Les Aventures de Tom Sawyer

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Les Aventures de Tom Sawyer
Image illustrative de l'article Les Aventures de Tom Sawyer

Auteur Mark Twain
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Roman
Éditeur Chatto and Windus, puis American Publishing Company
Date de parution 1876
Illustrateur True Williams
Série Tom Sawyer
Chronologie

Les Aventures de Tom Sawyer (titre original : The Adventures of Tom Sawyer) est le premier roman que Mark Twain écrit seul, après L'Àge doré (The Golden Age) composé en collaboration avec Charles Dudley Warner. Il est publié en 1876, d'abord en Angleterre en juin, puis aux États-Unis en décembre.

Mark Twain y raconte les aventures d'un garçon du sud des États-Unis, Tom Sawyer, vers 1834, avant la guerre civile, dans la ville fictive de St. Petersburg (Missouri) aux abords du Mississippi. Pour une grande part autobiographique, lieux, personnages et aventures s'inspirent de la vie de l'auteur, de sa famille et de ses camarades d'enfance.

Ce roman est le plus célèbre de Twain, et il est également son plus grand succès de librairie, de son vivant et jusqu'à aujourd'hui. Considéré comme un classique de la littérature de jeunesse, il serait plus exact, selon le jugement de l'auteur, de le qualifier de « roman pour enfants pour adultes ».

Catégorisé, avec d'autres des œuvres, d'humoristique, il contribue d'abord à reléguer l'auteur dans des genres littéraires jugés mineurs et, ce faisant, à négliger ses qualités et ses innovations littéraires. C'est seulement plusieurs décennies après sa mort que Twain commence à être lu comme un écrivain américain majeur, et même comme l'un des fondateurs de la littérature américaine.

Sommaire

Genèse[modifier | modifier le code]

Le Mississippi, source d'inspiration de Twain.

Date[modifier | modifier le code]

Deux figures en bronze sur piédestal, ici vues de dos, face à la ville
Statue de Tom et Huck face à la rue principale d' Hannibal.

Pendant les années précédentes où il est journaliste, Twain écrit sur des événements et des sujets qu'il va reprendre dans Tom Sawyer. Parmi ces derniers, se trouvent l'école du dimanche (Sunday School)[N 1] et les amourettes de l'enfance. Vers 1868, il achève une nouvelle intitulée à titre posthume Boy's Manuscript (Manuscrit du jeune garçon) qui raconte la vie d'un enfant sur le Mississippi. En 1870, avec son ami d'enfance Will Bowen, il évoque des souvenirs partagés qui se retrouvent dans le roman[3].

Dater avec exactitude la période où Twain commence à travailler à ce projet est une gageure, tant les avis divergent, peut-être au début de 1872, encore que Dhuicq et Frizon parlent de février 1873[4] et McAllister de l'été de 1874, période fertile en souvenirs pour lui, explique-t-elle ; de son bureau perché au sommet de la colline surplombant Elvira, « les années aux pieds nus dans la touffeur et la crasse d'Hannibal le submergent[CCom 1] ». Inspiré par un nouveau projet, il gribouille un schéma en haut de la première page de ses feuillets, « esquisse dont, pour qui connaît le livre et à dire le moins, le plan a de quoi surprendre, tant quasiment rien n'y est reconnaissable[CCom 2] » :

« 1. Boyhood & Youth; 2. Y & early Manh. 3.the Battle of life in many lands. 4. (age 37 to 40,) return & meet grown babies & toothless old drivelers who were the grandees of his boyhood. The Adored Unknown a faded old maid & full of rasping, puritanical vinegar piety[3] ».

« 1. Enfance et prime jeunesse ; 2. la bataille de la vie dans de nombreuses contrées ; 3. J et première mat. ; 4. (age 37- 40) ; retour pour rencontrer les bébés qui ont grandis et les sans-dents qui bavent, autrefois les seigneurs de son enfance. L'Inconnu adorée, une vieille fille fanée et replète de bigoterie puritaine, grommelante et acariâtre »

« Peu importe l'esquisse ! » (Outine be damed!), ajoute-t-elle[3], et de rappeler en substance la métamorphose du souvenir en lieux et personnages de fiction : en cet été 1874, Twain écrit 400 pages, mais en septembre tout s'arrête : Tom « mourut temporairement » (Tom died temporarily)[3]. Le problème se pose de savoir s'il le héros doit être conduit jusqu'à l'âge adulte et, se donnant le temps de la réflexion, Twain écrit l'Âge doré en collaboration avec Charles Dudley Warner, publié la même année. Enfin, Tom, a-t-il décidé, ne grandira pas, et le roman est aussitôt repris[3]. Une lettre à W. D. Howells du annonce qu'il est terminé, et après des mois de révisions, il parait en 1876, l'année du centenaire de la naissance des États-Unis[3].

Mark Twain affirme dans son autobiographie que Les Aventures de Tom Sawyer est la première œuvre à avoir été écrite avec une machine à écrire :

« Je me déclare — jusqu'à plus ample informé — comme étant la première personne à avoir destiné à la littérature l'usage de la machine à écrire. Le livre en question devait être Les Aventures de Tom Sawyer. J'en ai écrit la moitié en 1872 et le reste en 1874. Ma dactylographe m'a tapé un livre en 1874 et j'en ai conclu qu'il s'agissait bien de celui-là[C 1]. »[5],[6].

L'historien Darryl Rehr a cependant montré qu'en réalité le premier tapuscrit de Twain est La Vie sur le Mississippi, réalisé sous la dictée avec une Remington no 2[7].

Sources du protagoniste[modifier | modifier le code]

Homme costume et haute-forme, entravé par la laisse de son chien, canne levée au-dessus d'un enfant, quelques badauds
Le bon petit garçon, mal récompensé.

