Les Chats Pelés

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Les Chats Pelés (Les Mathildes ou Matou) est un collectif d'artistes fondé par Lionel Le Néouanic, Youri Molotov, Benoît Morel (chanteur de La Tordue) et Christian Olivier (chanteur des Têtes Raides) lorsqu'ils étudiaient à l'école Estienne. Ils ont réalisé toutes les pochettes d'album de Têtes Raides. Le groupe ne comprend plus aujourd'hui que Christian Olivier et Lionel Le Néouanic.

Origines[modifier | modifier le code]

Les Chats Pelés, c’est à l’origine la réunion de quatre copains nés en 1964, qui se rencontrent en 1984 sur les bancs de l’école Estienne (École d’enseignement supérieur des Arts et Industries Graphiques). Ils prennent l’habitude de réaliser des dessins où ils se mettent en scène sous forme de chats. De ces premières planches naitra le nom : Mathildes.

Les membres fondateurs sont:

  • Youri Molotov ;
  • Benoît Morel, qui fondera plus tard le groupe La Tordue et publiera ses propres œuvres graphiques sous le nom du « B du CHAT » et met fin à sa participation au collectif en 1998;
  • Christian Olivier, qui est à cette époque le chanteur de Red Ted qui deviendra en 1987 Têtes Raides;
  • Lionel le Neouanic, futur chanteur / percussionniste de Rosdul et ses Badzen, qui développera de son côté une importante activité d’illustrateur pour albums destinés à la jeunesse et fera paraitre sous son nom des albums comme Gentil Méchant et L'homme sans tête, sans jamais quitter le noyau dur des Mathildes.

Association avec le groupe Têtes Raides[modifier | modifier le code]

Influencés entre autres par les travaux de groupe Grapus, ils réalisent quelques dessins pour le journal « Révolution » mais leurs premiers vrais travaux seront pour les flyers, affiches et disques de Têtes Raides dont ils restent jusqu’à ce jour les seuls illustrateurs.

La production des Chats Pelés est toujours un équilibre de temps subtil et compliqué entre les carrières musicales, graphiques ou de chef d’entreprise de Christian et celles de Lionel : réalisation des albums sous leur nom, visuels pour Têtes Raides mais aussi des artistes du Label Mon Slip (Loic Lantoine, Jean Corti, Rosdul, …) ou extérieurs à ce label (Arthur H, JJ Miltau, …) ainsi que de très nombreuses créations d’affiches pour des événements musicaux (Printemps de Bourges, Paroles et Musiques, Vacances Musicales sans Frontières, MINO, le Grand Soufflet, etc. …) ou des événements sociaux ou culturels (Peine de Mort, Sans Papiers, Fête des Droits de l’Homme, Urgentistes et bien sûr KO SOCIAL).

Les sessions de travail, entre Christian le banlieusard et Lionel le provincial, se déroulent généralement à l’atelier parisien des Chats, avec toujours un planning et un ordre du jour chargés qui nécessitent donc une pause dans les autres activités.

Mais la façon de fonctionner des Chats Pelés nécessite impérativement la présence des deux complices, car le travail n’est pas réparti entre eux et aucune œuvre ne saurait être attribuée à l’un ou à l’autre : des premières esquisses à la finalisation complète, le travail passe de main en main, repris, complété, changé, débattu, examiné… le terme collectif s’applique à chaque phase, à chaque instant des créations.

Style[modifier | modifier le code]

C’est peu dire que les Chats Pelés détiennent une identité visuelle entre toutes reconnaissable. Quelques œuvres ont pu ponctuellement laisser penser à une évolution radicale dans le style graphique (pochettes des disques 28.05.04 ou Fragile en 2005 et 2006 par exemple), impression que démentent les récents Banco (2007) ou 20 ans de Ginette (2008) ou les affiches produites ces dernières années : il s’agissait plus d’une extension du domaine des possibles que d’une évolution orientée, restreinte et durable.

