Les femmes artistes d'Europe exposent au Jeu de Paume

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Les femmes artistes d'Europe exposent au Jeu de Paume est le titre d'une exposition organisée au Jeu de Paume (à l'époque le Musée des écoles étrangères contemporaines), du 11 au 28 février 1937.

Pour la première fois en France, une exposition est consacrée à des artistes femmes contemporaines et internationales ainsi qu'à leur production afin d'en souligner l'existence et la modernité.

Historique[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du XIXe en Occident on assiste à un phénomène progressif de professionnalisation des artistes femmes. Jusqu'en 1897, les françaises n'avaient pas accès à la carrière artistique institutionnelle. En effet c'est à cette date que l'École nationale des beaux-arts ouvre ses portes aux femmes, à la suite des revendications de la sculptrice Hélène Bertaux fondatrice de l'Union des femmes peintres et sculpteurs. Successivement, elles gagnent d'autres batailles égalitaires dans le champ artistique telle que la possibilité de concourir au Prix de Rome en 1903.

L'Europe des années suivantes est bouleversée par la première guerre mondiale qui, en mobilisant les femmes à remplacer les hommes sur le champ de travail, a constitué pour elles un moment sans précèdent de responsabilité et de liberté. Une liberté qui reste pourtant temporaire. Les femmes qui travaillaient dans les usines et les industries de guerre sont donc réexpédiées à la maison pour céder leurs places aux hommes revenus du front.

L'entre-deux-guerres, en ce qui concerne la condition des femmes, se caractérise par une grande ambivalence. Les victoires législatives en matière d'égalité ainsi qu'une majeure prise de conscience de leurs capacités et de leurs droits s'accompagnent d'une série de mesures destinées à reconstituer avec rigueur l'ordre traditionnel de la société où la place de la femme est à la maison pour enfanter et materner.

À cet égard l'organisation de cette exposition se révèle d'autant plus intéressante. Dans un contexte assez conservateur et fascisant, ces femmes ont essayé de sortir de l'ombre pour s'imposer en tant qu'artistes avec les mêmes capacités et droits que les hommes.

Ces revendications d'égalité, de représentativité, de mise en valeur du travail, et de professionnalisation ont été largement appuyées par l'activité des associations artistiques féminines, constituées un peu partout en Europe comme aux États-Unis à partir des premières années du XXe siècle mais surtout pendant l'entre-deux-guerres.

Ce sont ces associations artistiques qui ont été à la base de la conception et de l'organisation de l'exposition comme le montre la liste des noms du comité organisateur. Ainsi, hormis André Dezarrois, alors conservateur du Jeu de Paume, ce comité ne compte que des femmes. C'est le cas de Rose Valland, conservatrice au Jeu de Paume aux côtés de Dezarrois, la photographe Laure Albin Guillot, présidente à l'époque de l'Union féminine des carrières libérales et commerciales (fondée en 1929 par Mary Laudner et rattachée à l'International Federation of Business and Professional Women, fédération américaine fondée par Lena Madesin Phillips en 1919 et répandue dans tout le monde), l'artiste Marie-Anne Camax-Zoegger, présidente de la société des Femmes Artistes Modernes (FAM), fondée en 1930)[1] et enfin la sculptrice italienne Antonietta Paoli Pogliani, présidente de la section des Beaux-Arts de l'International Federation of Business and Professional Women, ainsi que fondatrice de l'Associazione Nazionale Fascista Donne Professioniste Artiste e Laureate (ANFDAL) en Italie (Association nationale fasciste femmes artistes et diplômées, fondée en 1929)[2].

Artistes exposées[modifier | modifier le code]

Les nations représentées dans les salles du Jeu de Paume sont 14. Si l’Italie fasciste s’engage largement dans l’organisation même de l’exposition (Antonietta Paoli Pogliani est une des principales organisatrices) au contraire l’Allemagne nazie et l’Espagne en pleine guerre civile décident de ne pas participer.

Ouvrant avec une rétrospective dédiée à une dizaine d’artistes disparues quelques années avant, l’exposition montre plus de 500 œuvres de peinture, sculpture, arts décoratifs, dessins, gravures et aquarelles de plus de 100 artistes.

À côté des noms déjà internationalement célèbres à l’époque, (c’est le cas par exemple de Vanessa Bell, Marie Laurencin, Suzanne Valadon, Laure Albin Guillot, Adriana Pincherle (it), Tamara de Lempicka, Natalia Gontcharova), dans la majorité de cas on retrouve des personnalités dont la notoriété ne sort pas de la nation d’origine.

L’exposition se conclut avec une « salle internationale » avec des artistes dont la section nationale n’est pas représentée. Dans cette salle sont exposées les œuvres des artistes provenant de plusieurs pays du monde, tels que la Russie, le Japon, les États-Unis, la Grèce avec également quelques noms allemands et espagnols.