Si Tom Sawyer est le premier essai de Twain pour écrire un roman seul, ce n'est pas pour autant l'œuvre d'un débutant. Auparavant, il a composé des récits autobiographiques, Le Voyage des Innocents, À la dure ; avec Tom Sawyer, il puise à nouveau dans sa propre vie, remontant dans le passé jusqu'à son enfance. Tom, c'est lui, mais aussi plusieurs de ses camarades, un personnage composite, comme le dit la préface : « la plupart des aventures relatées dans ce livre sont vécues ; une ou deux me sont personnelles, les autres sont arrivées à mes camarades d’écoles. Huck Finn est décrit d’après nature ; Tom Sawyer aussi ; les traits de ce dernier personnage sont toutefois empruntés à trois garçons de ma connaissance : il appartient par conséquent à ce que les architectes nomment l’ordre composite[C 2] ».

Outre ces textes autobiographiques, Twain a déjà mis en scène des enfants dans de courtes « esquisses » (sketches) parodiant la littérature de jeunesse de l'époque, qu'il s'agisse de péripéties destinées à édifier les petits garçons et les petites filles, ou de conseils de conduite à leur usage, conseils d'ailleurs eux-mêmes parodiés dans Conseils aux petites filles (Advice to little girls)[9].

Les textes antérieurs qui se rapprochent le plus de Tom Sawyer sont L'Histoire du bon petit garçon et L'Histoire du méchant petit garçon (Story of the Good Little Boy, Story of the Bad Little Boy), parenté remarquée dès la parution de Tom Sawyer, deux contes satiriques de quelques pages chacun, le premier d'abord publié en mai 1870 dans le Galaxy[10], puis dans Sketches, New & Old en 1875, avec des illustrations de True Williams[11], le second dans le Californian en 1865, puis dans Sketches New & Old en même temps que le conte précédent et avec le même illustrateur[12].

Dans le premier, un enfant modèle n'est jamais récompensé et finit par mourir avant d'avoir pu déclamer ses dernières paroles qu'il avait soigneusement préparées :

« Ainsi périt le bon petit garçon, après avoir fait tous ses efforts pour vivre selon les histoires, sans pouvoir y parvenir. Tous ceux qui vécurent comme lui prospèrent, excepté lui. Son cas est vraiment remarquable. Il est probable qu’on n’en pourra pas donner d’explication[C 3] ».

Dans le second, tel Tom Sawyer, le méchant petit garçon vole et ment, et finit riche député

« Et il grandit et se maria, et eut de nombreux enfants. Et il fendit la tête à tous, une nuit, à coup de hache, et s’enrichit par toutes sortes de fourberies et de malhonnêtetés. Et à l’heure actuelle, c’est le plus infernal damné chenapan de son village natal, il est universellement respecté, et fait partie du parlement[C 4] ».

Cette chute rappelle le mot de Twain à propos de Tom : selon lui, Tom finirait homme politique ou au bout d'une corde[13]. Le personnage a donc des antécédents, à la fois chenapan et garçon doué d'une certaine générosité, illustration du « bad boy » américain que tempère un bon caractère. Ces traits se limitent réciproquement : les tours de Tom n'atteignent pas à la pure et simple méchanceté, et sa générosité trouve ses limites dans sa petite vanité[N 2][13].

De plus, les textes quasi allégoriques des deux garçons opposés témoignent d'une confiance faussement naïve et ironique en l'autorité des livres, révélant le décalage entre ce qui s'écrit à l'époque et la réalité : « Eh bien ! Vous pouvez consulter et consulter d’un bout jusqu’à l’autre, et d’ici au prochain Noël, tous les livres de l’école du dimanche, sans rencontrer chose pareille[C 5] ».

Et l'auteur de feindre l'étonnement lorsque le « méchant petit garçon » n'est jamais puni comme dans les livres : « Comment Jim s'en tira toujours demeure pour moi un mystère » (How this Jim ever escaped is a mystery to me)[14]. Dans Tom Sawyer, ce n'est plus le narrateur, mais le personnage principal, Tom, qui croit, mais cette fois de manière très sérieuse, en la vérité des livres, qui sont dans ce cas des romans d'aventures.

L'histoire[modifier | modifier le code]

[Le synopsis de l'histoire est emprunté à diverses sources, dont certaines sont directement référencées. Parmi les autres, figure d'abord l'édition au format Kindle de (en) Mark Twain et Alfred Kazin, The Adventures of Tom Sawyer, Bantam, , 159 p. (ISBN 978-0553211283, ASIN B000FBJF8W). Se sont également trouvées sollicitées les collections Sparknotes, « Tom Sawyer » (consulté en 21 janvier2018), Cliffs notes « Tom Sawyer » (consulté le 21 janvier 2018) et Shmoop « Tom Sawyer » (consulté le 21 janvier 2018).]

Les Aventures de Tom Sawyer raconte les péripéties de Tom Sawyer, garnement malicieux et superstitieux, accompagné de plusieurs de ses camarades, au premier rang desquels Huckleberry Finn et Joe Harper, dans la ville de Saint Petersburg sur le Mississippi[15]. Tom est élevé par sa tante Polly à la suite de la mort de ses parents, alors que son ami Huck vit dans des tonneaux. L'œuvre comprend 35 chapitres et cinq grandes lignes narratives qui s'entremêlent au gré des différents épisodes[16].

Si aucune indication précise concerne la date du récit, plusieurs indices permettent d'en situer le début au vendredi 14 juin 1844[17], supputation d'autant plausible que la préface de Twain précise que l'histoire se déroule à la période de son enfance, « à savoir il y a 30 ou 40 ans », soit entre 1836 et 1846[18].

Première ligne narrative : chez lui, Tom en ses œuvres[modifier | modifier le code]

La première ligne narrative ouvre l'histoire et occupe les premiers chapitres ; le lecteur découvre les relations que Tom entretient avec sa famille, l'école et ses camarades[19].

Un garçon malicieux[modifier | modifier le code]

couleur, deux gamins passant la palissade à la chaux
Tom Sawyer, timbre commémoratif (1972) : la palissade passée à la chaux.

