Les Riaux

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Les Riaux
Les Riaux
L'Estaque et les Riaux, vue depuis le haut du chemin de la Nerthe
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Ville Marseille
Arrondissement municipal 16e
Démographie
Population 614 hab. (2012)
Étapes d’urbanisation XIXe siècle
Coordonnées 43° 21′ 49″ nord, 5° 18′ 21″ est
Transport
Bus Autobus de MarseilleLigne 35 Bus de nuit 535

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Les Riaux

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Les Riaux est un quartier du 16e arrondissement de Marseille situé dans le VIIIe secteur (15e et 16e arrondissements) dans la partie nord de la ville. Il est parfois considéré comme un petit quartier de L'Estaque, comme l'Estaque Plage, l'Estaque Gare et les Hauts de l'Estaque.

Ainsi beaucoup de personnes l'appellent Estaque Riaux, alors que « Les Riaux » est un quartier administratif de Marseille, tout comme les trois autres quartiers du 16e, St André, St Henri et l'Estaque.

Les premiers habitats du quartier furent dans un premier temps constitués de cabanons et de villas, les ancêtres de Pierre Puget étaient issus du vallon de Riaux, l'histoire de cet héritage, permet de comprendre l'évolution du quartier à partir du XVIe siècle (chapitre culture), et puis les propriétaires des usines ont fait construire des cités et des courées pour loger leurs ouvriers[1]. Les industries à l’origine de l’émergence du quartiers n'ont pas particulièrement organisé la construction de logements dans les interstices des cités ouvrières. Aujourd'hui le quartier est constitué de cités, de maisons familiales et de petits immeubles tandis que les pavillons et maisons de villes y sont quasiment absents.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Riau, prononcé « ri-au », est un nom provençal qui signifie « ruisseau ». Ici au pluriel et précédé de l'article défini : les Riaux. A noter aussi qu'on parlait du valat de Riaux pour évoquer le fossé, actuel vallon de Riaux.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le quartier des Riaux est délimité par la montée Antoine-Castejon, la voie ferrée, la Nerthe, par les usines, et par le chemin du Littoral (Route de l'Estaque Plage). Ce quartier fait partie de l'Estaque, l'un des quartiers de Marseille, et plus largement du Bassin de Séon

travailleurs qui prenne la pose pour la photo , sur le viaduc en construction
Construction du Viaduc des Riaux

Le Vallon de Riaux (étymologiquement, « lit du ruisseau ») est constitué de petites maisons. Il se termine par « la carrière » ; ancienne carrière des usines Lafarge au fond du Vallon.Au sud du viaduc à gauche, à mi-coteau, le trouve la maison de la famille Puget, détenue par elle depuis 1690, jusque vers les années 1860[2].

Rocaille de la cour Arnaud
la Rocaille, dans la cour Arnaud

La courée Arnaud située près du stade de foot des Riaux est atypique à plusieurs égards, d'une part, sa surface est importante, les bâtiments sont relativement dispersés et elle conserve son pigeonnier en rocaille. Elle est aussi entourée d'habitations particulières d'une main d’œuvre dite "déclassée" qui a contribué aux activités industrielles et agricoles de Marseille jusqu'en 1950. Elle conserve en mémoire les autres courées disparues de l'Estaque. Elle témoigne de la vie ouvrière aux Riaux et du contexte de précarité qui a présidé aux constructions de courées. Selon l'article de Marseille Provence métropole plan local d'Urbanisme[précision nécessaire], ce lieu a une grande importance historique. L'emplacement de la courée s'étendait autrefois à des bois, des vignes et autres labours. Le pigeonnier en rocaille, est un élément qui subsiste (aujourd'hui caché par la végétation), il est le seul vestige du parc d"une propriété rurale La bastide Tesse dont il reste des traces jusqu'en 1930. Les logis individuels sont accolés pour former une unité architecturale malgré le dénivelé. Ils présentent des surfaces habitables très modestes, comprises entre 26 et 50 m2, la construction des maisonnettes s'est échelonnée de 1883 à 1911, en même temps que le quartier des Riaux s'organisait. Cette courée porte encore le nom de son ancien propriétaire : Louis Joseph Arnaud, charretier de son état. La vie y était difficile et la courée était fermée la nuit. La femme du propriétaire en ouvrait le portail chaque matin. La famille des propriétaire était la seule à disposer de l'eau à la pile (évier). C'est au début du XXe siècle seulement que des baraques en bois furent construites dans cette cour pour loger les ouvriers majoritairement italiens et espagnols venus travailler sur les chantiers des grands ouvrages d'art tel que le canal du Rove. La cour a longtemps gardé le surnom de cour des miracles[3]

Le nom des rues est parfois peu précis, il existe par exemple plusieurs rues nommées Montée des usines, l'impasse des usines ayant été nommée ainsi après délibération du 11 juillet 1988, il s'agissait d'une impasse sans nom dans la montée des usines[4].


