Les Tontons flingueurs

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Les Tontons flingueurs
Description de cette image, également commentée ci-après
Affiche secondaire du film, montrant les mots d'argot utilisés et leur traduction.

Réalisation Georges Lautner
Scénario Albert Simonin
Georges Lautner (non crédité)
Acteurs principaux
Sociétés de production Gaumont
Corona Filmproduktion
Ultra Film
Sicilia Cinematografica
Pays d’origine Drapeau de la France France
Allemagne de l'Ouest Allemagne de l'Ouest
Drapeau de l'Italie Italie
Genre comédie
Durée 105 minutes
Sortie 1963

Série Max le Menteur

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Tontons flingueurs est une comédie franco-germano-italienne réalisée par Georges Lautner, sortie en 1963.

Le film est une adaptation du roman Grisbi or not grisbi d'Albert Simonin, troisième volet d'une trilogie consacrée au truand Max le Menteur[a]. Toutefois, les trois adaptations cinématographiques sont indépendantes et ne présentent pas ce caractère de trilogie comme dans les romans.

Basé sur un scénario d'Albert Simonin et des dialogues de Michel Audiard, le film met en scène les acteurs Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre et Francis Blanche dans les rôles principaux.

Au fil des décennies ayant suivi sa sortie en salles, Les Tontons flingueurs est devenu un film culte, notamment à travers ses dialogues et ses répliques fameuses qui sont entrés en France dans la culture populaire. Il s'agit de la réalisation la plus célèbre de Georges Lautner, la plupart des acteurs participant au film étant restés par la suite des « tontons flingueurs » à vie.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans ce film, le personnage récurrent de la trilogie d'Albert Simonin, « Max le Menteur » devient Fernand Naudin, un ex-truand reconverti depuis près de quinze ans à Montauban dans le négoce de matériel agricole et de terrassement. Le film s'ouvre sur son départ en pleine nuit pour Paris et donne tout de suite le ton : pastiche des films noirs américains, l'humour sculpte l'ensemble des dialogues.

Si Fernand part ce soir-là pour Paris, c'est qu'il a reçu un télégramme de Louis, dit « le Mexicain », son vieil ami de ses années de voyou, qu'il n'a pas revu depuis quinze ans.

Persuadé d'en avoir pour deux jours, tout au plus, Fernand va de surprise en surprise dès son arrivée à Paris. Son vieil ami Louis est effet à l'article de la mort. Ce dernier lui confie la garde de sa fille Patricia, ainsi que la tête de ses « affaires qui tournent toutes seules ». Les affaires en question sont un bowling géré par le truand surnommé « Tomate », une salle de jeu clandestine gérée par les frères Paul et Raoul Volfoni, une distillerie clandestine dirigée par l'Allemand Theo, et une maison close dirigée par Madame Mado. Fernand Naudin, mis devant le fait accompli, décide d'accepter les dernières volontés de Louis. Or, sa décision mécontente fortement les différents « gérants » des affaires du Mexicain, qui s'attendaient à obtenir leur indépendance après le décès leur patron.

Fernand découvre ensuite que Patricia, non seulement ne sait rien de la vie réelle qu'a eue son père, mais qu'elle est une élève turbulente, renvoyée de toutes les écoles qu'elle fréquente depuis six mois. Elle a aussi un petit ami, Antoine, un jeune homme aux airs précieux qui se prend pour un compositeur, que Fernand prend en grippe dès de début.

Fernand est aussi mis au courant par maître Folace[b], le notaire qui gère les finances du Mexicain, que les « gérants » n'ont pas payé leur « redevance » depuis un mois, le Mexicain n'en ayant pas été informé du fait de son caractère prompt à sortir la « sulfateuse ».

Débute alors pour Fernand Naudin une impitoyable « guerre de succession » des affaires du Mexicain, avec les frères Volfoni comme principaux adversaires. Assisté du notaire maître Folace, du majordome de la maison Monsieur Jean (lui-même un ancien cambrioleur) et de Pascal, redoutable « première gâchette » du Mexicain qui se met à son service, Fernand se retrouve contraint de reprendre tout en main, ce qu'il fera, dans un style percutant et tout personnel.