Cette partie révèle son caractère manipulateur, sa capacité à duper son entourage. Ses tromperies sont souvent le fruit de tractations lui permettant de faire travailler les autres à son profit ou de cumuler des honneurs immérités[17]. L'histoire s'ouvre abrupto par un appel « Tom ! » que suit un silence. C'est un vendredi et Tante Polly est à la recherche de son neveu de garnement qu'elle trouve barbouillé de confiture. Elle s'apprête à le fouetter, mais Tom détourne son attention et s'enfuit. L'après-midi, il fait l'école buissonnière, et au souper, subit l'inspection de sa tante qui le soupçonne d'être allé se baigner. Tom est sur le point de la duper encore une fois, quand son demi-frère, Sid, remarque que le fil utilisé pour coudre le col de sa chemise a changé de couleur, preuve qu'il s'est dévêtu pour aller nager. Tom prend à nouveau la fuite, non sans avoir menacé le délateur[20]. Alors qu'il marche en s'entraînant à siffler, il tombe sur un nouvel arrivant de son âge, richement habillé, dont le lecteur apprendra le nom plus tard, Alfred Temple. Les deux garçons rivalisent de menaces et une bagarre éclate : Tom a le dessus et contraint son rival à lui demander grâce. Le vaincu s'en va en pleurant de rage, puis lance une pierre dans le dos de Tom qui le poursuit jusque chez lui. La mère de la victime s'en mêle et demande à Tom de partir. Rentré fort tard, il est surpris par sa tante qui, voyant ses vêtements déchirés, prend la ferme résolution de le punir pour de bon[21].

La clôture passée à la chaux[modifier | modifier le code]

garçon sceau à la main détalant devant la maison
Jim, propulsé par la pantoufle de tante Polly.

Le samedi matin, Tom est puni et doit passer plusieurs couches de lait de chaux sur une immense palissade bordant le champ jouxtant la maison[20]. Arrive Jim, le jeune esclave, qu'il tente de soudoyer. Jim refuse de peur d'être puni. Tom insiste et marchande, propose même de montrer son gros orteil qu'il s'est écorché la veille[17]. Jim est finalement tenté par une grosse bille en albâtre (alley pour alabaster en argot), et accepte le marché[22].

Tante Polly, qui veille au grain, intervient :

« L’instant d’après, Jim déguerpissait à toute allure, le seau à la main et le derrière en feu ; Tom badigeonnait la palissade avec ardeur : tante Polly regagnait la maison, la pantoufle sous le bras et la mine triomphante[C 6] »

petit amas de bricoles diverses
Un trésor gagné en faisant travailler les autres.

Tom ne se résigne pas, et songe avec tristesse à ses camarades libres de s'amuser et dont il subira les moqueries[20]. Après inventaire de ses biens, bouts de jouets, bricoles, billes, il dispose d'un capital échangeable contre au moins une demie heure de liberté[24].

Soudain, il a un nouveau plan qu'il met aussitôt en œuvre[17] : survient Ben Rogers, et il feint d'être absorbé par sa tâche, ce qui intrigue son camarade. Tom le persuade qu'il s'agit d'un travail plaisant et difficile que lui seul peut accomplir. Alléché par l'enjeu, Ben lui demande de le laisser badigeonner un pan de la clôture, mais Tom refuse et Ben commence à marchander, offrant un pomme pour passer la chaux. Tom fait semblant d'hésiter et finit par accepter, puis récidive avec tous les autres garçons de passage. Non seulement il est débarrassé de la tâche, mais récolte un beau butin, un morceau de craie, des pétards, un bouton de porte, un chat borgne, un soldat de plomb :

« Tom se dit qu’après tout l’existence n’était pas si mauvaise. Il avait découvert à son insu l’une des grandes lois qui font agir les hommes, à savoir qu’il suffit de leur faire croire qu’une chose est difficile à obtenir pour allumer leur convoitise. Si Tom avait été un philosophe aussi grand et aussi profond que l’auteur de ce livre, il aurait compris une fois pour toutes que travailler c’est faire tout ce qui nous est imposé, et s’amuser exactement l’inverse.[C 7] »

Un bon petit diable[modifier | modifier le code]

Il rentre chez sa tante au comble de l'excitation. Au diner, alors que tante Polly s'absente un instant, Sid casse le sucrier ; au retour de la vieille femme, les dégâts ayant été constatés, Tom reçoit aussitôt une gifle qui le propulse à terre ; clamant son innocence, il va ruminer son chagrin dans un coin[20]. Ce passage rappelle l'ironie de L'Histoire du bon petit garçon et préfigure aussi l'une des plus dramatiques des aventures de Tom[26] :

« Il savait qu’au fond d’elle-même, sa tante regrettait son geste, mais il était fermement décidé à repousser toutes ses avances. Il se représentait sur son lit de mort. Sa tante, penchée sur lui, implorait un mot de pardon, mais lui, inflexible, se tournait vers le mur et rendait l’âme sans prononcer une parole. [...] Puis il imaginait un homme ramenant son cadavre à la maison. On l’avait repêché dans la rivière. Ses boucles étaient collées à son front et ses pauvres mains immobiles pour toujours. Son cœur si meurtri avait cessé de battre. Tante Polly se jetterait sur lui. Ses larmes ruisselleraient comme des gouttes de pluie. Elle demanderait au Seigneur de lui rendre son petit garçon et promettrait de ne plus jamais le punir à tort. Mais il resterait là, raide et froid devant elle...[C 8]. »

Deuxième ligne narrative : début de parade amoureuse avec Becky[modifier | modifier le code]

Tom marche (littéralement) sur la tête
Tom crânant devant la petite Becky.

La deuxième ligne narrative, d'abord enchâssée dans la première, s'en distingue pourtant tout en restant dans le contexte familial et scolaire : c'est la rencontre au chapitre III et le début de la relation de Tom avec Becky Thatcher, la fille du juge. Ces amours enfantines s'enchevêtrent aussi avec les autres épisodes du roman[21].

