Les Petits Enfants du siècle

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Les Petits Enfants du siècle est un roman français de Christiane Rochefort paru chez Grasset en 1961.

Résumé[modifier | modifier le code]

Josyane est la fille ainée de la famille Rouvier. "Née des Allocations et d’un jour férié" après la Seconde Guerre mondiale, elle grandit tout d’abord dans le treizième arrondissement de Paris dans une chambre sale avec WC sur le palier avant d’être relogée avec sa famille dans une cité entre Avron et Bagnolet. Sœur lointaine de Gavroche, elle raconte avec un regard ironique et acéré son quotidien dans les blocs.  

Ses parents sont des ouvriers dans une usine de moutarde. Mais sa mère, à la santé chancelante après les grossesses multiples, arrête de travailler assez rapidement et lui délègue toutes les tâches ménagères. Son statut d'ainée lui donne l'entière responsabilité aussi bien de la maison que de ses frères et sœurs. Avec chaque enfant arrivent de nouvelles primes permettant d'acheter de nouveaux appareils électroménagers. C'est le cas pour les autres familles nombreuses de la Cité. A ce titre, Josyane se moque des "bonnes femmes" de la cité, perpétuellement enceintes et se traînant sous le poids de leurs problèmes de santé suite à leurs grossesses multiples. Garantes de l'ordre de la cité elles sont fortement critiquées par Josyane tout au long de son enfance puis de son adolescence. A la nuit tombée, une fois ses corvées finies, elle s'installe à la table de la cuisine afin de faire ses devoirs, ce sont les seuls moments de bonheur. L'été de ses neuf ans,elle rencontre Guido un ouvrier de chantier italien de 39 ans. Il lui fait plusieurs cunnilungus [1]. A son retour de vacances Guido est parti construire des cités ailleurs [2]. Josyane l’attend puis l’oublie.

Elle arrête l’école après son Certificat malgré de bons résultats faute de vocation. Après quelque temps, elle se souvient de Guido. Apprenant que les ouvriers Italiens construisent désormais à Sarcelles, elle décide de trouver un scooter afin d’aller le voir. Elle utilise alors les garçons de son quartier et échange des relations sexuelles pour en obtenir un. Elle se rend à Sarcelles mais ne parvient pas à trouver Guido. Elle plonge peu à peu dans une crise existentielle et a le sentiment d'être arrivée dans un cul de sac identitaire. Mais un jour, en revenant de la maternité avec son père et ses deux sœurs jumelles elle rencontre un jeune homme. Ce dernier, prénommé Philippe monteur à la télévision pense qu’elle est la mère des jumelles. Apprenant quelque temps après son erreur il l’invite à sortir, lui fait un enfant et ils se marient. Elle pense être à temps pour la prime et lui indique la ville nouvelle de Sarcelles afin de s'y installer. 

Commentaires[modifier | modifier le code]

Le titre de l'ouvrage est une référence direct à l'œuvre d'Alfred de Musset La Confession d'un enfant du siècle[3]. Christiane Rochefort entend montrer la nouvelle crise de cette nouvelle génération. En effet, à travers la vision de Josyane enfant puis adolescente, Christiane Rochefort entend dénoncer l'urbanisme abrutissant les classes sociales défavorisées. En effet, pour elle les blocs de bétons des cités ne laissent aucune possibilité d’ouverture. Cette critique se retrouve par ailleurs dans le scénario qu'elle co-écrit La Ville bidon réalisé par Jacques Baratier. 

L’autrice dénonce également les politiques natalistes de la fin de la Seconde Guerre mondiale qui échangent enfants contre des biens de consommation. Christiane Rochefort ne critique pas le monde ouvrier spécifiquement mais dénonce au contraire la fatalité amenant tous les milieux à être manipulés par la société de consommation.[4] Ainsi, Christiane Rochefort dénonce une idée figée du bonheur qui serait synonyme de possession de biens. 

