Leucisme

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Des tigres blancs au zoo de Singapour.
Coupes histologiques de peau de cheval coloré (gauche) et leucistique (droite) ; on remarque à droite l’absence de mélanocytes et donc de mélanine.

Le leucisme ou leucistisme, du grec ancien λευκός/leukós (« blanc »), est un ensemble de phénotypes caractérisés par la couleur blanche des téguments, sur toute la surface ou par zones (aspect pie, bicolore, etc.), liés à un déficit des cellules pigmentaires (absence ou dégénérescence). Les iris sont normalement pigmentés ou de couleur plus claire que le phénotype normal, mais jamais totalement dépigmentés comme dans l’albinisme, une autre mutation génétique donnant des êtres vivants blancs.

Description[modifier | modifier le code]

Le leucisme est dû à certains gènes qui interfèrent avec la différenciation ou la migration des chromatophores et des mélanocytes issus de la crête neurale lors de l’embryogenèse, ou qui entraînent leur dégénérescence, leur nécrose ou leur apoptose prématurée. À la différence de l’albinisme, il touche tous les pigments et non seulement la mélanine. Les iris sont colorés et la rétine normalement constituée. La raison pour laquelle il influence moins les yeux serait que les épithéliums pigmentaires de l’iris et de la rétine proviennent du tube neural et non de la crête neurale.

Le piébaldisme et la dépigmentation caractéristique du vitiligo peuvent être considérés comme des formes de leucistisme humain, bien qu'étant officiellement reconnue plus comme es troubles que de vraies mutations.

Les animaux leuciques (ou leucistiques[1]) ne sont pas plus sensibles au soleil que n’importe quel autre animal normal. Au contraire, ils y seraient même légèrement plus résistants : la couleur blanche ayant un albédo élevé, elle protège davantage de la chaleur et renvoie la lumière du soleil ainsi que les rayons UV. C'est sur ce point notamment qu'on peut différencier les êtres leucistiques des albinos. En effet, les leucistiques sont pigmentés normalement, car ayant de la mélanine, mais de manière à être de couleurs blanche tandis que les albinos n'ont pas de mélanine et donc sont non-pigmentés. Etant donné que la mélanine est censée être une protection contre les rayons UV du soleil susceptibles de brûler la peau et d'engendrer des cancers, les albinos sont eux plus sensible au soleil que les autres animaux normaux ou leucistiques. On reconnaît aussi les leucistiques des albinos en regardant la couleur de leurs yeux ainsi que de leurs museaux, de couleurs habituelles pour les premiers (généralement noirs mais aussi bleus dans la majorité des cas) et rouges ou roses pour les seconds car le sang sous la peau est en transparence.

La blancheur des téguments n’est pas forcément due au leucistisme. Outre l’albinisme, il existe des cas où le pigment présent dans la peau n’est pas absorbé par les plumes ou les poils qui restent blancs ; dans le cas où la couleur est d'origine alimentaire, un changement de régime peut entraîner une blancheur anormale. Le leucistisme chez les animaux peut être considéré comme une anomalie (tigres blancs) ou comme une des variétés habituelles de robe (chats, chiens...).

Si les animaux leucistiques sont plus avantagées par leurs capacités à résister aux rayons UV du soleil comme n'importe quel animal normal contrairement aux albinos, ils n'en restent pas moins tout aussi exposés aux autres problèmes que ces derniers rencontrent dans la nature. En effet, leucistiques ou albinos, les animaux de couleurs blancs sont désavantagés par la perte du pouvoir camouflant de la mélanine et sont plus exposé aux prédateurs, mais comme pour les albinos certains prédateurs semblent plus attirés par les animaux normalement colorés, vu qu'ils ont plus l'habitude de chasser ces derniers. On remarque aussi, également encore comme les albinos, que chez la plupart des espèces, suivant les conditions, que le leucisme n'est socialement pas gênant pour eux, les individus blancs étant généralement acceptés parmi leurs semblables. De fait, beaucoup d’animaux blancs, leucistiques et albinos, parviennent, certes non sans mal, à survivre dans la nature. D'ailleurs, contrairement aux albinos, certaines espèces ont pu se constituer des populations plus ou moins modestes et stables d'animaux blanc, comme le daim dans certaines parties de l'Europe.

Les relations entre animaux leucistiques et la société humaine sont les mêmes que celles des albinos. Comme eux, ils sont parfois considérés comme plus vulnérables et font parfois l’objet de mesures de protection. En effet, comme eux, dans les pays où leur chasse est autorisée, les chasseurs n'hésitent pas une seconde à les abattre afin d'avoir des trophées uniques pour leur collection. Cependant, cette pratique est limitée, voire interdite, un peu partout autour du globe, principalement pour ne pas offenser les peuples locaux. En effet, selon leurs croyances et leurs interprétations, ils sont souvent favorables aux animaux blancs. Ainsi, les peuples d’Amériques considèrent les animaux blancs comme des apparitions des fantômes de leurs ancêtres sous une forme animale. Ou encore, dans certains pays d'Asie, les animaux blancs, symboles de puretés, sont considérés comme sacrés.

Dans les zoos, les animaux blancs sont plus populaires auprès des visiteurs, comme les tigres ou les crocodiles blancs qui sont des curiosités naturelles. Pourtant, dans le cas des animaux sauvages, pour certains d'entre eux, les lignées d'animaux albinos conservées artificiellement dans les zoos, comme le tigre blanc, le sont aux dépens des vraies populations sauvages en danger d'extinction. Ces dernières ne peuvent pas compter sur les populations gardées en captivité au cas où pour subvenir et aidées celles dans la nature (vu que les animaux blancs de façon non naturelle ne peuvent pas servir dans la majoritaire des projets de conservations, comme la réintroduction et les remises en liberté). De fait, seules les espèces dont les populations sauvages ne sont pas menacées peuvent et devraient être conservées sans créer de problèmes tandis que celles des espèces menacées doivent et devraient être revues à la baisse, sans être interdites certes mais plus autant qu'avant.

