juste portée car, dans les mondes esthétiques et religieux, ce sens tend à se retirer dans l'occultation pour se réserver à ceux qui l'effectuent (les seuls croyants), c'est le Vollzugssinn[4].

Advenir[modifier | modifier le code]

De l'allemand Zukommen.

À ne pas confondre avec le sens usuel du mot avenir.

L'« ad-venir » est le « possible » que porte enfoui et recouvert en lui tout commencement, ce qui s'offre pour être répété, ce qui est à reprendre sélectivement dans le passé en ce qui concerne l'histoire (l'être-jeté, pour ce qui concerne le Dasein) pour y reconnaître et res-susciter un nouveau « pouvoir d'être » pour son temps[5].

La marche du Dasein à la rencontre de son pouvoir-être authentique dépend de la possibilité qu'a « l'être-là » d'advenir à soi-même, relève Christian Sommer[6]. Être-soi, pour le Dasein, implique de ne rien laisser de côté, et être du même mouvement, projet, son propre passé et son en avant de soi, ce qui ne peut se faire qu'en portant « résolument » devant soi son « être-jeté » et toutes les possibilités que révèle l'extension de l'existence. Parler d'anticipation de l'avenir, de marche en avant, comprend donc la reprise de l'antériorité. Le passé naît ainsi paradoxalement de l'avenir. « Être-soi » ne va pas sans la reprise de l’entièreté de l'existence entre la naissance et la mort, entièreté qui ne se réduit pas à une simple perspective événementielle d'un maintenant, auquel seraient simplement greffés projets et souvenirs dans une suite vécue.

Aître[modifier | modifier le code]

De l'allemand Wesen

Vieux mot français qu'utilise Gérard Guest[7] pour rendre une nuance de l'emploi heideggérien du mot Wesen, que l'on traduit le plus souvent par « essence », en en perdant le sens verbal et la durée temporelle. Il y a dans l'emploi de Wesen les sens de « séjourner », « demeurer », « habiter » (en un lieu) et aussi temporellement ceux de « durer », « rester », « séjourner ». Dans l'expression « das Wesen der Technik il en désigne, bien plutôt que « l'idée », la durée et le séjour, se déployant comme un règne, à la faveur et au péril d'une époque de l'Être » écrit Gérard Guest[8].

Alètheia[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Alètheia.

Ancien Grec : ἀλήθεια

Alètheia est habituellement traduit par vérité, mais chez Heidegger Alètheia prend le sens de dévoilement ou « descellement » correspondant à Unverborgenheit en allemand. « Entendue à partir d'alètheia, vérité veut dire Unverborgenheit de l'être, sa déclosion, son désabritement , la suspension de son retrait »[9]. Dans le mot Alètheia il y a déjà un sens privatif, ce qui est affranchi du retrait dans la Léthé.

L’Alètheia dans Être et Temps, comme concordance entre pensée et chose, est en rapport avec l'idée d'ouverture, de clairière et de ce qui se donne à comprendre à l'« être-au-monde », de ce dont il a la familiarité.

Angoisse[modifier | modifier le code]

De l'allemand Die Angst

L'angoisse (Die Angst) chez Heidegger n'est pas la peur : le devant-quoi l'Anwesen s'angoisse est parfaitement indéterminé, alors que la peur est liée à quelque chose de définissable. Dans l'angoisse, il y a comme un effondrement du monde et de sa familiarité, une perte totale de significativité. L'angoisse vient de nulle part, alors que rien ne nous est plus proche. Le pour-quoi le Dasein s'angoisse, c'est l'être-au-monde lui-même. Le Dasein est confronté à la nudité de son être et donc à son être le plus propre. Cet « être-au-monde » authentique s'ouvre comme « être-possible »[10]. Dans son style propre, Heidegger précise ceci : « L'angoisse manifeste dans le Dasein l'être pour le « pouvoir-être » le plus propre, c'est-à-dire l'« être-libre » pour la liberté du se choisir et se saisir soi-même » Être et Temps (SZ p. 188 ). L'angoisse est l'une des « dispositions » insignes du Dasein.

Appropriation[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Ereignen

Ereignen, est un des termes majeur mais difficilement traduisible du lexique heideggerien, d'où découle le concept fondamental dans sa pensée de l'Ereignis.

Appropriation signifie d'abord prendre appui sur (das Eigene) « comme mouvement d'amener une chose à son propre ». Nous ne sommes pas dans le registre notarial de la « propriété », mais plutôt dans celui de l'expression française « remettre en main propre ». À travers le terme « approprier », il ne faut pas entendre qu'une chose devienne la propriété ou la possession, mais le fait d'« amener quelque chose à être ce qu'elle est ou la mener à son terme »[11] .

Appropriation qualifie aussi le « demeurer ensemble ». À propos de l'exemple de l'être de la cruche tiré de la conférence sur la Chose, Didier Franck[12] conclut : « le ciel et la terre, les divins et les mortels sont appropriés ou s'approprient réciproquement dans la mesure où aucun d'entre eux ne va sans les autres, dans la mesure où, pour parler de manière grecque, chacun reçoit son « être » de celui des autres auxquels il est ainsi (confié) ».

Plus profondément « Appropriation » qualifie l'Ereignis en ce qu'il « conduit l’homme à ce qui lui est propre (ereignen) en le plaçant dans un rapport – celui de la pensée comme essence de l’homme, et de l’être de l’étant – que l’on peut proprement qualifier d’abyssal, dans la mesure où aucun de ses termes ne lui préexiste, mais où chacun se définit comme relation à l’autre », écrit Julien Pieron[13].

Authenticité[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Eigentlichkeit

Aucune connotation morale dans l'approche heideggérienne de ce terme. Dans celle-ci, l'être humain, le Dasein, est le plus souvent immergé dans la préoccupation quotidienne, n'est pas lui-même, n'existe pas de manière authentique[14]. L'inauthenticité est le fait d'un Dasein qui se comprend lui-même à partir de ce dont il se préoccupe et non pas à partir de son propre pouvoir-être fini. S'interprétant comme une substance, le Je n'est le plus souvent que le On de l'opinion commune.

L'être soi-même authentique nous est révélé dans sa possibilité à même l'immanence du On, par le « Souci ». L'angoisse qui frappe le monde d'insignifiance fait que « le Dasein ne pouvant plus se réfugier dans le On est rejeté vers son Soi, seul constitutif de son « être-au-monde » authentique ». L' « être-au-monde » que découvre l'angoisse s'ouvre comme un « être-possible » que Heidegger caractérise ainsi : « comme ce qu'il ne peut être qu'à partir de lui-même, seul et dans l'isolement » (in der Vereinzelung)[10]. « Heidegger parle au § 53 d'Être et Temps de Vereinzelung pour caractériser la possibilité la plus propre de la mort comme de cela qui réclame de chacun ce qu'il a d'unique (als einzelnes  »). Le Dasein n'a d'autre essence que « d'être » (au sens verbal). L'angoisse qui découvre sa possibilité la plus propre, la mort, isole et ouvre le Dasein comme solus Ipse ( authentique)[15].

À noter, que François Fédier a proposé une traduction différente du terme Eigentlichkeit. Selon lui ce mot devrait se traduire par « propriété » plutôt que « authenticité » car Eigene signifie pour Fédier ce qui « est en propre », dans une « pente » qui m'est propre[16].

Avenance[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Das Ankommende

François Fédier rappelle que Heidegger, dans une Lettre à Jean Beaufret, a dit en français comment entendre le mot « être » dans la phrase Das Denken ist auf das Sein als das Ankommende (l'avenant) bezogen . Le terme de Ankommende ou Ereignis, traduit par « avenant », est à tort compris comme simple événement. Heidegger cherche à transposer l'ampleur du terme Ankommende allemand qui a le sens de « ce qui vient à proximité tend à entrer en contact avec ce dont il est proche ». Das Ankommende désigne « ce qui vient jusqu'à nous, presque à nous toucher ». Ce qui est avenant est bien plus que ce qui simplement arrive, il est « ce qui vient à nous et ce qui vient jusqu'à nous »[17].

Commencement[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Anfang

Heidegger lie sa conception du commencement au sens grec de archè. Il signifie à la fois « début et règne »[18]. « Pour Heidegger, archè en tant que « commencement et règne » n'est rien d'autre que l'« alètheia », c'est-à-dire la vérité de l'être ».

Dans le commentaire intitulé La parole d'Anaximandre, portant sur les quelques fragments connus de cet ancien penseur grec, Heidegger cherche à discerner en quoi ce commencement-là est véritablement premier. Non pas le premier texte, au sens d'une simple énumération, mais « au sens étymologique de partir, où c'est un partage qui est départi, un partage qui devient aussitôt, pour ceux qui en héritent, leur destin, à savoir ce dont (d'une manière ou d'une autre) ils auront à s'acquitter tout au long de leur histoire » écrit François Fédier[19].

Selon Marlène Zarader[20], Heidegger, dans sa démarche de retour au matin grec, « se tient à l'écoute des paroles initiales pour dégager l'expérience impensée qui y demeure abritée et qui, transmise jusqu'à nous en même temps que la langue, y est encore en attente d'avenir ».

Comprendre[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Verstehen

Comprendre (Verstehen), ou son équivalent en français, « entendre », ne sont pas chez Heidegger des concepts gnoséologiques. Toute disposition du Dasein a son entente du monde, comme « la peur », « être à la hauteur », « maîtriser une situation », « capacité à faire face ». Entendre est inséparable de vibrer. Toutes les possibilités « ontiques » (liées au Dasein), élevées au niveau ontologique, traduisent un pouvoir-être, un être possible. L’entendre intervient donc dans la constitution même du Dasein qui « est à chaque fois ce qu'il peut être et sa manière d'être, sa possibilité[21] ».

Conjointure[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Bewandtnis

Emmanuel Martineau traduit par « Tournure » et François Vezin par « Conjointure » .

« Les choses ne font pas leur apparition d'une manière isolée, pour seulement après coup constituer un tout, mais c'est avec l' accomplissement de l'être du Dasein qui y est déjà dévoilé un ensemble cohérent d'utilisables »[22]. François Vezin[23] remarque, qu'un ustensile ne peut être ontologiquement ustensile à lui tout seul, mais qu'il doit se conjoindre à un autre pour satisfaire à un usage (exemple: le bouchon à la bouteille, le bouton à la boutonnière).

L'important c'est de noter que l'ensemble de tous les renvois dont il retourne entre les choses ne débouche pas sur un étant de l'ordre de l'utilisable mais sur le Dasein lui-même. « Autrement dit « le pourquoi » initial est un « à dessein de quelque chose » dans lequel se découvre l'être-au-monde existant en tant que tel, l'ouverture où se tient l'entente du monde »[22].

Conscience[modifier | modifier le code]

La conscience (Das Gewissen) n'est pas chez Heidegger à prendre au sens moral : il s'agit de la « voix de la conscience », qui appelle le Dasein à lui-même, en interrompant le bavardage du monde dans lequel le Dasein est jeté. François Vezin[24] note que cet appel est enraciné dans le « Souci » qui manifeste l'essentielle ouverture du Dasein.

Dasein[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dasein.

Terme allemand polysémique fondamental d'Être et Temps avec pour traduction possible « être-là », ou selon Heidegger « Être-le-là ». Il désigne le plus souvent l'homme, la réalité humaine. On peut utiliser le syntagme « être-Là » avec « L » majuscule pour bien signifier l'identité entre le Dasein et son ouverture. Il est préférable le plus souvent de ne pas traduire ce terme et de conserver l'allemand Das Dasein.

Parce que le Dasein est l'étant pour qui il y a de l'être, « il » « a » « à être ». Cette formule, sous forme d'injonction, rappelle le conatus spinoziste mais est pourtant à comprendre différemment, non comme l'expression d'un retour sur soi renforcé, mais comme un pur témoignage sur l'être, qu'il accueille et dont il (le Dasein) est comptable. Mais « être » et « témoigner de l'être » ont pour Heidegger le même sens.

Dans la deuxième partie de sa carrière, Heidegger écrira Da-sein avec césure et trait d'union pour marquer l'évolution de sa conception de l'être, l'homme devenu moins configurateur de monde et plus « berger de l'être ».

Décèlement[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Unverborgenheit

Traduction heideggérienne de l'alètheia grecque, qui indique vers ce qui en elle est impensé : sa dimension événementielle et finie[25]. Unverborgenheit est l'état de décèlement et Verborgenheit l'état de cèlement. Le recours au mot celer (cacher, tenir secret), qui joue dans la dimension de l'apparaître, s'impose en français car le mot grec alètheia est bien un mot privatif, ce qui est décelé, est arraché au « cèlement »[26].

Déloignement[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Entfernung

Ce concept de Die Entfernung vise à nous faire sortir des catégories qui commandent notre compréhension des rapports spatiaux. Il s'agit de « déconstruire les distances objectives comme instigatrices a priori des relations privilégiées de l'être-au-monde avec les éléments de ses entours (espaces de proximité au sens de l’étendue) et de ses contrées lointaines »[27]. Dans son commerce avec le monde ambiant, le Dasein est essentiellement « dé-loignant », ce qui, dans le sens que lui donne Heidegger, est une constitution d'être du Dasein signifiant « abolition du lointain en laissant venir à son encontre dans la proximité »[28]. On peut parler de rapprochement ou de « tendance à l'effacement de toute distance ». « Il y a dans le Dasein une tendance essentielle à la proximité » écrit Didier Franck[28] (voir sur ce sujet: Heidegger et le problème de l'espace).

L'espace n'est plus un réceptacle vide doté de trois dimensions, mais un ensemble articulé en « coins » et « contrées » (la cuisine, l'établi, le fond du jardin) typiques, où le Dasein préoccupé trouve ses repères. « Ce n'est plus la distance qui décide de la plus ou moins grande proximité, mais la préoccupation de qui en fait usage »[29].

Dernier dieu[modifier | modifier le code]

Le dernier dieu (Der Letzte Gott), qui n'est ni le dieu de la théologie, ni celui de la métaphysique, apparaît dans la sixième fugue des Apports à la philosophie : De l'avenance.

