Les Cinq Cents Millions de la Bégum

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Les Cinq Cents Millions de la Bégum
Image illustrative de l'article Les Cinq Cents Millions de la Bégum
Stahlstadt, la Cité de l'Acier.

Auteur Jules Verne
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman d'anticipation
Utopie / dystopie
Éditeur Pierre-Jules Hetzel
Date de parution 1879
Illustrateur Léon Benet dit Benett
Chronologie
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Les Cinq Cents Millions de la Bégum est un roman de Jules Verne, paru en 1879, mettant en scène une utopie et une dystopie par le biais de deux cités bâties sur des principes très différents par les deux héritiers, l'un français et l'autre allemand, qui se sont partagé la colossale fortune de la Begum. Il présente aussi des traits de roman d'anticipation et d'espionnage.

Le roman[modifier | modifier le code]

Écrit à partir d'un manuscrit de Paschal Grousset intitulé L'Héritage de Langevol[1], le roman paraît d'abord en feuilleton dans le Magasin d'éducation et de récréation en 1879, avant d'être repris en volume chez Hetzel, éditeur attitré de Verne.

Ce roman est très marqué par son contexte historique postérieur à la Guerre franco-allemande de 1870. En effet, en 1871, l'Empire allemand a annexé l'Alsace et une partie de la Lorraine. Le héros, Marcel, est Alsacien, opposé au belliciste allemand Dr Schultze.

Parmi les thèmes évoqués par cette œuvre :

  • le nationalisme des protagonistes (qui s'explique par le contexte, cf. ci-après) ;
  • le monde des mines de charbon, qui rappelle un autre roman centré sur ce thème (Les Indes noires), et celui de la sidérurgie ;
  • deux visions de l'urbanisme utopique se matérialisant par deux représentations de l'avenir en une forme spécifique d'habitat de masse : les théories hygiénistes du Dr Sarrasin face au productivisme et au racisme du Dr Schultze ;
  • la formation technique, soit par le système français des grandes écoles (esquissé dans les premiers chapitres), soit par la formation professionnelle en usine telle qu'elle se pratique à Stahlstadt. On retrouve d'ailleurs ce thème de la formation technique et de sa valeur intrinsèque dans la formation morale de l'individu, dans un autre roman de Jules Verne, L'Étoile du sud.
  • il y a aussi comme une prémonition de la Seconde Guerre mondiale, car Herr Schultze est un Hitler anticipé. Selon lui, la race germanique est supérieure à toutes les autres races et France-Ville, construite par le docteur français Sarrasin, doit être détruite.

Intrigue[modifier | modifier le code]

Un Français, le docteur François Sarrasin, et un Allemand, le professeur Schultze, sont tous deux héritiers d'une fortune de 500 millions de francs d'une richissime Bégum. Avec sa part, Sarrasin construit en Amérique une ville idéale, basée sur les plus récentes techniques d'urbanisme et d'hygiène (techniques strictes aux allures utopiques) : France-Ville. Schultze, lui, choisit de construire Stahlstadt — la Cité de l'Acier, une gigantesque usine sidérurgique.

Marcel, le courageux fiancé de la fille de Sarrasin, part espionner la Cité de l'Acier en tant que simple ouvrier de nationalité suisse, mais ses talents le feront gravir l'échelle sociale de l'usine, jusqu'à devenir le dessinateur adjoint de Schultze, qui lui finit par lui présenter son projet secret de détruire France-Ville avec le gigantesque canon qu'il a conçu.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le roman commence dans la chambre d'hôtel du docteur, à Brighton. Son fils, Octave, est un étudiant moyen de l'École centrale. Il s'est lié d'amitié à Marcel Bruckmann, qui est un étudiant brillant et sert de mentor pour Octave. En apprenant la nouvelle de l'héritage de son père, Octave est rempli de joie, alors que Marcel est plus réservé sur cette nouvelle.

Pendant ce temps, le docteur Sarrasin, toujours à Brighton, décide d'utiliser l'argent pour la construction d'une cité modèle basée sur les principes scientifiques, France-Ville. La nouvelle de cet héritage se répand dans l'Europe et jusqu'au professeur Schultze, professeur allemand antifrançais, qui prétend lui aussi à l'héritage. En se rendant en Angleterre, un accord est trouvé : l'héritage est divisé entre les deux hommes.