La petite fille blonde aux yeux bleus[modifier | modifier le code]

Cohorte de gamins en cercle, chapeaux de papier pointus, piques de bois, armes factices
Tom et Joe, généraux, font combattre leurs armées.

Une fois la punition accomplie, Tom se présente devant sa tante, qui, étonnée, le soupçonne de mentir. Ébahie en voyant les trois couches de lait de chaux, elle récompense Tom en lui donnant une pomme. Tom sort s'amuser, non sans se venger de Sid en lui jetant de la terre au passage[20]. Il rejoint son ami Joe Harper, et chacun prend le commandement d'une armée de gamins pour se livrer bataille. Tom remporte la victoire et s'en retourne chez sa tante. Chemin faisant, il passe devant la maison du juge Jeff Thatcher, aperçoit une petite fille blonde aux yeux bleus, nouvelle dans le village, et tombe immédiatement sous son charme, oubliant sur le coup sa précédente amoureuse. Il commence à se pavaner devant elle, entreprenant d'accomplir toutes sortes d'excentricités[20]. À la grande déception de Tom, la fillette fait mine de rentrer chez elle, mais elle s'arrête soudain sur le seuil et lui jette une fleur par-dessus la haie[17]. Tom passe la fleur à sa boutonnière et recommence son manège toute la soirée devant la grille de la maison de la petite fille, mais sans la revoir[27][22].

Femme âgée grondant un jeune garçon apeuré, jeune visage visible en moyen-plan
Tom, injustement châtié.

Alors que sa cousine Mary revient de la campagne, Tom s'en va bouder, et retourne le soir vers la maison de Jeff Thatcher pour attirer l'attention de sa bien-aimée. Alors qu'il a pénétré dans le jardin, il s'allonge et s'imagine mourant, suscitant la pitié de Becky, avant de recevoir un déluge d'eau glacée jeté par la fenêtre de la maison. Déconfit, il rentre se coucher[22].

Les apôtres David et Goliath[modifier | modifier le code]

Le lendemain, toujours pour entrer en grâce auprès de Becky, Tom se jure d'apprendre des versets de la Bible pour l'école du dimanche, d'ailleurs aidé en cela par la petite Thatcher qui tente de le motiver en lui faisant miroiter la récompense d'un canif[20]. Rien n'y fait, et l'astuce prend le relais de la vertu : à l'entrée du bâtiment, il échange diverses bricoles contre les bons points distribués aux enfants ayant bien mémorisé les versets. Il parvient à en obtenir suffisamment pour prétendre au prix décerné à ceux qui en ont appris 2 000 par cœur : une Bible reliée[17]. L'intendant de l'école dirige la séance de récitations, puis présente plusieurs visiteurs, dont le juge Thatcher. Le juge est accompagné de sa femme et de sa fille Becky. Lorsque Tom vient exhiber « ses » points et réclamer le prix, ses camarades comprennent qu'ils se sont fait berner et ont contribué à leurs dépends à un moment de gloire d'autant plus brillant qu'il se déroule devant des invités de marque[22]. La gloriole va être de courte durée ; ayant reçu sa Bible, Tom se doit de faire une démonstration de son savoir[17] : le juge lui demande quels sont les deux premiers apôtres : réponse de Tom : « DAVID ET GOLIATH ! » Sur ce, écrit l'auteur : « La charité nous force à tirer le rideau sur le reste de cette scène[C 9] »

Le scarabée dans la nef de l'église[modifier | modifier le code]

chien assez gros détalant bille en tête
« [...] le malheureux poussa un hurlement de douleur et détala [...] ».

Plus tard dans la matinée, Tom est assis à l'Église près de Sid, Mary et tante Polly pendant le sermon du révérend Sprague. Il s'ennuie et s'amuse avec un scarabée (pinchbug) qui finit par le pincer et décamper[20]. Au milieu de la nef, il est rejoint par un caniche (poodle) qui essaie de le mordiller avant de se lasser et de chercher d'autres distractions[17]. Puis, fatigué, le chien « bâilla, soupira et alla s’asseoir juste sur le scarabée qu'il avait complètement oublié ! Aussitôt le malheureux poussa un hurlement de douleur et détala dans l'allée centrale[C 10] » L'assistance garde tant bien que mal son sérieux, mais des éclats de rire fusent à chaque mot que prononce le pasteur qui poursuit courageusement son sermon. La fin de l'office est un soulagement pour tous[30].

Troisième ligne narrative : Tom et Huck, et suite des amours de Tom[modifier | modifier le code]

La troisième ligne narrative concerne surtout la complicité qui s'établit entre Tom et son copain Huck[17].

Jeune garçon habillé de guenilles, un chat mort à la main
« – Dis donc, à quoi est-ce que ça sert, les chats morts, Huck ? – Ça sert à soigner les verrues. ».

À quoi sert un chat mort ?[modifier | modifier le code]

Arrive le lundi matin. Tom cherche quelle maladie il pourrait simuler pour rester à la maison et ne pas aller à l'école. Il feint finalement avoir une dent branlante, mais tante Polly la lui arrache et il doit obtempérer[20]. Sur le chemin, il rencontre Huckleberry Finn qui se promène avec un chat mort. Twain donne une longue description du « petit paria » :

« Les vêtements de Huckleberry, trop grands pour lui, frémissaient de toutes leurs loques comme un printemps perpétuel rempli d’ailes d’oiseaux. Un large croissant manquait à la bordure de son chapeau qui n’était qu’une vaste ruine, sa veste, lorsqu’il en avait une, lui battait les talons et les boutons de sa martingale lui arrivaient très bas dans le dos. Une seule bretelle retenait son pantalon dont le fond pendait comme une poche basse et vide, et dont les jambes, tout effrangées, traînaient dans la poussière, quand elles n’étaient point roulées à mi-mollet[C 11] »

dessin d'enfant : une maison, un garçon, une fille
Illustration, sans doute de Twain lui-même[32]b.