Destruction[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Destruktion

Transposé le plus souvent en français par le terme de « Déconstruction » que l'on doit à Jacques Derrida, alors que François Vezin, dans sa traduction d' Être et Temps, s'essaie au terme de « Désobstruction » pour en accentuer le caractère spécial et tenter d'en respecter le sens originel ; la « Destruction », ou « Déconstruction », concerne l'histoire de l'ontologie. La Destruction dé-fait, dé-construit la tradition pour revenir aux expériences « originaires », afin de les ressaisir en répétant (re-poser) la question du « sens de l'être » dans le but d'en révéler les possibilités laissées de côté. En ce qui concerne les concepts, déconstruire signifie « reconduire » aux expériences originelles qui leur ont donné naissance et qui les rend possibles. La « Destruction » est inséparable de deux autres éléments de la méthode phénoménologique que sont la « réduction » et la « construction »[30].

Dévalement[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Verfallenheit

Le dévalement (Die Verfallenheit) est aussi traduit par « chute » ou « déchéance » [du Dasein].

Selon François Vezin[31], ces termes n'ont rien de dépréciatif. Il s'agit d'un penchant naturel, d'un laisser aller, d'un vouloir vivre sa vie, dans un rapport de plus en plus étroit avec le monde, qui se paye en contrepartie d'un éloignement vis-à-vis de son « propre », du centre de soi-même.

La pro-priété du Dasein (au sens de ce qui lui appartient en propre, son être authentique) est toujours perdue de vue et inlassablement à reconstituer.

Devancement[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Vorlaufen.

Dans son existence, le Dasein apparaît comme un être éternellement tendu vers son « pouvoir être » le plus propre. Cela se traduit ontologiquement par l'idée d'un être toujours et par essence en « avance sur lui-même ». Ce mouvement qui le porte « en-avant de soi », en vue de son « pouvoir-être » authentique, sous l'injonction de l' « avoir à être », implique, comme le note Françoise Dastur[32], la prise en compte de la mort. Il n'y aurait de « Résolution anticipante » qu'en connexion avec un être proprement « en vue de la mort ». Toutefois le devancement n'est pas la rumination de la fin, mais plutôt, selon Christian Dubois[33], « la finitisation même de l'existence de l'être humain qui se donne à lui-même dans sa totalité singulière ».

Dichtung[modifier | modifier le code]

Terme choisi pour une modalité du dire permettant le rapprochement du dire poétique et de la pensée. Dichtung tel que l'entend Heidegger parle à la fois sur le mode du chant (tel que cela s'est produit avec Hölderlin) et sur celui de la pensée (tel que Heidegger l'entreprend)[34].

Différence ontologique[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die ontologische Differenz

La différence ontologique ne désigne pas simplement la dissociation de l'être et de l'étant, mais cette dissociation considérée en ce « que l'étant n'est lui-même en tant qu'étant (et non pas tel ou tel) qu'à la faveur d'une lumière venue d'ailleurs, mais qui brille en lui par son absence - celle de l'être », écrit Pascal David[35]. Ainsi, poursuit Pascal David, le fait « que A soit différent de B est une différence ontique (une orange n'est pas une pomme). Mais A ne peut être différent de B que si le « est » diffère à son tour de A et de B : différence ontologique ». Ce « est » là contient à la fois comme possibilité le A et le B.

Disposition[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Befindlichkeit

La disposition, ou selon certains auteurs « disposibilité » pour (Die Befindlichkeit prise au sens réflexif de sich befinden, se trouver), est le fait d'aller à la rencontre de soi-même. Ce n'est pas un acte volontaire : l'humeur (tristesse, joie) est d'abord une manière de faire l'expérience de soi-même, elle est ensuite ouverture au monde[36]. La disposition affective, tonalité affective, être-accordé-à.., expriment l'idée que l' être-là se trouve (befindet sich) toujours déjà au monde, qu'il n'est jamais privé de monde (Weltloss) [37]. L'homme comme un instrument de musique est toujours accordé, écrit Heidegger[38].

La disposition constitue le mode existential fondamental dans lequel le Dasein est son « là » (son ouverture). La disposition, écrit Françoise Dastur[39], « loin de constituer seulement l'accompagnement affectif d'un voir ou d'un faire, est au contraire ce par quoi nous découvrons primairement le monde ». Heidegger emploie parfois le terme d'affect en allemand Affekt pour signifier la disposition[40].

Par la disposition, le Dasein fait l’expérience du fait de son existence. La disposibilité est orientée selon deux mouvements primordiaux, soit positivement la recherche du soi-même, soit négativement la fuite devant ce même Soi-même.

Éclaircie[modifier | modifier le code]

De l'allemand Lichtung.

Terme référé tout d'abord à la lumière dans Être et Temps, et plus précisément compris comme clairière, Waldlichtung, éclaircie, allégie[41] : ce qui est ouvert. En tant qu'« être-au-monde », le Dasein est l'éclairé qui éclaire, « il est lui même la clairière »(SZ p. 133). En 1965, à l'occasion de la conférence parue en français sous l'intitulé L'affaire de la pensée, Heidegger met de côté cette référence à la lumière et interprète dorénavant la Lichtung selon son deuxième sens allemand, à savoir  « lieu où se libère, où s'affranchit » (Lichtung ne viendrait ainsi pas de Licht « lumière », mais de leicht , du verbe lichten, alléger, dégager, libérer), la Lichtung n'éclaire pas seulement, « elle octroie la présence-même »[42].

« Tout ce qui paraît vient à la lumière mais il n'y a pas de lumière sans ombre, l'une et l'autre ne peuvent entrer en contraste qu'au sein d'une dimension préalable qui les ouvre l'une à l'autre. Nous nommons cette ouverture qui octroie un possible laisser-paraître et montrer l'éclaircie, dit Heidegger en précisant peu après que la lumière peut bien pénétrer dans l'éclaircie [...], mais en aucun cas la lumière ne crée d'abord l'éclaircie. Au-delà des rayons et des ombres, l'éclaircie est l'ouvert pour tout ce qui « vient-en-présence », pour tout ce qui « s'absente » » écrit Didier Franck[43].

Ek-sistence[modifier | modifier le code]

De l'allemand Die Ek-sistenz.

Le terme existence au sens courant veut dire réalité par opposition à pure possibilité. Avec le mot « Ek-sistence », il ne s'agit plus de la conception traditionnelle d'une existence par opposition à l'essence, mais de la nécessité de souligner une « possibilité d'être » offerte au Dasein, soit qu'il l'ait choisie, soit qu'il soit tombé en elle. En ce sens, la question de l'existence ne peut jamais être réglée que par l'exister lui-même ; la compréhension concrète qu'a le Dasein de son existence est exclusivement son affaire, selon Jean Greisch[44]. Avec le terme « ek-sistence », Heidegger signifie l'« ek-stase » en vue de la « vérité de l'être »[45].

Extase, et plus proprement du grec, « ek-stase », c'est être initialement ouvert à ce dont « l'être même est de paraître à découvert ». Avec cette dénomination, Heidegger détermine par le « là » de cette ouverture, et non par la conscience, la radicalité de sa pensée philosophique. L'ek-stase n'est pas un ravissement qui nous transporterait hors du monde, mais la manifestation essentielle de l'« être-au-monde »[46].

L'existence, qui désignait dans Être et temps, l'être du Dasein en tant que celui-ci se rapporte à lui-même, s'écrit maintenant, après le Tournant, « ek-sistence », signifiant le rapport du Dasein non plus à soi-même mais à l'ouvert, l'exposition à la dés-occultation de l'étant comme tel[47]. À partir de la Lettre sur l'humanisme, Heidegger comprend l' « ek-sistence » non plus comme une projection transcendantale mais comme une « endurance ». Le Dasein devient l'ouvert pour l'ouverture de l'être et c'est dorénavant l'Être lui-même qui destine l’être-le-là (voir le Dasein) à son essence. Le Dasein s'inscrit dans une passivité constitutive, passivité à l'écoute de l'être[48].

Entendre[modifier | modifier le code]

Entendre (Verstehen) est autre chose que le comprendre de la traduction littérale. Il y a dans l'« entendre » heideggerien le sens de « s'y entendre », le sens aussi de « tendre vers ». Il n'y a d'entente, précise Heidegger, que lorsque l' « être-là » établit avec la chose visée « un rapport où son être est proprement engagé ».

Hadrien France-Lanord[49] précise que le mode ententif du Dasein ne porte pas sur la découverte d'un sens qui serait ignoré, mais qu'il est en lui-même attribution d'un sens. Avant le comprendre proprement dit, dans l'entente, le Dasein a déjà, à chaque fois, son entente propre (sa manière naturelle de se tourner vers l'étant) quand bien même il la refoulerait ou l'ignorerait. C'est cette « entente originaire » de l'« être-au-monde » que Heidegger appelle Die Befindlichkeit, traduit par disposibilité. Entendre est inséparable « de vibrer ». L'entendre intervient dans la constitution même du Dasein. Heidegger dit textuellement « l'entendre constitue lui-même un genre fondamental de l'être du Dasein »( Être et Temps (§63) (SZ p. 315).

Entiéreté, Totalité[modifier | modifier le code]

De l'allemand Das Ganzheit.

Se dit d'un mode d'être du Dasein. Ce concept s'inscrit dans la volonté de Heidegger d'éviter de lier la mort et l'idée d'achèvement. Le § 48 d'Être et Temps arrive à la conclusion, note Cristian Ciocan[50], « que la fin et la totalité du Dasein doivent être conçues d'une toute autre manière que la fin et la totalité des choses du monde [..] ; la totalité (pour le Dasein) n'est plus une chose que l'on atteint à la fin de la vie, mais elle est depuis toujours déjà, existentialement, constituée par la mort dans l'être du Dasein ».

Ereignis[modifier | modifier le code]

De l'allemand Das Ereignis

Signifie au sens courant « l'événement », « ce qui arrive », Heidegger l'entend comme er-eignis, ce qui amène à être proprement soi, ce que la chose doit être en propre, sa propriété, d'où la traduction possible d'« événement appropriant », expression utilisée notamment par Christian Dubois[51]. Ereignen est pris au sens de « faire advenir à soi » (Temps et Être dans Q IV p. 227). Le mot signifie à la fois laisser advenir à soi, laisser-être et manifester de la bienveillance. Un sens approché peut être celui du père qui protège son enfant, le conseille sans le contraindre, mais en le laissant développer sa propre personnalité, être ce qu'il doit être en toute liberté. Ce qui implique qu'il ne s'agit nullement d'un fait survenant mais « d'un accomplissement d'une initiale possibilité, antérieure à tout événement ontique »[52]. Marlène Zarader[53] affirme que « si Das Ereignis peut être nommé et situé, il ne saurait toutefois être défini au sein d'une proposition énonciative ».

À partir des « traités impubliés » et notamment des Apports à la philosophie : De l'avenance, l' Ereignis du titre allemand Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) devient le mot directeur de la pensée d'Heidegger, le nouveau nom du déploiement originel de l'Être. François Fédier en référence à l'alternative allemande au Ereignis, à savoir : Ankommende, tente en français le terme qui fera polémique d' « Avenance ».

Alain Boutot, dans son Que-sais-je ? , résume ainsi le sens de l' Ereignis : « L'être comme le temps, entrent en présence ou plutôt, ne sont rien d'autre que la venue en présence de tout ce qui est. Cette présence ne dérive pas d'autre chose que d'elle-même. Elle advient d'elle-même et par elle-même, elle se donne, ou plutôt est elle-même pure donation de présence. Heidegger nomme cette donation originaire de la présence, qui est à la fois la vérité de l'être et la vérité du temps, das Ereignis »[54].

Heidegger désigne aussi l' Ereignis par un, « il y a être » Es gibt Sein, c'est-à-dire, comme l'événement d'une pure donation. L'être donne l'étant et se retire au profit du donné. L" Ereignis reste caché derrière le voilement inhérent à « l'être-là » comme « être-au-monde ». « En se décelant dans l’étant, l’être disparaît comme « Ereignis » et apparaît comme être de l’étant. Ce qui se retire n’est donc pas l’être comme être de l’étant, mais l’« Ereignis », comme événement de la Lichtung des Seins »[55]..

Essence[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Wesen

Dans une note en fin d'ouvrage le traducteur des Chemins qui ne mènent nulle part précise : « Partout et toujours, chez Heidegger, le mot essence doit être compris non comme une essence platonicienne figée, immuable, planant au-dessus des formes [...] l'essence Wesen est le mode propre de déploiement de l'être d'un étant »[56].

Étant[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Seiende

Simple participe présent du verbe être, désignant les « choses » réelles qui existent, en métaphysique. Il prend de l'ampleur avec Heidegger. « De l'étant ne font pas seulement partie des choses et les choses ne sont pas seulement les choses de la nature »[57]. Sont « étants » les objets naturels ou artificiels, mais aussi les dieux, les mythes et les croyances, de même que les idées et les hommes, présents ou absents, sans oublier les « étants » passés et à-venir. Heidegger écrit « les hommes aussi, ainsi que les choses produites par l'homme, et les effets et circonstances résultant de l'activité humaine, tout cela fait partie de l'étant ». « La présence d'un absent n'est pas seulement son souvenir, mais en quelque sorte son « habitation » parmi les présents. Sa présence est vacante mais elle est là. Il est l'absent dont l'absence est encore toute pleine de sa présence. L'absence d'un absent peut être plus présente que la présence des présents »[58]. « Les choses démoniques et divines appartiennent aussi, à l'étant »[57].

Qu'est- ce que l'étant ? François Fédier[59] écrit « L'étant : c'est la façon la plus économique, la plus synthétique-sans rien perdre-de nommer tout ce qui est. Cette question comprend toutes les questions et permet de sonder, de tout appréhender à travers l'insondable multiplicité du monde »

Être[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Sein.

Penser l'être en propre, dit Heidegger, demande que soit abandonné l'être comme fond de l'étant, en faveur du « donner » (sens verbal) qui joue en retrait dans la libération du retrait (de ce qui apparaît l'étant), au sens « de il y a ». Entre l'étant qui est là présent et l'être (sens verbal), il y a une différence fondamentale que la tradition philosophique a oubliée : la différence ontologique. Heidegger, après le Tournant, modifiera la graphie de Sein en Seyn pour signifier une nouvelle orientation de son questionnement qui, sautant par dessus la différence ontologique, va s'adresser directement à l'être comme vérité.

Être-au-monde[modifier | modifier le code]

De l'allemand : In-der-Welt-Sein

Pour François Vezin, cette traduction française serait plus heureuse que l'original allemand lui-même. Être-au-monde est le mode existential fondamental du Dasein dont le dévalement (immersion dans le monde) fournit l'attestation. Cette formule, nous dit Emmanuel Levinas, est ontologique, elle ne signifie pas simplement que le Dasein est dans le monde, elle caractérise la manière dont nous comprenons l'existence à partir des possibilités ouvertes d'ores et déjà saisies. C'est la disposition (Befindlichkeit) et non l'intellect qui nous ouvre primairement le monde.