Dans l'eau[modifier | modifier le code]

épave sous-marine
Epave du Brigue Samsonne

Face aux anciennes usines, depuis la plage de Corbières, on trouve sous l'eau l'épave du Ponton-bigue Samsonne : un ponton bigue (grue) est un engin flottant équipé d'un système de levage qui sert pour les travaux maritimes et fluviaux Le mécanicien se nommait Antoine Ciavarella. Le Samsonne, construit en 1920 aux Pays-Bas, doté d'une grande force a servi à l’agrandissement de la digue du large et au réaménagement du port de l'Estaque. Après la guerre, il a permis de sortir nombre de bateaux coulés. Il a été découpé en 1994 en trois morceaux. Vendu au poids de la ferraille pour le ponton-flèche, le ponton-moteur a été découpé en plusieurs morceaux et la machine à vapeur est encore visible au Musée de la réparation navale de Marseille. Enfin, c'est le ponton de cabestan tribord repose sur le site de Corbières. Il est fait de fer, de fonte et d'acier. On peut le voir en palmes masque tuba, contournez la digue face à la plage de la Lave, il est à quelques mètres du bord[5]

La Comex est implantée sur le bas du quartier des Riaux, on peut encore y visiter le Saga, sous marin construit dans les années 1960[6]

Préhistoire, une grotte datant du Néolithique - 5600 - 4500[modifier | modifier le code]

Les grottes à sépultures intentionnelles sont rares dans la région marseillaise. Celle que l’on nomme La Crispine est peu connue, cependant dans cette Nerthe si peu étudiée par les archéologues, Clastrier découvrit un gîte d’un grand intérêt dont les objets ont été légués à l'institut historique de Provence, d'après Clastrier, cité par Carvin :[7]

Cette grotte est située aux environs de Marseille dans la chaîne de la Nerthe dans la propriété de la Société Produits Chimique de Rio Tinto, son altitude moyenne est d’environ 150 m. Elle surplombe presque l’entrée du tunnel qui perce la montagne à cet endroit et qui relie Marseille au Rhône. Dans le pays, cette grotte s’appelle Crispine ou encore Crispin. Ce nom pourrait venir de Christ-Pinis, grotte du Christ dans les pins à cause du service qu’elle aurait rendu en 1793 sous la Terreur aux Marseillais qui allaient y entendre la messe.

L’entrée de cette grotte présente une forme ogivale. Affectée longtemps pour une bergerie, un mur percé d’une porte la ferme en partie, elle mesure 17,50 m de long et 10 m de large.

M. Clastrier y aurait rencontré une ancienne tranchée de fouille (d’origine inconnue) (peut être Marion ou Fourrier). Découverte de traces d’habitation moderne, quelques briques, gîte de pâtre, et au milieu une belle molette carrée et arrondie par le travail humain, quelques os, gros coquillages, corne de chèvres.

De retour, Clastrier aurait fait des démarches pour obtenir l’autorisation de passer à travers les usines de Rio-Tinto pour poursuivre l’exploration, il y aurait alors découvert un fragment de poterie néolithique ou ligure, puis dans un boyau assez étroit il aurait découvert des premiers silex, mais aussi des débris d’os qui correspondraient à la faune locale, ainsi que des nourritures et restants de repas, des dents de moutons, des os brisés et brûlés, des coquilles marines, des patelles, des bois carbonisés charbons. Mais surtout des couteaux, des grattoirs des outils primitifs qui auraient servi à l’époque néolithique. Également des os d’êtres humains. « La relique cherchée je l’ai trouvée sous mes doigts. O, combien délicatement je déterre une tête couchée sur le côté droit, le masque est régulier, le type normal, le maxillaire manque ; quatre fortes dents sont restées usées et arrondies sur les bords ; le sujet a vécu de nombreuses années. Mais quelle surprise ! Une fois la tête sortie, tout le dessous est brûlé, puis tout autour de cette tête, à moitié cuits mêlés à la terre noire, des os de grandes et moyennes vertèbres, brûlés et brisés mais aussi des vases sans pieds en miette, des amulettes, des objets ayant appartenu au mort et jetés là dans une cérémonie funéraire qui nous est inconnue ».