Lors de cette « guerre des truands », une scène fameuse montre les principaux protagonistes, attablés autour d'un verre dans la cuisine de la résidence du Mexicain, en train de déguster un breuvage clandestin et échanger à cette occasion des remarques caustiques à son sujet. Par ailleurs, une autre des scènes du film montre les gangsters en pleine fusillade, échangeant des coups de feu avec des pistolets munis de silencieux, produisant ainsi une sorte de symphonie improvisée de « bruits de bouchon », un autre des moments forts du film.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Acteurs non crédités :

  • Marcel Bernier : Léon
  • Jean-Pierre Moutier : le jeune homme invité en retard
  • Jean Luisi : le tueur à la mitraillette
  • Jean-Louis Castelli : le photographe du mariage
  • Béatrice Delfe : une invitée de Patricia
  • Jean-Michel Derot : un invité de Patricia
  • Françoise Borio : une invitée de Patricia
  • Paul Meurisse : le passant distingué (caméo du commandant Théobald Dromard, dit « Le Monocle », personnage d'un autre film de Lautner)

Répliques cultes[modifier | modifier le code]

Wikiquote-logo.svg Paul Volfoni dans les Tontons flingueurs

« Écoute : on te connaît pas. Mais laisse-nous te dire que tu te prépares des nuits blanches, des migraines, des nervousses brékdones comme on dit de nos jours[4]. »

Les Tontons flingueurs est parsemé de répliques et de tirades cultes, qui sont pour beaucoup dans son immense succès populaire[5]. À partir du roman d'Albert Simonin, et avec son aide en tant que coscénariste, Georges Lautner cisèle une situation comique, et Jacques Audiard la met en paroles.

Parmi les réparties qui sont restées dans la mémoire collective, il y a par exemple celle de Raoul Volfoni au moment où, en plein conflit sur les affaires du Mexicain, Fernand Naudin vient lui chanter « bon anniversaire » avant de lui mettre un coup de poing au visage. Peu après son départ, Raoul s'écrie :

« Non mais t'as déjà vu ça ? En pleine paix ! Il chante et puis crac, un bourre-pif ! Il est complètement fou, ce mec. Mais moi, les dingues, je les soigne. Je vais lui faire une ordonnance, et une sévère… J'vais lui montrer qui c'est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu'on va l'retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle[f]. Moi, quand on m'en fait trop, j'correctionne plus : j'dynamite, j'disperse, j'ventile ! »

Ou, dans la même situation à un autre moment :

« Mais y connaît pas Raoul, ce mec ! Y va avoir un réveil pénible… J'ai voulu être diplomate à cause de vous tous, éviter qu'le sang coule… Mais maintenant c'est fini… je vais le travailler en férocité… le faire marcher à coups de latte… À ma pogne, je veux le voir… Et je vous promets qu'il demandera pardon ! Et au garde-à-vous ![5] »

En pleine nuit, Raoul se rend au garage du domicile de Fernand et tente de piéger sa voiture avec des bâtons de dynamite. Il envoie son frère Paul vérifier que Fernand est bien assoupi. L'entendant revenir, le nez plongé dans le capot de la voiture, il s'exclame :

« Alors, il dort, le gros con ? Ben, il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule ! Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban… Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère… au terminus des prétentieux… »

Mais Raoul ne s'aperçoit pas que c'est à Fernand qu'il s'adresse, ce qui lui vaudra une sévère correction de la part de ce dernier.

À un moment, Fernand, nostalgique de sa vie rangée, fait la remarque suivante : « On ne devrait jamais quitter Montauban. »

Quand Fernand se rend sur la péniche qui abrite le tripot clandestin dirigé par les Volfoni, il est accompagné de Pascal et de maître Folace. Rencontrant le marinier qui monte la garde, ce dernier explique qu'il a besoin « d'un ordre de Monsieur Raoul » pour les laisser passer. Mais Fernand lui donne un coup de poing qui l'envoie par-dessus bord. Maître Folace remarque alors : « C'est curieux, chez les marins, ce besoin de faire des phrases ! »[5].