« Le Dasein n'est pas sous la forme d'une subjectivité consciente d'elle-même et de son monde comme sa représentation. Il se donne au contraire comme originairement au monde, cette structure d'être est méticuleusement explorée tout au long d' Être et Temps. Être-au-monde est le nom même de la transcendance propre au Dasein, qui n'est auprès des choses, d'autrui et de lui-même qu'en se tenant déjà au-delà, soutenant le monde comme ouverture » écrit Christian Dubois [60].

Être-avec[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-avec.

De l'allemand : Mitsein ou Mitdasein.

Le Dasein est essentiellement « être-avec ». Il n'y a pas un « Moi » et les autres, mais un monde donné les uns « avec » les autres (Mitdasein) qui sont aussi des Dasein. Lorsqu'on parle du Dasein jamais isolé mais toujours avec les autres, on utilise Mitsein.

Être-exposé[modifier | modifier le code]

De l'allemand Ausgesetz terme difficile à rendre : être-exposé, au sens d'être laissé à soi-même, sur le mode du souci, à tous les dangers, donc être vulnérable, mais aussi, pour Heidegger, être exposé à l'Être, et à son être à soi dans toute sa précarité [61].

Être-en-faute[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-en-faute.

De l'allemand Schuldigsein.

Aucune intonation morale dans cette expression. En élevant au niveau existential l'idée de faute, ce concept prend sa source dans la double négativité du Dasein en tant qu'être jeté sans fondement et en tant qu'être ayant à effectuer des choix et condamné de ce fait à renoncer à d'autres. C'est à l'occasion de cette analyse de l'être-en-faute qu'Heidegger met à jour la fondamentale nihilité du Dasein, comme être sans fondement. L'être-en-faute appartient essentiellement à l'être du Dasein. Cet être n'est pas quelquefois en faute et à d'autres moments non, Heidegger insiste sur sa constance. Le parti « d'y voir clair en conscience » (Gewissens-haben--wollen ) ou « résolution anticipante » (vorlaufende Entsclossenheit) est résolution pour cet « être-en faute » Être et Temps (§62) (SZ p. 305).

Être-là-devant[modifier | modifier le code]

De l'allemand Das Vorhandene, littéralement les choses qui se présentent devant nous, traduit aussi par être-sous-la-main ou étant-sous-la-main. La question de la maniabilité a une très grande importance dans Être et Temps.

Être-le-là[modifier | modifier le code]

Martin Heidegger affirme[62] que « être-là », ou « réalité humaine », qui furent les tentatives pionnières de transposition du mot Dasein par les premiers traducteurs français comme Henry Corbin[63] et Jean-Paul Sartre, dénotent une interprétation incorrecte de sa pensée, et qu'il faudrait plutôt oser en français l'expression heideggérienne, a priori surprenante, d'« être-le-là ».

« Être-là » reviendrait à comprendre la présence du Dasein à l'image d'un objet dans sa permanence temporelle et spatiale. « Rien n'est plus étranger au Dasein, qui n'a aucune permanence parce qu'il a, à chaque fois, à être son être » (cf article Dasein, section Analytique existentiale).

Être-jeté[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-jeté.

De l'allemand Die Geworfenheit.

Le Dasein est toujours déjà à pied d’œuvre, à sa naissance il ne choisit ni le lieu ni le comment de sa venue. Tout au long de son existence, il doit assumer une capacité projective qui est toujours déjà liée à un horizon de possibilités « en deçà duquel le Dasein ne peut jamais remonter »[64]. Heidegger rajoute même qu'« il est jeté à lui-même » (ihm selbst geworfen), jeté comme être-projetant (pas comme un caillou). Tant que le Dasein existe, il ne cesse de naître, « il ne cesse d'être-jeté »[65]. Ce qui fait comprendre que le fait de parler au passé de l' « être-jeté », n'a pas le sens d'un événement révolu, mais qu'il y a à chaque fois quelque chose d'irrécupérable dans l'existence.

Ce doublet de l’existence et de l’être-jeté est un thème abordé à plusieurs reprises par Heidegger sous la formule unique « projet jeté », geworfener Entwurf . « Selon cette caractérisation du Dasein, celui-ci se tiendrait à la rencontre d’une puissance de projeter les possibilités d’un monde – le projet – et d’une impuissance complète face au retrait ou à la fermeture de certaines de ces possibilités »[66].

La prise en charge de l'« être-jeté » dans « la Résolution anticipante » ne signifie rien de moins pour le Dasein que le fait d'être en propre ce qu'il était déjà sur un mode impropre[67]

Être-sous-la-main[modifier | modifier le code]

De l'allemand Vorhandenheit dans Être et temps.

Signifie l’être sur le mode de la subsistance, l’être de la chose fermée sur elle-même et « dé-mondanéisée », c’est-à-dire coupée ou extraite des rapports de renvoi qui constituent son être propre.

Être-vers-la-mort[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-vers-la-mort.

De l'allemand : Das Sein zum Tode

Das Sein zum Tode est un concept clef d'Être et Temps, être-vers-la-mort dans la traduction de François Vezin et « Être-pour-la mort » selon Emmanuel Martineau. L'« Être-vers-la-mort », plus neutre, semble préférable car l'expression « pour-la-mort » paraît mettre en jeu une volonté qui est totalement absente de l’œuvre de Heidegger.

Loin d'être une exaltation de la fin, une fixation morbide, l'Être-vers-la-mort, ou « être-à-la-fin » ou encore « être-révolu » certain et indéterminé, qu'est essentiellement le Dasein, conçu comme possibilité « ici et maintenant », a le pouvoir de le libérer de toutes déterminations et de toutes contraintes inappropriées. Les traducteurs utlilisent diverses expressions, telles que « anticipation de la mort », de « devancement », de « marche d'avance » ou même de « marche à la mort » : Être et Temps (SZ p. 305). Christian Dubois[68] précise que cette possibilité « irrelative » concerne la dissolution de tous les rapports à autrui et « notamment la possibilité de me comprendre à partir de possibilités puisées dans le On, elle me donne donc à comprendre à moi-même entièrement, elle me donne à assumer l'existence entière à partir de mon isolement ».

Être-été[modifier | modifier le code]

De l'allemand Die Gewesendheit.

Avec cette expression, Heidegger tente de montrer que le Dasein ne possède pas son passé comme un bagage, ni comme un souvenir, mais qu'il s'agit de son être. C'est l'être dans sa dimension temporelle récapitulé dans l' « être-jeté » (par exemple, l'âge d'un individu récapitule dans toutes les dimensions son avoir été). L'« être-été » ouvre de nouvelles possibilités (par exemple, l'âge mûr d'une actrice lui ouvre la capacité de jouer les rôles de mère).

La mémoire n'a existentialement aucune place, elle suppose originairement l'être-été. L'être-jeté doit à chaque fois assumer ce qu'il a déjà été, il ne peut advenir à lui-même que dans la mesure où il assume ce qu'il est en propre. François Vezin[69] écrit que « Le passé n'est pas un gouffre qui engloutit tout, mais une ressource pleine d'imprévus et de possibilités en retrait. Il n'a pas, il n'a jamais dit son dernier mot ».

Le passé dure en nous, il est donc présent. Il advient comme lui à partir de l'avenir à partir du projet que j'assume. En outre le Dasein dans l'entente de l'être qui est la sienne se comprend à partir d'une explicitation qui lui a été transmise. Le passé qui est le sien lui ouvre à chaque fois déjà la voie (Être et Temps §6 page 46). L'« être-été » est le phénomène originel de ce que nous nommons le passé[70]. Ce phénomène de reprise dénommé Répétition, note Paul Ricœur[71], confirme l'écart de sens entre l'« être-été », qui est intrinsèquement lié à l'avenir, et le passé qui n'est plus qu'extrinsèquement opposé au futur à travers l'opposition entre le caractère déterminé, achevé et nécessaire du passé et le caractère indéterminé, ouvert et possible du futur.

Être-en-avant-de Soi[modifier | modifier le code]

Cette expression qui qualifie ontologiquement le Dasein ne doit pas être comprise comme mettant en opposition un avenir non encore réalisé et un présent comme « pas encore ». L' « avant » indique l'avenir en tant que c'est lui qui rend seul possible que le Dasein puisse être de la manière où il y va de son « pouvoir-être » Être et Temps (SZ p. 327).

Existence[modifier | modifier le code]

De l'allemand Existenz.

Objet de la Phénoménologie de l'existence, l'existence chez Heidegger ne concerne que l'homme ; les choses et les animaux sont simplement « là ». « Exister veut alors dire autre chose qu'« avoir lieu ». Le simple « avoir lieu », caractérise les étants auxquels la question « qui ? » ne peut pas s'appliquer »[72]. Dans existence, il y a l'idée de la vie, mais aussi celle d'un mouvement d'un « avoir-à-être » ou de « faire place à être » (entendu comme exposition à l'être) qui ne concerne que le Dasein. « Exister est la manière d'être qui est propre à l'homme : exister comme tel ce n'est pas être au sens où une pomme de terre est »[73]. Heidegger distingue entre « l'existentiel » et « l'existential ».

« Existentiel », rattaché à l'adjectif ontique, concerne l'activité concrète d'un Dasein déterminé ainsi que toutes les espèces de comportement qu'il peut avoir dans la vie quotidienne. « Existential », correspond à l'approche ontologique qui recouvre le Dasein en général et son rapport privilégié à l'être. À l'époque d'Être et Temps, l'existence désigne l'être du Dasein en tant qu'il se rapporte à lui-même.

« Après le « Tournant », Heidegger adopte l'orthographe de « ek-sistence », qui signifie le rapport du Dasein non plus à lui-même, mais à l'« ouvert » »[74] et selon Heidegger lui-même « l'installation « ek-statique » dans la clairière du là » (Nietzsche, t II p. 383).

Existential[modifier | modifier le code]

De l'allemand Existenzial.

« Risquons la formule suivante : les existentiaux sont au Dasein ce que les catégories sont à l' étant-sous-la-main » écrit Jean Greisch[75]. Les existentiaux correspondent à autant de manières possibles d'interroger le Dasein. La question n'est plus : Quoi? mais : Qui ?. « Existential » caractérise l'ensemble des structures a priori ontologiques de l'existence humaine, à savoir « être-au-monde », « être-vers-la-mort », « être-jeté » « être-avec », etc . Ce terme n'est pas à confondre avec son frère jumeau « existentiel » qui caractérise la vie concrète et son contenu (Wasgehalt). « Existant le Dasein est en vue de lui-même , doit prendre en main ce qu'il est » .« Existential » a rapport à l'être, à la manière (Wiegehalt) dont l' « existentant » a rapport au monde[76].

Facticité [modifier | modifier le code]

De l'allemand Faktizität

Littéralement factivité, mais traduit le plus souvent en français par « facticité », traduction susceptible d'induire en erreur. « Factivité » n'est pas la facticité sartrienne, elle est à mettre en liaison avec la notion d'« être-jeté ». Produit de l'expérience, du vécu, le concept de facticité visera plutôt l'apparition, historique et constamment reconduite, d'un soi dans le monde[77]. La « Factivité » n'est ni un état de fait (Tatsächlichkeit) ni une contingence, mais un caractère d'être du Dasein repris dans l'existence[78]. Le Dasein est en mode « factif », c'est-à-dire qu'il est là, à chaque fois, en vertu de son être et non pas sur un mode indifférent, il est riche de son « être-été ». La différence entre factivité et facticité ressort parfaitement de cette phrase relevée par Jean Greisch[79] : « Le Dasein est constamment plus qu'il n'est factuellement... En revanche il n'est jamais plus qu'il est facticement, parce que le pouvoir-être appartient essentiellement à sa facticité. Mais le Dasein, en tant qu'être possible, […] est existentialement ce qu'il n'est pas encore en son pouvoir-être ».

L'être-Là est factivement responsable de son être qu'il ne peut pas ne pas être. La vie n'est ce qu'elle est que comme figure concrète dotée d'un sens[4]. Les phrases clefs d'Être et Temps sont « le Dasein existe factivement »[80] et « le Dasein meurt factivement »[81], sens d'être en situation de… Il y a chez Heidegger un autre sens du mot Faktizität, en relation avec l'herméneutique de la vie (vie facticielle), qui l'assimile à « l'en-soi » et à « l'auto-suffisance » de la vie pour elle-même[82].

« La vie s'adresse toujours à elle-même dans son propre langage et se répond à elle-même, de sorte que structurellement, elle n'a pas besoin de sortir de ses gonds qui définit ce qu'il faut entendre par facticité » cité par Jean Greisch[83].


Finitude[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Endlichkeit

La Finitude, dont l'origine est paulinienne, est un thème majeur de l'ouvrage Être et Temps. Ce thème tourne autour du constat de la « nihilité » du vivant humain et se déploie dans toute l'analytique du Dasein, à travers les thèmes fondamentaux de l'angoisse, de la déchéance et de la mort. Heidegger la conçoit comme absolument radicale et interdisant à jamais au Dasein d'être transparent à lui-même selon Christian Sommer[84].

Gelassenheit[modifier | modifier le code]

Die Gelassenheit traduit selon les auteurs par « laisser-être », égalité d'âme ou sérénité[85].

Dans la Gelassenheit, l'homme se tient auprès des choses « dans une manière de penser qui délaisse la représentation par laquelle la volonté s'assure d'elle-même ». Profondément, la Gelassenheit est « une attente endurante et vigilante qui délaisse l'horizon transcendental à partir duquel un sujet s'attend à ce qui vient soit conforme à ce qu'il en est par avance représenté, ne s'attend à rien de déterminé »[86]

Il ne s'agit pas de penser la Die Gelassenheit comme abandon de la volonté propre. Une telle attente est un « laisser être sans interposer aucun obstacle, signifie alors se tenir entre, revenir et demeurer au milieu, là où tout se rencontre en venant à la présence [...] par un jeu de contrastes se faisant sans cesse écho, et à partir de quoi s'étend une contrée. C'est à partir d'elle que l'on peut penser à neuf le présent die Gegenwart, non comme ce qui s'oppose au passé et à l'avenir mais comme le lieu où se rencontrent les trois dimensions du temps »[86]

Geschichtlichkeit[modifier | modifier le code]

D'abord traduit en français par « Historial » par Henry Corbin[87] par souci de distinguer ce qui relève de l'histoire en tant que réalité (Geschichte), de l'histoire en tant que discours (Historie), tout en en transposant et en faisant sentir la racine commune telle qu'elle ressort pour une oreille allemande entre Geschehen et Geschichte. Les traducteurs suivants ont choisi pour Geschehen « accomplissement », (Rudolph Boehm et Alphonse De Waelhens), « provenir » (Emmanuel Martineau), « aventure » (François Vezin), le consensus actuel concernant Geschichtlichkeit pencherait pour « Historialité » qui semble l'emporter.