Clastrier évoquerait des dents ainsi qu’une vertèbre d’équidé et une partie de mâchoire de cervidé accompagnés d’un racloir en silex de forme et de facture qui impliquent le Paléolithique. Sur le moment, Monsieur Clastrier ne s'est sans doute pas rendu compte de l’importance de cette découverte puisqu’il ne la mentionne dans aucune de ses notes. Carvin[7] précise que jusqu’à ce jour, dans le territoire de Marseille, aucun objet rapporté au Paléolithique, ne résiste à une critique sérieuse et objective. Les Silex découverts correspondent à la gamme connue dans la Nerthe néolithique dont :

  • Bois : industrie du bois représentée par une moitié d’écuelle taillée dans un morceau de bois,
  • Ornements : Rares patelles percées et de très beaux coquillages,
  • Céramiques : La céramique de la grotte Crispine serait identique en général à celle que l’on retrouve dans les habitats préhistoriques des environs de Marseille comme à la Baume Sourne ou à la Grotte Loubière. Certains paraissant appartenir à l’aurore du Bronze,
  • Les ossements humains découverts dans l’alcôve sépulcrale qui auraient pu appartenir au moins à deux individus, un adulte et un enfant.

Pour Carvin[7], nous nous trouvons en présence d’une sépulture secondaire du néolithique dans la mesure où les cadavres avaient été incinérés au préalable, c’est peut-être pour cette raison que la plus grande partie des ossements n’a pas été retrouvée.

En résumé, il s'agirait d'une sépulture simple puisque les cadavres ont été inhumés en pleine terre sans coffre ni lausse. Face à la mer dans un site presque tragique alors que les vagues battaient les roches du rivage proche, avec sa voûte grandiose, cette grotte mystérieuse présente le décor que choisissaient les hommes du néolithique pour abriter le dernier sommeil de leurs morts. Elle appartiendrait à cet ensemble funèbre de la même époque à peu de chose près : Grotte des Héritages, Baux des Morts (Ile de Jaire), grotte des Infernets (près d’Auriol) grotte Loubière, toutes grottes sépulcrales plus ou moins praticables[8]. Malheureusement, de nos jours, cette grotte se trouve sur le site de dépollution des usines, elle a servi pendant longtemps de déchetterie.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1819, le quartier recouvrait la partie nord du quartier de la Falaise et le sud des Piches. En 1819, les terres n'étaient pratiquement partagées qu'entre deux ou trois familles, dont la famille de Pierre Puget, il n'existait pratiquement pas d'autres maisons.

La famille Puget habitait, à cette époque, un modeste logis à flanc de coteau et possédait également de nombreuses propriétés entre l'Estaque et la Nerthe. À la fin du XVe siècle, Pierre Puget, quadri-aïeul du sculpteur, ayant exploité les terres de son épouse (Peyrone Maurel, veuve Villasse) et ses descendants, dans le bassin de Séon, Laurent, né en 1510 s'est établi dans "les lieux-dits Riaux et la Nerthe". Paul, son fils aîné, dit Paulet (1540-1592) époux de Jéromine Lieutaud est le grand père de l'artiste et l’ancêtre de tous les Pugets. Du grand tènement de terres, vignes, pâturages et arbres fruitiers affermé par son père à François Sommati, sieur du castellar et de la tour de Séon en 1554, Paulet avait hérité d'un vaste domaine s'étendant de Corbière à l'ouest jusqu'au valat (fossé) de Riaux à l'est et à la Nerthe au nord. Cette étendue de colline qui incluait notamment une baume (grotte) qu'il aurait habité avec sa femme et leurs cinq enfants[9].

