Les Ziniars

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Les Ziniars est un groupe d’artistes, essentiellement peintres[1], qui a exposé à Lyon de 1920 à 1924. Il représentait alors le courant moderne de la peinture lyonnaise.

Historique[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Le groupe qui forme des Ziniars sont pour l'essentiel issu de l'école des Beaux-arts de Lyon et se situent dans la continuité des courants retenus pour l'exposition universelle de 1914. Au sein de cette exposition, une partie du groupe expose déjà : Adrien Bas, Louis Bouquet, Pierre Combet-Descombes, Paul Leriche et Étienne Morillon[2]. Cette mouvance est portée par Henri Béraud et Richard Cantinelli et même si le premier s'installe à Paris après la guerre, le second, vigoureusement soutenu par le passionné d'art Marius Mermillon poursuit son œuvre de développement des nouveautés artistiques à Lyon[3].

Les principaux membres fondateurs sont donc : Adrien Bas, Louis Bouquet, Pierre Combet-Descombes, Etienne Morillon, Claude Dalbanne, Emile Didier, Jacques Laplace, Marcel Gimond, Antonin Ponchon et Georges-Albert Tresch[3].

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Selon Denise Festaud-Mermillon, le nom du groupe viendrait d’un calembour autour de la fleur zinnia. On peut penser aussi, comme Laurence Berthon[4], que ces artistes se prétendaient « les z’ignares » par dérision pour marquer leur différence avec les tenants de l’académisme[2].

Expositions[modifier | modifier le code]

Autoportrait d'Adrien Bas

En , la première exposition des Ziniars se tient à la galerie Saint-Pierre, au n° 10 de la rue de l'Hôtel-de-ville. Cette galerie est dirigée par Alfred Poyet. Cette première exposition se tient « dans un esprit de groupe qui respecte chaque individualité »[2].

Elle donne lieu à la publication d’un premier album d’estampes contenant, sous une couverture illustrée d’un bois d'Émile Didier, 12 bois originaux en noir, numérotés et signés[5] d'Adrien Bas, Louis Bouquet, Pierre Combet-Descombes, Claude Dalbanne, Émile Didier, Marcel Gimond, Jacques Laplace, Paul Leriche, Étienne Morillon, Joseph Pognante, Antonin Ponchon, et Georges-Albert Tresch.

En , un deuxième album, tiré à 200 exemplaires[6] est composé de 10 pochoirs en couleur, avec la même couverture par Émile Didier, avec les mêmes artistes, Bas, Combet-Descombes, Dalbanne, Didier, Laplace, Leriche, Morillon, Ponchon, Roblin, et Tresch, à l’exclusion du sculpteur Marcel Gimond et des peintres Louis Bouquet et Joseph Pognante[7].

Une seconde exposition a lieu du 15 au , également à la galerie Saint-Pierre, et donne lieu à un troisième album de 11 bois, sur un sujet imposé : bouteille et verre[8], avec Bouquet, Combet-Descombes, Dalbanne, Didier, Gimond, Laplace, Leriche, Morillon, Ponchon, Roblin et Tresch. Cette fois, Marcel Gimond et Louis Bouquet sont revenus, mais c’est Adrien Bas qui fait défaut. Lors de cette deuxième exposition, les artistes invités sont André Derain[9] et Fernand Léger, représentants de l'avant-garde parisienne. Le tableau de Fernand Léger, Les trois personnages, fait forte impression et montre que les peintres lyonnais n'ont pas pleinement embrassés toute la modernité[10].

Une troisième exposition se déroule en , avec d’autres artistes invités, Amedeo Modigliani et Othon Friesz.

On connaît par une affichette une quatrième exposition de groupe qui se déroule du 1 au 23, chaque artiste du groupe (Bas, Bouquet, Combet-Descombes, Dalbanne, Didier, Gimond, Laplace, Leriche, Morillon, Ponchon, Roblin et Tresch) exposant 3 œuvres, et les artistes invités étant Henri Matisse (Devant la fenêtre) et André Derain (Paysage à Sanary).

Une cinquième exposition a lieu en , les artistes invités étant Auguste Renoir et Pierre Bonnard.

Revue Promenoir[modifier | modifier le code]

Le groupe fait partie des fondateurs en 1921 d'une revue d'avant-garde nommée Promenoir[11] destinée à diffuser leurs idées[12]. Parmi les ziniars, les peintres qui y contribuent sont Emile Didier, Claude Dalbanne et Marcel Gimond[13].

Ces principaux fondateurs sont le peintre Pierre Deval, le cinéaste Jean Epstein et Jean Lacroix. Destinées à faire se rencontrer les avant-garde lyonnaise et parisienne, elle accueille les plumes de lyonnais comme de parisiens. Voulant promouvoir les idées nouvelles, elle est très critique vis-à-vis des institutions artistiques lyonnaises plus traditionnelles, tel le Salon de Printemps dirigé par la Société lyonnaise des Beaux-arts. Elle s'éteint après six numéros en [13].