Après une mise au point musclée entre truands, Fernand Naudin, qui doit veiller à l'éducation de sa filleule Patricia, est quasiment remis à sa place par le petit ami de Patricia, Antoine de La Foy, un jeune homme filiforme. Tout se joue sur les mots, à propos de broutilles que le jeune homme retourne à son avantage :

« — Fernand : Tout ça : lumière tamisée, musique douce et vos godasses sur les fauteuils ; Louis XVI en plus !
— Antoine : La confusion doit d'abord s'expliquer, mais les termes sont inadéquats.
— Fernand : Ah, parce que c'est peut-être pas du Louis XVI ?
— Antoine : Euh, non ! C'est du Louis XV. Remarquez, vous n'êtes pas tombé loin. Mais les sonates de Corelli ne sont pas de la musique douce. »

Avec sa conclusion, cette scène pourrait résumer le film : « Patricia, mon petit... je ne voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier – l'homme de la pampa, parfois rude, reste toujours courtois – mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu ! »

Lors d'une réunion sur l'état des affaires du Mexicain, la tenancière de la maison close, Madame Mado, se lamente :

« Alors là, Monsieur Fernand, c’est un désastre ! Une bonne pensionnaire ça devient plus rare qu'une femme de ménage. Ces dames s'exportent. Le mirage africain nous fait un tort terrible. Et si ça continue, elles iront à Tombouctou à la nage ![6]. »

Quand Fernand prend le dessus dans l'épreuve de force avec les autres truands et parvient à collecter l'argent des affaires clandestines, il revient peu après à la maison du Mexicain avec une grosse sacoche remplie de billets de banque. Il découvre alors que Patricia et son ami Antoine donnent une fête dans la résidence. Réfugié dans la cuisine, Fernand dialogue avec maître Folace sur la possibilité qu'auraient les Volfoni de venir les attaquer ici. Les écoutant, le domestique Monsieur Jean récupère un revolver caché dans une boîte de biscuits, et affirme : « Quand ça change, ça change, faut jamais se laisser démonter. » Fernand réagit à son tour sur les intentions des frères Volfoni : « Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît. » Peu après, une jeune participante à la fête, un peu éméchée, entre dans la cuisine et met la main sur la sacoche remplie de billets. Maître Folace s'exclame alors : « Touche pas au grisbi, salope ! »

Finalement, les Volfoni arrivent au château. Entrant dans la cuisine d'un air menaçant, Raoul accompagné de son frère Paul, dit à l'assistance : « Bougez pas ! Les mains sur la table. Je vous préviens qu'on a la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours. » Mais Monsieur Jean, arrivant derrière eux, les désarme et tous se mettent autour de la table afin de beurrer des toasts pour la fête qui se déroule dans le même temps. Les truands, pour décompresser, décident de boire un verre. Maître Folace sort alors une bouteille très spéciale : de l'alcool clandestin de la marque « maison » The Three Kings. « Tiens, vous avez sorti le vitriol ? », demande Jean. « Il date du Mexicain, du temps des grandes heures », répond maître Folace, « seulement, on a dû arrêter la fabrication, il y a des clients qui devenaient aveugles, ça faisait des histoires ». Raoul s'y essaye le premier : « Ah, il faut reconnaître, c'est du brutal ! » ce qui appelle cette réponse de Fernand : « J'ai connu une Polonaise qui en prenait au petit déjeuner »[5]. Le dialogue continue. Raoul Volfoni : « Tu sais pas ce qu'il me rappelle ? C't'espèce de drôlerie qu'on buvait dans une petite taule de Bien Hoa, pas tellement loin de Saïgon. Les volets rouges... et la taulière, une blonde comac... Comment qu'elle s'appelait, nom de Dieu ? » Fernand Naudin lui répond : « Lulu la Nantaise ! » Quand Raoul lui demande « T'as connu ? », Fernand lève les yeux au ciel...

On pourrait citer une réplique de chaque scène, tant les dialogues ont été travaillés pour donner un rythme de comédie à ce film, volontairement décalé, sans pour autant tomber dans le burlesque. Chaque scène est traitée avec ce même décalage que l'on trouve dans les dialogues. L'agonie du Mexicain, par exemple, donne l'occasion à Audiard de glisser quelques perles :

« Je suis revenu pour caner ici et pour me faire enterrer à Pantin avec mes vioques. Les Amériques, c'est chouette pour prendre du carbure, on peut y vivre aussi à la rigueur, mais question de laisser ses os, y a que la France. Et je décambute bêtement, et je laisse une mouflette à la traîne, Patricia ; c'est d'elle que je voudrais que tu t'occupes. »

