Les fées ont soif

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Les fées ont soif est une pièce de théâtre écrite par Denise Boucher. Elle est représentée pour la première fois en 1978 au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal.

Résumé de la pièce[modifier | modifier le code]

Les fées ont soif présente trois femmes qui, à travers des monologues, quelques dialogues et des chansons, parlent de leur malheur et de l'inconfort de leur situation. Ces trois femmes représentent trois archétypes féminins, tels qu'imposés par le patriarcat. Il y a d'abord Marie, la femme au foyer enfermée dans sa cuisine, puis Madeleine, la prostituée, et finalement la Statue qui représente la Vierge Marie. Ainsi, à travers ce que l'auteure appelle « un long poème à trois voix[1] », ces trois personnages discutent de leur vie au quotidien et dénoncent les inégalités dont sont victimes les femmes. Elles décrivent sans détour la violence qui leur a été faite par des hommes. Pourtant, aucun personnage masculin n'apparaît dans la pièce ; ce sont les femmes qui prennent la voix des hommes pour décrire les horreurs qu'elles ont vécues. Finalement, en unissant leurs forces et leurs voix, les trois femmes réussissent à se défaire des stéréotypes : Marie quitte son mari, Madeleine abandonne la prostitution et la Statue se défait de sa carapace de pierre pour devenir une femme à part entière. Elles invitent ensuite le public à imaginer un monde dans lequel ces préjugés n'existeraient pas.

Création et scandale[modifier | modifier le code]

Les fées ont soif a été écrite et présentée pour la première fois à l'automne 1978 au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal. Ce sont Michèle Magny et Sophie Clément, deux des trois actrices de la distribution originale, qui entrent d'abord en contact avec Denise Boucher, souhaitant travailler avec elle[2].

L'auteure s'inspire d'un questionnement qui la fascine : « Pourquoi leur fallait-il à tous, même aux Aztèques et aux Bouddhistes, une mère vierge ?[3] » En d'autres mots, pourquoi toutes les civilisations se sont-elles dotées d'une figure de mère engendrant un fils divin sans qu'un père humain soit impliqué dans le processus. Elle se questionne également sur la question de la fascination que semblent avoir les hommes pour la virginité féminine.

Denise Boucher écrit un premier jet du texte et Louisette Dussault se rajoute à la distribution alors que Jean-Luc Bastien se voit chargé de la mise en scène. Ils présentent tous leur projet à Jean-Louis Roux, alors directeur artistique du TNM, qui place la pièce dans la programmation du théâtre pour la saison 1978-1979[2]. Puis c'est le scandale : le conseil des arts de Montréal annonce qu'il n'octroiera pas de subvention au TNM si son directeur artistique ne retire par Les fées ont soif de sa programmation. Jean-Louis Roux ne fléchit pas et décide de poursuivre les répétitions malgré tout. Des groupes religieux manifestent pour que la pièce ne soit pas jouée, la jugeant blasphématoire puisqu'elle met en scène une statue de la Vierge Marie. Une demande d'injonction est posée devant les tribunaux pour interdire les représentations et la publication du texte. Après un long processus judiciaire, Denise Boucher, les comédiennes et le directeur artistique ont gain de cause: la pièce pourra être jouée et être publiée, sans censure[1].

Cette polémique intéressera une grande quantité de personnes et garantira le succès de l'oeuvre. Aujourd'hui, celle-ci est traduite en catalan, en basque, en italien, en anglais, en russe et en espagnol.

Les personnages[modifier | modifier le code]

Il y a trois personnages dans Les fées ont soif : Marie, Madeleine et la Statue. C'est le marquage social de ces personnages qui est le plus important dans la pièce. En effet, chacune de ces femmes incarne un stéréotype bien précis, elles sont toutes « des concepts qui permettent d'enclencher le discours féministe[4] ». Les trois femmes incarnent des archétypes : Marie est une mère de famille, une femme au foyer, obéissante et discrète ; Madeleine incarne la figure de la putain ; la Statue représente la Vierge Marie, figure mythique de la femme par excellence. En nommant ses personnages en référence à la Bible et en choisissant de mettre en scène la Vierge, Denise Boucher annonce clairement son mandat : « s'attaquer aux rôles sociaux, mais également aux images et aux symboles sur lesquels reposent la civilisation occidentale[5] ». Puisque les personnages ne sont définis que par de simples caractéristiques sociales, ils sont universels, et ne forment finalement qu'une seule femme[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b STANTON, Françoise. Tout le monde en parlait : Les fées ont soif et la censure, Montréal, Radio-Canada, saison 1, épisode 13, 15 août 2006, 22 minutes.
  2. a et b « Les fées ont soif: l'évolution d'une pièce marquante », Le Soleil,‎ (lire en ligne)
  3. Denise Boucher, Une voyelle : vies et mémoires, Montréal, Leméac, , 313 p., p. 214
  4. André Smith, « Théâtre au féminin : Encore 5 minutes et Les Fées ont soif », Voix et Images, vol. 7, no 2,‎ (ISSN 0318-9201 et 1705-933X, DOI 10.7202/200325ar, lire en ligne)
  5. « Portail littérature - Consulter une ressource pédagogique », sur www.portail-litterature.fse.ulaval.ca (consulté le 15 mars 2018)
  6. Beaudoin, Denise, « « Les fées ont soif » », Jeu : Revue de théâtre, no 12,‎ (ISSN 0382-0335 et 1923-2578, lire en ligne)