Lettres de mon moulin

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Lettres de mon moulin est un recueil de nouvelles d'Alphonse Daudet. Le titre fait référence au moulin Saint-Pierre, situé à Fontvieille (Bouches-du-Rhône)Erreur de référence : Balise fermante </ref> manquante pour la balise <ref>. Dix ans plus tard, Alphonse Lemerre publie une nouvelle édition, qualifiée de définitive[1]. Elle inclut cinq autres nouvelles parues dans Le Bien public en 1973 (Les Étoiles, Les Douaniers, Les Oranges, Les Sauterelles, En Camargue) et un récit de Noël repris des Contes du lundi (Les Trois Messes basses)[2].

Contenu du recueil et historique des publications[modifier | modifier le code]

Un ou des auteurs ?[modifier | modifier le code]

En 1883, Daudet écrit dans La Nouvelle Revue : « Les premières Lettres de mon moulin ont paru vers 1866 dans un journal parisien où ces chroniques provençales, signées d'abord d'un double pseudonyme emprunté à Balzac, « Marie-Gaston » détonnaient avec un goût d'étrangeté. Gaston, c'était mon camarade Paul Arène qui, tout jeune, venait de débuter à l'Odéon par un petit acte étincelant d'esprit, de coloris, et vivait tout près de moi, à l'orée du bois de Meudon. Mais quoique ce parfait écrivain n'eût pas encore à son acquit Jean des Figues, ni Paris ingénu, ni tant de pages délicates et fermes, il avait déjà trop de vrai talent, une personnalité trop réelle pour se contenter longtemps de cet emploi d'aide-meunier. Je restai donc seul à moudre mes petites histoires, au caprice du vent, de l'heure, dans une existence terriblement agitée. »[11]

Les cinq premiers textes parus dans L'Événement sont signés Marie-Gaston, le sixième Alphonse Daudet (Marie-Gaston), les six derniers Alphonse Daudet. Marie-Gaston est emprunté au nom d'un personnage de Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac[12].

Quelques mois plus tard, Octave Mirbeau, dans Les Grimaces, après cette « introduction » : « M. Robert de Bonnières, dans une remarquable et malicieuse étude sur M. Alphonse Daudet, nous a révélé l’étymologie de ce nom : Daudet. Daudet vient de Davidet qui, en langue provençale, veut dire : Petit David : d’où il résulte que M. Daudet est d’origine juive. Si son nom et le masque de son visage n’expliquaient pas suffisamment cette origine, son genre de talent et la manière qu’il a de s’en servir la proclameraient bien haut. », ajoute : « Je ne considère point, comme un honnête homme, le monsieur qui persiste à faire paraître, sous son nom, un livre qu’on dit n’être point de lui, un livre d’où lui sont venues la réputation d’abord, la fortune ensuite, et cette sorte de gloire au milieu de laquelle il apparaît dans des attitudes ennuyées et méprisantes de demi-dieu. Je veux parler des Lettres de mon moulin. On sait aujourd’hui que ce délicieux recueil de contes provençaux est de M. Paul Arène. Et j’ai plaisir à dire carrément et tout haut ce que tout le monde dit tout bas et comme en se cachant, non point pour me donner la satisfaction vaine d’être désagréable à M. Alphonse Daudet, mais pour rendre justice à un écrivain charmant, qui n’a point su, grâce à son insouciance de poète et de rêveur, percer l’obscurité qui enveloppe son nom, tandis que flamboie, aux quatre coins du monde et porté par les cent mille bras de la réclame, le nom illustre de l’auteur des Rois en exil. Et ce qui prouve mieux encore que les droits payés à M. Paul Arène sur les Lettres de mon Moulin, que M. Paul Arène en est le véritable auteur, c'est la langue en laquelle ce livre est écrit, une langue claire, pittoresque, pétrie d'azur et de soleil, qu'on retrouve partout dans les plus menues œuvres de M. Paul Arène, et qu'on chercherait vainement dans celles de M. Alphonse Daudet. »[13]