Ou encore, quand Pascal, la « première gâchette » du Mexicain, vient de descendre les tueurs qui ont tenté d'abattre Fernand, celui-ci philosophe sur les valeurs qui se perdent :

« À l'affût sous les arbres, ils auraient eu leur chance. Seulement, de nos jours, il y a de moins en moins de techniciens pour le combat à pied. L'esprit fantassin n'existe plus ; c'est un tort. »

Et, sur un autre ton, quand Fernand veut s'assurer que l'aventure de Patricia avec son Antoine est sérieuse, celle-ci lui répond avec ce même décalage :

« Oh, presque trop, c'est du gâchis ; ça méritait une liaison malheureuse, tragique. Quelque chose d'espagnol, même de russe. Allez, viens donc boire un petit scotch, va, ça te fera oublier ceux d'hier. »

Production[modifier | modifier le code]

Scénario[modifier | modifier le code]

Michel Audiard trouvait la scène de la cuisine inutile et elle a bien failli ne jamais exister. C’est Georges Lautner qui l’a rétablie en hommage à Key Largo, film noir dans lequel on voit des gangsters accoudés à un bar évoquer avec nostalgie le bon temps de la prohibition[7].

Michel Audiard aurait préféré comme titre Le Terminus des prétentieux, expression que l’on retrouve dans une réplique de Raoul Volfoni : « Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban. Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux ! »[7]. Mais ses partenaires le jugèrent trop pompeux. Le titre Le Terminus des prétentieux apparaîtra en manière de clin d’œil sur un fronton de cinéma dans un film ultérieur de Lautner, Flic ou Voyou.

La fameuse réplique « Les cons ça ose tout, c'est même à cela qu'on les reconnaît » (exemple d'effet Dunning-Kruger) se retrouve dans Saint Thomas d'Aquin : « Omnes stulti, et deliberationes non utentes, omnia tentant » (tous les idiots, et ceux qui ne réfléchissent pas, tentent tout)[8]. Audiard, qui avait lu sa Somme théologique, aurait repris et arrangé cette phrase[9].

Outre le sel des répliques d'Audiard, l'un des ressorts comiques du film provient des astuces utilisées pour dissimuler la véritable situation à Patricia et à son ami Antoine (Claude Rich), auteur de musique concrète, ainsi qu'au père de ce dernier, vice-président du FMI. Combiner, au cinéma, le comique truculent de la langue verte (l'argot) et l'ambiance d'un roman noir, comme l'était celui d'Albert Simonin, relève de l'impossible. Ainsi, pour faire de Grisbi or not Grisbi cette fameuse comédie hilarante, de grandes libertés ont dû être prises avec l'œuvre originale (notamment par Simonin lui-même, puisqu'il a travaillé à l'adaptation cinématographique). Si la trame principale de ce troisième volet des aventures de Max le Menteur est conservée — la succession du Mexicain, la lutte avec les Volfoni —, les personnages de Me Folace ou de la jeune Patricia et de son fiancé Antoine n'appartiennent qu'au film. Dans le même ordre d'idées, l'affrontement entre Max (Fernand Naudin) et les Volfoni, sanglant dans le roman de Simonin, est traité sous l'angle comique dans le film de Lautner. Mais l'esprit du style rédactionnel, c'est-à-dire un livre entièrement écrit en argot, se retrouve dans les dialogues concoctés par Michel Audiard. Parmi les adaptations de la trilogie simonienne, Touchez pas au grisbi conserve le ton du film noir, tandis que Le cave se rebiffe a été réalisé dans le même esprit que Les Tontons flingueurs.

Auditions[modifier | modifier le code]

  • La Gaumont ne croyait pas au succès du film, qui n’était défendu que par Alain Poiré, et, pour limiter les risques financiers, s’associa avec d’autres maisons de production. Ceci explique la présence, dans la distribution, d’acteurs allemands (Sabine Sinjen, Horst Frank) et italien (Venantino Venantini)[10].
  • Jean Gabin fut, un temps, pressenti pour tenir le rôle de Fernand Naudin. L'acteur posa, cependant, de telles exigences (il souhaitait imposer son équipe de techniciens) qu’il ne fut pas retenu, au grand soulagement de Michel Audiard avec qui il était momentanément fâché à l’époque depuis Mélodie en sous-sol, sorti quelques mois auparavant[3].
  • Le choix se porta un temps sur Paul Meurisse, mais celui-ci déclina le rôle pour raisons de santé. Il apparaît toutefois quelques secondes dans la scène finale, auto-citation de la série des films Le Monocle.
  • À l'origine, Lino Ventura ne se voyait pas tenir ce rôle du fait de l'aspect comique des personnages, convaincu qu'il ne serait pas crédible dans ce genre de composition[3].