Pour autant, la lecture de l’œuvre des Chats montre des évolutions dans le style, qui pour s’être réalisées sur deux décennies n’en sont pas moins marquées : ainsi des premiers visuels des années 1980 au trait minimaliste, monochrome et parfois très informatif, au bouillonnement foisonnant et coloré d’un Chamboultou ou du livre Au boulot, qui chacun dans son style appelle à un examen minutieux complémentaire à l’appréhension globale, puis aux tableaux de CHIENS avec l’apparition d’une ligne plus sombre, la normalisation partielle des couleurs, moins explosives, au profit du fond ocre « javellisé » si reconnaissable, et la mise en valeur d’une situation unique, essentielle, la trajectoire est importante, mais l’esprit toujours préservé.

Les Chats Pelés travaillent toutes les techniques et tous les matériaux : tantôt à plat sur papier ou carton, tantôt en volume, les œuvres utilisent aussi bien aggloméré, bois, pierres, toile de jute, terre, carton, ficelles, ferrailles, papier, paille, carton et sable que divers matériaux bruts ou objets récupérés et stockés dans l’atelier jusqu’à retrouver une seconde vie à l’occasion d’une création. Pour l’anecdote, Christian ne manque jamais de rappeler l’année bénie pour le créateur qu’il était déjà où son travail d’éboueur lui permettait dans la journée de mettre de côté les mille et une trouvailles qu’il réutiliserait plus tard dans ses créations.

L’utilisation de craie et de pigments permet la mise en ces couleurs si reconnaissables des œuvres qui leur confère un côté enfantin souvent rehaussé par les formes des visages et des yeux écarquillés qui rappellent nombre d’ouvrages pour la jeunesse. Mais si les ouvrages des Mathildes sont effectivement très demandés par les enfants pour leur beauté graphique et l’apparente sérénité des situations, ils régalent tout autant les parents qui retrouvent à la fois le contenu et le souvenir apaisants de leurs lectures d’enfance mais savent aussi apprécier la qualité et la créativité des œuvres ainsi que le discours porté, qui n’est pas toujours angélique et n’est en tout cas jamais anodin sur notre société et ses artifices. Et puis quel plaisir que celui de revenir sur une double page et de repérer et détailler les différents matériaux et techniques employés et peu visibles à première lecture.

La présentation des œuvres elle-même, qu’il s’agisse des tableaux originaux ou des livres eux-mêmes en dit long sur l’absence de règles et de limites des Chats.

Ainsi certains dessins originaux auraient pu tenir sur un timbre poste… d’autres créations auraient nécessité le bureau de Poste pour les entreposer. Et du format des Jouons avec... (l’un en format poche, l’autre en format album très classique) à l’album Au Boulot qui dérange l’ordre souhaité des bibliothèques par son gigantisme, il a bien fallu s’habituer à ne pas ranger les Chats Pelés dans les mêmes rayons que leurs contemporains.

Et ce, pour s’en tenir aux livres. Mais si les Chats Pelés n’ont pas de format ni de limites, ils n’ont pas non plus de murs… ou en tout cas pas que des murs, ou pas que les leurs.

Une visite à l’atelier réserve cette surprise de taille : certaines des créations les plus emblématiques et célèbres des Chats ont été réalisées directement… sur le foncier ! Tel : le visuel du Printemps de Bourges, celui de l’album de CORTI, ou le NON qui sont gravés sur les murs. Et en déblayant certains coins du sol en béton de l’enchevêtrement d’objets en attente d’utilisation, on peut avoir la surprise de tomber sur une œuvre qu’il sera bien difficile un jour d’exposer ailleurs, sauf recours aux instruments destinés normalement au BTP.

Mais l’atelier ne leur suffisant sans doute pas, les Chats se sont un peu éparpillés alentours. Ainsi, le bar l’Art Bru, rue Quincampoix à Paris, a bénéficié il y a quelques années d’une remise à neuf par nos compères, ce bar étant resté depuis un point de chute assez habituel de la grande famille Chats Pelés / Têtes Raides.

