Les Riaux

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Les Riaux
L'Estaque et les Riaux, vue depuis le haut du chemin de la Nerthe
L'Estaque et les Riaux, vue depuis le haut du chemin de la Nerthe
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Ville Marseille
Arrondissement municipal 16e
Démographie
Population 614 hab. (2012)
Étapes d’urbanisation 19eme Siecle
Transport
Bus Autobus de MarseilleLigne 35  35S Bus de nuit 535

Les Riaux est un quartier du 16e arrondissement de Marseille situé dans le VIIIe secteur (15e et 16e arrondissements) dans la partie nord de la ville. Il est parfois considéré comme un petit quartier de L'Estaque, comme l'Estaque Plage, l'Estaque Gare et les Hauts de l'Estaque.

Ainsi beaucoup l'appelle Estaque Riaux, alors que les Riaux est un quartier administratif de Marseille, tout comme les trois autres quartiers du 16e, St André, St Henri et l'Estaque.

Les habitats du quartier furent dans un premier temps constitués de cabanons et de villas, puis les propriétaires des usines ont fait construire des cités et des courées pour loger leurs ouvriers[1]. Les industries à l’origine de l’émergence du quartiers n'ont pas particulièrement organisé la construction de logements dans les interstices des cités ouvrières aujourd'hui le quartier est constitué de cités de maisons familiales et de petits immeubles tandis que les pavillons et maisons de villes y sont quasi absents.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Riaux, viendrait du Provençal Riou soit "le ruisseau".

Géographie[modifier | modifier le code]

Le quartier des Riaux est délimité par la montée Antoine-Castejon, la voie ferrée, la Nerthe, par les usines, et par le chemin du Littoral (Route de l'Estaque Plage).

Le vallon de Riaux (étymologiquement, « lit du ruisseau ») est constitué de petites maisons. Il se termine par « la carrière » ; ancienne carrière des usines Lafarge.

Un inventaire a été réalisé sur le quartier Les Riaux[2]

Dans l'eau[modifier | modifier le code]

Epave du Brigue Samsonne

Face aux anciennes usines, depuis la plage de Corbières, on trouve sous l'eau l'épave du Ponton-bigue Samsonne : un ponton bigue (grue) est un engin flottant équipé d'un système de levage qui sert pour les travaux maritimes et fluviaux. Le Samsonne, construit en 1920 en Hollande, doté d'une grande force a servi à l’agrandissement de la digue du large et au réaménagement du port de l'Estaque. Après la guerre, il a permis de sortir nombre de bateaux coulés. Il a été découpé en 1994 en trois morceaux. Vendu au poids de la ferraille pour le ponton-flèche, le ponton-moteur a été découpé en plusieurs morceaux et la machine à vapeur est encore visible au Musée de la réparation navale de Marseille. Enfin, c'est le ponton de cabestan tribord repose sur le site de Corbières. Il est fait de fer, de fonte et d'acier. On peut le voir en palmes masque tuba, contournez la digue face à la plage de la Lave, il est à quelques mètres du bord[3]

Préhistoire, une grotte datant du Néolithique - 5600 - 4500[modifier | modifier le code]

Les grottes à sépultures intentionnelles sont rares dans la région marseillaise. Celle que l’on nomme La Crispine est peu connue, cependant dans cette Nerthe si peu étudiée par les archéologues, Castrier découvrit un gîte d’un grand intérêt. Il en a légué la collection qu’il à l’Institut Historique de Provence, voici ce qu'il en dit :  

“Cette grotte est située aux environs de Marseille dans la chaîne de la Nerthe dans la propriété de la Société Produits Chimique de Rio Tinto, son altitude moyenne est  d’environ 150 m. Elle surplombe presque l’entrée du tunnel qui perce la montagne à cet endroit et qui relie Marseille au  Rhône. Dans le pays, cette grotte s’appelle Crispine. Qui sait si ce nom ne viendrait pas de Christ-Pinis, grotte du Christ dans les pins à cause du service qu’elle rendit en 1793 sous la Terreur aux Marseillais qui allaient y entendre la messe.  L’entrée de cette grotte présente une forme ogivale. Affectée longtemps pour une bergerie,  un mur percé d’une porte la ferme en partie, elle mesure 17,50 m de long et 10 m de large. M. Clastrier y rencontra une ancienne tranchée de fouille (d’origine inconnue) (peut être Marion ou Fourrier).   Découverte de traces d’habitation moderne, quelques briques, gîte de pâtre, et au milieu une belle molette carrée et arrondie par le travail humain, quelques os, gros coquillages, corne de chèvres.

