Lettres de Vincent Van Gogh

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Les lettres de Vincent Van Gogh sont un ensemble de 928 lettres tant écrites (844) que reçues (84) par Vincent. Plus de 650 d'entre elles ont été écrites par Vincent à son frère Théo Van Gogh. La collection comprend aussi des lettres que Van Gogh écrivit à sa sœur Will, ainsi qu'à d'autres proches tels que Paul Gauguin, Anthon Van Rappard, Emile Bernard ou encore John Peter Russell.

Arnold Pomerans, éditeur d'une sélection de ces lettres écrivait que Théo « était de cette sorte d'hommes qui gardait même le plus petit bout de papier ». C'est à cette manière de faire que nous devons les 663 lettres que Vincent lui destina. À l'inverse, Vincent ne conserva qu'irrégulièrement les lettres reçues par lui, et seulement 84 d'entre elles sont restées, dont 39 écrites par Théo. Elles sont pour la plupart écrites en néerlandais, ainsi qu'en anglais, mais aussi en français et couvrent la période d'août 1872 à juillet 1890. Certaines sont ornées de dessins.

Historique de la collection[modifier | modifier le code]

Johanna van Gogh, la femme de Théo Van Gogh, frère du peintre, consacra plusieurs années à copier les lettres, à propos desquelles elle écrit : « À l'époque, venant d'épouser Théo, je trouvais en 1889 dans l'appartement, cité Pigalle, au fond d'une petite table, un carton rempli de lettres de Vincent... » Dans les deux ans qui suivent, les deux frères allaient mourir. Vincent en 1890 à la suite d'une blessure provoquée par une arme à feu, et Théo en 1891 après une maladie.

Johanna entreprit de compléter la collection, qui fut publiée en janvier 1914. La première édition comprenait trois volumes, et fut suivie en 1952-1954 par l'édition d'un quatrième volume incluant des lettres additionnelles. Jan Hulsker suggéra en 1987 que les lettres soient classées par ordre chronologique et entreprit de le faire quand le projet Les Lettres de Vincent Van Gogh fut initié par le Musée Van Gogh. Le projet a porté sur la collection complète et annotée des lettres écrites et reçues par Vincent.

Qualités littéraires et intérêt au plan biographique[modifier | modifier le code]

Montrant la culture remarquable de Vincent et ses talents linguistiques, les lettres sont écrites dans un style souvent lyrique et imagé. Elles reflètent à la fois une vision du monde ainsi que la dramaturgie de l'existence de leur auteur.

Fourmillant de détails, cette correspondance apporte des informations irremplaçables non seulement sur la dynamique de création de Vincent lui-même, mais aussi sur le monde artistique de l'époque. Elles évoquent aussi les relations parfois difficiles que Vincent entretient avec ses amis, ainsi que les soucis d'ordre matériel qui sont les siens.

Correspondance avec son frère[modifier | modifier le code]

Vincent van Gogh a entretenu pendant dix-huit ans une correspondance avec son frère Théo (Théodore). Ces lettres ont une importance essentielle dans la vie et la création du peintre. Cette forme d'auto-analyse lui a permis de continuer à créer malgré ses difficultés matérielles et personnelles.

Importance de ses lettres[modifier | modifier le code]

Vincent Van Gogh tire son génie d’une personnalité exceptionnelle. Généreux, sensible et lucide à l’extrême. Mais aussi, tourmenté et sujet à des crises, conséquence d’une vie difficile et du rejet de sa famille. Ses lettres à son frère Théo sont une analyse, au sens psychanalytique, de toute une vie.[interprétation personnelle]

Leur portée est universelle. Elles racontent la quête d’un cœur généreux qui, toute sa vie, recherche l’amour, celui de ses parents et des femmes qu’il aime, sans succès, mais qui construit une relation forte avec son frère, autour de leur passion commune. Ces lettres montrent les difficultés d’un créateur, charnellement dévoué à son travail. Jour après jour, Vincent lutte pour survivre et pour peindre.[interprétation personnelle]

Cette correspondance s’étale sur dix-huit ans, Vincent commence à écrire à 19 ans, et retrace une relation intense et tragique entre deux frères. Théo, son cadet de quatre ans, le porte de bout en bout. Torturé d’être un tel fardeau pour son frère, Vincent se suicide. Théo ne lui survit que six mois. Théo, le marchand de tableaux des impressionnistes, cherchant peu en vérité à vendre les toiles de son frère.

Les mots de Vincent sont simples. Ils partent de son cœur et sont destinés à celui de Théo. Comme dans ses tableaux, s’expriment à la fois, sa sensibilité, sa passion, son mélange de conviction, de force et d’audace.[interprétation personnelle]

Vincent a soif d’amour. De son vivant, il ne connaît que celui de Théo. La lecture de ses lettres à son frère Théo peut à titre posthume lui donner celui du public.[interprétation personnelle]

Auto-analyse de Vincent[modifier | modifier le code]

Vincent fait son analyse grâce à ses échanges avec son frère Théo.[interprétation personnelle]