A l'automne 1921, les membres de la revue, en parallèle des accrochages du groupe des Ziniars, organise une exposition nommée Cubisme/Purisme/Expressionnisme qui réunit aux côtés des lyonnais Combet-Descombes et Dalbanne les artistes Albert Gleizes, Amédée Ozenfant, Le Corbusier, Fernand Léger, Oskar Kokoschka et Lasar Segall[10].

Dissolution et avenir du groupe[modifier | modifier le code]

Le groupe ne trouve pas dans le milieu des mécènes et artistes lyonnais de quoi survivre et prospérer, malgré le soutien de Marius Mermillon. Certains membres, après avoir tenté des approches novatrices, retournent ensuite à un style plus conventionnel. Emile Didier est ainsi tenté par le cubisme, mais abandonne finalement cette voie pour revenir à un travail de coloriste[2].

Après la disparition du groupe en , ses anciens membres contribuent à la naissance du Salon du Sud-Est, avec des écrivains et critiques comme Marius Mermillon, George Besson, Gabriel Chevallier, Henri Béraud

Orientations et influences[modifier | modifier le code]

L'aventure Ziniar témoigne des liens qui se nouent alors entre les artistes parisiens et les artistes lyonnais, par l'intermédiaire de certaines personnalités lyonnaises et de galeries. Les Ziniars affirment surtout une volonté commune de faire place au vent de modernité dont le souffle parisien vient jusqu’à Lyon. La présence des artistes parisiens à leurs côtés pendant ces expositions signe leur engagement[14]. Ce rassemblement ne se fixe pas de direction artistique particulière, il ne forme pas une école, de manière volontaire. Leur but principal est d'accueillir toutes les nouveautés de Lyon et de Paris pour proposer une alternative artistique. « Les Ziniars entendent incarner à Lyon une modernité artistique mesurée, sans être inféodées pour autant aux chapelles parisiennes »[3].

Les bois édités à l’occasion des expositions s'inscrivent dans la continuité des bois fauves de Maurice Vlaminck, Raoul Dufy ou Derain. Des aspirations cubistes apparaissent aussi ici ou là. L'influence de Paul Cézanne est manifeste dans certaines planches.

Membres du groupe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Denise Festaud-Mermillon, Les Ziniars (1920 - 1924) : catalogue de l’exposition, Musée des beaux-arts de Lyon, , 47 p. (notice BnF no FRBNF34710243)
  • Sophie Couvra, Dictionnaire des artistes exposant à Lyon, 1919-1939, Lyon, Presses universitaires de Lyon, , 405 p. (ISBN 2-7297-0626-7, notice BnF no FRBNF37072083)
  • Charles Gourdin, Marjolaine Nardone et Alain Vollerin, Les Ziniars : La vocation de la modernité, Lyon, Edition Mémoire des Arts, coll. « Groupes et mouvements » (no 1), , 115 p. (ISBN 2-912544-15-7, notice BnF no FRBNF38815893)
  • Régis Bernard, Une Histoire de peinture, Denise et Marius Mermillon, Lyon, Éditions S. Bachès, , 186 p. (ISBN 2-915266-17-4, notice BnF no FRBNF40073998)
  • Patrice Béghain, Bruno Benoît, Gérard Corneloup et Bruno Thévenon (coord.), Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès, , 1054 p. (ISBN 9782915266658, notice BnF no FRBNF42001687)
  • Patrice Béghain, Une histoire de la peinture à Lyon : de 1482 à nos jours, Lyon, S. Bachès, , 363 p. (ISBN 978-2-35752-084-4, notice BnF no FRBNF42506537)

Références[modifier | modifier le code]

  1. À l'exception du sculpteur Marcel Gimond.
  2. a b c et d Dic. hist. de Lyon, p. 1394
  3. a b et c Béghain 2011, p. 273
  4. Laurence Berthon, « Ziniar, vous avez dit ziniar ? », dans Valadon, Utrillo, Utter. La Trinité maudite entre Paris et Saint-Bernard, 1909-1939, musée Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône, 2011 (dossier de presse de l'exposition).
  5. 200 exemplaires, dont 10 sur chine et 140 sur papier brun, et 50 hors commerce.
  6. Dont 10 sur Hollande, 165 ordinaires et 25 hors commerce.
  7. Albums conservés à la Bibliothèque municipale de Lyon.
  8. 237 exemplaires dont 20 sur Hollande de Vidalon, 175 ordinaires, et 42 hors commerce.
  9. André Derain avait été invité pour l'exposition universelle de 1914.
  10. a et b Béghain 2011, p. 274
  11. disponible à la Bibliothèque municipale de Lyon : cote423934
  12. Goffaux, Catherine, Promenoir Manomètre : deux revues lyonnaises de l'entre-deux guerres rejoignent les collections de la Bibliothèque, Gryphe : revue de la Bibliothèque de Lyon ; N°1, 2e semestre 2002, pp. 6-7
  13. a et b Dic. hist. de Lyon, p. 1060
  14. « Lyon et l'art moderne, de Bonnard à Signac, 1920-1942 », exposition du musée Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône, 2012 (Dossier de presse de l'exposition).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]