De retour, Clastrier fait des démarches pour obtenir l’autorisation de passer à travers les usines de Rio-Tinto pour poursuivre l’exploration, (...).  Découverte d’un fragment de poterie néolithique ou ligure, puis dans un boyau assez étroit  découverte des premiers silex, mais aussi des débris d’os qui correspondent à la faune déjà recueillie, nourritures et restants de repas, dents de moutons, os brisés et brûlés coquilles marines, patelles, bois carbonisés charbons. Mais surtout des couteaux, des grattoirs des outils primitifs qui ont servi à l’époque néolithique. Également des os d’êtres humains. “ La  relique cherchée je l’ai trouvée sous mes doigts. O, combien délicatement je déterre une tête couchée sur le côté droit, le masque est régulier, le type normal, le maxillaire manque ; quatre fortes dents sont restées usées et arrondies sur les bords ; le sujet a vécu de nombreuses années. Mais quelle surprise ! Une fois la tête sortie, tout le dessous est brûlé, puis tout autour  de cette tête, à moitié cuits mêlés à la terre noire, des os de grandes et moyennes vertèbres, brûlés et brisés mais aussi des vases sans pieds en miette, des amulettes, des objets ayant appartenu au mort et jetés là dans une cérémonie funéraire qui nous est inconnue".

Clastrier découvrit des dents ainsi qu’une vertèbre d’équidé et une partie de machoir de cervidé accompagnés d’un racloir en silex de forme et de facture qui impliquent le Paléolithique. Clastrier ne dut pas se rendre compte de l’importance de cette découverte  puisqu’il ne la mentionne dans aucune de ses notes. On sait que jusqu’à ce jour, dans le territoire de Marseille, aucun objet rapporté au Paléolithique, ne résiste à une critique sérieuse  et objective. Les Silex découverts correspondent à la gamme connue  dans la Nerthe néolithique.

Bois : industrie du bois représentée par une moitié d’écuelle taillée dans un morceau de bois

Ornements  : Rares patelles percées et de très beaux coquillages

Céramiques : La céramique de la grotte Crispine est identique en générale à celle que l’on retrouve dans les habitats préhistoriques des environs de Marseille comme à la Baume Sourne ou à la Grotte Loubière.  Certains paraissent appartenir à  l’aurore du Bronze.

Les ossements humains découverts dans l’alcôve sépulcrale paraissent appartenir au moins à deux individus, un adulte et un enfant.

Il est cependant de toute évidence que nous nous trouvons en présence d’une sépulture secondaire du néolithique puisque les cadavres avaient été incinérés au préalable, c’est peut-être pour cette raison que la plus grande partie des ossements n’a pas été retrouvée.  

grotte datant du Néolithique située sur le site de dépollution des usines

En résumé, sépulture simple puisque les cadavres ont été inhumés en pleine terre sans coffre ni lausse. Face à la mer sauvage dans un site presque tragique alors que les vagues battaient les roches du rivage proche, avec sa voûte grandiose, cette grotte mystérieuse présente bien le décor que choisissaient les hommes du néolithique  pour abriter le dernier sommeil de leurs morts. Elle appartient bien à cet ensemble funèbre de la même époque à peu de chose près : Grotte des Héritages, Baux des Morts (Ile de Jaire), grotte des Infernets (près  d’Auriol) grotte Loubière, toutes grottes sépulcrales plus ou moins praticables[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Travaux sur une friche industrielle des Riaux, 2012

En 1819, le quartier recouvrait la partie nord du quartier de la Falaise et le sud des Piches. En 1819, les terres n'étaient pratiquement partagées qu'entre deux ou trois familles, dont la famille Puget, il n'existait pratiquement pas d'autres maisons.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que de nouvelles constructions liées au chemin de fer se créent. selon l'article de la Région PACA, le chemin de la Nerthe passait alors par ce qui depuis est devenu la montée Pichou. La première usine à s'établir sur le site, se crée vers 1870. Avec les nouvelles usines, l'habitat ouvrier se développe peu à peu.