Il s'agit toujours de bien saisir la différence entre Historie en tant qu'explication constative du passé à partir de l'horizon et des calculs du présent comme une suite de la métaphysique et la Geschichte qui elle ne peut pas « être », elle ne peut que geschehen, se produire ou advenir[88].

Gestell[modifier | modifier le code]

Das Gestell , transposé difficilement en français par « Dispositif » ou bien « Arraisonnement »[89].

Le Gestell fait signe vers un mode de dévoilement (un mode de l'alètheia), celui du monde moderne, qui ne nous livre l'étant que comme susceptible d'être interpellé, arraisonné, mis en demeure, recensé dans un stock, enfoui dans un fonds ou une réserve, en un mot « disponible »[90]. Das Gestell est donc d'abord, ce qui rassemble et rend disponible, mais, comme le souligne Hadrien France-Lanord[91], il faut insister à la fois sur son caractère dynamique « le déploiement de la technique » (la techno-science de Dominique Janicaud[92]) et son caractère contraignant. Heidegger fait de l'âge technique une époque, dans l'histoire de l'être, qui porte à son comble ce qu'il appelle l'« oubli de l'être » enclenché par la métaphysique et sa forme ultime : la volonté de puissance[93].

Heimatlichkeit[modifier | modifier le code]

La Heimat, c'est généralement le lieu où l'on se sent « chez soi », où l'on se sent familier, ce que l'on peut très bien appeler la patrie, mais ce terme est ressenti comme trop « patriotique » en français (en allemand la correspondance serait Vaterland qui n'a pas sa place ici). La Heimatlichkeit, c'est donc le fait de se sentir chez soi, l'« être-chez-soi » ou la familiarité.

Herméneutique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Heidegger et l'herméneutique.

Le terme herméneutique provient du verbe grec έρμηνεύειν (hermeneuein) qui peut prendre trois grandes significations : exprimer, interpréter et traduire. Mais en général, la signification la plus courante que nous lui donnons est celle d’interpréter. De plus, l’herméneutique se définit, dans l’Antiquité grecque, comme une τέχνη (technè), c'est-à-dire un art ou plus précisément un savoir-faire. Ainsi, l’herméneutique doit être comprise traditionnellement comme l’art d’interpréter, c'est-à-dire un savoir-faire qui permet de déchiffrer le sens d’un message.

Der Hermeneutik n'est jamais, chez Heidegger, prise dans son acception moderne de simple doctrine d'interprétation ou d'investigation. S'il s'agit toujours, conformément au principe herméneutique selon lequel ce n'est qu'à la lumière du Tout qu'il est possible de comprendre ce qui en participe [94], il s'y ajoute une explicitation technique qui fait voir, rencontrer, ce qui appartient à l'être de la chose en tant qu'il se donne. L'herméneutique, écrit Philippe Arjakovsky[95], n'est plus simplement la théorie de l'exégèse biblique, mais avant tout, l'horizon temporel du sens où s'inscrit « factivement » l'exister humain. Ce n'est pas un rapport de connaissance, mais une entente qui se manifeste d'abord dans un comment du Dasein comme « être-en-éveil », donc indissociable d'une expérience vécue.

« La tâche de l'herméneutique est de rendre accessible, dans son caractère d'être, le Dasein à chaque fois propre et de le rendre accessible au Dasein lui-même, de le communiquer, et d'examiner l'étrangeté à soi-même dont le Dasein est pour ainsi dire frappé. Dans l'herméneutique se configure pour le Dasein une possibilité d'être et de devenir ententif pour lui-même »[96].

Historial[modifier | modifier le code]

C'est à partir de deux mots de la langue allemande « Geschichte » et « Historie », le premier renvoyant à une histoire effective en train de se faire et le second plus spécialement axé sur la science correspondante, que Heidegger construit une nouvelle interprétation, écrit Marlène Zarader[97].

Le terme de Geschichte glisse d'abord vers la signification d'histoire essentielle, celle où se jouent les événements décisifs. L'histoire de la philosophie se dirait Historie au sens scolaire et Geschichte pour désigner l'histoire de l'être qui se joue de manière souterraine dans l'histoire de la philosophie. Ensuite en puisant dans les ressources de l'allemand, Heidegger rapproche Geschichte des termes Geschick qui signifie « envoi » (lancement, mise en route) et Schicksal que l'on peut traduire par « destin ». « Geschicklich désigne : ce qui constite notre partage et où il y va de notre sort »[98]. Enfin, s'appuyant sur la distinction « Historie/Geschichte », Heidegger tire ensuite deux adjectifs qui, traduits, donnent « historique » et « historial » et qui vont tenir une place considérable dans toute l'œuvre du philosophe.

Est « historial », ce qui relève de l'histoire essentielle. « L'histoire que veut penser Heidegger, la Geschichte, c'est l'histoire de ce qui nous est envoyé ou destiné depuis l'origine et qui ainsi nous détermine à notre insu » souligne Marlène Zarader[97]. L'« historialité » désigne le fait que l'insertion du Dasein dans une histoire collective appartient à son être même et le définit selon le résumé qu'en donne Marlène Zarader[99].

Historicité[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Geschichtlichkeit

À noter la tentative de traduction de Geschichtlichkeit par « historialité » chez Henry Corbin destinée à souligner la spécificité de cette notion liée à l'existence humaine par rapport au concept traditionnel d'histoire . « La manière d'être de l'être humain n'est pas « historique » au sens où elle pourrait d'abord être l'objet d'une étude historique »[100]. Historique qualifie ce qui prend place dans l'histoire comme objet de connaissance, historial qualifie l'être humain en tant qu'il ouvre une histoire[101].

Historicité se dit du Dasein dans son avoir à-être. L'homme est conçu comme temporalité, comme pur possible ; il a toujours la capacité de devenir autre qu'il est, une créature nouvelle. Le Dasein dure, sa vie s'étend entre naissance et mort. Or selon la description qu'en donne Christian Dubois[102] « être soi-même , c'est aussi le rester...ou ne pas le rester, ou ne l'avoir jamais été, et ceci entre la naissance et la mort, et tout cela engagé dans le tissu mobile d'une existence avec ses drames, ses péripéties, occasions ratées, rencontres imprévues, qui composent toute une mobilité que l'on appelle l'existence ». Temporalité et historicité sont liés : c'est parce que le Dasein est temporel qu'il est historique[102].

Pour définir, s'il se peut, le terme d'« historicité », Jean-Claude Gens[103] parle de « créativité de la vie qui se déploie en réalité en mondes qui, pour être concrets, sont singuliers ». Françoise Dastur, à la place de la vie, insiste plutôt sur le « caractère ekstatique de l'existence qu'il s'agit, pour Heidegger, de penser »[104].

Intuition Catégoriale[modifier | modifier le code]

C'est d'Husserl que Heidegger reçoit avec celui d' « Intentionnalité » le concept d' « Intuition catégoriale », qui en acceptant comme donation originaire les rapports entre étants comme les formes collectives (une forêt, un défilé) et les formes disjonctives (plus clair que B) élargit considérablement le domaine de la réalité, les catégories ne sont plus des formes subjectives mais peuvent être appréhendées à même l'étant. Avec l'Idéation (l'espèce et le genre), l' « Intuition catégoriale » constitue de nouvelles « objectités »[105].

Inquiétude[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Bekümmerung, Sorgen

L'« inquiétude » c'est-à-dire l'insécurité pour le Soi, apprise chez Paul[106], traverse toute l'analytique du Dasein. La vie comme ce qui se déroule dans le temps est soucieuse, « inquiète » alors que tous ses efforts visent très normalement à essayer de se sécuriser au risque de perdre son caractère d'être propre qui est justement cette inquiétude fondamentale que Heidegger a apprise de l'expérience chrétienne[107].

La « Souciance » Sorgen, fait référence à ce qui nous porte vers le monde, qui nous le fait comprendre avant toute théorisation comme étant tel ou tel. Avec la « Souciance » le monde se couvre de significativité, la vie fait l'expérience du monde[108].

Léthé[modifier | modifier le code]

Du grec ancien : Λήθη

Signifiant littéralement « oubli », prend le sens chez Heidegger de « ce qui se réserve » et plus précisément « ce qui se refuse à la manifestation, ce qui se tient hors d'elle mais qui la rend possible » note Jean-Louis Chrétien[109]. Réserver c'est aussi préserver et conserver. La Léthé est ce dont l" « alètheia » s'arrache et se délivre sans qu'il y ait inimitié entre les deux. L'« être-à-découvert » de l'alètheia a besoin, pour déployer son être du couvert de la Léthé, comme le jour a besoin de la nuit sans laquelle il n'aurait aucune signification[109]. En ce sens l'être-à-découvert de l'alètheia, conclut Jean-Louis Chrétien, n'est pas un « état » s'opposant à l'état de couvert de la Léthé, mais un événement.

Liberté[modifier | modifier le code]

Pour Jean-Luc Nancy[110], l'être sans fond de l'« existence » s'expose dans l'angoisse et dans « la joie d'être sans fond et d'être au monde ». Dans l'angoisse, car le Dasein est toujours déjà-jeté dans la vie, sans qu'il y soit pour quelque chose, « un l'« être-là » dont il est facticiellement responsable et qu'il ne peut pas ne pas être »[111], un « être-jeté » qu'il doit endurer jusqu'à la mort, la vie reçue en charge comme un fardeau accompagnée de la mort comme possibilité suprême[112]. Mais aussi dans la « Joie » de la « liberté » inaliénable, reçue comme risque d'une « existence » sans attache, qui peut s'exposer, sans mesure et sans a priori, à la vérité de l'étant comme tel[113].

Lichtung[modifier | modifier le code]

voir Éclaircie

Logos[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Logos.

Machenschaft[modifier | modifier le code]

Die Machenschaft , une des notions les plus difficiles et intraduisibles, signifie en allemand courant « machination », « manigance » ou « vilaine manière de procéder ».

Chez Heidegger, le mot intervient à propos de la dimension planétaire de la Technique et aussi du Nihilisme. La Machenschaft est « l'empire du tout », « l'empire du se faire », de « l'efficience et de la fabrication » qui concerne la vérité de l'étant en son entier. « Tous les éléments du réel ressemblent à un immense mécanisme dont chaque élément de la réalité n’est plus qu’un rouage parmi d’autres. La réalité du monde technique contemporain, c’est cette immense machinerie » écrit Étienne Pinat[114]. C'est ce que Heidegger a découvert comme détermination de l'être à une époque - la nôtre - où tout paraît tourner autour du « faire », à rendre tout faisable au point de devenir le nouvel impératif catégorique auquel il faudrait que tout un chacun obéisse sans discussion[115].

Métaphysique[modifier | modifier le code]

La métaphysique pense l'étant comme tel et dans son tout à partir du retrait en lui de l'être et de sa vérité, écrit Jean Beaufret[116]. « Par Métaphysique nous n'entendons pas une doctrine ou une discipline particulière de la philosophie, mais la structure de base de l'étant dans son entier, dans la mesure où ce dernier est divisé en monde sensible et monde supra-sensible et où celui-ci détermine celui-là » dans conférence intitulée Le mot de Nietzsche: Dieu est mort publiée dans Les chemins qui ne mènent nulle part[117]. Dans une autre conférence intitulée Dépassement de la métaphysique publiée dans Essais et conférences[118] Heidegger se limite à nous en proposer une approche, comme « pensée en direction de l'étantité de l'étant ». Jacques Taminiaux[119] se risque à en dessiner les contours « comme une tentative d'exprimer ce qui universellement peut être dit de tout étant comme tel, ainsi elle s'inaugure comme une logique de l'étant, une théorie de ses prédicats, de son essence, de son étantité, bref une onto-logie ».

Métontologie[modifier | modifier le code]

Qui a trait à l'« ontologie » de l'étant dans sa totalité. Cette totalité originaire est ce qui est au fondement de toute analytique, elle est toujours déjà accomplie en tant que l' être-là existe[120].

Mienneté[modifier | modifier le code]

Jemeinigkeit dont une meilleure traduction proposée par François Vezin serait, selon l'opinion de Hadrien France-Lanord[121] : « Être-chaque-fois-à moi », pour en préserver le sens dynamique : « c'est à chaque fois à moi qu'il revient d'être ou de ne pas être ce que j'ai à être ». Étroitement lié à l'existence, Heidegger découvre le phénomène de la Jemeinigkeit, par lequel le Dasein se rapporte continuellement à « lui-même », ce « lui-même » qui ne lui est pas indifférent et qui va rendre possible le pronom Je de telle manière que celui-ci dérive de celle-là et non l'inverse. À noter par conséquent, que ce « lui-même » auquel se rapporte le Dasein n'est pas originellement un Je, mais son « rapport essentiel à l'être en général ». Chez Heidegger c'est la Mienneté qui est le principe d'individuation[122].Pour lui, la « Mienneté » n'est pas un « Sum » cartésien, pas une essence, mais quelque chose à conquérir à chaque fois aujourd'hui. La Mienneté appartient à l'existence elle est « à être ». Ce qui veut dire que l'« être » du Dasein est à chaque fois en jeu, à conquérir, il peut être dans le souci du « Soi » ou se fuir, être propre ou impropre. Comme le note Paul Ricœur[123], « ce qui vient à jour dans cette expression c'est l'universelle « mienneté » - le chacun dans le mien - et non le moi vécu qui épousera ou n'épousera pas Régine ».

Monde, Mondéité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Monde et mondéité.

De l'allemand : Welt , Weltlichkeit.