Josyane est marquée tout au long de sa vie d'enfant puis d'adolescente par sa relation sexuelle avec Guido. Chaque chapitre s'ouvre par le souvenir de Guido et cette relation sexuelle pédophile est présentée par Josyane comme la relation de référence. En apprenant que les Italiens construisent Sarcelles, Josyane décide d'échanger des relations sexuelles avec les garçons de sa cité contre l'acquisition d'un scooter afin de se rendre là-bas. Elle oublie rapidement Guido et, dans une période où la contraception médicalement assistée est inexistante et où l'avortement est interdit[5] elle multiplie les partenaires. La sexualité n'est plus assimilée à la reproduction comme l'est celle des "bonnes femmes", groupe critiqué continuellement, mais devient au contraire un plaisir auquel elle se livre. Néanmoins ce plaisir dans les années soixante est présenté comme un risque pour les femmes comme le montre la mort d'une amie de Josyane suite à un avortement clandestin raté. Par ailleurs le basculement de la sexualité-plaisir à la sexualité-reproduction lors du dernier chapitre de l'ouvrage dans ses relations sexuelles avec Philippe marque un retour à la norme pour Josyane.

En effet, le regard ironique de Josyane disparaît complètement lors du dernier chapitre de l’œuvre. Si pour certains commentateurs le dernier chapitre est un morceau de poésie[6], sa fin heureuse n'est pourtant qu’une façade. Car Josyane affirme son refus dès le début du roman d’être comme une "bonne femme". Toutefois lors du court dernier chapitre elle rencontre Philippe, tombe enceinte, va se marier et accouchera à temps pour la prime. L'amour est présenté comme un piège et Josyane s'inscrit comme Octave dans La Confession d'un enfant du siècle dans un futur désenchanté. Ainsi Christiane Rochefort affirme qu'elle se sent liée par Josyane et essaye de la sauver en lui donnant des possibilités de sortie mais l'Amour aura sa peau [7]. Alors, l'ironie et la colère de Josyane disparaissent. Elle devient dès lors comme les "bonnes femmes" qu'elle n'avait de cesse de critiquer tout au long de sa vie. Elle est alors assimilée à l’ordre social qu’elle contestait. L’ironie disparue, elle reproduit le modèle familial mais également le modèle dominant. L'humour disparaît et se profile l'angoisse.

A ce titre, la figure de Josyane préfigure le personnage de la petite fille aux bottes jaunes du film Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola. Si le film critique pareillement la société de consommation manipulant les plus milieux les plus défavorisés, Josyane et petite fille sont très comparables. En effet, cette petite fille, personnage de fond qui ne parle pas à l'innocence enfantine ouvre et clôt le film. Néanmoins le film se ferme sur sa silhouette enfantine dotée d'un ventre de femme enceinte. Son ventre arrondi fait définitivement basculer le film vers l’angoisse[8]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Christiane Rochefort: Les Petits Enfants du siècle Lecture 2: Les Petits Enfants du siècle: The Story of a Reduction »
  2. « Extrait de Les petits enfants du siècle de Christiane Rochefort », sur Booknode (consulté le 8 juin 2017)
  3. BOUSTANI Carmen (sous la direction de), Aux frontières des deux genres. En hommage à Andrée Chedid, KARTHALA Editions, (ISBN 9782811137601, lire en ligne)
  4. Isabelle Constant, « L'Utopie de Christiane Rochefort: le non-principe, une certaine idée du bonheur », The French Review,‎ (lire en ligne)
  5. Caroline Moreau, Alfred Spira, Nathalie Bajo, « Évolution des pratiques contraceptives en France, impact social et démographique », Médecine de la Reproduction, Gynécologie Endocrinologie,‎ (lire en ligne)
  6. Institut National de l’Audiovisuel – Ina.fr, « Littérature », sur Ina.fr, (consulté le 24 janvier 2018)
  7. Christiane (1917-1998) Auteur du texte Rochefort, Ma vie revue et corrigée par l'auteur / Christiane Rochefort ; à partir d'entretiens avec Maurice Chavardès, Stock, (lire en ligne)
  8. « «Affreux, sales et méchants», ou quand Scola était affreux, sale et génial », Slate.fr,‎ (lire en ligne)