Tournage[modifier | modifier le code]

L'église Saint-Germain de Charonne, décor des dernières scènes du film.

Patricia, ayant fugué de chez son oncle, se rend en taxi[g] au domicile de son ami Antoine, villa Seurat ; on y voit la maison[h] du sculpteur Robert Couturier.

Les dernières scènes du film (mariage-explosion) furent tournées devant et dans l'église Saint-Germain de Charonne, dans la scène des tontons agenouillés, on distingue, au fond, la partie gauche du tableau de Joseph-Benoît Suvée : La Rencontre de saint Germain et sainte Geneviève et autour de l'église, place Saint-Blaise, dans le 20e arrondissement de Paris[11]. Le bowling de la Matène, à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), a également servi de décor aux films Monsieur Hire et Jean-Philippe. C'est dans une maison louée par la Gaumont à Rueil-Malmaison qu'eut lieu, le , le tournage de la célèbre « scène de la beuverie » dans la cuisine, qui se prolongea jusque très tard dans la nuit[12].

De nombreuses scènes furent tournées dans le parc et à l'intérieur du château de Vigny (Val-d'Oise).

Lors de la scène de la distillerie, vers la fin du film, Lino Ventura tourne une scène de bagarre avec l'acteur et cascadeur Henri Cogan et frappe réellement ce dernier[10]. « Sans faire exprès, il m'a touché le menton ! On ne le voit pas à l'écran mais j'ai dit : « Oh ! Elle est arrivée, la belle bleue ! », et Lino m'a répondu en souriant : « C'est pour ma jambe ! » Ensuite, je suis passé à travers le mur... », dira Cogan, car les deux hommes se connaissaient déjà puisqu'en 1950, alors catcheurs, ils s'étaient affrontés lors d'un match au cours duquel Cogan a involontairement cassé la jambe de Ventura, qui a dû mettre un terme à sa carrière de catcheur[3].

Autres lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Georges Lautner n’a utilisé qu’un seul thème musical, réalisé par Michel Magne et interprété dans différents styles musicaux - baroque, rock, valse, entre autres -, y compris le fameux piano-banjo à chaque bourre-pif de Fernand. Ce thème est restreint aux quatre notes du bourdon de Notre-Dame, et même la sonate présentée dans le film comme étant de Corelli est l'œuvre de Michel Magne, qui s'en est toujours amusé[16].

Les partitions musicales sont temporairement désactivées.

Unique thème musical de la bande originale.

Le disque, disponible chez Hortensia/Transatlantiques, propose les 13 variations du thème musical et représente en lui-même un véritable exercice de style musical : Folk, Blues, Rock, Rhythm and Blues, Jazz, Swing, Slow, Yéyé, Musique concrète, Lyrique...

Bernard Gérard l'a orchestrée et arrangée, bien qu'il n'en soit pas crédité du générique[17]

Accueil[modifier | modifier le code]

Le film est un succès commercial lors de sa sortie en salles, attirant 3 300 000 spectateurs durant sa sortie sur les grands écrans[18]. Il fut, en revanche, éreinté par la critique (la mode était plutôt à la Nouvelle Vague), et en particulier par Henry Chapier (« Vous pavoisez haut… mais vous visez bas. »[19]).

La réputation du film n’a fait que croître au fil des années. Plusieurs de ses répliques sont passées dans la mémoire collective. Il a, depuis sa sortie, été diffusé plusieurs dizaines de fois à la télévision et s’est vendu à 250 000 exemplaires lors de sa sortie numériquement restaurée en DVD (2002), ce qui en fait ce que l'on nomme un film culte[18].

Sur le statut acquis par le film dans la culture française, Georges Lautner note, en 2009 : « Pourquoi ce film et pas un autre ? Quand nous avons tourné, nous avions tous envie de rigoler. Finalement, c'est peut-être ça, l'explication : La déconnante vieillit mieux que le tragique »[20].