Cinq ans plus tard, Johann Schwartz (en fait Marcel Bruckmann qui se fait passer pour Suisse) se fait engager comme ouvrier à Stahlstadt, la Cité de l'Acier et la résidence personnelle du professeur Schultze. Stahlstadt est une immense cité dédiée à l'industrie lourde sidérurgique, locomotives, machines à vapeur et canons. Par son travail appliqué, Marcel s'élève de poste en poste et réussit à devenir le collègue de travail et confident du professeur allemand. Mis au défi de prouver la réelle inventivité allemande lors d'une de leurs conversations, Schultze lui dévoile son projet ultra-secret : il veut détruire France-Ville grâce à un nouveau canon à longue portée tirant un énorme obus à gaz. Aussitôt, Marcel est condamné à mort par le professeur pour avoir eu connaissance de son macabre projet.

Marcel s'échappe alors de Stahlstadt et part prévenir France-Ville du plan machiavélique du professeur Schultze, mais l'obus tiré par le canon de Stahlstadt et destiné à détruire France-Ville a acquis une telle vitesse qu'il ne peut retomber : il devient le premier satellite artificiel de la Terre.

Quelques jours plus tard, la Bourse de San Francisco annonce que Stahlstadt ne paie plus ses créanciers, faute d'argent. De plus, le professeur est annoncé disparu. Marcel, accompagné d'Octave, se rend à Stahlstadt pour essayer de comprendre ce qu'il est advenu du professeur. Ils découvrent ce dernier mort, tué par un de ses engins de destruction.

Marcel propose alors de reprendre Stahlstadt et d'en faire un centre de production pour les industries utiles, dirigé par Marcel.

Marcel épouse finalement la fille du docteur et devient ainsi un membre à part entière de la famille.

Liste des personnages[modifier | modifier le code]

Personnages principaux
  • Docteur François Sarrasin, connu sous le titre de baronnet Bryah Jowahir Mothooranath ;
  • Octave Sarrasin, fils du docteur Sarrasin ;
  • Marcel Bruckmann, ami d'Octave, connu sous le pseudonyme de Johann Schwartz ;
  • Mr. Sharp, solicitor britannique, chargé d'attribuer l'héritage de la Begum;
  • Professeur Schultze ;

Les deux villes[modifier | modifier le code]

Stahlstadt[modifier | modifier le code]

Stahlstadt, littéralement la ville de l'acier en allemand, est la ville construite par le professeur Schultze avec sa part de l'héritage de la Bégum.

Le lecteur découvre la ville par le biais de Johann Schwartz, alias Marcel Bruckmann, qui enquête sur Stahlstadt. Marcel se fait passer pour un ouvrier suisse cherchant du travail. La cité est construite entre des montagnes où le minerai de fer et la charbon sont abondants.

La ville est une immense usine sidérurgique, extrayant sur place les minerais nécessaires à la production d'acier, pour fabriquer des machines à vapeur de tout type et des canons, dont la fabrication est tenue secrète. L'usine est protégée, fortifiée et organisée de façon militaire, tout accès est limité et tout déplacement nécessite une autorisation.

France-Ville[modifier | modifier le code]

France-Ville apparaît dans le roman comme une cité idéale basée sur les règles de l'hygiène, chères au docteur Sarrasin. La cité est établie aux États-Unis sur les bords du Pacifique.

La description de France-Ville est principalement faite dans le chapitre 10, par la restitution d'un article d'une revue allemande, l'Unsere Centurie. Bien que paru dans une revue d'esprit germanique, l'article est néanmoins élogieux pour France-Ville. De cette manière, l'auteur montre que la ville imaginée par le docteur français est au-dessus des nationalismes et qu'elle s'impose comme une « cité modèle » pour tout le monde. Le roman est écrit en 1880, mais il propose des idées novatrices pour l'époque.

Le choix de l'emplacement ne s'est pas fait par hasard, mais suivant des considérations scientifiques, de manière à assurer un cadre de vie idéal : proximité de l'océan, présence d'une rivière et des montagnes qui arrêtent les vents.

La cité fut entièrement conçue avant sa construction, à la manière d'une ville nouvelle : le plan de la ville et les matériaux de construction des bâtiments sont planifiés. Le tracé des rues se fait à angles droits et à intervalles réguliers. La construction des maisons, une par famille, se fait sans plan imposé pour éviter une « uniformité fatigante et insipide », mais est régie par dix règles que les architectes sont tenus de respecter.

L'hygiène conditionne la vie dans la cité. Les maisons sont en briques creuses de manière procurer une isolation thermique et sonore. Les tapis et les papiers peints sont proscrits des maisons (règle 8) car ils sont, d'après l'auteur, des « nids à miasmes ». La chambre à coucher, la pièce où l'on passe le plus de temps, doit être correctement meublée et « ne doit servir qu’au sommeil ». Les enfants, scolarisés dès l'âge de quatre ans, sont éduqués pour rester toujours propres : « Ils [les enfants] considèrent une tache sur leurs simples habits comme un déshonneur véritable. » Un réseau d'égouts est mis en place ; la qualité de l'approvisionnement est surveillée pour ne pas vendre de nourriture avariée. Toutes ces mesures sanitaires font de France-Ville, la cité du plus faible taux de mortalité et les hôpitaux ne sont pas en grand nombre dans la ville.