Également, les Chats Pelés ont été projetés sur scène par les décors en volume qu’ils ont pu créer pour Têtes Raides, La Tordue ou La Coterie, dont le très fameux mur du spectacle des Bouffes du Nord.

Et quand le palpable ne suffit plus, il reste toujours le virtuel : Pierre Cognon a mis en scène le court métrage Chauffe, film d’animation à base de décors et de personnages des Chats Pelés.

On ne peut parler de la mise en ouvrage des travaux des Chats Pelés sans évoquer le travail réalisé par Fred Chapotat, photographe du collectif. Rendre absent tout relief, toute ombre, toute brillance pour donner à l’œuvre photographiée l’apparence d’un aplat, neutre de tout élément perturbateur pouvant surcharger la perception du lecteur est d’une très grande subtilité, il suffit pour s’en convaincre de profiter des expositions des œuvres pour tenter de trouver un angle neutralisant toute interférence.

La bibliographie des Chats Pelés porte les stigmates de la folle activité de ses créateurs en dehors du collectif : en 20 ans, seulement 5 livres sont parus portant la griffe des Chats, dont 3 en tant qu’auteurs illustrateurs. Mais pour 2009, 2 projets au moins sont dans les cartons.

Il ne faut évidemment pas hésiter à répéter que certaines créations pour Têtes Raides sont aussi des quasi-ouvrages à part entière, portant les mêmes exigences et les mêmes qualités, avec en prime la relation à l’œuvre musicale : Christian Olivier rappelle d’ailleurs depuis toujours que l’écriture, la musique et les visuels d’un album de Têtes Raides sont les 3 composantes indissociables d’une création globale. Ce qui renvoie certainement à son combat contre le téléchargement sauvage.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jouons avec les lettres : En collaboration avec Massin le célèbre typographe, paru en 1992, a certainement été révélateur pour les CHATS qui depuis n’ont jamais cessé de mettre en scène les lettres et la typographie qui deviennent des acteurs partie prenante de chaque œuvre.
  • Vive la musique : Publié en 1995 et traduit en 8 langues est l’histoire de la musique de l’âge de pierre à nos jours, où Fil et Flipo les héros, aux prises avec le géant Silence, passent d’époque en époque au fil des pages, expliquant l’histoire des instruments et des sons au gré des rebondissements pour finalement faire triompher l’accord parfait sur le bidon du géant vaincu.
  • Jouons avec les chiffres : Publié en 1997 et réédité en 2001, suite de la collaboration fructueuse avec le grand typographe MASSIN, et des chiffres bien noirs mais mis dans les situations les plus colorées.
  • Au boulot : Paru chez SEUIL Jeunesse en 2000, Au boulot est le deuxième ouvrage des Chats Pelés en tant qu’auteurs et illustrateurs. Ici, le monde du travail en prend pour son grade mais sous la forme d’un bestiaire bien singulier : Aldo le croco trafique le boulot, la pieuvre mademoiselle Bignole flanque des roustes aux mauvais travailleurs, les loups escroquent les moutons, tandis que Gaston le poisson nettoie l’horizon, que les girafes glandent, que Edmond le décrotteur de nez officie… et lorsque Germaine la Baleine, le moment venu, allume la nuit, Aldo a bien pitoyable allure. Une noria de personnages et de situations poétiques, primitifs, dadaïstes, un bonheur.
  • Chiens : Publié en 2004, est la troisième publication des Chats comme auteurs illustrateurs. Si les chiens, tous les chiens, de toutes tailles, races, formes et couleurs sont bien les héros de cet ouvrage, les obédiences sont souvent bouleversées et les rapports de force avec les hommes, les chats et les puces contestés. Comme dans Au boulot, toutes les techniques sont utilisées, mais cette fois au profit de mini saynètes et non plus d’une histoire. Cet ouvrage voit l’arrivée en force de la couleur ocre, que l’on retrouve sur de nombreux fonds et personnages, et qui fait l’un des repères des visuels des Chats Pelés. Les œuvres de Chiens ont fait l’objet d’une exposition en 2006 à la galerie SERIO, à Paris.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]