Les Quarante-cinq

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Les Quarante-cinq
Image illustrative de l'article Les Quarante-cinq

Auteur Alexandre Dumas avec la collaboration de Auguste Maquet
Pays France
Genre Roman historique
Collection La trilogie des Valois
Date de parution 1847-1848
Chronologie

Les Quarante-cinq est un roman d'Alexandre Dumas, avec la collaboration de Auguste Maquet rédigé entre 1847-1848. C'est le troisième et dernier roman de la trilogie des Valois qui exploite le contexte historique des guerres de religion. Il fait suite à La Reine Margot et La Dame de Monsoreau.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'action se passe entre 1585 et 1586, treize ans après le massacre de la Saint-Barthélemy. Ayant succédé à son frère Charles IX, Henri III règne depuis dix ans sans avoir réussi à calmer l'agitation politique et religieuse qui livre le royaume aux factions.

« - Les catholiques d’abord.
- Ah ! oui, parce que je n'ai exterminé qu'aux trois quarts les huguenots.
- Puis les huguenots, parce que tu les as aux trois quarts exterminés.
- Ah ! oui ; et les troisièmes ?
- Que dis-tu des politiques, Henri ?
- Ah ! oui, ceux qui ne veulent ni de moi, ni de mon frère ni de M. de Guise.
- Mais qui veulent bien de ton beau-frère de Navarre.
- Pourvu qu'il abjure. »

— Alexandre Dumas père, Les Quarante-cinq, chapitre XIV

En fait Dumas mélange allègrement les dates. Une partie de l'intrigue fait référence à la septième guerre de religion dite guerre des amoureux avec la prise de Cahors par Henri de Navarre, cinq ans plus tôt. Guillaume le Taciturne, assassiné en 1584, est toujours bien vivant dans le roman de Dumas, et s'il est exact qu'il encouragea le duc d'Anjou à convoiter la couronne des Pays-Bas et que celui-ci devint duc de Brabant en 1582, c'est en 1583, et non en 1585 ou 1586 qu'eut lieu l'attaque d'Anvers à laquelle le duc de Joyeuse ne participa pas, mais qui fut bien une déroute française. Le duc d'Anjou, mort de tuberculose en 1584 à Château-Thierry, meurt cette fois empoisonné à la fin du roman, réalisant ainsi une prédiction de Côme Ruggieri dans La Reine Margot. Le comte Henri du Bouchage se retira bien du monde pour devenir capucin, mais ce fut de douleur à la mort de sa femme Catherine de la Valette, et non par dépit de la froideur de Diane de Méridor comme l'imagine Dumas.

Le roman[modifier | modifier le code]

Les intrigues croisées[modifier | modifier le code]

Les matériaux historiques offraient à Dumas une multiplicité de pistes entre lesquelles il a choisi trois axes principaux : les événements de Paris, la montée en puissance d'Henri de Navarre dans le Béarn et la déroute d'Anjou en Flandres. Afin d'introduire un lien symbolique fort entre les différentes intrigues au début du roman, Dumas rassemble les principaux personnages de fiction dans un quartier tranquille de Paris où se font face premièrement L'épée du fier chevalier, auberge où logent les Quarante-cinq ; deuxièmement la maison toujours verrouillée où habitent Diane de Méridor et son fidèle Rémy et sous les fenêtres de laquelle le comte du Bouchage, amoureux transi, passe ses nuits; troisièmement la maison du bourgeois Robert Briquet où Chicot s'est retiré. À partir de ce lieu imaginaire, les personnages de Dumas vont retrouver les personnages historiques, fortement romancés, tandis que Les Quarante-cinq entraînent le lecteur au Palais du Louvre, chez les ligueurs parisiens, et sur les champs de bataille au Béarn et en Flandre.

Ernauton de Carmainge, un des Quarante-cinq, est le héros romantique de l'intrigue parisienne ; Chicot, alias Maître Briquet, fait le lien entre Paris et le Béarn où il est envoyé en ambassade par le roi. Henri du Bouchage et Diane de Méridor assurent de leur côté la jonction romanesque avec les événements de Flandres.