Édition DVD[modifier | modifier le code]

La qualité de réalisation de l'édition en DVD [Quand ?] des Tontons flingueurs a été très soignée, entre autres par élimination numérique de l’inévitable tressautement d’image des projecteurs 35 mm. Le même traitement a, par la suite, été accordé à un autre film, Le cave se rebiffe. L’opération de colorisation de ces deux longs métrages fut plus discutée, mais reste toujours « réversible » par élimination de la couleur (avec, néanmoins, une perte de netteté et de tons dans les gris malgré une augmentation artificielle du contraste).

En 2003, une autre édition numérotée à 1 963 exemplaires sous coffret en bois avait déjà été proposée en y associant Les Barbouzes.

En 2013, une édition numérotée à 5 000 exemplaires est éditée en coffret pour le cinquantième anniversaire du film, avec le CD de la bande originale et le scénario annoté.

En 2017, une édition 4K est réalisée à partir du négatif original. C'est le premier titre de la Gaumont paru en Blu-ray 4K. Le rendu rappelle la grande beauté de la photographie noir et blanc lors des gros plans[21].

Postérité[modifier | modifier le code]

Autocollant émis par le café-concert « Les Tontons Flingueurs » à Rennes dans les années 1990.
  • Jacques Dumesnil tient dans ce film son dernier rôle au cinéma. Il décède en 1998.
  • Entre 1993 et 1998, un célèbre café-concert alternatif de la scène rock rennaise a été nommé Les Tontons flingueurs. La façade extérieure était décorée des caricatures des protagonistes du film[22].
  • Le , pour le cinquantenaire du film, la « rue Michel-Le-Lou-du-Breil » située à Nantes est rebaptisée de façon parodique en « rue des Tontons-Flingueurs », afin de rendre hommage au film qui cite la ville au travers de « Lulu la Nantaise »[23],[24],[25],[26],[27].
  • Le , un habitant du village d'Attin rebaptise provisoirement la « rue de la Culbute » en « rue des Tontons-Flingueurs » à l'occasion du cinquantenaire de la sortie du film[28].
  • Le , la ville de Montauban rebaptise un de ses ronds-points au nord du centre-ville, le rond-point de la Mandoune[29], en « giratoire des Tontons-Flingueurs » où trônent des sculptures caricaturales en plexiglas des personnages du film[30],[31]. Certaines de ces effigies (celles des deux frères Volfoni) sont volées en et, depuis, l'une est disparue, l'autre retrouvée, mais vandalisée : sciée, tronçonnée et abandonnée dans un chantier. Refaçonnés à l'identique, de nouveaux exemplaires sont installés, avec leurs socles coulés dans le béton, sur le giratoire, le [32],[33].
  • À Nantes[34] comme à Montauban[35] existent des bars-restaurants Lulu la Nantaise nommés en rapport direct avec le personnage brièvement évoqué durant la fameuse scène de la cuisine du film.
  • Georges Lautner meurt en , Claude Rich en et Venantino Venantini en . Georges Nojaroff et Béatrice Delfe sont les derniers acteurs des Tontons Flingueurs encore en vie[36],[37].
  • Le leitmotiv caractéristique de la bande originale du film est repris dans la publicité[38].
  • En se tient, à l'université Sorbonne Nouvelle, un colloque sur la place des Tontons flingueurs dans le paysage cinématographique et culturel français[39].
  • L'épisode « Oklahoma Jim » de la série de bandes dessinées Kid Lucky, consacrée à l'enfance de Lucky Luke, rend hommage au film au travers de deux répliques : Joe Dalton, au sujet d'Oklahma Jim : « Mais il ne connaît pas Joe Dalton ! Je vais l'éparpiller en petits morceaux aux quatre coins de la prairie... », puis Oklahoma Jim à l'institutrice qui tentait de poser la main sur les billets de banque : « Touche pas au pognon, honey ! » De plus, l'histoire de Lucky Luke intitulée Les Tontons Dalton scénarisée par Laurent Gerra et dessinée par Achdé revisite le film.