Ils discutent des méthodes susceptibles de guérir les verrues et s'accordent pour essayer une cure avec le chat mort au cimetière à minuit[17]. Tom arrive en retard en classe et, alors qu'il est sur le point de mentir à l'instituteur Dobbins, il aperçoit la petite Becky et prend la décision de dire la vérité pour se faire reléguer chez les filles, ce qui ne manque pas de se produire lorsqu'il révèle avec aplomb qu'il « causait » avec Huck[20]. Tom se retrouve alors à côté de Becky et cherche à attirer son attention ; il dessine quelque chose sur son ardoise et sa voisine, dont la curiosité est piquée, lui demande si elle peut regarder : c'est une maison à peine esquissée, mais la petite fille semble impressionnée par son talent[17] ; il se met alors à écrire quelque chose en cachette : Becky veut regarder, mais Tom se fait attendre, refuse tout en cédant peu à peu et finit par dévoiler les mots : « Je t'aime » (I love you). À ce moment, l'instituteur intervient, saisit Tom par l'oreille et le tire à travers la classe pour le ramener à sa place habituelle, près de Joe Harper[22].

Tom s'ennuie et propose à Joe Harper de s'amuser avec un grillon qu'il garde dans une boîte dans sa poche. Pendant qu'ils se passionnent à leur jeu, Dobbins s'approche sur la pointe des pieds et leur administre à chacun un coup de férule qui soulève la poussière de leur veste[22].

Promesses et chagrins[modifier | modifier le code]

jeune garçon tentant de consoler une petite fille, vêtements traditionnels et chapeaux
« Les grands yeux de Becky apprirent à Tom qu’il venait de faire une gaffe. ».

L'après midi, Tom et Becky se retrouvent dans la salle de classe vide et Tom lui apprend à dessiner. Puis ils discutent, partagent un chewing-gum et enfin Tom demande à Becky si elle a déjà été fiancée, et il lui explique ce que cela veut dire. Ils se déclarent leur amour et s'embrassent, mais Tom commet un impair[20] :

« – [...] Et quand tu rentreras chez toi ou que tu iras à l’école, tu marcheras toujours à côté de moi, à condition que personne ne puisse nous voir... Et puis dans les réunions, tu me choisiras comme cavalier et moi je te choisirai comme cavalière. C’est toujours comme ça que ça se passe quand on est fiancé.
– Oh ! c’est si gentil ! je n’avais jamais entendu parler de cela.
– Je t’assure qu’on s’amuse bien. Quand moi et Amy Lawrence... »
Les grands yeux de Becky apprirent à Tom qu’il venait de faire une gaffe. Il s’arrêta, tout confus.
« Oh ! Tom ! Alors je ne suis donc pas ta première fiancée ? »
La petite se mit à pleurer[C 12] »

Cherchant à se faire pardonner, il lui offre une boule de chenet en cuivre, mais Becky le jette à terre. Tom sort alors de l'école, bien décidé à ne pas y retourner l'après-midi, et Becky tente en vain de le retrouver[22].

Quatrième ligne narrative : fugue et crime[modifier | modifier le code]

Elle couvre cinq chapitres, du chapitre XIII au chapitre XVII et comprend plusieurs phases : d'abord, une sorte de prélude et un long monologue ; Tom se rend au sommet du coteau de Cardiff, et assis au pied d'un chêne, rumine son malheur et s'apitoie sur son sort, tout en restant soucieux de son image[17] : « Comme cela devrait être reposant de mourir et de rêver pour l’éternité à l’abri des arbres du cimetière caressés par le vent, sous l’herbe et les fleurettes ! Sommeiller ainsi, ne plus jamais avoir de soucis ! Si seulement il avait pu laisser derrière lui le souvenir d’un bon élève, il serait parti sans regret. [...] Ah ! si seulement il pouvait mourir, ne fût-ce que pour quelque temps ![C 13] »

Robin des Bois et le vengeur noir de la mer des Antilles[modifier | modifier le code]

Mais son esprit est volatil, et, rêvant de partir, il commence à s'imaginer une carrière de clown, de soldat et finalement de pirate[20] : il sera le « Vengeur noir de la mer des Antilles » (the Black Avenger of the Spanish Main!)[35]. Ainsi décidé à quitter sa maison dès le lendemain, il essaie un sort pour retrouver ses billes perdues, mais le sort ne répond pas à son appel, sans doute victime d'une sorcière. Soudain résonne une trompette, et Joe Harper apparaît. Les deux enfants jouent à Robin des Bois le reste de l'après-midi[17]. Après la mort de Robin,

« [l]es deux garçons se rhabillèrent, dissimulèrent leur attirail et s’éloignèrent en regrettant amèrement de ne plus être des hors-la-loi et en se demandant ce que la civilisation moderne pourrait bien leur apporter comme compensation. Autant être des hors-la-loi une année entière plutôt que Président des États-Unis à vie[C 14] ».

L'idyllique escapade sur l'Île Jackson[modifier | modifier le code]

entrée protégée par deux murs maçonnées dans une forêt
Grotte McDowell (Mac Dougal), aujourd'hui « Grotte Mark Twain ».

Désespéré par les rebuffades de Becky, exaspéré par l'injustice subie par son copain Joe qui vient d'être fouetté et avec Huck, toujours libre, Tom a pris la résolution de partir sur l'île Jackson[N 3],[37] pour vivre à la pirate[20]. À la nuit, les gamins montent sur un radeau avec Tom comme commandant, qui ne ne fait pas tort d'hurler ses ordres. Quelques minutes, et l'île est atteinte. Bientôt, le radeau rompt son amarre et part à la dérive[38]. Qu'importe, il faut profiter de sa liberté et être heureux. Le deuxième après-midi, cependant, s'installe un « manque indéfini » (undefined longing), sans que personne n'admette sa nostalgie[17]. Une explosion les arrache à leur rêverie, c'est le bruit du canon utilisé pour faire remonter les corps à la surface : ce sont eux qu'on cherche et loin de ressentir le moindre remords, ils se flattent triomphalement d'être ainsi l'objet de tant d'attention[38]. Pendant la nuit, Tom quitte à la sauvette le camp et retourne chez sa tante. À travers la fenêtre, il aperçoit la famille et la mère de Joe Harper en pleurs. D'abord tenté de laisser un message, il se ravise et repart sur l'île. Les trois comploteurs passent la nuit à fumer et faire les braves tandis que s'abat un violent orage[20]. Le lendemain matin, les cloches de la petite ville sonnent pour inviter les fidèles à rendre un ultime hommage aux jeunes disparus. Au beau milieu de l'oraison funèbre, le prêtre s'arrête : les noyés viennent d'apparaître qui s'avancent triomphalement dans l'allée centrale[38].