Lorsque 7 ans après la mort de Paulet, en 1599, ses quatre fils se partagèrent ses biens, chacun fut responsable d'un domaine :

  • Jacques l'ainé, pu disposer d'un grand afar (domaine) de terre, bosques et arbres dans la partie médiane, sur le lieu dit Vauclaire, à savoir, la partie qui va de la mer au sud de "baus trauca" au nord.
  • Gaspard, le cadet reçu deux pièces en bordure du valat de Riaux et des terres à la Nerthe, l'emplacement de la petite bastide (illustré par les peintres du XIXe siècle correspond à l'une de ces portions.La construction existait dès le XVIIe siècle, son fils André y dicta ses dernières volontés en 1664, cette propriété passa ensuite aux hommes de la famille d’aînés en aînés.Deux autres descendants, dont Panisson, puis Joseph Henri dit Balicot (basilic) (1771-1857). En 1945, François Simon a peint ce domaine, cette même année, Balicot répartit ses biens entre ses quatre fils. Cette terre désignée comme fossé de Riaux, est alors plantée richement de vignes et autres arbres fruitiers. Elle revint, pour la plus grosse part, 1.3 ha au sud, à Louis Pierre principalement, et la portion située plus au nord revenait à François.Le bastion se trouva partagé également par les frères, le premier eut la partie ouest (cellier au rez-de chaussée et une chambre au premier étage, plus une bousquetière : resserre pour le bois) et une écurie à l'est de la maison que l'on voit figurer sur les tableaux des peintres, son frère, quant à lui, reçu alors la partie qui inclut une cuisine de plain-pied, trois chambres au premier, un four adossé au nord de la maison (four à argile sans doute, puisqu'il est fait état dans un document datant de 1835, de sa qualité de tuilier. Le 26 novembre 1869, il revendit sa part à son petit-cousin Louis Marie, petit fils de Pierre, dit La Passe ou encore la Pasque, du nom de l'une de ses terres la Peyre et la Pasque), il est propriétaires d'une quarantaine d'hectares à l'ouest, vers Corbières[9].
  • Jean, le benjamin, reçu la partie la plus à l'ouest, vers les collines de Corbières depuis la baume Cresteigne (grotte Crispine) qui se situe au dessus du tunnel du Rove et qui descend jusqu’à la mer, ainsi que de deux parcelles à l'est du valat de Riaux.
  • Simon Puget, futur père du sculpteur, il obtint trois pièces de terre cultes et incultes couvrant 40 carteréées (soit environ 8 hectares) et dont les noms sont :
    • L'Aire vieille : verger riche en arbres fruitiers, limitée à l'est par le valat de Riaux et comprise entre les parcelles de Gaspard. Simon s'était établi comme maître maçon en ville, dans le quartier du Panier mais il conserva toujours ses biens aux Riaux. Il y fit établir une bastide entre 1600 et 1620 sur cette propriété. Elle est assez étendue (14 carterées, soit près de 3 hectares) et était alors riche en eaux : Georges Reynaud, évoque[9] un "puits et le torrent de Riaux" qui permattaient la présence des nombreux arbres fruitiers, amandiers, figuiers, oliviers.
    • La croix nommée aussi la baume de la Sauvy (grotte de la sauge), comportant une grotte, probablement celle qui avait été habitée par ses parents, mais aussi une croix de bornage.
    • Le Vallon de Vauclaire, en bordure de mer, mitoyen de la part du même nom reçue par son frère Jacques.