Génétique[modifier | modifier le code]

Parmi les gènes/loci pouvant causer le leucistisme existent c-kit[2] mitf (Microphthalmy-associated Transcription Factor) [3], pax3 (Paired Box Gen 3)[4], sox10[5], steel (MGF)[6] et EDNRB (Endothelin-Receptor-B)[7].

Chez les oiseaux[modifier | modifier le code]

Chez les oiseaux, cette anomalie est due à un manque complet ou partiel des deux mélanines (eumélanine et phéomélanine) dans les plumes et la peau : les plumes sont blanches, de quelques plumes blanches (les autres sont normales) à toutes les plumes blanches, bec et pattes sont normalement colorés ou roses, les yeux sont normalement colorés, les couleurs dépendant de caroténoïdes sont présentes. Cette forme doit être distinguée, outre de la mutation albinos, du schizochroïsme, des mutations brunes, ino (en) et diluées[8],[9].

Cas connus de leucisme[modifier | modifier le code]

Comme pour toutes les espèces animales qui peuvent être touchées par toutes les mutations possibles impactant la couleur ou le physique, le leucistisme peut apparaître chez n'importe quelle espèce, dont la fréquence est très variable selon l'animal en question. On confond constamment les animaux albinos et leucistiques et la majorité du temps, le public pense n'avoir qu'affaire en majorité aux premiers alors que c'est l'inverse. En effet, la plupart des animaux dans les zoos et les parcs rencontré la plupart du temps sont en fait leucistiques et non albinos, vu que les premiers sont en réalité plus nombreux en général. Par exemple, la majorité des tigres blanc sont leucistiques car possédant des rayures alors que les tigres albinos n'en ont pas. Comme pour les albinos et toutes autres espèces possédant des mutations impactant le physique et les couleurs, les leucistiques sont très appréciés et recherchés par le public et les éleveurs pour leurs singularités. Voici des exemples d'espèces connues pour être leucistiques :


Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Muratet et al. Un cas de leucisme chez le Crapaud commun Bufo bufo (Linné, 1758), dans Bulletin de la Société herpétologique de France, 2010, no  134, pp. 51-54. (ISSN 0754-9962).
  2. Coat colour, dominant white at Online Mendelian Inheritance in Animals.
  3. An L1 element intronic insertion in the black-eyed white (Mitf[mi-bw]) gene: the loss of a single Mitf isoform responsible for the pigmentary defect and inner ear deafness at Human Mulecular Genetics.
  4. (en) Waardenburg syndrome, type I
  5. Sandra Wißmüller: Biochemische Analyse der Eigenschaften der HMG-Domäne des Transkriptionsfaktors Sox10. naturwissenschaftlichen Fakultäten der Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg, 2006 http://www.opus.ub.uni-erlangen.de/opus/volltexte/2006/459/
  6. NCBI: Kitl kit ligand (Mus musculus). GeneID: 17311, Stand: 05-Apr-2007, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?db=gene&cmd=Retrieve&dopt=full_report&list_uids=17311
  7. Waardenburg syndrome at Atlas of Genetics and Cytogenetics in Oncology and Haematology.
  8. Grouw H. J. van, 2006. Not every bird is an albino: snense and nonsense about colour aberrations in birds. Dutch Birding, 28 : 79-89.
  9. Grouw H. J. van, 2010. How to recognize colour aberrations in birds (in museum collections). J. Afrotrop. Zool., Special Issue : 53-59.
  10. Ligue pour la protection des oiseaux (France), délégation régionale Champagne-Ardenne, Les oiseaux de Champagne-Ardenne : nidification, migration, hivernage, Paris, Delachaux et Niestlé, dl 2016, cop. 2016, 575 p. (ISBN 978-2-603-02098-2, OCLC 964448574, lire en ligne), p. 331.
  11. Lionel Lengy, « Galerie photo d'un chevreuil leucique », sur Nature-alsace.photos (consulté le 15 février 2018).
  12. (en) « Rare White Giraffe Spotted In Tanzania », sur Bored Panda (consulté le 5 septembre 2020).
  13. (en) « Pink-Hippo Pictures: Rare Youngster Spotted in Kenya », sur news.nationalgeographic.com (consulté le 19 décembre 2013)
  14. Donald Lapointe, « Mésange à tête noire leucistique », sur Initiation aux oiseaux du Québec par la couleur (consulté le 17 décembre 2015).
  15. (en) Cecília Cronemberger, Fabiane de Aguiar Pereira, Ana Elisa de Faria Bacellar et Lucas Gonçalves da Silva, « First record of leucism in puma from Serra dos Órgãos National Park, Brazil », Cat News, no 68,‎ , p. 38-41 (ISSN 1027-2992)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Albinisme, caractéristique des variétés d'animaux de couleur blanche
  • Mélanisme, caractéristique des variétés d'animaux de couleur noire ou foncée
  • Érythrisme, caractéristique des variétés d'animaux de couleur rouge à rougeâtre
  • Xanthisme, caractéristique des variétés d'animaux de couleur jaune à orangé
  • Cyanisme, caractéristique des variétés d'animaux de couleur bleue