L'essor industriel du quartier débute par l'achat autour 1882 par la Compagnie Rio Tinto qui bâtit une usine éponyme sur les terrains qui jouxtent le Riaux. De nouvelles cités ouvrières voient le jour. Le port de la Lave crée. Le quartier se métamorphose par l'essor industriel notamment avec la construction, en 1913 de l'usine de la Société coloniale des chaux et ciments Portland suivi ensuite par plusieurs autres usines ; Ciments Penaroya, Khulmann, (ex Atochem)

rails des usines Riaux

Lafarge, Saria, EGTH, Rio Tinto Rousselot. À ce moment, de nombreux métiers participent au développement des usines, qu'ils soient tailleurs de pierres, charretiers, charbonniers ou même marchands de vins tous contribuent à l'essor du quartier qui se développe à la fin du XIXe siècle autour des habitation destinées aux ouvriers.

Usines des Riaux
dépollution usine des Riaux GP

Quartier ouvrier, le secteur des Riaux fut largement influencé par des mouvements socialistes, en témoigne la gréve de mai 1936 en solidarité avec les mouvements socialistes de la guerre d’Espagne. La gréve des ouvriers des carrières de la Nerthe est suivie d'une gréve générale occupant les usines de Chagneaud, Rousselot, Coloniale, Pennaroya, Tulieries et Khulmann [5].

travail d'après photos d'habitants des Riaux
Industrie dans le quartier des Riaux

Très tôt les usines sont exploitées par des travailleurs immigrés qui s'installent dans le quartier, formant alors des communautés italiennes, corses et algériennes particulièrement chaoui et kabyle. Ainsi, selon les critères du recensement de 1982, sur 1 200 habitants, 620 sont des étrangers dont 520 des Algériens[6].

Toutefois, les usines ont commencé à fermer dès le début du 21e, les friches industrielles, notamment celles de Métal-Europe font l'objet d'opération de dépollution des sols puisque l'arsenic était déversé directement dans la colline.

travail à partir de wikitake Les Riaux

Elles ont été fermées et rasées au tout début du XXIe siècle, laissant de vastes friches industrielles qui font l'objet d'opération de décontamination des sols.

travail d'après wikitake JB Les Riaux
destruction usine aux Riaux

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le sociologue Salvatore Condro décrit le quartier :

« Ainsi le quartier de l’Estaque-Riaux était-il, jusqu'à une période récente un espace industriel, un quartier ouvrier où les conditions et les modes de vie ouvriers surdéterminaient les différenciations ethniques et culturelles. L'espace-temps ouvrier "mélangeait", "colorait", "respectait" les différences. L’Estaque-Riaux était en quelque sorte une petite communauté de voisinage dans laquelle "vivre et travailler au pays" était une réalité, du moins le sera jusqu'au milieu des années 70. Les petits commerces se multipliaient (le petit "truc" qu'on va acheter au centre-ville, c'est un peu du luxe). Le dimanche est consacré au tiercé, à la pétanque, aux joutes et au football. »[7]

Culture[modifier | modifier le code]

Le golfe de Marseille vu de l'Estaque, Cézanne, vers 1885

Des peintres célèbres ont été inspirés par ce quartier. L'architecture des usines autant que des maisons d'ouvrier dans le quartier des Riaux a permis à l'expression du cubisme de se renouveler. Ainsi, le célèbre tableau de Georges Braque, Le Viaduc à L'Estaque (1908), exposé au centre Georges Pompidou à Paris, représente le quartier des Riaux[8] et notamment son viaduc

les deux viaducs des Riaux
travail d'après photo habitante Riaux

Ce quartier a également vu grandir le réalisateur Robert Guédiguian. Une grande part des œuvres du réalisateur comme Marius et jeannette (1997) ou Le derniers été (1981), y ont été tournés.

Les rappeurs Duval MC et Bil-K (Ghetto Phénomène) sont issus du quartier.