Après la mort par accident (chute d’échafaudage) de Simon Puget, le 10 octobre 1622, sa veuve, Marguerite Cauvin ainsi que ses trois fils : Jean, Pierre et Gaspard, ont continué à exploiter la maison et les champs alentours. Reynaud suggère d'ailleurs qu'ils y ont trouvé refuge en 1630 lors de l'épidémie de peste qui fit 8 000 victimes et "chassa hors des murs de la ville cinq marseillais sur six"[9]. En 1638 et 1642, Marguerite passa des actes de reconnaissance de cette terre auprès de Pierre de Sommati, fils et ayant droit de François. Toutefois, le 11 mai 1644, Pierre Puget, le benjamin de la famille étant rentré d'un voyage de formation en Italie, le partage eut lieu entre les trois frères et le bastidon ainsi que l'Aire vieille revint à l'aîné : Jean, tailleur de pierre, lequel, en 1659, céda son lot pour la somme de 1 800 livres à son cousin André Puget (fils de Gaspard). Cette propriété passa ensuite à Claude, le fils cadet d'André, puis à Joseph, son petit fils, qui testa à Marignane en 1755. Le fils aîné de celui-ci, Guillaume, mort en 1789 (octogénaire), en hérita et la transmit à son fils unique : François dit le Bauba (bourru) 1er juin 1815 au profit de Jean-François Tesse (contrôleur de brigade des douanes retraité, originaire d'Aujargues dans le Gard avait pris déjà le bail de cette propriété depuis plusieurs années, son nom est évoqué dans le chapitre sur la cour Arnaud) (1735-1821). La propriété est alors réduite à 1.8 ha de superficie mais porte toujours ses arbres fruitiers, ses vignes, ses pins et autres arbres fruitiers surplombant le vallon de Riaux. Le puits figurait parmi ses attributs et desservait les terres avoisinantes.Le bastidon se composait de six pièces au rez de chaussée, dont une cuisine et un cellier et de quatre chambres au premier. Il y avait également deux fours à pain, un cabanon et une remise. Cette description est fournie par Ferdinand Servian, dans Pierre Puget intime : Le cabanon situé sur un monticule argileux et hérissé de bauques : "[9] "la façade principale est de couleur chair...percée de deux fenêtres, pareilles à deux yeux chassieux, et d'une porte rectangulaire à laquelle on accède par quelques marches frustes. ....à droite, en retrait, se trouve une bâtisse où rampe une vigne vivace. Un pan de mur est troué à sa base d'une grande baie ombreuse. C'est l'entrée souterraine de l'écurie.... En face, s'étend la mer à l'infini"[9]. La maison et son terrain entrèrent en 1880 avec une grande terre contiguë à l'est dite La falaise, dans les biens de Charles-Edouard-Helion de Villeneuse, marquis de Trans et de Flayose (Flayose, 1827-l'Estaque, 1827), célèbre pour sa culture, son gout des livres et ses opinions républicaines, il fut surnommé le "marquis rouge". Ce serait grâce à la vente d'une partie de sa bibliothèque qu'il pu acquérir ses terres de Riaux et de la Falaise, avec sa bastide Fallet, surplombant la mer, mitoyenne du château Fallet et convertie au début du siècle en auberge[9].

L'ensemble de la propriété de Charles Edouard Helion de Villeneuve revint ensuite à sa nièce, la comtesse de Grasset, née de Forbin La Barben, et échut à ses filles : la comtesse de Certaines et de Fleurieu. Douze ans plus tôt, au moment de la construction de la ligne ferroviaire de l'Estaque à Miramas, la bâtisse cédée ensuite à Raimondo Mirabella, surnommée la maison rouge avait servi de restaurant pour les ouvriers du chantier. Elle fut profondément remaniée en 1923, mais son aspect fut conservé et se retrouve figuré sur une photographie du peintre expressionniste allemand August Macke (1887-1914) alors qu'il cherchait à retrouver les lieux peints par Georges Braque au début du siècle. C'est grâce à cette photographie que l'on peut repérer que le bastidon de Simon, a été peint par Cézanne à trois reprises par son côté nord (La Baie de l'Estaque du musée de Zurich, La Baie de l'Estaque vue de l'est de Rochester, La mer à l'Estaque de la fondation Rau). Le peintre avait aussi peint la véritable maison ancestrale de la famille Puget[9].

En 1820, sur le plan cadastral des Riaux (quatrième feuille de la section 6, dite Séon) n'indique alors qu'une quinzaine de bâtisses sur une dizaine de kilomètres carrés. La trace de la famille Puget persiste encore au siècle suivant et il fallait user de sobriquets pour distinguer les différentes propriétés : Panisson, Balicot, la passe, lau Buaba, Niéron, Quèque, le Dévot. Le jas de Puget se serait trouvé enseveli sous les usines, mais les bastidons de Simon et de Gaspard semblent avoir été privilégiés et immortaliés par Cézanne et d'autres peintres[9].

En 1882, la compagnie d'exploitation minière de Rio Tinto installe une usine dans ce quartier situé au bord de la meer et bien desservi par la voie ferrée P.L.M. Le lot tenu par l'entreprise se situe sur la colline que Louis Marie Puget tenait de la Passe et qu'il avait cédé en 1869 à l'avoué Stanislas Drogul, lequel y avait édifié un chalet face à toute la rade de Marseille. Ainsi, la terre et la maison en copropriété sont devenus propriété de la société minière.Le bastion Gaspard fut loué à des employés de l'usine[9].