Le cimetière fatal[modifier | modifier le code]

Les deux amis, comme convenu, se sont rendus au cimetière à la nuit tombée, mais avant qu'il ne puissent vérifier leurs théories thérapeutiques[17], ils sont témoins de l'exhumation d'un cadavre par le docteur Robinson qu'assistent Muff Potter, ivre, et Joe L'Indien. S'ensuit une dispute et Muff est assommé ; Joe tue le docteur avec le couteau de Muff qu'il glisse ensuit entre ses doigts. Tom et Huck redoutent Joe L'indien et s'engagent entre eux à ne rien révéler[20]. Liés à cet incident, se situent plusieurs épisodes, l'arrestation de Muff et son procès : après la déposition de Joe, Tom, pris de remords et incapable de laisser condamner un innocent, raconte tout au juge qui fait disculper Muff, tandis que Joe l'Indien s'échappe du tribunal par une étroite fenêtre[39].

Cinquième ligne narrative : la chasse au trésor[modifier | modifier le code]

Les vacances d'été se languissent et Tom et Huck décident de se lancer sur la piste d'un trésor, d'abord sans succès sous un arbre mort, puis dans une maison hantée.

Le mystère de la chambre 2[modifier | modifier le code]

Ils montent jusqu'au deuxième étage où ils aperçoivent deux hommes, l'un avec un accent espagnol et l'autre très sale qu'ils reconnaissent à la voix être Joe l'Indien, qui creusent un trou et y déversent des pièces d'argent, puis exhument une caisse remplie d'or[20]. Soudain, Joe se rendant compte qu'il est surveillé, s'enfuit avec son comparse, non s'en avoir chuchoté « la chambre 2 » (chamber 2) où mettre leur butin à l'abri. Tom et Huck supputent qu'il s'agit d'une chambre d'hôtel et par élimination passent la revue des tavernes et autres lieux de résidence, mais sans succès, sinon que dans la chambre 2 de l'« Hôtel de la Tempérance », ils tombent sur Joe l'indien ivre-mort[39].

Le pique-nique de Becky Sharp[modifier | modifier le code]

dans une forêt, trou recouvert de planches et de feuilles
Entrée de la Grotte Mark Twain, dite « entrée Mr. Simms » (Mr. Simms' Entrance), du nom de son découvreur en 1819-1820.

Becky Sharp invite ses camarades d'école à un pique-nique. En ce samedi après-midi, les chaperonnes accompagnent les enfants pour une promenade en bateau sur le fleuve[17]. Après avoir copieusement joué par une belle chaleur estivale, il est décidé d'explorer la grotte McDougal, célèbre pour son labyrinthe de couloirs, ses stalagmites et stalactites, ses cascades et ses lacs souterrains[N 4],[40]. Tom et Becky, réconciliés, ont tôt fait de s'aventurer loin du groupe et progressent d'un passage à l'autre, laissant une trace sur les murs avec le noir de fumée de leurs torches[41]. Les chauves-souris volent alentour et terrifiés, les enfants se retrouvent dans la plus totale obscurité. Près d'une nappe d'eau, Becky se repose, tandis que Tom progresse d'un stalagmite à l'autre avec le fil de son cerf-volant tiré de sa poche. À la fin d'un couloir, alors qu'il tâte la roche à la recherche d'un angle, soudain apparaît vingt mètres plus loin une torche qui illumine les cavités. Tom pousse un cri de terreur et se sent comme pétrifié : c'est Injun Joe qui décampe aussitôt, alors que Tom rejoint peu peu sa camarade, sans dire mot de sa rencontre, et déroule à nouveau son fil pour tenter de localiser une issue[41].

Huck sauve la veuve Douglas[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, Huck, qui n'a pas été invité au pique-nique, monte fidèlement la garde à la « Taverne de la Tempérance »[20]. Vers onze heures, Injun Joe et son comparse se faufilent avec leur trésor. Huck les suit à pas de chat : ils passent par Cardiff Hall, se dirigent vers le manoir de la veuve Douglas, et Huck pressent que leur intention est de perpétrer un forfait : « Venge-toi sur elle » (Take it out on her), chuchote le comparse[N 5]. Huck se glisse jusqu'à la maison du Gallois et de ces fils, les informe de la situation, et les hommes, fusils en main, prennent la garde devant la maison tandis que la veuve, sans se douter de rien, lit tranquillement dans son lit[41].

Le retour des fugitifs[modifier | modifier le code]

Le lendemain au petit-déjeuner chez le Gallois, Huck apprend que le sheriff traque les comploteurs dans les bois, mais il reconnaît Injun Joe déguisé en Espagnol sourd-muet ; la situation est grave : la veuve Douglas et nombre d'autres visiteurs frappent à la porte pour venir aux nouvelles, mais le Gallois, fidèle à sa parole, ne dit mot du rôle joué par le jeune garçon. D'ailleurs, en proie à une forte fièvre, le petit héros est alité. À l'église cependant, Tante Polly et Mrs. Thatcher se rendent compte que Tom et Becky manquent à l'appel et sans tarder s'organise leur recherche[20]. À part un bout de ruban et les noms écrits au noir de fumée, aucune trace des enfants : les cheveux gris de Tante Polly ont viré au blanc et Mrs Thatcher appelle désespérément sa fille[17]. Ce n'est que le mardi soir que sonnent les cloches et résonne le cri salvateur : « On les a retrouvés ! » (They've been found!). Après trois jours et trois nuits de terreur passés sans eau ni nourriture, Tom a fini par repérer un filet de jour à travers la roche donnant sur le fleuve, s'est glissé dans l'anfractuosité, puis a persuadé Becky de le suivre. Un esquif de passage les a ramenés à la ville[42].