Intrigues politiques[modifier | modifier le code]

  • Les Quarante-cinq éponymes sont des gentilshommes gascons engagés par le duc d'Épernon, favori du roi, pour une mission dont ils ignorent tout à leur arrivée dans la capitale. Destinés à former la garde rapprochée du roi, ils le protègent des Guise, associés avec des bourgeois ligueurs qui veulent organiser une nouvelle Saint-Barthélémy pour liquider les politiques. La duchesse de Montpensier, sœur du duc de Guise, complote pour faire enlever le roi, le tondre et le forcer à entrer dans un monastère afin de s'emparer du pouvoir. Grâce aux Quarante-cinq, Henri échappe au complot.
  • Henri de Navarre, qui joue les princes inoffensifs, uniquement préoccupé par ses maîtresses, à Nérac, est en réalité occupé à former une armée avec laquelle il prend la ville de Cahors.
  • Le duc d'Anjou, qui campe devant Anvers, attaque la ville avec sa cavalerie calviniste, ses fantassins catholiques et les renforts commandés par l'amiral de Joyeuse. Prévenus par un traître, les flamands repoussent les français, font sauter les digues et d'Anjou prend ignominieusement la fuite, battant en retraite jusqu'à Château-Thierry.

Intrigues amoureuses[modifier | modifier le code]

  • Ernauton de Carmainge, un des Quarante-cinq, fidèle au roi auquel il a prêté serment, est tombé amoureux de la duchesse de Montpensier, ignorant qu'elle est l'ennemie d'Henri III.
  • Henri de Joyeuse, le frère d'Anne et du cardinal de Joyeuse, est amoureux d'une femme mystérieuse qui refuse de le voir et de lui parler. C'est Diane de Méridor, qui porte depuis six ans le deuil de Bussy (La Dame de Monsoreau) et veut se venger du duc d'Anjou qu'elle tient pour responsable de la mort de son amant. Elle est aidée par l'ancien médecin de Bussy d'Amboise, Rémy le Haudouin, miraculeusement rescapé du sanglant combat de Bussy contre les spadassins de Montsoreau, pendant lequel il avait été abattu à bout portant d'une balle à la tête.

Un roman à suivre[modifier | modifier le code]

La fin du roman semble indiquer que Dumas prévoyait une suite. Il ouvre d'ailleurs au moins trois pistes évidentes dans ce roman : on sait que le duc Henri de Guise fut assassiné en 1588 par les Quarante-cinq, personnages insuffisamment exploités dans le roman si l'on compare les chapitres consacrés à leur arrivée à Paris et ceux où ils jouent effectivement un rôle dans un roman qui porte leur nom. De même le roi fait par hasard la connaissance d'un jeune moine, le frère Jacques Clément, auquel Dumas, par une ironie tragique, lui fait offrir un poignard, celui-là même peut-être qui servira plus tard à son assassinat en 1589. Enfin le roman se termine sur la mort anachronique du duc d'Anjou, ouvrant la question de la succession au trône de France. Qui de Navarre où du Guise succédera à Henri ? Le Guise, semble répondre la fin du roman, par la bouche du personnage de Chicot, qui ne peut connaître à l'avance le déroulement de l'Histoire de France. C'est là un procédé de feuilletoniste que Dumas connaissait bien. Il ne peut donc s'agir d'une conclusion, mais de l'accroche d'un nouvel épisode de la saga des Valois[1]. Par ailleurs, la Grande Histoire croise la petite histoire romancée qui constituait l'intrigue centrale de la Dame de Monsoreau. Dans une lettre à sa sœur le duc de Guise écrit avoir identifié Diane de Méridor et Rémy Le Haudouin (qu'il appelle "deux personnes") en route de Paris vers les Flandres. Il les croyait morts depuis leur disparition, consécutive à l'assassinat de Bussy. Il devine leur projet de vengeance qui sert évidemment la cause des Guise.

Les personnages[modifier | modifier le code]