Le « Monde », en tant que phénomène, n'est pas la somme des « étants » mais comme l'ouverture en projet du Dasein. La « mondéité » ou « mondanéité » désigne la structure ontologique du monde qui se définit comme significativité[124]. Heidegger désigne par « Monde » ce qui est vécu, ce qui est expérimenté comme « monde de la vie » et non comme objet. Schématiquement Heidegger distingue un monde ambiant (le milieu dans lequel je vis), un monde commun ( avec les autres sous des références particulières, les étudiants, les collègues de travail) et un « monde du Soi » sans que cette triplicité purement formelle, soit étagée ou hiérarchisée alors qu'elle est vécue simultanément[125]. Ces trois mondes ne doivent être compris que comme des variations d'un même phénomène[126]

Jean Greisch[127] précise : « avec la notion d' Ereignis (Heidegger) s'oppose à l'objectivisme , pour lequel il n'y aurait ques des occurrences qui existent brutalement, qui commencent et qui s'arrêtent. Le vécu du « monde ambiant », dans lequel quelque chose se donne en tant que quelque chose prouve que nous ne sommes pas dans un monde qui n'est qu'une suite d'occurrences. Le caractère signifiant ne vient pas se greffer sur un fait brut, mais la signifiance est première. Le « il y a » s'énonce ici comme un « cela mondanise », Es weltet [...] Le processus de mondanisation est un phénomène originaire qui ne doit pas être confondu avec une valorisation secondaire. Il n'y a pas d'abord le monde de ce qui est le « cas », auquel nous attribuerions après coup des valeurs subjectives ».

Monde du Soi[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Selbstwelt.

Heidegger distingue trois mondes différents le « monde ambiant », le « monde de l'être avec autrui », le « monde du soi » Umwelt , Mitwelt, Selbswelt ), le troisième, le « monde du Soi » possède un privilège passé inaperçu jusque là . Il est le centre de gravité des expériences intimes dont l'importance est mise en évidence, notamment dans les recherches sur la genèse du christianisme, remarque Jean-François Marquet[128]. Ce privilège du « monde du soi » qui fait que tout se concentre sur celui-ci n'est nullement à rechercher dans un privilège du Moi. Selon Jean Greisch, « c'est justement en raison de la « labilité » constitutive du Moi que la vie éprouve le besoin de se centrer sur le Soi [...] Le « monde du soi », ne doit pas être confondu avec le Moi et son monde intérieur »[129].

Ce concept vise à écarter le Je traditionnel. Le Soi ne se retrouve pas dans ce Je , mais dans la cohésion des divers moments de la vie ; le Dasein n'est présent à lui-même que dans les situations concrètes. Le Soi qui se retrouve dans la cohésion et la succession des vécus est présent dans l'expression de « situation », c'est pourquoi ce n'est pas le Soi que Heidegger oppose au Je, au sujet, mais le « monde du Soi »[130]. Je suis concrètement présent à moi-même dans une expérience déterminée de la vie, je suis dans une « situation »[131]. Dans le mot de situation, il y a une expérience mondaine, mais aussi une structure intentionnelle. Le Soi n'est pas un étant, mais une manière de vivre le monde[128].

On[modifier | modifier le code]

De l'allemand : das Man.

C'est par la question triviale Qui ça ? que Christian Dubois[132] aborde la question du On. « Comment suis-je « moi-même », quotidiennement, comment fais-je l'expérience de moi-même ? Que veut-dire être-soi au quotidien ? ». Heidegger[133], écrit « Le Dasein se tient, en tant qu'être en compagnie quotidien sous l'emprise des autres. Il n'est pas lui-même [] les autres, le qui, ce n'est ni celui-ci, ni celui-là, le qui est le neutre, le On [] . Le On décharge le Dasein de sa quotidienneté, avec cette « dispense d'être » le On se porte au-devant de la tendance au moindre effort que le Dasein a foncièrement en lui »[N 1].

Quotidiennement la réponse au qui-suis-je ? est à rechercher dans la préoccupation : je me comprends à partir de ce que je fais.

Origine, Originaire[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Ursprung ou Anfang

À propos du thème de l'« origine » ou de l'« originaire », il y a lieu pour les traducteurs de distinguer le pur commencement ou début temporel Beginn, du commencement compris comme source et déploiement pour lequel Heidegger fait alternativement usage de deux termes Anfang ou Ursprung [134] . L' Anfang est l'origine entendue non pas « comme quelque chose de révolu et qui serait derrière nous , mais qui est bien plutôt en avant de nous et en avance sur nous »[135], « ce déploiement de l'origine est décrit par Heidegger dans l'Origine de l'œuvre d'art, dont le mouvement est précisément celui d'une remontée à la source »[135]. Le terme Ursprung qui est utilisé dans la version allemande du titre de cette œuvre, Der Ursprung des Kunstwerkes, est, dans un texte du philosophe dont fait état Marlène Zarader[134], assimilé explicitement à celui d'Anfang. Il s'agit dans les deux cas « de ce qui précède irréductiblement tout commencement, se maintient par-delà celui-ci et dans le cours même de l'histoire, tout en y demeurant caché. Ce commencement est décrit comme source inapparente d'où sourd, enstpringt le processus et vers laquelle le commencement ne peut que faire signe ».

Outil[modifier | modifier le code]

De l'allemand : das Zeug

Du grec : pragma

Dans Être et Temps , l'étant n'est jamais abordé sous l'angle théorique, c'est-à-dire comme un objet mais uniquement en référence à un contexte mondain. Heidegger use de l'expression Zuhandenheit, littéralement « à portée de la main » dont le principal trait est d' « être quelque chose à usage de, ou quelque chose avec quoi .. » (on peut faire) ou dont il retourne... ( dans un contexte utilitaire)[136]. Pour distinguer ce type de chose, de la chose uniquement là présente dite Vorhandenheit « devant la main », aussi bien que de la notion traditionnelle d'outil, François Vezin[137] sachant que tout étant en ce sens-là peut devenir « outil », introduit le terme « Util » (les pierres comme les animaux comme les nuages ou l'habitation peuvent être Zeug). « L'outil présuppose l'ouverture d'un monde »[138].

Dans L'Origine de l'œuvre d'art, Heidegger place l'être de l'outil dans sa fiabilité die Verlässlichkeit, laquelle désigne selon Jacques Taminiaux, « le nœud ambigu d'un ordre stable et d'un fonds immaîtrisable . L'outil est Verlaässlich, fiable en ce sens que se fiant à lui, on se confie à un monde -espace d'ordre, réseau de projets, de trajets, de voies et de moyens ». L'immaîtrisable Heidegger l'appelle « Terre », écrit Jacques Taminiaux[139].

Heidegger précise « Un (seul) util n'est en toute rigueur jamais » car, comme le note François Vezin[140], Zeug « a en allemand la valeur d'un singulier collectif [...] on ne dit pas qu'un marteau est un Zeug, parce que das Zeug, c'est l'attirail dont un marteau fait partie dans la boite à outils ». Il conclut (op cité p=548), dans une note rédigée avec un autre interprète d'Heidegger ( Wolfgang Brokmeier), que « l'Util est seulement ce qu'il est dans la mesure où il appartient à sa conjointure qu'il soit renvoyé à un autre util auquel il est conjoint ».

Ouverture[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Erschlossenheit.

La traduction littérale de Erschlossenheit par ouverture est considérée comme faible. François Vezin, traducteur d' Être et Temps préfère utiliser le terme étrange d' « ouvertude » « Le Dasein est son ouvertude »[141] et qu'il justifie longuement en notes et annexes[142].

Être son ouverture est dans l'esprit d'Heidegger à prendre au pied de la lettre : l'ouverture est comme un existential, un attribut du Dasein, c'est pourquoi « ouvertude » possède une terminaison que le français peut autoriser et qui rend bien cette idée fonctionnelle à l'image d'inquiétude, solitude, finitude. L'être est toujours déjà ouvert et il n'y a jamais passage d'un dedans à un dehors. Toutefois ouverture ne doit pas être confondu avec l'idée de « lumière naturelle »[143].

Phusis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Phusis.

« « Phusis » ou « Physis » est le mot grec fondamental et premier pour l'être lui-même au sens d'« être entré en présence » en s'épanouissant à partir de soi-même et de régner ainsi » écrit Marc Froment-Meurice [144]. La nature , la campagne n'est qu'un domaine limité, une partie de la Phusis au sens essentiel qui comprend les objets naturels ou artificiels, mais aussi les dieux, les mythes et les croyances, de même que les idées et les hommes, présents ou absents, sans oublier les étants passés et à-venir (voir La Parole d'Anaximandre).

Possibilité[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Möglichkeit

Le possible (Die Möglichkeit) reçoit chez Heidegger une place éminente loin de son sens « catégorial » traditionnel qui en fait un mode d'être inférieur à la réalité.

La « possibilité » comme existential est en revanche la détermination ontologique du Dasein originale, il n'y en a pas de plus positive. « Le Dasein n'a pas de possibilités : il est « possibilité » qui n'a pas à devenir réelle, mais qui en tant que telle, ouvre et découvre, à travers la projection le Dasein à son « pouvoir-être » et par là même à son être libre »[145]. Il ne s'agit plus de comprendre la possibilité comme une puissance ou une capacité mais « d'un savoir, et en ce sens une manière de laisser être ce qui nous est le plus propre ». C'est dans le « devancement » de la mort qui n'offre aucun aboutissement réalisable, qui ne propose rien, c'est dans son « devancement » que le Dasein peut s'éprouver lui-même comme « possibilité », comme « pouvoir-être » irrelatif[146].

Préoccupation[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Besorgen

Ici aussi la connotation psychologique courante est à écarter. La préoccupation recouvre « la manière quotidienne d'être du Dasein suivant laquelle il se trouve toujours-déjà dispersé dans une multitude de tâches » [147]. Il ne s'agit pas seulement des « soucis quotidiens » mais de la manière qu'a l'homme d'exister au monde, monde dans lequel l'étant apparaît comme « outil »[148]. À noter que le sens d'« outil » doit être généralisé pour embrasser tous les étants auxquels a affaire la préoccupation depuis le silex taillé jusqu'à l'automobile[149].

« La « discernation », Umsicht, de la préoccupation donne à tout apport, toute exécution, la marche à suivre, le moyen de les mener à terme, l'occasion favorable, l'« instant approprié » » précise François Vézin[150].

D'un autre côté « le temps absorbé de la préoccupation détourne de la « finitude » du temps »[151]. « L'immersion dans le On et après le monde en préoccupation trahit quelque chose comme une fuite du Dasein devant lui-même »[152].

Présent[modifier | modifier le code]

De l'allemand : die Gegenwart et die Anwesen

L'allemand dispose de deux termes pour signifier le « présent » avec une nuance de sens que le français ne possède pas : die Gegenwart pour signifier l'instant présent ou maintenant et die Anwesen qui correspond au sens verbal que le français ne peut rendre que par l'expression « entrée en présence ». « Ce terme (Anwesen), qu'il faut soigneusement distinguer d'un autre terme allemand Gegenwart », par lequel on dit la présence en son sens temporel, signifie littéralement « avancée dans l'être »[153].

C'est à ce dernier sens que Heidegger fait le plus souvent appel, en liaison avec sa propre conception de l'être, « ma question du temps a été déterminée à partir de la question de l'être »[154]. Ainsi que le note Alain Boutot[155] citant Heidegger « l'être n'est pas. De l'être « Il y a » en tant que « déploiement » de présence [...] Le présent n'est pas le simple maintenant, mais désigne l'« entrée en présence », de toutes les choses présentes ». Parfois les choses ou êtres absents sont plus présents que les objets véritablement présents « La présence d'un absent n'est pas seulement son souvenir, mais en quelque sorte son « habitation » »[58]. Dans cette « entrée en présence » les choses futures ou passées font à leur manière mouvement dans le présent, alors que la tradition métaphysique ne les conçoit que comme « choses en mémoire » et « projet » c'est-à-dire sans substance réelle, sans « être » : « Le passé, loin d'être le pur et simple révolu, désigne le mouvement à la faveur duquel tout ce qui a été surgit dans la présence »[155].

Comme le note Didier Franck Heidegger apprend de la pensée archaïque (notamment d'Anaximandre ) que les Grecs ne pensent pas le présent comme nous le pensons, nous, c'est-à-dire comme substance présente close sur elle-même, objective, mais comme un point médian entre un « pas encore » de l'arrivée en présence et un « au-delà » du déjà disparu, ouvert dans les deux directions, « la « venue en présence » est ajointée à « l'absence » selon les deux directions »[156]. Des quatre dimensions du temps, cette dimension extatique et dynamique de l'entrée en présence est la principale. Dans chacune des trois dimensions de la temporalité joue un mouvement d'« entrée en présence », die Anwesen ou de présentation que Heidegger considère comme une quatrième dimension du temps (l'Anwesen)[155], « Le temps véritable, dit Heidegger, est quadrimensionnel ».

Projet[modifier | modifier le code]

Dans son être toujours en avant, toujours hors de lui ce que Heidegger nomme son pro-jet, n'est rien d'autre que ce temps même, antérieur à tout temps mesurable, le pro-jet n'est pas dans ce temps là dont il est au contraire la source[157].

Propriété[modifier | modifier le code]

De l'allemand  : Eigentlich et Eigentlichkeit .

« Propriété » se dit de ce qui appartient ontologiquement au Dasein, au sens par exemple du langage considéré comme le propre de l'homme, impropre se dit de ce qui ne lui appartient pas. À ne pas confondre avec les concepts d'« authentique » et d'« inauthentique » qui qualifient le comportement du Dasein. Une introspection du Soi excessive pourrait, par exemple, être ainsi qualifiée de propre quant à son objet, mais d'inauthentique quant au comportement. À ne pas confondre non plus avec « Propriation » et « Appropriement », Das Ereignis [158].

François Vezin[159], dans ses notes insiste sur la nuance que confère le sens en allemand de la Eigentlichkeit . Propriété, doit être entendu « en connexion avec l'être-à-chaque-fois-à-moi [...] ce qui est vraiment mien (être le fils de ce père qui est le mien) ce dans quoi je m'affirme et m'exprime pleinement, exactement, ce dans quoi je me reconnais entièrement ».

Quadriparti[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Das Geviert

Le « Quadriparti » (Das Geviert) ou « écartèlement de l'être » selon l'expression de Jean-François Mattéi[160] dénomme une constellation de puissances[161], étroitement liées et dépendantes les unes des autres, à savoir les hommes, les dieux, la Terre et le Ciel, et constitue, après le Tournant, la dernière pensée du philosophe, l'ultime appellation de l'Être.

Répétition[modifier | modifier le code]

La « Répétition » (Wiederholung), terme kierkegaardien, entendue comme reprise du passé et répétition des possibilités du Dasein qui ont été là. La répétition du possible n'est ni une restitution du « passé », ni le fait de renouer le présent au « dépassé ». La répétition répond plutôt à la possibilité d'existence qui a été là. La répétition est sélective, elle consiste à aller chercher ce qui s'est inscrit dans l'être pour en reconnaître et re-susciter le « pouvoir d'être » pour son temps[162]. La répétition est inséparable de la déconstruction.