Joe l'Indien emmuré[modifier | modifier le code]

Becky est confinée à sa chambre pour rependre des forces, alors que Tom, allongé dans un sofa, raconte l'aventure à ses nombreux visiteurs, l'embellit de plus en plus et se glorifie de l'attention dont il est l'objet[42]. Une quinzaine passe et on l'autorise à rendre visite à Huck. En chemin, il s'arrête pour prendre des nouvelles de Becky et apprend que son père le juge, par mesure de sécurité, a fait murer l'entrée de la grotte[20]. Le garçon blêmit et révèle qu'Injun Joe y est enfermé. Le juge, Tom et une foule de citadins, en petits bateaux à voile et par le ferry, s'y précipitent[43], mais un fois la lourde porte de fer trempé (boiler iron)[44] ouverte, le cadavre du bandit est aussitôt trouvé, mort de faim, ce qui soulève la compassion de Tom, sensible à l'ultime lutte de celui qu'il a contribué à mettre hors d'état de nuire[42].

La chasse au trésor reprend[modifier | modifier le code]

Chacun se remet peu à peu de ses émotions. La mystérieuse « chambre 2 », suppute Tom, doit être dans la grotte[45] où bientôt ils parcourent les galeries à la lumière de leurs torches et finissent par découvrir, au pied d'une croix dessinée au noir de fumée, le trésor convoité. Les pièces d'or sont lourdes dans les sacs. Alors qu'ils se préparent à mettre leur butin en sûreté dans l'abri de jardin de la veuve Douglas, ils sont interceptés par le Gallois qui insiste pour qu'ils les suivent jusqu'au manoir[20]. Là les attendent Tante Polly et nombre d'importants personnages, en particulier la veuve Douglas qui accueille Huck comme son sauveur et offre de lui donner un foyer, de veiller à son éducation et, un jour, de lui procurer l'occasion de se lancer dans les affaires[42].

Tom n'en peut plus et s'exclame que Huck n'a pas besoin de ça, Huck est riche ! Et pour preuve, il revient courbé sous le poids des sacs. Une fois la surprise passée et les pièces comptées — il y en a pour plus de 12 000 $ —, la veuve Douglas et le juge promettent de gérer au mieux cette manne. Les portes de la société s'ouvrent à Tom, bientôt inscrit à l'École militaire (National Military Academy)[46], et surtout à Huck que sa protectrice entraîne dans les soirées mondaines, propre comme un sou neuf et bichonné par une harde de domestiques, tenu de dîner nanti d'une serviette blanche, dans des assiettes de porcelaine et des couverts d'argent, et le soir, de se glisser dans des draps immaculés[46].

Les affres de Huck[modifier | modifier le code]

Trois semaines plus tard, Huck a pris la fuite et tandis que s'organisent les recherches, Tom le trouve par hasard dans une étable jouxtant l'abattoir désaffecté[20]. Huck n'en peut plus de la richesse, « [traduction libre] Tom, tu peux me croire, c'est pas comme on penserait être riche, que des soucis, de la sueur, de quoi en crever, j'te dis ![C 15] ». Tom comprend les affres de son ami, mais le persuade non sans mal de tenter un nouvel essai ; argument suprême : s'il est présentable, il pourra entrer dans sa bande de malfrats huppés[3].

« So endeth this chronicle. It being strictly a history of a boy, it must stop here; the story could not go much further without becoming the history of a man. When one writes a novel about grown people, he knows exactly where to stop--that is, with a marriage; but when he writes of juveniles, he must stop where he best can. »

« Most of the characters that perform in this book still live, and are prosperous and happy. Some day it may seem worth while to take up the story of the younger ones again and see what sort of men and women they turned out to be; therefore it will be wisest not to reveal any of that part of their lives at present[48]. »

« Ainsi s'achève cette histoire. Puisque c'est celle d'un enfant, il nous faut le terminer ici ; pour peu qu'on la continue, elle deviendrait celle d'un homme. Quand il s'agit de grandes personnes, on sait comment terminer les romans : c'est généralement par un mariage. Mais quand il s'agit d'enfants, c'est à l'auteur de savoir où s'arrêter ».

« La plupart des personnages de ce livre vivent encore et le destin leur a souri. Peut-être un jour quelqu'un sera-t-il tenté de reprendre l'histoire des plus jeunes et de voir quel genre d'hommes et de femmes ils sont devenus : mieux vaut ne rien en dire pour l'instant[49]. »

Mark Twain s'intéresse désormais à Huck : en 1884, Les Aventures de Huckleberry Finn, écrit à la première personne, prend la relève[3].

Les personnages[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tom Sawyer.

[La liste des personnages et leur caractérisation est empruntée à certaines des sources ayant servi à la rédaction de l'histoire. Certaines sont directement référencées et parmi les autres, figurent l'édition au format Kindle de (en) Mark Twain et Alfred Kazin, The Adventures of Tom Sawyer, Bantam, , 159 p. (ISBN 978-0553211283, ASIN B000FBJF8W) et la collection Sparknotes, (en) « Liste des personnages de Tom Sawyer » (consulté le 21 février 2018).]

Tom Sawyer[modifier | modifier le code]

Héros du roman, Thomas Sawyer est un garçon orphelin d'âge indéterminé[N 6], qui ne pense qu'à faire l'école buissonnière, à s'identifier aux personnages de ses romans d'aventures préférés et à jouer des tours à ses camarades. Amoureux de Becky Thatcher, il n'a de cesse de l'impressionner, et lorsqu'il se retrouve perdu avec elle dans une grotte où ils sont bien près de mourir, il fait preuve de courage et s'évertue à la consoler alors que lui-même est terrorisé. Ce sont là les aspects du personnage qui ont donné de lui une image convenue d'enfant généreux, anticonformiste et libre[17].