Liste complète des artistes exposées[3][modifier | modifier le code]

Rétrospective :

Angleterre[modifier | modifier le code]

Vanessa Bell, Emily Beatrice Bland, Elisabeth Boyd, Janet Clerk, Bessie Davidson, Campbell Dodgson, Kay Guevara Meraud (en), Una Grey, Laura Knight, Le Gallien, Cathleen Mann (en)[Note 2], Kathleen O'Connor (en), Elisabeth Rackham, Annie Swynnerton, Ethel Walker (en), Anna Zinkeisen (en).

Belgique[modifier | modifier le code]

Juliette Cambier, Cécile De Coene, Suzanne Cocq, Angelina Drumaux (nl), Juliette Emery Moens, Suzanne Fabry, Alice Frey, Marie Hovet[Note 3], Lucie Jacquart (en), Jeanne Kerremans, Mercedes Legrand, Éliane de Meuse, Mathilde de Monceau, Jenny Montigny, Marguerite Putsage, Henriette Singer (cy), Marie Sterckmans, Andrée Verneuil, Edith Vaucamps, Mary Van de Woestyne, Cécile Cauterman, Valentine Bender[4].

Finlande[modifier | modifier le code]

Aino Alli, Ester Helenius, Sigrid Schauman (en), Helene Schjerfbeck, Inni Siegberg (fi), Hilda Sjoblom (fi), Venny Soldan-Brofelt, Signe Tandefelt (fi), Eva Gilden, Gerda Quist, Essi Renvall (en), Viivi Wallgrenn.

France[modifier | modifier le code]

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Lizzy Ansingh, Jo Bauer-Stumpff (en), Van den Berg, Else Berg, Jeanne Bieruma Oosting (en), Ina Hooft (nl), M.C. Altena Reteren, Henriette Lucardie Reuchlin, Coba Ritsema (en), Sorella (nl), Jacoba Surie (en), Charley Toorop, M. Vlielander Hein, Betsy Westendorp-Osieck (en), Beyerman L., Corry Defais Van Dyck, Charlotte van Pallandt (en), Gra Rueb (nl), Henriëtte Vaillant (nl), Lea Halpern (nl).

Hongrie[modifier | modifier le code]

Lilly Arkay Szthelo (hu), Edith Basch, Judith Beck, Lilly Brody Pollatschek, Maria Wildner Glatz, Esther Hollos Mattioni, Jozsa Jaritz, Ilse Kuhner, Ilona Marsovsky, Maria Modok (hu), Maria Peter, Klara Schlossberger, Olga Székely-Kovács, Anna Bartoniek, Noémi Ferenczy (en), Ester Hollos Mattioni, Anna Lesznai, Angéla Szuly (en), Klara Tudos, Erszebet Wiel, Lenke Foldes, Margit Kovács, Elza Koveshazi (ru), Eva Iote, Alice Lux (hu), Gina Kernstok Stricker, Erzsébet Schaár (en), Maria Rahmer.

Italie[modifier | modifier le code]

Wanda Biagini, Edwige Campogrande, Dora Hanno, Daphne Maugham Casorati, Karen Kaxrud, Leonora Fini, Ella Krosby, Lyda de Francisci, Helene Meilstrup, Maria di Vecchio, Marie Louise Middelthon, Pinetta Colonna Gamero, Christiane Olberg, Elisabetta Keller (en), Signy Willums, Paola Levi-Montalcini (en), Paola Gin Litta Modignani, Tina Menney, Marisa Mori (en), Natalia Moli, Ida Patrizio, Adriana Pincherle (it), Isabella Pirovano, Luciana Reutern, Eva Quajotto, Gina Ventura, Rosita Cucchiari, Antonietta Paoli Pogliani, Evelin Scarampi, Emilia Bellini, Rosita Cucchiari, Amalia Panigati, Anita Pittoni, Gina Severini, Lenci Scavini, Maria Signorelli.

Pologne[modifier | modifier le code]

Zofia Albinowska-Minkiewiczowa (en), Sonia Lipska, Nina Alexandrowicz, Hanna Nalkoswska Bick (pl), Nina Barcinska, Ludwika Nitschowa (pl), Olga Boznańska, Stanisława Centnerszwerowa (pl), Hanna Cybosowa, Pia Górska (pl), Alice Halicka, Sophie Katazynska Pruszkowska, Michalina Krzyżanowska (pl), Tamara de Lempicka, Sonia Lewitska, Irena Lotentowicz (pl), Maria Ewa Łunkiewicz-Rogoyska, Maryla Oppenheim Spaet, Halina Pol, Dorota Seydeman.

Roumanie[modifier | modifier le code]

Lucia Balocesco, Ecaterina Delghios, Moga Dumitresco, Micaela Eleutriade, Olga Greceanu (ro), Magda Iorga, Juliette Orasiano, Florenta Pretorian, Elena Popea, Cecilia Cuțescu-Storck.