Résolution anticipante[modifier | modifier le code]

De l'allemand Die vorlaufende Entschlossenheit.

L'expression n'a rien à voir avec la subjectivité et la volonté. La Résolution, ou la « Décision d'existence » (dans la traduction de Jean-Luc Nancy[163]) c'est l'ouverture propre à l'appel de la conscience. Ce mot tente de dire la manière authentique pour le Dasein d'être dans sa vérité[164]. Heidegger écrit : « la résolution a été caractérisée comme se projeter en silence et en s'exposant à l'angoisse sur l'être-en-faute le plus propre »[165].

Se transportant mentalement dans la situation incontournable du devoir mourir, c'est à l'aune de la Résolution que le Monde, ses valeurs et ses attaches affectives, va être jugé et donc disparaître dans le néant pour libérer l' « être-en-propre » dans sa nudité. Le Dasein est mis en face de sa propre vérité lorsqu'il est renvoyé au néant de son fondement. Cet appel de la conscience ne consiste pas à présenter une option à la manière du libre-arbitre, mais à « laisser apparaître la possibilité d'un se-laisser-appelé hors de l'égarement du « On »[166]. Entendre l'appel de la « voix de la conscience », c'est donc rester aux aguets, ne pas s'en laisser compter. L'activité que suppose la Résolution peut englober la simple résistance. Heidegger parle aussi à ce propos de parti « d'y voir clair en conscience » (Gewissens-haben--wollen).

Significativité[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Bedeutsamkeit

La significativité désigne la structure ontologique du monde en tant que tel. Le « monde » est présent, à chaque Dasein, comme une totalité de significations, totalité « toujours-déjà » ouverte, à partir de laquelle peut apparaître toute chose, tout étant « intra-mondain » [167]. . Marlène Zarader[168] parle d'une « texture générale de sens », inséparable du Dasein. Cela ne signifie pas que ce sens soit produit par lui mais qu'un sens circule à même les choses avant que le Dasein se saisisse explicitement des choses. « Il n'est de monde que comme toujours déjà gros de sens »[168]. On constate que cette significativité en tant que structure ontologique n'est pas la somme des valeurs, mais que tout au contraire une valeur, un rang, une signification particulière ne peut être donnée que dans le cadre d'une significativité du monde auquel cette valeur appartient.

Situation[modifier | modifier le code]

Le Soi qui se retrouve dans la cohésion et la succession des vécus est présent dans l'expression de « situation ». Je suis concrètement présent à moi-même dans une expérience déterminée de la vie, je suis dans une « Situation »[131]. « Concrètement, cela signifie que la vie est vécue au cœur d'un lieu, d'un contexte, d'une époque, d'une tradition, d'une société, d'un savoir, d'une vision, du monde etc »[169] .Jean Greisch[170] écrit : « ce qui est premier, ce ne sont pas des vécus psychiques isolés, mais des « situations » changeantes qui déterminent autant de lieux spécifiques de compréhension de soi-même [...] la vie n'est ce qu'elle est que comme figure concrète chargée de sens ». La situation est une création de la vie qui en manifeste la cohésion[169].

Le sens existential d'une « situation » n'est pas qu'il y est d'abord une série de circonstances dans lesquelles le Dasein va établir sa « Résolution », mais lorsque le Dasein est résolu la « situation » est déjà présente. « En effet les situations n'existent qu'en termes de projection des possibles du Dasein »[171].

Solitude[modifier | modifier le code]

En allemand : die Vereinzelung

On trouve chez Heidegger deux termes correspondant à cette notion de solitude , Einsamkeit , solitude au sens commun et la Vereinzelung que l'on peut traduire par esseulement. ou isolement selon Jean-François Marquet[172].

« Heidegger parle au § 53 d'Être et Temps de Vereinzelung pour caractériser la possibilité la plus propre de la mort comme de cela qui réclame de chacun ce qu'il a d'unique (als einzelnes  »). Le Dasein n'a d'autre essence que « d'être » (au sens verbal). L'angoisse qui découvre sa possibilité la plus propre ( ce qui n'appartient qu'à lui), la mort, l'isole et ouvre le Dasein comme solus Ipse [173].

Il ne s'agit donc pas de solitude au sens d' « individu sans relation », mais plutôt de ce qui traduit soit par « esseulement » par François Vezin ou « isolement » par Emmanuel Martineau, donne à penser que « chacun est appelé à assumer sa finitude d'une manière singulière, sans pouvoir être remplacé par un autre puisqu'il n'y a pas de mort en général »[174].

Sollicitude[modifier | modifier le code]

De l'allemand Fürsorge.

C'est le rapport à autrui, la manière d'être avec l'autre. Ce terme est éthiquement neutre. Se présente sous deux modalités : la sollicitude inauthentique qui enlève son souci à l'autre et se substitue à lui, la sollicitude authentique qui devance et libère.

Souci[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Sorge

Dans son sens ordinaire, ce mot de Souci se réfère à la précarité de la vie humaine et aux incertitudes de l'avenir. Chez Heidegger, il est lié inséparablement à toute pensée de l'avenir, alors il faut l'aborder en lui donnant le sens général et vague de présence continuellement penchée sur l'avenir (voir Souci). Die Sorge prend chez Heidegger une tonalité particulière , il ne peut être compris qu'en liaison avec l'existence : « Le mot existence nomme l'être de cet étant qui se tient « ententif » à l'ouverture de l'être qu'il soutient ». Ce soutenir ainsi ressenti prend le nom de Souci (Question I p. 34). Christian Dubois[175] écrit « Le souci est l'être plein du Dasein : être en avant de soi (projet), déjà dans un monde (facticité), auprès de l'étant intramondain (préoccupation), dont la condition de possibilité est la temporalité ».

Ce serait dans la préoccupation inquiète du chrétien chez saint Augustin, qu'étudie Heidegger dans les années 1920[176], qu'apparaît le thème du « Souci », thème qui sera progressivement amplifié et étendu, jusqu'à devenir la détermination essentielle et le fondement du Dasein. Le souci est l'élan qui procure au monde sa significativité[177].

Stimmung[modifier | modifier le code]

die Stimmung , intraduisible en français, nomme notre manière d'être-au-monde : le ton, l'atmosphère et l'humeur[178]. À partir de son sens étymologique allemand, on retient pour ce qui nous intéresse : d'abord l'« humeur », non prise comme simple phénomène affectif, mais comme manière dont notre être s'accorde avec notre existence (être en forme, être déprimé) ; mais aussi l'ambiance qui règne au sein d'une communauté, moral, atmosphère de travail, état d'esprit public et enfin plus formellement en rapprochant son sens musical la tonalité d'ensemble, à l'image de celle qui se dégage d'un orchestre. Tous ces types de sens ne cessent de résonner dans la détermination de l'être humain. Citant Heidegger « Dans le fait d'être accordé, le Dasein est toujours déjà ouvert selon une tonalité donnée, comme cet étant, auquel le Dasein a été livré en son être, comme l'être qui en existant, a à être »[179]. La tonalité qui ouvre co-originalement un monde et l'étant que nous sommes à nous-mêmes rend possible la rencontre de ce monde.

Temporalité[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Zeitlichkeit

L'allemand dispose de deux mots : Zeitlichkeit pour temporalité et Temporalität , le temps « comme horizon possible de toute entente de l'être en général », remarque Alain Boutot dans la préface à Prolégomènes à l'histoire du concept du temps [180]. Cette distinction est à l'origine de la distinction entre Temporel et Temporal : le Temporel est le temps de l'histoire et des sciences, le Temporal le temps de l'être, à rapprocher d'Historial, l'histoire de l'Être. Le Dasein est à la fois temporel en prenant place dans le temps historique et temporal (traduit par temporellité par Vezin)[181] en ce que cette temporalité ou temporellité, prise sous l'angle du Dasein, représente l'horizon de toute compréhension de l'être[182].

Nous devons à François Fédier[183] quelques éclaircissements sur cette notion complexe de « Temporellité », qu'il définit « comme la manière qu'a l'être humain d'être temporel. Le temps qui est expérimenté se « tempore » au sein de la temporellité (se tempore signifie tout simplement déployer sa nature de temps ».

Temporation[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Zeitigen

« La temporation, c'est la manière qu'a le Dasein d'être dans le temps : ambition, impatience, rancune, insouciance [...] Être dans le temps exister, ce n'est justement pas être dans une succession d'instants » écrit François Vézin[184]. François Fédier[185] théorise « La temporation est la manière dont le temps se tempore, c'est-à-dire la manière dont le passé est passé, le présent est présent, et le futur est futur [...] c'est toujours au sein d'une temporellité déterminée que nous avons rapport à quoi que ce soit et en particulier aux choses du monde ». François Vézin prend l'exemple de la musique :« la musique, qui a tellement affaire avec le temps, ne le confond pas avec le tic-tac de l'horloge. Au contraire, elle le « tempore » en lui imprimant sont tempo »[184].

Par Temporation, il faut entendre, non plus le réglage mécanique du temps des horloges mais l'entrée dans un temps phénoménologique dans lequel on peut parler de : « temps historique, temps liturgique, temps des amours, du bon vieux temps, du temps musical, tous ces temps ayant leur rythme propre et dont le temps vulgaire est la forme la plus pauvre » écrit François Vezin[186].

Ternaire Gehaltsinn, Bezugsinn, Vollzugsinn[modifier | modifier le code]

Gehaltsinn (teneur de sens), Bezugsinn (sens référentiel), Vollzugsinn (sens de l'effectuation). C'est la structure intentionnelle de la vie facticielle qui nous livre ce ternaire. Pour une analyse approfondie de ces concepts, voir Jean Greisch[187]. Le Gehaltsinn ou (teneur de sens) peut être rapproché du thème de « la vision du monde », et le Bezugsinn ou (sens référentiel), ce dont il est question. Le Vollzugsinn ou « sens d'accomplissement » apparaît comme le plus difficile à comprendre, il se trouve d'ailleurs mal explicité chez la plupart des commentateurs. Jean Greisch nous précise qu'il ne s'agit pas simplement de la différence du pratique par rapport au théorique. Selon cet auteur, le sens référentiel, Bezugsinn, se caractérise par une certaine occultation du sens qui ne se livre, notamment dans les mondes esthétiques et religieux, que dans l'accomplissement. Ainsi ce n'est pas la prière en soi, la récitation de la même prière, qui nous fait comprendre, pour le chrétien ou le bouddhiste convaincu, le sens d'accomplissement, le sens d'existence qu'elle lui procure, mais la foi seule qui se surajoute à la prière et qui transforme le mode d'être du croyant.

Terre[modifier | modifier le code]

De l'allemand : die Erde

Le concept de « Terre », die Erde qui n'est, ni la nature, ni l'humus du sol, concept que Heidegger doit au poète Hölderlin, fait irruption dans la conférence de 1935 consacrée à « L'Origine de l'œuvre d'art » et n'est plus évoquée qu'à l'occasion de l'affrontement die Streit, entre Monde et Terre. Heidegger introduit cette idée de « terre » en opposition au concept de « monde », dans la mesure où, contrairement au « s'ouvrir » du monde, il y a dans l'œuvre d'art quelque chose qui se referme en soi et se recèle[188]. « Ce qui ressort dans l'œuvre, c'est justement cette opacité, « ce refermer-sur-soi-même », ce que Heidegger appelle l'être de la terre. Il est bien vrai que la terre n'est pas la manière, mais ce à partir de quoi tout le reste ressort et vers quoi tout le reste retourne »[188].

« Le monde se fonde sur la terre , et la terre surgit au travers du monde [...] Reposant sur la terre, le monde aspire à la dominer [...] lui-même ne tolérant pas d'« occlus » » écrit Heidegger [189]. Mais « le Monde et la Terre, bien qu'antagonistes ne sont pas séparés l'un de l'autre, ils sont tournés l'un vers l'autre dans une proximité essentielle »[190]. L'introduction de ce concept de « terre » en philosophie, concept qui résonnait jusque là avec une tonalité mythique et gnostique, fit selon Hans-Georg Gadamer[191], sensation.

Michel Haar[192] voit ce concept de Terre chez Heidegger « comme un fond non objectivable, non délimitable du monde, pur surgissement incalculable de la nature ou particularité non universalisable du lieu ».

Tournant[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Die Kehre

Le « Tournant » , désigne le mouvement de pensée qui conduit le philosophe de Être et Temps à sa pensée ultérieure ou, selon la formule ramassée de Thierry Gontier[193], « le moment où la signification du Dasein comme le de l'Être prend le pas sur sa signification comme l'« être-là » au sens de l'« être-jeté » ».

Jean-François Mattéi[194] insiste sur l'importance de ce « tournant » dans la pensée du philosophe : « (confronté à Hölderlin) ce n'est plus désormais l'horizon de l'étant, mais la hauteur de l'« être » qui provoque d'un coup l'étonnement du penseur, mais l'insistante présence des «choses », vibrantes encore des puissances de l'origine. La pensée est ravagée par un véritable tremblement de terre, et de ciel, qui la confronte à un nouveau paysage ». Jean Grondin consacre à cet épisode un livre Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger[195].

Umsicht[modifier | modifier le code]

L' Umsicht, ou « discernation » en français, c'est ce qui se découvre au regard-à-l'entour de la « préoccupation soucieuse » du Dasein. Celle-ci n'a pas directement affaire à des objets singuliers, mais à des ensembles d'ustensiles destinés à un usage. L 'ustensile se dévoile comme « quelque chose pour.. », l'encrier pour écrire, le marteau pour fixer des clous . L'ustensile ne se découvre qu'en co-appartenance avec d'autres ustensiles, il est fonctionnellement relié selon un système de renvois (l'encrier en sa fonction est relié au bureau, au sous-main, à la plume, au papier, à l'encre, etc ..). La totalité de ces renvois de proche en proche ont des finalités de plus en plus larges pour finir par renvoyer à l'être qui est au monde sur le mode de l'affairement, le Dasein [196].

Unheimlichkeit[modifier | modifier le code]

Die Unheimlichkeit , traduit par « dépaysement » dans les traductions de Boehm et Waehlens, et « étrangeté » par François Vezin. Signifie plus précisément « ne plus être chez Soi»[197]. La fuite du Dasein vers la familiarité devant l’étrangeté du monde révélée dans l'angoisse. L'Unheimlichkeit de l'homme (le sentiment de ne pas être chez Soi) est l'originaire et la familiarité recherchée, tout au contraire, un mode d'être du Dasein qui se masque la vérité.