En 1910, le viaduc ferroviaire de la ligne côtière de l'Estaque à Miramas, via Port-de-bouc est érigé au cœur des Riaux. Dans le même temps, de nouvelles maisons se construisent sur les abords du valat de Riaux, nommé aujourd’hui le Vallon de Riaux. On y voit encore le bastidon de Gaspard à mi-pente de son coteau.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que de nouvelles constructions liées au chemin de fer se créent. Selon l'inventaire général du patrimoine culturel de la Région PACA[10], le chemin de la Nerthe passait alors par ce qui depuis est devenu la montée Pichou. La première usine à s'établir sur le site, se crée vers 1870. Avec les nouvelles usines, l'habitat ouvrier se développe peu à peu.

travail d'après photos d'habitants des Riaux
Usine La Coloniale

L'essor industriel du quartier débute par l'achat de terrains en 1882 par la Compagnie Rio Tinto qui bâtit une usine éponyme sur les terrains qui jouxtent le Riaux. De nouvelles cités ouvrières voient le jour. Le port de la Lave est créé. Le quartier se métamorphose par l'essor industriel notamment avec la construction, en 1913 de l'usine de la Société coloniale des chaux et ciments Portland suivie ensuite par celles de plusieurs autres usines ;

Le 6 juillet 1914, la société minière et métallurgique de Penarroya, acheta à la famille Gouirand, pour son installation, une propriété encore plus vaste (72 ha) que celle de Rio Tinto. Ce terrain qui s'étend jusqu'au canal du Rove, alors en cours de construction. Penarroya, reçu, par la suite les biens fonciers de l'Ex-Rio Titnto devenue en 1890, la Société Anonyme des Produits chimiques de Marseille-L'Estaque. Penarroya reconduisit le bail de la maison jusqu'en 1977, date à laquelle, la société revendit une partie de ses terres et bâtisses à sept copropriétaires. Sur le bastidon, le four et l'écurie étaient en ruines et la maison avait déjà été agrandie par l'ajout de'une pièce servant de cuisine dans l'ancien angle rentrant du sud-est[9].

De nombreuses usines ont fructifié sur ces flans de colline : Ciments Penaroya, Khulmann, (ex Atochem), Lafarge, Saria, EGTH, Rio Tinto, Rousselot. À ce moment, de nombreux métiers participent au développement des usines, qu'ils soient tailleurs de pierres, charretiers, charbonniers ou même marchands de vins. Tous contribuent à l'essor du quartier qui se développe à la fin du XIXe siècle autour des habitations destinées aux ouvriers.

Quartier ouvrier, le secteur des Riaux fut largement influencé par des mouvements socialistes, en témoigne la grève de mai 1936 en solidarité avec les mouvements socialistes de la guerre d’Espagne. La grève des ouvriers des carrières de la Nerthe est suivie d'une grève générale occupant les usines de Chagneaud, Rousselot, Coloniale, Pennaroya, Tulieries et Khulmann [11].

Très tôt les usines sont exploitées par des travailleurs immigrés qui s'installent dans le quartier, formant alors des communautés italienne, corse et algérienne particulièrement chaoui et kabyle. Ainsi, selon les critères du recensement de 1982, sur 1 200 habitants, 620 sont des étrangers dont 520 des Algériens[12].

Toutefois, les usines ont commencé à fermer et à être rasées au tout début du XXIe siècle, laissant de vastes friches industrielles qui font l'objet d'opération de dépollution et décontamination des sols ; notamment celles de Métal-Europe où de l'arsenic était déversé directement dans la colline[13].

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le sociologue Salvatore Condro décrit le quartier[14] : « Ainsi le quartier de l’Estaque-Riaux était-il, jusqu'à une période récente un espace industriel, un quartier ouvrier où les conditions et les modes de vie ouvriers surdéterminaient les différenciations ethniques et culturelles. L'espace-temps ouvrier "mélangeait", "colorait", "respectait" les différences. L’Estaque-Riaux était en quelque sorte une petite communauté de voisinage dans laquelle "vivre et travailler au pays" était une réalité, du moins le sera jusqu'au milieu des années 70. Les petits commerces se multipliaient (le petit "truc" qu'on va acheter au centre-ville, c'est un peu du luxe). Le dimanche est consacré au tiercé, à la pétanque, aux joutes et au football. »

Culture[modifier | modifier le code]

peinture de Paul Cézanne
Le golfe de Marseille vu de l'Estaque, Cézanne, vers 1885
personne tenant une reproduction de peinture de Georges Braque à l'emplacement de sa réalisation
Viaduc de l'Estaque et point de vue à l'origine de la photo

De 1870 à 1918, des peintres célèbres ont été inspirés par l'Estaque dont fait partie le quartier des Riaux , c'est l'un des fief de l’impressionnisme.