Quelques jours plus tard, Gil Blas publie un article de Paul Arène en réponse à Mirbeau, où il s’adresse à Daudet : « Mais qui diantre nous aurait dit qu'un beau jour, devenu illustre, on t'accuserait de plagiat et qu'à moi l'on ferait ce redoutable honneur de m'attribuer la paternité de tes œuvres ? Au fond, je t'en veux, mon cher Daudet. Je t'en veux de n'avoir pas protesté d'abord, dès la première insinuation, les premiers bruits sournois qui t'en sont revenus, sans attendre la nécessité où se trouve réduit ton vieil ami d'appeler au secours et de crier à la garde. Te rends-tu compte de ma situation si, par insouciance ou dédain, tu laissais la légende s'accréditer ? Car elle n'y va pas par quatre chemins, la légende ! C'est moi, paraît-il, moi Paul Arène, qui ai écrit, tranquillement, à mes heures perdues, tout ce que tu as signé de ton nom d'Alphonse Daudet. De braves gens me l’ont soutenu, accueillant mes dénégations d'un sourire qui prouvait combien sur ce point ils étaient mieux renseignés que moi. […] C'est pourquoi, Daudet, je t'en supplie, au nom de notre affection déjà vieille et que rien n'a su entamer, viens à mon aide, montre-toi et crie : « Me, me adsum. C'est moi le coupable, c'est moi seul qui fais mes romans, nous vous le jurons par tous les dieux, mais laissez Arène tranquille. » Tous ces ridicules ragots que tu as certes le droit de mépriser, mais dont il me déplairait fort en me taisant de paraître complice, ont pour point de départ le fait nullement mystérieux que jadis, à ce moment de vie commune rappelé au commencement de l'article, et quand nous essayions d'acclimater les cigales provençales sur les bouleaux du Val-Fleury, on nous vit, pour les Lettres de ton Moulin, quelque temps travailler ensemble. De ton moulin ! […] Mais de là à laisser dire ou croire que Les Lettres du mon Moulin sont de moi, il y a une légère nuance ; et puisqu'en notre siècle enragé d'exacts documents, il faut mettre les points sur les i et parler par chiffres, établissons, une fois pour toutes et pour n'en plus parler, qu'en effet, sur les vingt-trois nouvelles conservées dans ton édition définitive, la moitié à peu près fut écrite par nous deux, assis à la même table, autour d'une unique écritoire, joyeusement et fraternellement, en essayant chacun sa phrase avant de la coucher sur le papier. Les autres ne me regardent en rien et encore dans celles qui me regardent un peu, ta part reste-t-elle la plus grande, car si j'ai pu y apporter — du diable si je m'en souviens — quelques détails de couleur ou de style, toi seul, toujours, en trouvas le jet et les grandes lignes. »[14]

En 1912, un ami de Paul Arène, Léopold Dauphin, écrit : « Il y a justice à réviser quelque peu ce procès [celui fait par Mirbeau] qui fit grand bruit à l'époque. L'article des Grimaces pouvait le [Paul Arène] brouiller avec Daudet ; désavouer Mirbeau, c'était s'en faire un ennemi. Pour sortir de cette impasse, il dut faire appel à toute la finesse de son esprit et c'est ainsi qu'il écrivit trois jours après dans Gil Blas une chronique exquise où sans complètement démentir Mirbeau, il tâchait de conserver une amitié qui lui était chère. Oui, à quelques lettres, la collaboration de mon ami fut possible, mais dans la mesure que voici, je la crois d'autant plus vraie que mon ami me la laissa souvent deviner. […] On écrivait des histoires jolies, les deux plumes puisant au même encrier, on se montrait ces feuillets noircis et, comme les deux manières d'écrire s'étaient identifiées, ils en arrivaient à ne plus savoir lequel des deux les avaient écrits. Et je crois être bien près de la stricte vérité en disant que là seulement doit se borner la part de collaboration de Paul Arène à quelques-unes des Lettres de mon moulin. »[15]