  • Le , jour de la mort du réalisateur Georges Lautner, lors de la troisième séance relative à la politique de la Ville et à la cohésion urbaine à l'Assemblée nationale, plusieurs députés, en particulier Arnaud Richard[40] et Jérôme Guedj, ainsi que le ministre délégué à la Ville François Lamy, reprennent dans les débats des répliques cultes du film (au sujet de « Montauban », de « nervousses brékdones » ou de la « puissance de feu d'un croiseur », du « prix qui s'oublie » et de la « qualité qui reste », du « besoin des marins de faire des phrases », d'être « un tantinet décalé dans ses horaires », de ne « pas paraître vieux jeu mais [de considérer] que la vérité oblige à dire », etc. ; lors du rejet d'un amendement, celui-ci est qualifié de « brutal », reprenant ainsi la fameuse phrase de la scène de la cuisine « c'est du brutal ! »). Le nom de Georges Lautner apparaît même deux fois dans la transcription intégrale des débats[41].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Trilogie démarrée avec les romans Grisbi or not grisbi, suivi par Le cave se rebiffe, tous deux également adaptés à l'écran avec Touchez pas au grisbi (1954) et Le cave se rebiffe (1961).
  2. Ce nom de maître « Folace » est un clin d'œil au nom d'huissier alors le plus connu de France, maître « Lesage », présent dans tous les tirages au sort de la RTF pour attester de leurs conditions normales de déroulement.
  3. Non crédités au générique
  4. Bien que Michel Magne en soit le compositeur et soit crédité au générique, il est indiqué par erreur que le compositeur du film est Georges Delerue sur l'affiche du film.
  5. Cette société n'est pas créditée au générique.
  6. Expression similaire employée la même année dans la bouche de Jean-Claude Brialy confectionnant une boîte de cigares explosifs pour Louis de Funès dans Carambolages, de Marcel Bluwal.
  7. Conduit par Charles Lavialle.
  8. Construite par Jean-Charles Moreux.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Les Tontons Flingueurs », sur UniFrance.org (consulté le 7 décembre 2013).
  2. (en) Les Tontons flingueurs sur l’Internet Movie Database
  3. a b c d e f et g Philippe Lombard, « Les Tontons flingueurs (1963) », devildead.com/histoiresdetournages, (consulté le 14 septembre 2013)
  4. « Écoute, on t’connaît pas, mais laisse nous t’dire que... – Dictionnaire des citations », sur dicocitations.lemonde.fr, Le Monde (consulté le 27 septembre 2020).
  5. a b c et d « 10 répliques mémorables des "Tontons flingueurs" en vidéo », sur Le Monde.fr, .
  6. « "Les Tontons flingueurs" en 10 répliques », sur Allociné.fr, .
  7. a et b Anthony Palou, « Les Tontons Flingueurs, toute une époque », sur Le Figaro.fr, (consulté le 30 novembre 2013).
  8. Roger-Pol Droit, « Des « Tontons flingueurs » à Thomas d'Aquin », Les échos,‎ (lire en ligne). Thomas d'Aquin écrit cette phrase dans la Somme théologique, deuxième partie, question XL, article 6 (lire sur Wikisource).
  9. Philippe Lambard, « L'origine des meilleures répliques d'Audiard », Schnock, no 21,‎
  10. a et b Skasia, « Touchez pas aux "Tontons Flingueurs" », sur Le Figaro.fr, (consulté le 30 novembre 2013).
  11. Isabelle Blondel, Olivier Delacroix, Alice Develex, Nicolas d'Estienne d'Orves, Bertrand Guyard, Colette Monsat, Marie-Noëlle Tranchant et Florence Virerron, « Si le Paname d'Audiard m'était conté », Le Figaroscope, semaine du 10 au 16 mai 2017, pages 8-10.
  12. Documentaire Nous nous sommes tant aimés diffusé le 21 février 2011 sur France 3
  13. a et b L'information est indiqué au générique de fin.
  14. « Les Tontons Flingueurs », sur Ciné-ressources (consulté le 7 décembre 2013)
  15. Aurélie Ronze, « Une Pépinière d'entreprises en pleine nature à Feucherolles », sur tv78.com, .
  16. 2006 janvier archive - PazBlog
  17. "Georges Lautner, le père des Tontons Flingueurs, est mort" Slate.fr, mis en ligne le 23/11/2013, consulté le 15/10/2014
  18. a et b Geoffroy Clavel, « Mort de Georges Lautner, le réalisateur des "Tontons flingueurs", à 87 ans », sur HuffPost, (consulté le 6 janvier 2020).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]