Pierre Puget : si l'artiste fut baptisé à la Major, il est né à Riaux en 1620[9].

En 1845, le peintre marseillais François Simon (1818-1896), élève de Loubon et d'Aubert, a réalisé une toile intitulée : Le Vallon de Riaux et la maison où est né Puget. D'autres artistes se sont ensuite intéressés aux Riaux, c'est le cas de Jean Baptiste Oliver (1848-1936), et de bien d'autres comme, Paul Cézanne qui laissa une toile Maisons en Provence (devenu en 1990 Maisons à l'Estaque), tableau conservé aujoud'hui au Musée de Wasfhington.

De cette époque, on trouve également nombre de cartes postales, illustrées par des photographes qui portent des noms comme : L'Estaque-Riaux, Berceau de Pierre Puget". Un ouvrage de la ville : Marseille Moderne, édité en 1912, conseille aux touristes de petites excursions à l'Estaque pour y voir "les usines de Rio-Tinto et la maison de Pierre Puget"

Ainsi, Paul Cézanne (1870-1886), séjourne de façon épisodique aux Riaux, il peint sur le motif de la mer et du quartier des Riaux[C 1], Auguste Renoir (1882-1895), peint, Chemin de terre près de l'Estaque, Les oliviers de l'Estaque, L'Estaque. Claude Monet (1883) y est présent également. Vingt ans plus tard, une nouvelle génération de peintres viennent sur les lieux peints par Cézanne pour prendre la leçon du maître et vont donner naissance à de nouveaux courants de peinture : André Derain (1905-1908) précurseur du fauvisme, y peint plusieurs œuvres, comme l'Estaque[C 2],[C 3], la jetée à l'Estaque[C 4], Route en lacets. Raoul Dufy (1903-1908), y peint les Arbres à l'Estaque[C 5], Arcades à l'Estaque, Usines à l'Estaque. Albert Marquet (1916-1918) qui séjourne à l'hôtel de la Falaise y peint pendant la guerre des vues plongeantes sur le port depuis les hauts de Riaux (Panorama de l'Estaque[C 6], chemin de fer à l'Estaque[C 7]). Georges Braque (1907-19010) initiateurs du cubisme, produit une œuvre très importante aux Riaux, il évolue vers une simplification des formes. Matisse dit de lui : « Braque méprise la forme, il réduit tout... à des cubes ». C'est ainsi que naît le terme "cubisme". Ainsi, le célèbre tableau de Georges Braque, Le Viaduc à L'Estaque (1908), exposé au centre Georges Pompidou à Paris, représente le quartier des Riaux[15] et notamment son viaduc. Après la guerre de 14-18, les peintres prolétariens tels que Antoine Serra, François Diana ou Louis Toncini (viaduc à l'Estaque) viennent aux Riaux pour peindre les usines et les chantiers de Riaux. Ce quartier a également vu grandir le réalisateur Robert Guédiguian. Une grande part des œuvres du réalisateur comme Marius et jeannette (1997) ou Le derniers été (1981), y ont été tournés.

Les rappeurs Duval MC et Bil-K (Ghetto Phénomène) sont issus du quartier.

L'ancien cinéma Le Rio, a aujourd'hui disparu, un film[16] lui est consacré par l'association Images et Paroles engagées. Un inventaire a été réalisé sur le quartier Les Riaux[17]

Services et équipements[modifier | modifier le code]

carte membre CIQ
  • L'Association sportive Khulman (ASK) et le « City-Stade » Jean Christofol, rénové en 2012.
  • La société de pêche Lou Saran, route de l'Estaque Plage.
  • Le Jardin Sylvain Bettini avec jeux d'enfants et garde corps architectural.

Économie[modifier | modifier le code]

Ancien panneau de signalisation d'une usine, 2009

Revenu fiscal[modifier | modifier le code]

En 2007, le revenu fiscal médian par unité de consommation était de 12 869 euros (avec 507 unités). Le revenu fiscal médian par ménage était de 22 530 euros (avec 279 ménages fiscaux). Il n'y a pas de données sur la moyenne des revenus fiscaux[18]. La taxe d'habitation s'élève à 29 % et la taxe foncière à 24 %

Population active[modifier | modifier le code]

L’économie du secteur fut longtemps basé sur les usines qui sont en grande partie à l’origine de l'urbanisation du quartier, après la fermeture de ces usines le quartier connait un taux de chômage élevé ; en 2006 il atteint les 27,52 %[19]. Le nombre d'habitants n'est pas suffisant pour qu'il soit reconnu comme quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) selon les sources du système d'information géographique de la politique de la ville [20] et selon la méthodologie de l’Insee.

