Leucippé et Clitophon

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Leucippé et Clitophon
Fragment d'un papyrus d’Oxyrhynchos conservant une copie de Leucippé et Clitophon (IIe — IVe siècle).
Fragment d'un papyrus d’Oxyrhynchos conservant une copie de Leucippé et Clitophon (IIeIVe siècle).

Auteur Achille Tatius
Genre Roman grec
Version originale
Titre original τὰ κατὰ Λευκίππην καὶ Kλειτoφῶντα
Langue originale grec ancien
Pays d'origine Grèce antique
Date de parution originale sans doute le IIe siècle apr. J.-C.
Version française

Leucippé et Clitophon (ou Le Roman de Leucippé et Clitophon, ou Les Amours de Leucippé et Clitophon, ou encore Les Aventures de Leucippé et Clitophon), en grec τὰ κατὰ Λευκίππην καὶ Kλειτoφῶντα, est un roman grec écrit par Achille Tatius et datant probablement du IIe siècle après J.-C. Divisé en huit livres, il raconte les aventures d'un couple de jeunes gens originaires de Tyr et de Byzance, principalement en Égypte et à Éphèse.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le récit principal est fait par Clitophon à un premier narrateur anonyme. Promis à sa demi-sœur Calligoné, le jeune Tyrien tombe cependant amoureux de sa cousine Leucippé, venue de Byzance, qui débarque dans sa ville natale quelques jours avant le mariage. Heureusement, un jeune homme de Byzance appelé Callisthénès, venu enlever Leucippé dont on lui avait vanté la beauté, s'est trompé et est parti avec Calligoné. Clitophon se glisse de nuit dans la chambre de Leucippé, mais ils sont surpris par la mère, avertie par un songe. Les deux amants s'enfuient de Tyr par mer, mais ils font naufrage en Égypte, où ils sont capturés par des brigands, qui veulent offrir Leucippé en sacrifice. Croyant la chose faite, Clitophon est sur le point de se suicider sur la tombe de sa maîtresse, mais le sacrifice est en réalité une mascarade miseen scène par des amis. Des soldats égyptiens secourent les captifs, mais leur officier tombe amoureux de Leucippé, recherchée d'ailleurs par plusieurs autres prétendants. L'un d'entre eux lui a fait boire un philtre d'amour, qui l'a rendue folle, jusqu'à ce qu'un antidote lui soit administré par un certain Chairéas. Mais alors qu'ils gagnent Alexandrie, Chairéas enlève Leucippé sur son navire ; Clitophon les poursuit, mais il voit depuis son navire la jeune fille se faire (apparemment) décapiter, et son corps jeté en mer.

Revenu totalement désespéré à Alexandrie, Clitophon est courtisé par une veuve d'Éphèse, Mélité, qui le convainc de l'épouser et de repartir avec elle à Éphèse. Mais tout juste arrivé à Éphèse, il y retrouve Leucippé, qui n'était pas morte (une autre femme ayant été décapitée à sa place). Alors que Mélité et Clitophon couchent ensemble, le mari de la dernière, lui aussi encore en vie, réapparaît. Il tente par la suite de violer Leucippé (devenue la servante de Mélite) et de faire accuser Clitophon du meurtre de Leucippé. Finalement l'innocence de Clitophon est prouvée dans un procès, ainsi que la virginité de Leucippé (dans le temple d'Artémis). Le père de Leucippé, arrivé à Éphèse, donne sa bénédiction pour le mariage. Clitophon et Leucippé vont se marier à Byzance.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le plus ancien jugement conservé sur l'œuvre est celui de Photius (codex 87 de sa Bibliothèque) : il la trouve formellement très réussie (composition et style), mais sur le fond totalement immorale et à éviter absolument. Le roman n'en a pas moins eu du succès à l'époque byzantine. En Occident, il fut longtemps moins connu que les Éthiopiques d’Héliodore, qui ont bénéficié d’une traduction française de Jacques Amyot en 1547. On a même vu en Achille Tatius un imitateur d’Héliodore (les aventures de Leucippé et Clitophon rappelant fort celles de Théagène et Chariclée[1]), avant la découverte, en 1938, d’un papyrus daté du IIe siècle (on estime qu’Héliodore serait du IIIe siècle)[2].

Le roman, écrit par un sophiste de profession, passait chez les Byzantins pour un modèle de style, et abonde en morceaux de bravoure et autres passages attendus (discours, entretiens sur la théorie de l'amour, descriptions de peintures dans le genre de l'ekphrasis, descriptions de villes, de bêtes exotiques, digressions sur la mythologie...). On peut y déceler également un subtil sens de l'humour, une coloration parodique qui en rend la lecture agréable.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un parallèle entre Achille Tatius et Héliodore est déjà établi par le patriarche Photius, qui préfère très nettement Héliodore, beaucoup plus « décent ». Même jugement chez Michel Psellos.
  2. B.E. Perry, The Ancient Romances, Berkeley, University of California Press, 1967, p.  348 sq.