  • les Valois
    • le roi : Henri III, vieilli, mélancolique, mais aussi désabusé et clairvoyant sur ceux qui l'entourent. Dumas se sert du personnage pour illustrer la solitude du pouvoir. Henri est environné d'ambitieux comme le duc d'Épernon qui ne pensent qu'à leur propre avancement, de jeunes favoris comme les frères de Joyeuse que son manque de charisme n'inspire pas grandement, et d'ennemis qui veulent son trône. Sa mère Catherine a été écartée de la cour, et il a rompu avec sa sœur, Marguerite, la reine Margot. Son seul ami véritable est son bouffon, Chicot.
    • le duc d'Anjou : mort en 1584 de tuberculose, Anjou est ressuscité par Dumas. Il est réfugié dans le nord, où, manipulé par le Prince d'Orange, il s'autoproclame duc de Brabant. Henri III lui a promis de l'aide mais tarde à la lui envoyer pour le garder éloigné de Paris. Personnage médiocre, sans honneur, Anjou meurt empoisonné.
  • le Bourbon : Henri de Navarre, tel Brutus ou Hamlet, joue les inoffensifs au fond de sa province, au point que le roi s'y méprend : les Bourbons sont sensuels et circonspects, mais sans idées, sans force, sans volonté ; vois plutôt Henri[2] dit-il à son bouffon. Mais sous le masque du Vert-Galant se cache celui d'un véritable monarque, rusé, fin stratège, capable de surmonter sa terreur pour rallier ses hommes à son panache blanc au plus fort des batailles. C'est un personnage moderne, un politique, dont l'énergie et l'intelligence s'opposent à l'inertie des Valois, et dont le pragmatisme à la Machiavel contraste avec l'idéologie chevaleresque des Joyeuse ou d'Ernauton de Carmainges. Dumas a la plus grande indulgence pour son épicurisme dont il fait l'éloge. Mais pour louer son courage il se livre à un stupéfiant anachronisme : introduire le futur capitaine général de Louis XIV, Turenne, (1611-1675) dans cette armée, pour se permettre d'attribuer à Henri ses propos, "Tremble carcasse"... En fait volontairement ou involontairement il confondait ce Turenne avec un aïlleul, Henri de La Tour d'Auvergne (1555-1623), vicomte de Turenne.
  • Chicot, bouffon et conseiller d'Henri III, se fait passer pour mort, et sous le pseudonyme de Maître Robert Briquet, devient ligueur pour mieux espionner les ennemis du roi. Bretteur émérite, il est aussi latiniste et lit Montaigne, un nouvel auteur édité quatre ans plus tôt à Bordeaux. C'est le personnage auquel Dumas s'est le plus attaché dans le roman.
  • Ernauton de Carmainges : c'est un héros romanesque, gentilhomme, beau, intelligent, lettré, et pétri d'un code d'honneur qui guide tous ses actes. Contrairement à Chicot qui l'égale en courage et en habileté, mais qui a d'attachantes faiblesses, Carmainges est un personnage parfait, une sorte de jeune premier qui reste donc un peu inconsistant et dont le roman s'achève en queue de poisson, peut-être parce que Dumas prévoyait une suite qui ne fut jamais écrite.
  • D'Épernon : Dumas campe un portrait au vitriol de cet arriviste gascon, mais son rôle tourne assez vite court, comme celui de son second, Loignac, et en général celui des Quarante-cinq dont il a eu l'idée.
  • Les Joyeuse : le personnage du duc de Joyeuse est peu développé. C'est un gentilhomme dans la tradition des Bussy d'Amboise, qui donne le meilleur de lui-même au moment de la déroute d'Anvers où il rallie bravement les troupe en fuite et sauve la vie des soldats français abandonnés par le duc d'Anjou. Son frère, Henri du Bouchage, est un personnage qui évoque celui du vicomte de Bragelonne, autre mélancolique dumasien. Personnage chevaleresque, il poursuit un amour impossible jusqu'au moment où, découvrant que celle qu'il aime vient de se muer en meurtrière, il abandonne le monde pour devenir moine.
  • Dom Modeste Gorenflot : le moine paillard de La Dame de Monsoreau est devenu prébendaire d'une riche abbaye où il coule des jours heureux entre son lit et sa table. Il héberge à son insu une armée de ligueurs, et se laisse berner tant part le faux moine Borromée, agent des Guise, que par Chicot, espion du roi. Dumas, amateur de bonne chère et auteur d'un livre de cuisine, profite de l'appétit du digne abbé pour signer un menu gargantuesque.

Personnages historiques[modifier | modifier le code]

Henri IIICatherine de MédicisLe duc d'AnjouAnne de JoyeuseLe cardinal de JoyeuseDu BouchageD'ÉpernonLe duc Henri de GuiseLa duchesse de MontpensierLe duc de MayenneJacques ClémentHenri de NavarreLa reine MargotGuillaume d'OrangeCrillon •Françoise de Maridor (nommé par Dumas Diane de Méridor)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Texte du roman en ligne : La Bibliothèque Dumas.
  • Gustave Baguenault de Puchesse, « Les Quarante-cinq », in Revue du seizième siècle, t. IV, 1916, Paris, Édouard Champion, p. 16-21, [lire en ligne].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un certain Paul Mahalin publia d'ailleurs une suite à la trilogie de Dumas [1]
  2. Chapitre LXXXVIII