La collaboration de Paul Arène aux Lettres est certaine, tout au moins pour les textes qui ont paru d'abord dans L'Événement. Néanmoins, il est impossible d'en déterminer l'étendue, les manuscrits n'étant pas connus. La subtile réponse d'Arène à Mirbeau lave Daudet des accusations de plagiat et lui reconnaît la paternité des sujets, mais confirme son implication dans « la moitié à peu près » des nouvelles du recueil. Arène se garde bien d'en préciser l'étendue : « du diable si je m'en souviens ». D'autre part, Julia Daudet, l'épouse de Daudet, a elle aussi collaboré aux textes écrits en 1868-1869[2].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Disque[modifier | modifier le code]

La majeure partie des nouvelles ont fait l'objet d'un gravage qui valut à Fernandel le Grand prix de l'Académie du disque en 1953, et qui reste encore commercialisé. On retient notamment La Chèvre de monsieur Seguin, L'Agonie de la Sémillante, Les Trois Messes basses, Le Sous-préfet aux champs, Le Curé de Cucugnan pour lesquels le récitant est particulièrement convaincant.

Cinéma[modifier | modifier le code]

En 1954, Marcel Pagnol réalise Les Lettres de mon moulin, film à sketches qui adapte Les Trois Messes basses, L'Élixir du révérend père Gaucher et Le Secret de maître Cornille,

Télévision[modifier | modifier le code]

L'ORTF diffuse en 1967 L'Arlésienne, adaptation de la nouvelle et de la pièce de même nom par Pierre Badel. Le téléfilm est tourné au mas d'Ange, près de Fontvieille, là où est situé le moulin d'Alphonse Daudet[16].

En 1968, Marcel Pagnol complète son adaptation cinématographique de 1954 avec un téléfilm de moyen métrage, Le Curé de Cucugnan, tiré de la nouvelle de même nom.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

De 1979 à 1985, Mittéï scénarise et dessine une adaptation du recueil en trois albums aux éditions Dupuis. Cette adaptation est rééditée en 2002 sous forme d’intégrale aux éditions Joker[17].

Musique[modifier | modifier le code]

En 2014, le compositeur français Olivier Boreau écrit un conte musical inspiré de cinq nouvelles du recueil (Le Sous-préfet aux champs, Le Secret de maître Cornille, Installation, L'Arlésienne, L'Élixir du révérend père Gaucher) pour un ensemble d'instruments à anche double (deux hautbois, un cor anglais et un basson)[18].[non pertinent]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. disponible sur Gallica
  2. a et b Roger Ripoll, in Alphonse Daudet, Œuvres, tome 1, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1981, p. 1270
  3. disponible sur Gallica
  4. disponible sur Gallica
  5. disponible sur Gallica
  6. disponible sur Gallica
  7. disponible sur Gallica
  8. disponible sur Gallica
  9. disponible sur Gallica
  10. disponible sur Gallica
  11. Alphonse Daudet, « Histoire de mes livres. Les Lettres de mon moulin », La Nouvelle Revue, 1er juillet 1883, p. 12 disponible sur Gallica
  12. Roger Ripoll, in Alphonse Daudet, Œuvres, tome 1, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1981, p. 1268
  13. Octave Mirbeau, « COQUELIN, DAUDET ET Cie », Les Grimaces, no 21, 8 décembre 1883
  14. Paul Arène, « Pour un fait personnel », Gil Blas, 16 décembre 1883, p. 1-2 disponible sur Gallica
  15. Léopold Dauphin, Paul Arène, Société de musicologie du Languedoc, Béziers, 1985, p. 25-26
  16. Ici Radio-Canada du 17 au 23 mai 1969, vol. 3, no 21, p. 5.
  17. « Lettres de mon Moulin (Mittéi) », sur BD Gest' (consulté le 10 mai 2018).
  18. « Compositions pour bois », sur olivierboreau.fr (consulté le 10 mai 2018).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]