Voix de la conscience[modifier | modifier le code]

Stimme des Gewissens Heidegger s'intéresse au phénomène de la voix (et non à la conscience), à qui il va attribuer le rôle de rappel à l'ordre, de rappel à être soi-même, phénomène qu'il va soumettre à une analyse ontologique et reconnaître en tant que phénomène originaire du Dasein, c'est-à-dire comme un existential. Cet appel intérieur, lautloser Ruf ', dit quelque chose de spécifique quant au mode d'être de l'« être-au-monde », il se présente comme une modalité particulière du comprendre, possédant à ce titre un pouvoir de révélation propre. Cet appel pressant et particulier en venant interrompre tout le bavardage public qui entoure le Dasein, lui parle de lui, au milieu de tous ses divertissements et affairements qui tendent à l'étourdir.

Dans l'appel de la conscience, le Dasein est pleinement ouvert à lui-même, il est son ouverture sur le mode plénier, c'est ce que Heidegger va appeler la « Résolution »[198].

Vérité[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Wahrheit

Du grec ancien : Alètheia

Depuis Platon la Vérité est entendue comme « adéquation » de la chose à l'entendement ou comme concordance entre une représentation et son objet. Aristote situe la réalisation de cet accord, son lieu, dans le jugement[199]. Même si Heidegger ne met pas en question cette définition traditionnelle il demande à y regarder de plus près[200]. « Conformément à sa démarche générale Heidegger ne parle plus de « concept » ni de « théorie » de la vérité, ce qu'il cherche à cerner c'est le phénomène et ses diverses modalités de « donation » ( les phénomènes de vérité tels qu'ils se montrent) » note Jean Greisch[201] .

À la recherche de l'essence de la vérité Heidegger interroge sa provenance. Avec l' Alètheia grecque Heidegger découvre que « plus originaire que la vérité au sens d'adéquation, il y a la vérité au sens de la « mise à découvert », qui est la condition de sa possibilité »[202].

Avec Heidegger la Vérité devient une question historique.. De son origine grecque jusqu'à nos jours, Heidegger observe des mutations dans le concept de Vérité qui l'amènent à distinguer plusieurs époques depuis l' Alètheia des présocratiques jusqu'à l'impérialisme moderne de la pensée calculante en passant par la Scolastique, la certitude du cogito de Descartes et la révolution copernicienne de Kant.

Vie facticielle[modifier | modifier le code]

De l'allemand : Lebensweltwärts

La « vie » chez Heidegger ne réfère pas à une région distincte qui serait le « phénomène du vivant », mais à la dynamique incessante grâce à laquelle l'existence humaine se trouve toujours déjà orientée vers ou plutôt immergée dans un « monde » compris dans sa signification « originaire ». « Pour Heidegger, le fait que la vie forme un « monde de la vie » signifie qu'elle ne constate pas d'abord l'« être-là » (le sujet), mais qu'elle est et qu'elle vit en faisant l'expérience d'un monde » écrit Jean Greisch[203].

Toutefois à l'analyse, ce « monde de la vie » apparaît opaque. « Toute vie porte avec soi un fonds de compréhensions et de possibilités d'accés », Heidegger parle ainsi de « nébulosité », Diesigkeit, qu'il entreprendra d'élucider à l'aide de « catégories herméneutiques ( comme l'auto-suffisance de la vie, son expressivité, et sa significativité[204]) [...], qui sont des catégories spécifiques interprétantes et seulement interprétantes »[205].

L'« expérience facticielle de la vie », dans laquelle le penseur voit la source de tout sens, est à prendre au sens défini par Heidegger lui-même : « Que veut dire expérience de la vie ? L'expérience désigne : 1, l'activité consistant à expérimenter quelque chose ; 2, ce qui est expérimenté grâce à elle. Nous employons à dessein ce mot en ce double sens, parce que c'est cela précisément qui exprime l'essentiel de l'expérience facticielle de la vie, à savoir le fait que le soi qui fait l'expérience et ce dont il est fait l'expérience ne sont pas écartelés comme s'il s'agissait de deux choses distinctes » (rapporté par Sophie-Jan Arrien [206]).

Ainsi toute la démarche d'Heidegger, consiste à ancrer les concepts dans l'expérience concrète. S'agissant de l'historique, par exemple, Heidegger écarte toute explication théorique. Le problème du Temps doit être abordé à la manière dont nous expérimentons la temporalité dans la « vie facticielle » et nous demander ce que dans cette expérience veulent dire passé, présent, avenir. « Notre chemin part de la vie facticielle à partir de laquelle on conquiert le sens du temps » écrit Heidegger[207]. Autre exemple dans l'ordre religieux « l'idée de péché Sünde sera renvoyée au concept existential de « faute », allemand : Schuld, c'est-à-dire, non pas vers une théorie de la faute, mais pour ainsi dire au fait d' « être-en-faute » , tel que cet état est vécu en première personne par le croyant »[208].

Volonté de volonté[modifier | modifier le code]

« Heidegger forge, pour caractériser l'essence de l'être à l'époque de la technique, le concept de « volonté de volonté » qui n'est que la figure ultime de la Volonté de puissance de Nietzsche. Par ce redoublement, Heidegger veut montrer que la volonté qui régit la technique moderne n'a d'autre but qu'elle-même. La « provocation » (voir Heidegger et la question de la technique) de l'étant n'a pas de terme prévisible, ni de fin assignable. La « volonté de volonté » nie toute fin en soi et ne tolère aucune fin si ce n'est comme moyen, afin de se vaincre elle-même au jeu, délibérément, et d'organiser un espace pour ce jeu »[209].

Wesen[modifier | modifier le code]

Bien que souvent traduit par « essence », ce terme ne renvoie jamais à l'invariance d'une espèce, mais à la manière temporelle dont une chose déploie son être. Ce terme nous dit Heidegger doit être compris à partir du verbe wesen qui a le même sens que währen (durer). Par conséquent, comme le note Françoise Dastur [210], « questionner sur le Wesen au sens verbal est foncièrement différent de la question de la « quiddité » en ce que ce qui est visé en eux est une forme idéale intemporelle, alors que le Wesen au sens verbal renvoie au déploiement d'un être et à sa temporalisation ». Ce qui est mis en évidence dans « le substantif correspondant lang »[211]. Pour l'homme il fait signe plus précisément vers « l'habiter ». « L'être de l'homme, son Wesen, se déploie comme la relation qui l'ouvre à l'être »[212].

Dans les Apports à la philosophie l'expression Die Wesung, « l'aîtrée de l'Être » , ou prosaïquement le domaine d'extension de l'être, selon la traduction de Gérard Guest est utilisée plusieurs fois. À noter et lire en ligne une éclairante interprétation du terme Wesen par Étienne Pinat [213].

Zwischen [modifier | modifier le code]

Vise la cohésion de la vie ou l'individuation en référence à l'« entre-deux » de la naissance et de la mort, abordée en tant qu'extension du Dasein. « Le Dasein factice existe nativement, et c’est nativement encore qu’il meurt au sens de l’être pour la mort. L’une et l’autre fins, ainsi que leur « entre-deux » sont aussi longtemps que le Dasein existe facticement, et elles sont comme il leur est seulement possible d’être sur la base de l’être du Dasein comme souci. Dans l’unité de l’être-jeté et de l’être pour la mort fugitif – ou devançant –, naissance et mort « s’enchaînent » à la mesure du Dasein. En tant que Souci, le Dasein est l’« entre-deux » traduction Emmanuel Martineau[214] (SZ, § 72, (SZ p. 374 ).

Références[modifier | modifier le code]

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  197. Développé dans [[#HeideggerBeaufret1970|Heidegger, Lettre sur l'humanisme]], p. 100 et suivantes, et dans Françoise Dastur 2011, p. 102.
  198. Christian Dubois 2000, p. 80-81
  199. article Vérité Le Dictionnaire Martin Heidegger, p. 1357
  200. Alain Boutot 1989, p. 45
  201. Greisch 1994, p. 248
  202. article Vérité Le Dictionnaire Martin Heidegger, p. 1358
  203. Jean Greisch 1996, p. 138
  204. Sophie-Jan Arrien 2014, p. 271
  205. Jean Greisch 1994, p. 34&36
  206. Sophie-Jan Arrien 2014, p. 270
  207. Heidegger 2011, p. 75
  208. Arnaud Dewalque 2004, p. 122
  209. Alain Boutot 1989, p. 93
  210. Françoise Dastur 2007, p. 216
  211. Heidegger, Être et Temps, p. 532
  212. Françoise Dastur 2011, p. 112
  213. Étienne Pinat 2014
  214. Martineau 1985, p. 122

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Nous nous réjouissons comme on se réjouit; nous lisons, voyons, et jugeons en matière de littérature et d'art comme on voit et juge, mais nous nous retirons aussi de la masse comme on se retire; nous trouvons révoltant ce que l'on trouve révoltant »Être et Temps, p. 170

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Heidegger (trad. François Vezin), Être et Temps, Paris, Gallimard, , 589 p. (ISBN 2-07-070739-3).
  • Martin Heidegger (trad. Emmanuel Martineau), Être et Temps, Paris, Authentica, (lire en ligne) (éd. hors-commerce). Traduction française de référence.
  • Martin Heidegger (trad. Roger Munier), Lettre sur l'humanisme, Aubier, coll. « bilingue », .
  • Martin Heidegger (trad. Alain Boutot), Les Prolégomènes à l'histoire du concept du Temps, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de Philosophie », , 475 p. (ISBN 2-07-077644-1).
  • Martin Heidegger (trad. Wolgang Brokmeier), « Le mot de Nietzsche Dieu est mort », dans chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard, coll. « Tel », (ISBN 2-07-070562-5).
  • Martin Heidegger (préf. Jean Beaufret), « Dépassement de la métaphysique », dans essais et conférences, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (no 52), (ISBN 2-07-022220-9).
  • Martin Heidegger (trad. Jean Greisch), Phénoménologie de la vie religieuse, Paris, Gallimard, coll. « Œuvres de Martin Heidegger », , 415 p. (ISBN 9782070745166).
  • Martin Heidegger (trad. Alain Boutot), Ontologie. Herméneutique de la factivité, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de Philosophie », , 176 p. (ISBN 978-2-07-013904-0).
  • Martin Heidegger (trad. Alexandre Schild), L'affaire de la pensée : Pour aborder la question de la détermination, T.E.R, , 54 p..
  • Martin Heidegger (trad. Wolfgang Brokmeier), Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard, coll. « Tel », (ISBN 2-07-070562-5).
  • Michel Blay, Dictionnaire des concepts philosophiques, Larousse, , 880 p. (ISBN 978-2-03-585007-2).
  • Alain Boutot, Heidegger, Paris, PUF, coll. « Que sais-je? » (no 2480), , 127 p. (ISBN 2-13-042605-0).
  • Marc Froment-Meurice, « L'art moderne et la technique », dans Michel Haar, Martin Heidegger, Éditions de l'Herne, coll. « Biblio essais.Livre de poche », (ISBN 2-253-03990-X), p. 305-329.
  • Jean Beaufret, Philosophie moderne : Dialogue avec Heidegger II, Éditions de Minuit, coll. « Arguments », , 224 p. (ISBN 2-7073-0164-7).
  • Jean Beaufret, Approche de Heidegger : Dialogue avec Heidegger III, Éditions de Minuit, coll. « Arguments », , 237 p. (ISBN 2-7073-0026-8).
  • Jean-Claude Gens, « L'herméneutiqure diltheyenne des mondes de la vie », Revue Philosophie, Editions de Minuit, no 108,‎ , p. 66-76 (ISBN 9782707321497).
  • Jean-François Mattéi, Heidegger et Hölderlin : Le Quadriparti, Paris, PUF, coll. « Epiméthée », , 288 p. (ISBN 978-2-13-050113-8).
  • Sophie-Jan Arrien, L'inquiétude de la pensée, PUF, coll. « Épiméthée », , 385 p. (ISBN 978-2-13-062453-0).
  • Jean-François Courtine (dir.), Heidegger 1919-1929: De l'herméneutique de la facticité à la métaphysique du Dasein, Paris, J. Vrin, coll. « Problèmes et controverses », (ISBN 978-2-7116-1273-4, lire en ligne).
    • Jean Greisch, « La « tapisserie de la vie », le phénomène de la vie et ses interprétations dans les Grundprobleme des Phänomenologie (1919/20) de Martin Heidegger », dans Jean-François Courtine (dir.), op. cit., , p. 131-152.
    • Jean-François Marquet, « Naissance et développement d'un thème : l'isolement », dans Jean-François Courtine (dir.), op. cit., , p. 193-204.
  • Jean-François Courtine (dir.), Introduction à la métaphysique de Heidegger, Paris, Vrin, coll. « Etudes et Commentaires », , 240 p. (ISBN 978-2-7116-1934-4, présentation en ligne).
    • Martina Roesner, « Hors du questionnement, point de philosophie : Sur les multiples facette de la critique du christianisme et de la « philosophie chrétienne » dans l’Introduction à la métaphysique », dans Jean-François Courtine (dir.), L'Introduction à la métaphysique de Heidegger, Paris, Vrin, coll. « Études et Commentaires », (ISBN 978-2-7116-1934-4), p. 83-104.
  • Sophie-Jan Arrien et Sylvain Camilleri (dir.), Le jeune Heidegger (1909-1926). Herméneutique, phénoménologie, théologie, Paris, J. Vrin, coll. « Problèmes et controverses », , 289 p. (ISBN 978-2-7116-2302-0).
    • Cristian Ciocan, « La genèse du problème de la mort avant Être et Temps », dans Sophie-Jan Arrien et Sylvain Camilleri (dir.), Le jeune Heidegger (1909-1926). Herméneutique, phénoménologie, théologie, Paris, J. Vrin, coll. « Problèmes et controverses », (ISBN 978-2-7116-2302-0), p. 119-134.
  • Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir, J. Vrin, (ISBN 2711623904).
  • Françoise Dastur, Heidegger et la question du temps, Paris, PUF, coll. « Philosophies », , 127 p. (ISBN 2-13-042954-8).
  • Françoise Dastur, Heidegger, VRIN, , 256 p. (ISBN 978-2-7116-1912-2, présentation en ligne).
  • Paul Ricœur, Temps et récit T III Le temps raconté, Seuil, coll. « essais », (ISBN 2-02-013454-3), « Temporalité,historialité,intra-_temporalité,Heidegger et le concept vulgaire du temps », p. 110-178.
  • Jean Grondin, Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger Epiméthée, PUF, , 136 p. (ISBN 2-13-039849-9).
  • Jean Greisch, Ontologie et temporalité : Esquisse systématique d'une interprétation intégrale de Sein und Zeit, Paris, PUF, , 1e éd., 522 p. (ISBN 2-13-046427-0).
  • Marlène Zarader, Lire Être et Temps de Heidegger, Paris, J. Vrin, coll. « Histoire de la philosophie », , 428 p. (ISBN 978-2-7116-2451-5).
  • Marlène Zarader (préf. Emmanuel Levinas), Heidegger et les paroles de l'origine, VRIN, (ISBN 2-7116-0899-9).
  • François Fédier, Le temps et le monde. De Heidegger à Aristote, Paris, Pocket, coll. « Agora », (ISBN 978-2-266-20297-8).