Toutes ces considérations pour l'hygiène peuvent paraître excessives, mais les découvertes de Louis Pasteur sur les microbes (Jules Vergne emploie le terme désuet de « miasmes ») sont contemporaines de l'écriture du roman. Par prévention de toute contagion, les éventuels malades sont isolés, les hôpitaux décentralisés n'hébergent qu'un nombre réduit de patients, ils sont construits en bois et réduits en cendres chaque année pour être reconstruits vierges de toute contamination.

L'environnement est respecté et la nature a une place importante dans la cité. Ainsi, la hauteur des maisons ne peut dépasser deux étages, pour ne pas accaparer l'air et la lumière (règle 2). Les maisons sont espacées entre elles et elles possèdent chacune un jardin particulier (règle 1). De même, des arbres sont plantés de part et d'autre des rues et chaque carrefour a un jardin public. La règle 10 est même une véritable règle écologique avant l'heure : les fumées sont « dépouillées des particules de carbone qu'elles emportent ».

Concernant la vie civique, n'importe qui peut vivre à France-Ville à condition d'être « apte à exercer une profession utile ou libérale, dans l’industrie, les sciences ou les arts, de s’engager à observer les lois de la ville. Les existences oisives n’y seraient pas tolérées ». Les industries et les commerces sont aussi libres. Dans les chapitres suivants, la vie politique de la cité est affaire de tous les habitants de la cité qui se réunissent lors de conseils pour débattre (dans un calme total) des décisions à prendre pour la cité.

France-Ville est une utopie, un modèle de ville idéale pour Jules Verne .

On repère aussi des traits racistes coutumiers à cette époque : comment on éloigne les coolies chinois qui construisent la ville idéale réservée aux blancs (chap. X), puis « les gros nez… », « … l’éternelle aspiration des races jaune ou noire vers la couleur des faces pâles (chap. XI) ».

Comparaison des deux cités[modifier | modifier le code]

Les deux villes ne sont évidemment pas les mêmes.

Tout d'abord, Stahlstadt est une ville-usine, tandis que France-Ville est une véritable ville. La construction de la Cité de l'Acier s'est faite naturellement dans un lieu où le minerai est présent, alors que France-Ville est construite de manière à avoir le meilleur cadre de vie.

L'architecture des deux villes est totalement différente : Stahlstadt est ronde, construite autour de la tour du Taureau et autour des usines. France-Ville est construite de manière raisonnée autour des habitations et des maisons de ses habitants. Les rues y sont perpendiculaires et régulières.

La philosophie des villes est à l'opposé dans chacune des deux villes : à Stahlstadt les ouvriers forgent des canons qui sont des symboles de mort. Les ouvriers meurent dans les mines afin d'extraire le charbon : ainsi, le mari et le fils de Mme Bauer. France-Ville a des préceptes pour garder ses citoyens le plus longtemps en vie avec un mode de vie hygiénique.

D'un point de vue civique, France-Ville n'est pas rattachée à son fondateur (France-Ville est créée par un comité), l'ensemble des citoyens participent à la vie politique de la ville. À l'opposé, Stahlstadt est centralisée à l'extrême sous la coupe du professeur allemand. Lorsque celui-ci meurt, la ville meurt aussi avec lui. France-Ville n'est pas aussi dépendante de son créateur.

Liste des chapitres[modifier | modifier le code]

  1. Où Mr. Sharp fait son entrée
  2. Deux copains
  3. Un fait divers
  4. Part à deux
  5. La Cité de l'Acier
  6. Le puits Albrecht
  7. Le bloc central
  8. La caverne du dragon
  9. «  P.P.C. »
  10. Un article de l’Unsere Centurie, revue allemande
  11. Un dîner chez le docteur Sarrasin
  12. Le Conseil
  13. Marcel Bruckmann au professeur Schultze, Stahlstadt
  14. Branle-bas de combat
  15. La Bourse de San Francisco
  16. Deux Français contre une ville
  17. Explications à coups de fusil
  18. L'amande du noyau
  19. Une affaire de famille
  20. Conclusion

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simone Vierne, « L'authenticité de quelques œuvres de Jules Verne », in Annales de Bretagne et du pays nantais, LXXIII, no 3, sept. 1966, pp. 445-458

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Revue Jules Verne 2, L'argent, 1996 ; Revue Jules Verne 7, Jules Verne et la cité, 1999.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]