Selon Bienici, ce quartier compterait  614 habitants, avec un âge moyen de 48 ans. Les habitations seraient réparties de maisons (78 %) et seulement 22 % d'appartements. La taxe d'habitation s'élève à 29 % et la taxe foncière à 24 %

Entreprises et commerces[modifier | modifier le code]

Pratiquement tous les commerces ont fermé[21]. Seul demeure le magasin Utile, chemin de la Nerthe, tenu par la famille Azzoug.

En arrivant sur les Riaux, le long de la route de l'Estaque Plage, on trouve le restaurant l'Hippocampe, situé sur le domaine du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM).

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

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Sortie photos Didac-ressources dans le quartier des Riaux

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Salvatore CONDRO, « L'insertion sociale des immigrés : Crise économique et changements sociaux un quartier de Marseille : l'Estaque-Riaux », dans Des migrants et des villes : Mobilité et insertion, Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1988. Lire en ligne.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et Références[modifier | modifier le code]

Voir en ligne les œuvres picturales citées[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Guignet Philippe, « Cours, courées et corons. Contribution à un cadrage lexicographique, typologique et chronologique de types d'habitat collectif emblématiques de la France du Nord », Revue du Nord, 1/2008 (n° 374),‎ , p. 29-47. (lire en ligne)
  2. Adrien Blès, Dictionnaire Historique des Rues de Marseilles, Marseille, Jeanne Laffite, , 526 p. (ISBN 2-86276-372-1)
  3. Extrait : Formes d'habitat spécifiques remarquables. Règlement du PLU de Marseille Tome 3 annexe disposition générale, Article 13
  4. Adrien Blès, Dictionnaire du nom des rues de Marseille, Marseille, Jeanne Laffitte, , 526 p. (ISBN 2-86276-372-1), p. 459
  5. Vastine Eric et Simide Rémy, Plonger du bord... plonger autrement, éditions de l'Hippocampe, , 146 p. (ISBN 978-2-9551009-1-2), pp 74-75
  6. « Les compagnons du Saga », sur https://lescompagnonsdusaga.org, (consulté le 21 septembre 2018)
  7. a b et c Carvin Carvin, Entre mer et colline, un avenir se dessine. L'histoire du nord de Marseille, Villa Aurenty, Parc François Billoux 246 rue de Lyon 13015, Direction de l'animation et de la culture Villa Aurenty, mairie 15 et 16,, , 319 p., p 52
  8. Daumas G., La collection de S. Clastrier à L'institut historique de Provence. Mémoire de l'institut historique de Provence,, Marseille, collection Clastrier, , 228 p., pp 190 -192
  9. a b c d e f g h i j k et l Georges Reynaud, Demeures et propriétés marseillaises de Pierre Puget, Marseille, comité du vieux Marseille, troisième trimestre 1994, 62 p., p 4
  10. l'article
  11. Antoine OLIVES, « Le Front Populaire à Marseille d'après un sondage d'opinion (1935-1936) », Provence historique Fascicule 69,‎ , p. 310 (lire en ligne)
  12. Mireille Meyer, DES MIGRANTS ET DES VILLES, Aix en Provence, l’IREMAM, , 143p p., p40
  13. « Metaleurop ferme son usine d'arsenic de Marseille », sur Les Echos,
  14. CONDRO, Salvatore. « L'insertion sociale des immigrés : Crise économique et changements sociaux un quartier de Marseille : l'Estaque-Riaux », dans Des migrants et des villes : Mobilité et insertion, Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1988. Lire en ligne
  15. Le Viaduc à l'Estaque, Braque
  16. « film sur le Rio »
  17. « Quartier Les Riaux », sur http://dossiersinventaire.regionpaca.fr, (consulté le 14 mars 2017)
  18. http://www.insee.fr/fr/ppp/bases-de-donnees/donnees-detaillees/duicq/xls/RFL/RFL_I_93_00758.xls
  19. 16e arrondissement de Marseille
  20. « SIG Ville », sur site du gouvernement
  21. l'inventaire