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Glossaire[modifier | modifier le code]

Quelques termes allemands par François Vezin ( V ) ou Emmanuel Martineau ( M ) selon leur traduction respective de Sein und Zeit Être et Temps

  • Abhebung (Die) : contraste (V), dissociation (M)
  • Abhandlung (Der) : traité (V), ouvrage (M)
  • Abgrenzung (Die) : Délimitation des frontières (V), délimitation (M)
  • Abgedschieden : sécession (V)
  • Abkünftigkeit : caractère dérivé (V), fondement (M)
  • Absicht : intention
  • Alltäglich (Das) : quotidien
  • Anfänglich : initialement
  • Anrufbereitschaft : préparation à l'interpellation (V), disponibilité à être ad-voqué (M)
  • Anweisung : indications
  • Auffassung (Der) : conception
  • Aufgabe (Die) : tâche
  • Aufrufen : appeler | Sich-aufrufen-lassen : se laisser convoquer/Aufruf zum Schuldigsein = faire face à son être-en-faute
  • Aufweisung : mis en lumière
  • Ausarbeiten : élaborer (V)- libération de l’horizon pour (M)
  • Auseinanderlegen : exploration détaillée (V), explicitation (M)
  • Äußerliche : extérieur, apparent
  • Ausmmerzen : supprimer
  • Aussage (Die) : l'énoncé
  • Auslegung : explicitation (V), explication (M)/Auslegung des Seinssines der Sorge= interprétation du sens d'être du Souci
  • Austand : rester en attente (V), excédent (M)
  • Ausgezeichnete : insigne (V), privilégié (M)/ Zunächts gilt es, das Sein zum Tode als ein Sein zu einer Möglichkeit und swar zu einer ausgezeichneten Möglichkeit.
  • Ausweichen : égviter, esquiver
  • Bislang : jusqu'ici
  • Bedarf : demande (V), a besoin (M)
  • Bedeuten : signifier
  • Bedeutsamkeit : significativité
  • Befindlichkeit : disposibilité (V), affection (M)
  • Begegnen : rencontrer
  • Begreifen : arriver à comprendre
  • Begründung : fondation
  • Beherrschbare : que l'on peut maitriser
  • Bei : : auprès de
  • Bekunden : manifester /Ursprünglich bekundet : originairement exprimé
  • Bereitenden : (analyse) préparatoire
  • Bestand : réalité, réalité subsistante
  • Besorgen (Das) : préoccuper, préoccupation
  • Bestimmung (Die) : détermination/ bestimmtheit gewonnen = direction donnée (V), reçu la clarification (M)
  • Bevorstand : imminence (V)- pré-cédence (M)
  • Bewandtnis : conjointure (V), tournure (M)
  • Bewährung (Die) : contre-épreuve (V), confirmation (M)
  • Beweisbarkeit : démontrabilité
  • Bezeugung : attestation/ bezeugtet = attesté
  • Bezüglich: relatif / Unbezüglichen Möglichkeit = la plus propre possibilité sans relation (V), la possibilité la plus propre, absolue (M)
  • Beziehung : relation
  • Bisher : jusqu'à présent
  • Daseinsmäßigen : correspondant au Dasein (V), propre au (M)
  • Deshalb : c'est pourquoi
  • Dergestalt : seulement si (V), ainsi que (M)
  • Demnach : à partir du moment
  • Demnächst : déjà, sous peu
  • Deutlich : clair, net
  • Drückt : exprime
  • Durchsichtigmachen : médiocrité
  • Durchsichtigkeit : transparence
  • Eigentlichen Seinkönnens:pouvoir-être authentique /Eigentlichen Ganzsein des Daseins: être-tout originaire du Dasein
  • Einsichtig : compréhensif
  • Endlichkeit : finitude
  • Erlebnis : expérience
  • Erfassung : saisir
  • Ergebnis (Das) : résultat
  • Entstammt : venir de, être issu (e) de
  • Entdecktheit (Die) : l'être-dévoilé (V), être-découvert (M)
  • Enthüllen : dévoiler, révéler/ Die Auseinanderlegung des phänomens enthüllte das eigentliche Sein zum Tode
  • Entshließen : se décider
  • Entschließen : se décider | der Entschluß : décision/ Die Gewißheit des Entschlusses= la certitude de la décision
  • Entschlossenheit (Die) : résolution/ unentschlossenheit = irrésolution
  • Entsprechen : correspondre à
  • Entwerfen : projeter
  • Entwurf : projection (V), projet (M)
  • Efahrbarkeit (Die) : expérimentalité (M)
  • Ermöglichen : rendre possible, permettre
  • Erreichbar : que l'on peut atteindre
  • Erschlossenheit ; ouvertude (V), ouverture (M)/Das Dasein wird konstituiert durch die Erschlossenheit=le Dasein se constitue par l'ouvertude
  • Erwächst : s'impose
  • Fernliegt : lointain , éloigné
  • Frage nach dem Sinn von Sein (Der) : la question du sens de l'être
  • Freilegung : dégager (l'horizon)(V), libération de (M)/Freilegung des ursprünglichen Seins des Daseins=Dégager l'être original du dasein
  • Freischwebende : (comportement )ne reposant sur rien (V)flottant en l'air (M),
  • Folgen : suivre, obéir
  • Forschungen : investigation (V), recherche (M)
  • Fürsorge (Die) : sollicitude
  • Für-wahr-halten : tenir pour vrai
  • Gelassenheit : laisser-être, égalité d'âme ou Sérénité
  • Gemüt (Das) : Esprit
  • Gangbare : praticable
  • Ganzheit (des Dasein) : entièreté (V), totalité (M)
  • Gehalt : contenu, teneur / Wasgehalt = Contenu d'expérience / Wiegehalt = style d'expérience
  • Geschichtlichkeit : historialité
  • Gerede (Das) : le on-dit (V), bavardage (M)
  • Gegenüber : par opposition (V), par rapport à (M)
  • Gegenteil (Im) : au contraire
  • Gekennzeichneten : caractérisé, marqué/Gekennzeichneten Möglichkeit konstitueren= possibilité caractérisée
  • Gésamt : tout (e) entier (-ière) / Gésamtbestand : réalité entière, ensemble
  • Geschlechtlosigkeit : neutralité (sexuelle) du Dasein
  • Gewissens : conscience/ Dre ruf des Gewissens
  • Gewißsein : être-certain/ Gewißheit = certitude
  • Gewissens-haben--wollen : parti-d'y-voir-clair-en-conscience (V), vouloir-avoir-conscience (M)
  • Gleichursprünglich : cooriginaire
  • Gleischwohl : néanmoins
  • Grundsätzlich : fondamentalement
  • Grundverfassung : constitution fondamentale
  • Handeln : agir, /In-sich-handeln-lassen =
  • Hinsichtlich : en ce qui concerne
  • Herrschaft : en vigueur (V), souverain (M), pouvoir
  • Herausstellen : souligner dégager
  • Innerweltlich (Die) : l'appartenance au monde (V), la mondanéité (M)
  • Innerzeitigkeit (Die) : intratemporalité
  • In-Sein : être-au (V), être-à (M)
  • In-der-welt-sein (Das) : être-au-monde
  • Is je schon : à chaque fois déjà
  • Jeweils : à chaque fois
  • Kennzeichen : marque signe distinctif
  • Kundegeben : annoncer/Die Weise, nach der das Gewissen bezeugt, ist kein indifferentes Kundegeben
  • Lediglich : uniquement
  • Melden sich : s'annonce
  • Mitbeschlossene : imbriqué dans (V), conjointement inclus dans (M)
  • Missverständnis : méprise, mal entendu
  • Möglichkeit : possibilité / Den Tod, Möglichkeit der Unmöglichkeit der Existenz / das heißt zu einem Möglichen (possible)
  • Neugier (Die) : curiosité
  • Nichtigkeit : nullité / nichtiges Grundsein einer Nichtigkeit : être négativement à l'origine d'une négative (V).
  • Notwendigkeit : nécessité
  • Nüchtern : sobre, dégrisé
  • Offenbar : manifeste, évident (e)
  • Öffentlichkeit : public
  • Ort : site, endroit, lieu
  • Räumlichkeit (Die) : spatialité | voir Aus-richtung et Ent-fernung dé ( loitain) pour déloignement.
  • Richtung : direction / Aus-richtung : aiguillage
  • Scheinbare (Die) : apparence
  • Schrittes : démarche (V), pas méthodique (M)
  • Seienden : (les) étants (V)
  • Seinkönnen : pouvoir-être
  • Seinsart (Die) : genre d'être (V), mode d'être (M)
  • Sein zum Tode (Das) :être vers la mort (V)/ das eigentliche Sein zum Tode als das Vorlaufen= a révélé le propre être vers la mort comme marche d'avance.
  • Selbstheit : être soi-même (V), ipséité (M)4/ Selbständigkeit : constance en soi (V), autonomie » du Soi-même (M)
  • Schwierigten (Die) : difficulté
  • Sichfreihalten für seine faktische möglichkeit/ notwendige Zurücknahme = se maintenir libre pour sa possibilité factive.
  • Sichtbar : visible
  • Sich-vorweg-sein : être en avant de soi
  • Ständig : permanent, constant
  • Somit : par conséquent, donc,
  • Überhaupt : en général
  • Übernhame : prise en charge, assomption
  • Unüberholen : indépassable /eigenten, unbezüglichen, unüberholbaren, gewissen und dennoch =la plus propre, sans relation, indépassable, certaine et pourtant indéterminée
  • Unnachsichtigt : inflexiblement (V), sans égard (M)
  • Unmöglichkeit : impossibilité
  • Umgekehrt : inversement
  • Umhafte (Das) : entourance (V), ambiance (M)
  • Umsichtig : circonspect
  • Ungebrochene : rigueur, acuité /Die Ungebrochene Schärfe= la rigueur sans faille
  • Unvollständigkeit (Die) : ce qu'a d'incomplet (V), l'incomplétude (M)
  • Ursprünglich : originale (V), originaire (M)/Das ursprünglich Sein des Daseins : l'être original du Dasein
  • Untersuchung : la recherche
  • Verabredungen : accord
  • Verborgene : caché, en retrait
  • Verbrüdern : fraterniser avec
  • Verdeckung : cache, dissimule/ Selfverdeckung = s'auto dissimuler, auto recouvrir
  • Verfallende Fliehen : Fuite en déval (V), fuite échéante (M)
  • Verfassung : constitution
  • Verhalten : se comporter /Verhaltung = comportement
  • Verlorenheit : perte
  • Vermutlich ; vraisemblablement, s'attendre à
  • Verschieden : différent
  • Verschwiegenheit : silence, discrétion
  • Verständnis : entente (V), compréhension (M)/Verständlichkeit : intelligibilité
  • Verstehen : entendre, comprendre/ ein befindliches Verstehen= un entendre disposé (V) comprendre affecté (M)
  • Versuchen : essayer
  • Vereinzelt : isolé, esseulé/ Unnachsichtigt Vereinzelt er das Dasein Schuldigseinkönnen : Inflexiblement isolé/Vereinzelung=esseulement
  • Vergegenständlichung des Seins : l'objectivation de l'être
  • Verschlossen : fermé, refermé/ Verschlossenheit = fermeture
  • Vertraut machen : familiariser
  • Verlorenheit : perdu, perte
  • Verweisung und Zeichen : Renvoi et signe
  • Vielmehr : au contraire, bien plutôt
  • Vorbegriff (Der) : concept inaugural (V), préconcept (M)
  • Vorbereitende (Die) : préparatoire (V)
  • Vorgängig : préalablement
  • Vorgezeichen : préfigurer
  • Vorlaufen : marche d'avance (V), devancement (M)/Vorlaufenden Entschlossenheit : résolution devançante
  • Vorherrschaft : prédominance
  • Vorrang : primauté
  • Vorrufenlassen (Sich): se laiiser appeler (V), se laisser provoquer (M)
  • Vor-sicht : préalable / die leitende Vor-sicht= vue préalable / Vorhabe gestellt = acquis préalable
  • Vorzeichnung (Die) : pré-esquisse (M)- esquisse (V)
  • Wahrheitsvoraussetung (Die) : présupposition de la vérité
  • Weltlichkeit (Der) : mondéité (V), mondanéité (M)
  • Wesenhaft : essentiellement /der Wesenhaften Vereinzelung= l'esseulement ou l'isolement essentiel (dans son essence)
  • Wiederholung : répétition
  • Wirklichkeit : réalité
  • Worumwillen (Das) : ce à dessein de quoi (V), le en vue de quoi (M)
  • Zeitlichkeit (Die) : temporellité (V), temporalité (M)/Zeitigungen : temporalisation
  • Zerstreuen : se distraire, disperser
  • zugehören : appartenir
  • Zugespitzheit :: aiguisement
  • Zuhandenen : utilisable (V), à-portée-de-la-main (M)
  • Zusammenbinden : construction
  • Zusammenghang (Der) : concomitance (V), connexion (M)/Zusammenschweißen : soudure (V), compénétration (M)
  • Zusammenschweißen : soudure (V)
  • Zunächst und zumeist : d'abord et le plus souvent / Faktisch hält sich das Dasein Zunächst und zumeist in einem uneigentlichen Sein zum Tode.
  • Zugänglich : accessible
  • Zugleisch : en même temps, simultanément
  • Zuweilen : de temps en temps, parfois/ nicht Zuweilen und dann wieder nicht schuldig : parfois en faute et d'autre fois non
  • Zweideutigkeit (Die) : équivoque
  • Zwingen : forcer, contraindre | Zusammenzuzwingen, accoupler à toute force, marier à tout prix .