L'ancien cinéma Le Rio, a aujourd'hui disparu, un film lui est consacré par l'association Images et Paroles engagées.

Services et équipements[modifier | modifier le code]

Le petit terrain de football Jean Christofol

-Le Comité d'intérêt de quartier (CIQ) des Riaux propose des réunions mensuelles des habitants les premiers lundi de chaque mois.

carte membre ciq

-La Maison municipale d'arrondissement (MMA), 5 place du centre, propose des sorties culturelles, expositions, cours de Yoga, lotos, aide alimentaire.

-L'Association sportive Khulman (ASK) et le « City-Stade » Jean Christofol, rénové en 2012.

-La société de pêche Lou Saran, route de l'Estaque Plage.

-Le Jardin Sylvain Bettini avec jeux d'enfants et garde corps architectural.

Économie[modifier | modifier le code]

Revenu fiscal[modifier | modifier le code]

En 2007, le revenu fiscal médian par unité de consommation était de 12 869 euros (avec 507 unités). Le revenu fiscal médian par ménage était de 22 530 euros (avec 279 ménages fiscaux). Il n'y a pas de données sur la moyenne des revenus fiscaux[9].

Population active[modifier | modifier le code]

L’économie du secteur fut longtemps basé sur les usines qui sont en grande partie à l’origine de l'urbanisation du quartier, après la fermeture de ces usines le quartier connait un taux de chômage élevé ; en 2006 il atteint les 27,52 %[10]. Le nombre d'habitants n'est pas suffisant pour qu'il soit reconnu comme quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) selon les sources du système d'information géographique de la politique de la ville sur le site du gouvernement et selon méthodologie de l’Insee

quartier Riaux,

Entreprises et commerces[modifier | modifier le code]

Pratiquement tous les commerces ont fermé[11]. Seul demeure le magasin Utile, chemin de la Nerthe, tenu par la famille Azzoug.

En arrivant sur les Riaux, le long de la route de l'Estaque Plage, on trouve le restaurant l'Hippocampe, situé sur le domaine du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM).

Participation des habitants[modifier | modifier le code]

Les habitants des Riaux se sont réunis pour co-construire leur mémoire sur l'encyclopédie. ce projet est détaillé sur internet

Ancien panneau de signalisation d'une usine, 2009

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Salvatore CONDRO, « L'insertion sociale des immigres : Crise économique et changements sociaux un quartier de Marseille : l'Estaque-Riaux », dans Des migrants et des villes : Mobilité et insertion, Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1988. Lire en ligne

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guignet Philippe, « Cours, courées et corons. Contribution à un cadrage lexicographique, typologique et chronologique de types d'habitat collectif emblématiques de la France du Nord », Revue du Nord, 1/2008 (n° 374),‎ , p. 29-47. (lire en ligne)
  2. « Quartier Les Riaux », sur http://dossiersinventaire.regionpaca.fr, (consulté le 14 mars 2017)
  3. Vastine Eric et Simide Rémy, Plonger du bord... plonger autrement, éditions de l'Hippocampe, , 146 p. (ISBN 978-2-9551009-1-2), pp 74-75
  4. Daumas G., La collection de S. Clastrier à L'institut historique de Provence. Mémoire de l'institut historique de Provence,, Marseille, collection Clastrier, , 228 p., pp 190 -192
  5. Antoine OLIVES, « Le Front Populaire à Marseille d'après un sondage d'opinion (1935-1936) », Provence historique Fascicule 69,‎ , p. 310 (lire en ligne)
  6. Mireille Meyer, DES MIGRANTS ET DES VILLES, Aix en Provence, l’IREMAM, , 143p p., p40
  7. CONDRO, Salvatore. « L'insertion sociale des immigres : Crise économique et changements sociaux un quartier de Marseille : l'Estaque-Riaux », dans Des migrants et des villes : Mobilité et insertion, Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1988. Lire en ligne
  8. Le Viaduc à l'Estaque
  9. http://www.insee.fr/fr/ppp/bases-de-donnees/donnees-detaillees/duicq/xls/RFL/RFL_I_93_00758.xls
  10. 16e arrondissement de Marseille
  11. l'inventaire