Suède[modifier | modifier le code]

Maj Bring (sv), Mollie Faustman (sv), Sigrid Hjertén, Tora Vega Holmström (sv), Greta Knutson, Vera Nilsson (sv), Siri Derkert (sv).

Suisse[modifier | modifier le code]

Hanni Bay (de), Berth Dubois, Trudy Egender-Wintsch, Gertrud Escher, Marguerite Frey-Surbek (de), Nanette Genoud, Marguerite Hammerli, Marie Lotz, Esther Mengold, Amy Moser, Martha Pfannenschmid (de), Suzanne Schwob.

Tchécoslovaquie[modifier | modifier le code]

Ivanka Bukavacova, Ester Fridrikova (cs), Jana Hladikova, Božena Jelínková-Jirásková (cs), Bela Kasparova, Klenkova, Bozena Matejovska, Fina Maternova, Julie Winterová-Mezerová (cs), Marie Neubertova, Charlotte Schrötter-Radnitz (de), Anna Rosova, Marta Rozankova Drabkova, Milada Špálová (cs), Helena Šrámková (cs), Sláva Tonderová-Zátková (cs), Hanna Zwillinger Gabert.

Salle Internationale[modifier | modifier le code]

Cecilia Beaux (États-Unis), Romaine Brooks (États-Unis), Georgette Chen (Chine), Suzanne Eisendieck (Allemagne), Alexandra Exter (Russie), Natalia Gontcharova (Russie), Veronique Honcka (Allemagne), Shoha Ito (Japon), Barbara Konstant (Russie), Kohno Okanouye (Japon), Mariette Lydis (Autriche), Maruja Mallo (Espagne), Kate Munzer (Allemagne), Zinaïda Serebriakova (Russie), Lilly Steiner (de) (Autriche), Bernice Bertha Taylor (États-Unis), Julia Theophylactos (Grèce), Rosario de Velasco (es) (Espagne), Cléo Beclemicheff (Russie), Roberta Gonzalez (Espagne), Mariette Mills (États-Unis), Raika Mertchep (Yougoslavie)

Réception[modifier | modifier le code]

Malgré sa portée internationale et révolutionnaire, l’exposition n’a pas reçu le succès espéré, peut-être à cause de l’imminente Exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne inaugurée en mai de la même année. Les revues qui en ont parlé ont été peu nombreuses, la plupart des noms seront oubliés après la Seconde Guerre mondiale, et la participation à l'exposition même a été dans certains cas effacée des biographies des artistes (c’est le cas par exemple de Laure Albin Guillot et de Suzanne Valadon).

À l'Exposition de Prague[modifier | modifier le code]

L'exposition est transférée pendant l'été 1937 à Prague, sous le nom de Les femmes artistes d'Europe exposent à l'Exposition de Prague.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catalogue de l’exposition « Les femmes artistes d’Europe exposent au Musée du Jeu de Paume», Paris, Musée des écoles étrangères, 1937.
  • Birbaum P., Women artist in interwar war. Framing feminities, Ashgate, 2011 (ISBN 2-903639-72-8)
  • Bonnet M. J., Les femmes artistes dans les avant-gardes, Paris, Odile Jacob, 2006.
  • Iamurri L., Spinazzé S. (sous la dir.), L’arte delle donne nell’Italia del Novecento, Roma, Meltemi, 2001.
  • Gonnard C., Lebovici E., Femmes artistes /artistes femmes, Paris, Hazan, 2007.
  • Sauer M., L’entree des femmes à l’école des beaux arts 1880 – 1923, Paris, École Normale Supérieure des beaux–arts, 1990.
  • Trasforini M. A. (sous la dir.), Donne d’arte. Storie e generazioni, Roma, Meltemi, 2006.
  • Perry G., Women artists and parisian avant-garde: modernisme and feminine art 1900 to the late 1920s, Manchester, Manchester University press, 1995.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Julia Beatrice How est cité dans le catalogue comme Beatrice How.
  2. Cathleen Mann est citée dans le catalogue d'exposition comme Catherine Mann.
  3. Marie Howet citée dans le catalogue d'exposition comme Marie Hovet.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Paula J. Birnbaum, Women artist in interwar war. Framing feminities, Farnham, Ashgate, , 358 p. (ISBN 9780754669784, lire en ligne)
  2. (it) Laura Iamurri, Sabrina Spinazzé, L'arte delle donne nell'Italia del Novecento, Roma, Meltemi, , 288 p. (ISBN 978-88-8353-123-1, lire en ligne), pp. 121-136
  3. Les femmes artistes d'Europe exposent au Jeu de Paume, Paris, Musée des écoles étrangères,
  4. Le Figaro, 14 février 1937