Les Dieux ont soif

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Les dieux ont soif
Image illustrative de l'article Les Dieux ont soif
Édition princeps

Auteur Anatole France
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Calmann-Lévy
Lieu de parution Paris
Date de parution 1912

Les Dieux ont soif est un roman d’Anatole France paru en 1912. En 1950, ce roman fut inclus dans la liste du Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle. Dans sa préface de l'édition Gallimard-folio, Marie-Claire Bancquart écrit : « Les dieux ont soif, roman de la Terreur, depuis sa naissance jusqu'à son effacement par la réaction thermidorienne, est un des plus beaux romans historiques qui aient été écrits sur cette époque».

Résumé[modifier | modifier le code]

Histoire de l’ascension infernale d’Évariste Gamelin, jeune peintre parisien, engagé dans la section de son quartier du Pont-Neuf, Les dieux ont soif décrit les années noires de la Terreur à Paris, entre les ans II et III. Farouchement jacobin, fidèle entre les fidèles de Marat et Robespierre, Évariste Gamelin finira par être nommé juré au tribunal révolutionnaire.

La longue et implacable succession des procès quotidiens de plus en plus expéditifs (à partir de la loi de prairial en particulier) entraîne cet idéaliste dans une folie qui le coupera de ses proches et précipitera sa propre chute à la suite de son idole Robespierre, au lendemain du 9 Thermidor. Son amour avec Élodie, la fille de Jean Blaise, son marchand d'estampes, accentuera l'aspect paradoxal de la montée d'une cruauté inspirée par des idées politiques a priori généreuses chez ce garçon médiocre que tout dispose à la gentillesse sinon à la faiblesse.

Justifiant cette danse de la guillotine par le combat contre le complot visant à réduire à néant les acquis de la Révolution, au milieu de la tourmente révolutionnaire qui traverse Paris, toujours avide de justice, Gamelin finit par trahir ses propres principes en votant la mort du « ci-devant » Jacques Maubel, qu'il prend pour son rival. Élodie, qui avant Évariste, a cédé à « un petit clerc de procureur très joli garçon » (devenu le dragon Henry, révolutionnaire par opportunisme, autre personnage du roman), lui a raconté qu'elle avait été séduite par un jeune aristocrate, et sur de simples présomptions, Gamelin se convainc qu'il s'agit de Maubel.

Il finit par être lui-même « placé sur l’estrade qu’il avait tant de fois vue chargée d’accusés, où s’étaient assises tour à tour tant de victimes illustres ou obscures » et guillotiné. Il meurt au milieu des injures du peuple, en regrettant d'avoir été trop faible...

Le personnage de Maurice Brotteaux est très intéressant. Sans être réactionnaire, cet ancien noble se rend bien compte des problèmes que traverse la Révolution en cette période et trouve ces accusations injustifiées. On peut penser que ce personnage incarne le point de vue de l’auteur.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le personnage principal, Évariste Gamelin, un révolutionnaire fanatique, et les autres personnages sont tous entraînés par la mécanique tragique d’un pouvoir absolu altéré de sang, et France les peint avec leurs soucis et leurs plaisirs quotidiens, avec parfois un sens du détail sordide qui révèle la perversité des instincts humains. Les acteurs et responsables de la Terreur, dirigeant le pays avec des idées abstraites, veulent faire le bonheur des hommes malgré eux. Évariste Gamelin, peintre raté, devient un juré du Tribunal révolutionnaire, condamnant à mort avec indifférence. Il sera victime lui aussi de cette logique terroriste. À côté de ce jeu du pouvoir et de la mort, la vie et la nature poursuivent leur cycle, incarné par la maîtresse de Gamelin, Élodie.

« C’est un grand analyste d’illusions. Il en pénètre et en sonde les plus secrets replis comme s’il s’agissait de réalités faites de substances éternelles. Et c’est en quoi consiste son humanité : elle est l’expression de sa profonde et inaltérable compassion. » Joseph Conrad [réf. nécessaire]

Éditions modernes[modifier | modifier le code]

  • Les dieux ont soif, Paris, Bordas, 1968.
  • Les dieux ont soif, Paris, Gallimard, 1989, coll. "Folio", n° 2080. Édition présentée, établie et annotée par Marie-Claire Bancquart (avec une préface de 31 pages).

Références[modifier | modifier le code]

  • Marie-Claire Bancquart, « L’Espace dans les œuvres d’Anatole France sur la Révolution », Revue d’Histoire Littéraire de la France, juil-oct. 1990, n° 90 (4-5), p. 810-8.
  • (en) Mary Jane Cowles, « Gamelin’s Orestes: Virtue and Matricide in Les dieux ont soif », Selected Essays: International Conference on Representing Revolution 1989, Éd. John Micheal Crafton, Carrollton, West Georgia Coll., 1991, p. 47-57.
  • (en) James F. Hamilton, « Terrorizing the ‘Feminine’ in Hugo, Dickens, and France », Symposium: A Quarterly Journal in Modern Literatures, Fall 1994, n° 48 (3), p. 204-15.
  • (de) Jurgen Kuczynski, « Anatole France und die Grosse Franzosische Revolution: Les Dieux ont soif - oder vom falschem Hass gegen Terror und Kapital », Wissenschaftliche Zeitschrift der Humboldt-Universität zu Berlin, Gesellschaftswissenschaftliche Reihe, 1965, n° 14, p. 281-7.
  • Jean Levaillant, « Trajets de la représentation dans Les dieux ont soif d’Anatole France » Claude Duchet, B. Merigot, A. P. Van Teslaar, Sociocritique, Paris, Nathan, 1979, p. 98-110.
  • Müge Güven Seneri, « Le Fanatisme des Jacobins dans Les dieux ont soif d’Anatole France », Frankofoni, 1989, n° 1, p. 199-208.
  • (en) Robert Stanley, « From Idealist to Fanatic: The Decline and Fall of Évariste Gamelin in Anatole France’s Les dieux ont soif », Selected Essays: International Conference on Representing Revolution 1989, Éd. John Micheal Crafton, Carrollton, West Georgia Coll., 1991, p. 59-72.

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