Vincent a un regard. Sans cesse, il s’analyse et cherche à se comprendre, comme il le fait dans son travail. Il souffre d’un manque d’amour, sa famille, les femmes. Pour lutter sa mélancolie, il se met d’abord avec passion au service de Dieu et des gens du Borinage, région minière de Belgique, puis il se jette à corps perdu dans la peinture. Il y laisse sa vie, sans regret ni amertume, avec le sentiment du devoir accompli.[interprétation personnelle]

Coûte que coûte, il veut aller au bout de son parcours de peintre, il doit tenir, se ménager, durer. Il en a une conscience aiguë, il le sait, c’est lui, l’artisan qui tient les pinceaux, alors il se doit d’être en pleine possession de ses moyens. Mission accomplie. Dans ses deux derniers mois à Auvers-sur-Oise, il produit pratiquement une toile par jour, parmi les plus recherchées aujourd’hui.[interprétation personnelle]

Extrait 1 (1882)

Dis-moi, mon vieux, si tu comptes venir un jour prochain chez moi, dans notre maison qui est pleine de vie et d’activité et dont, tu le sais bien, tu es le fondateur. Est-ce que ce spectacle ne te procurera pas plus de satisfaction que de me savoir célibataire menant une vie de café ? Voudrais-tu qu’il en soit autrement ? Tu sais que je n’ai pas toujours été heureux, que j’ai mené une existence assez misérable. Voilà que, grâce à ton aide, ma jeunesse et ma nature profonde peuvent enfin se révéler.Ne va pas te figurer que je me considère comme parfait, ni que je m’imagine sans reproche quand tant de personnes parlent de mon caractère impossible. Il m’arrive souvent d’être mélancolique, susceptible et intraitable ; de soupirer après de la sympathie comme si j’avais faim et soif ; de me montrer indifférent et méchant lorsqu’on me refuse cette sympathie, et même de verser parfois de l’huile sur le feu. Je n’aime pas beaucoup la compagnie des autres, il m’est souvent pénible ou insupportable de les fréquenter ou de bavarder avec des gens. Mais connais-tu l’origine de tout cela, du moins en grande partie ? Tout simplement ma nervosité ; je suis extrêmement sensible, autant au physique qu’au moral, et cela date de mes années noires. Demande donc au médecin – il comprendra tout de suite de quoi il s’agit – s’il pourrait en être autrement, si les nuits passées dans les rues froides, à la belle étoile, si la peur de ne pas avoir à manger un morceau de pain, si la tension incessante résultant du fait que je n’avais pas de situation, si tous mes ennuis avec les amis et la famille ne sont pas pour trois quarts à l’origine de certains traits de mon caractère, de mes sautes d’humeur et de mes périodes de dépression.

lucidité et justesse de l’analyse… il aurait aimé trouver autour de lui un peu d’amour…lui qui en a tant à donner…

J’espère que ni toi, ni ceux qui voudraient se donner la peine de réfléchir, vous ne me condamnerez ni ne me jugerez impossible. Je lutte contre cette tendance, mais sans réussir à changer mon caractère. J’ai mes mauvais côtés, bien sûr, mais j’en ai aussi de bons, que diable ! Ne pourrait-on également en tenir compte ?

Extrait 2 (1882)

Tu parles dans ta lettre du doute qui t’étreint parfois de savoir si l’on est responsable des conséquences fâcheuses d’une bonne action, et tu te demandes s’il ne vaudrait pas mieux que personne n’en sache rien, afin de pouvoir s’en tirer sans accroc. Moi aussi, je connais ce doute. ... Tout le temps que je travaille, j’ai une confiance illimitée dans l’art et dans ma réussite, mais dès que je suis surmené physiquement ou aux prises avec des difficultés d’argent, j’éprouve moins intensément cette foi et je me retrouve en proie à un doute que j’essaie de vaincre en me replongeant derechef dans le travail. Il en va de même pour ma femme et les enfants : quand je suis auprès d’eux et que le petit s’approche de moi en rampant à quatre pattes et en poussant des cris de joie, je suis certain que tout est bien à sa place. Ce garçonnet m’a déjà apaisé plus d’une fois. Une fois que je suis à la maison, il n’y a pas le moyen de l’écarter de moi; quand je travaille, il vient me tirer par la veste, ou bien il se hisse le long de mes jambes jusqu’à ce que je le dépose sur mes genoux ; il s’amuse en silence avec un bout de papier, un morceau de ficelle ou un vieux pinceau; cet enfant est toujours de bonne humeur, il sera plus fort que moi se cela continue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ronald Pickvance, Van Gogh in St Remy and Auvers, New-York, Abrams (catalogue d'exhibition du Metropolitan Museum of Art),‎ (ISBN 978-0-500-23865-3)
  • (en) Arnold Pomerans et Ronald de Leeuw, The letters of Vincent Van Gogh, Londres, Penguin Classics,‎ (ISBN 0-14-044674-5)
  • Vincent Van Gogh, Correspondance générale, Paris, Gallimard,‎ (ISBN 2-07-072028-4)
  • Collins et Brown, Lettres illustrées, sélectionnées et présentées par Martin Bailey,‎ (ISBN 2-7335-0208-5)
  • (en) Leo Jansen, Hans Luijen et Nienke Baker, Vincent Van Gogh The letters - The complete and illustrated edition, Londres, Thames and Hudson,‎ (ISBN 978-0-500-23865-3)