Pour autant, Tom est aussi un garçon imbu de lui-même, à l'affût de la reconnaissance et de la gloire : il a le goût de la « magnificence théâtrale »(theatrical magnificence) (chapitre XV) et le besoin d'être admiré. Twain souligne sa « vicieuse vanité » (vicious vanity) au chapitre XVIII. À travers son histrionisme et ses malhonnêtetés, mensonges, vols, c'est le théâtre hypocrite de la petite ville américaine qui est également visé[17].

Les compagnons de cœur[modifier | modifier le code]

Le compagnon de cœur de Tom est Huckleberry Finn, appelé Huck, sans doute inspiré par Tom Blankenship, le paria au grand cœur d'Hannibal[3] ; fils d'un ivrogne, garçon vagabond, il dort l'été à la belle étoile et l'hiver dans un tonneau. Les enfants de St. Petersburg ont interdiction de le fréquenter, ce qui rend sa compagnie d'autant plus attrayante[17]. Il apparaît comme le pendant authentique de Tom Sawyer, véritablement « a-civilisé », naturel et indépendant. Avide comme son ami d'aventures et de chasses aux trésors, il refuse cependant de sacrifier sa vie de vagabond à la gloire et aux richesses. Seules la promesse de nouveaux exploits que Tom lui fait miroiter peuvent le convaincre de revenir à la civilisation[3].

Joe Harper réincarne l'ancien compagnon de jeu Will Bowen[3] et Becky (Rebecca) Thatcher, petite fille d'environ 9 ans, blonde aux yeux bleus, s'inspire de Anna Laura Hawkins, elle aussi connue à Hannibal, qui apparaît dès le chapitre III. Tom lui déclare son amour et se fait punir à sa place[17]. Becky est dépeinte selon la stricte représentation de la différence des sexes caractéristique de l'époque : timide, faible et dépendante, son rôle se borne à être courtisée, en l'occurrence par Tom[50]. Bien qu'elle demeure le personnage féminin le plus célèbre créé par Twain, son rôle se réduit à peu de choses dans le roman et l'auteur ne se souvient même plus de son nom quand il rédige Les Aventures de Huckleberry Finn[51].

La famille[modifier | modifier le code]

Tante Polly, sœur de la mère décédée de Tom, veille sur ses neveux. Ses liens de parenté avec Mary et Sid sont inconnus, et il ne semble pas qu'elle ait été mariée ou ait eu des enfants[17]. Vieille femme au grand cœur, elle a les plus grandes difficultés à punir Tom sans ressentir du remords, et en éprouve tout autant lorsqu'elle ne le punit pas. Elle apparaît dans les autres histoires du cycle de Tom et Huck. Dans son Autobiographie, Twain indique que le personnage s'inspire de sa propre mère[3] : « Elle a été celle dont j'avais besoin dans nombre de mes livres, où elle incarne la Tante Polly dans Tom Sawyer[C 16] ».

Sid Sawyer est le demi-frère de Tom, avec, vraisemblablement, le même père. Sid est décrit comme un petit garçon modèle, sans histoire et qui dénonce à plusieurs reprises Tom à tante Polly. Alors que cette dernière est facilement dupée par Tom, Sid soupçonne souvent la vérité qui se cache derrière les mensonges de son demi-frère. Il s'inspire du frère de Twain, Henry, mais Twain tempère cette filiation : « C'est Sid dans Tom Sawyer. Mais Sid n'a rien de Henry. Henry était un garçon bien plus gentil et plus fin que ne le fut jamais Sid[C 17]. ».

Mary (Sawyer ?), cousine de Tom, reste sans âge ni situation dans la famille Sawyer. Une scène la montre en train d'aider Tom à faire ses devoirs et elle semble être la seule personne capable de le motiver quelque peu ; d'autres passages révèlent qu'elle a une grande influence sur lui et que Tom lui obéit, même à contre-cœur. En tant que personnage, elle s'inspire de Pamela, la sœur de Twain[17].

Jim, le garçon noir qui travaille pour Tante Polly, incarne sans doute Sandy, l'esclave de la famille connu pour passer sa vie à chanter. Quant à Joe Harper, ami de Tom, il serait essentiellement inspiré de John B. Briggs, autre camarade d'école[54].

Les comploteurs[modifier | modifier le code]

Muff Potter est un personnage important de l'histoire principale du roman, car il est accusé du meurtre du Dr. Robinson.

Jeune garçon couché tête penchée ; ogre noir à droite, couteau en main au-dessus de sa gorge
Tom voir Injun Joe en rêve.

Joe l'Indien (Injun Joe) porte un nom méprisant, Injun, servant à désigner les Indiens ; de plus, c'est un métis, symbole du paria dans la société américaine de l'époque. Il est le seul méchant du roman et représente l'unique danger réel du monde enfantin de Tom. À ce titre, il est une figure centrale et l'adulte qui a le rôle le plus saillant dans l'histoire. Mark Twain fait preuve de ce racisme anti-indien — également présent dans À la dure — qui attribue à cette ethnie les traits les plus vicieux et les plus cruels : Joe tue facilement, se parjure, projette de se venger en mutilant le visage de la veuve Douglas. Il meurt finalement de faim dans la grotte McDougal[54].

Joe l'Indien a réellement existé ; dénommé Joe Douglas, c'était un indien Osage, scalpé par des Pawnees, qui vivait à Hannibal. Bon travailleur et respecté en tant que tel, il s'en perdu dans la grotte McDougal et dans son Autobiographie, Mark Twain affirme qu'il a dû manger des chauves-souris[55]. Contrairement au personnage du roman, il a survécu et est mort en 1925. Cependant, il existe un autre Indian Joe Douglas, lui aussi habitant à Hannibal et qui jusqu'à sa mort à 102 ans, proclama qu'il n'avait rien à voir avec le meurtrier campé par Mark Twain[3].

Les victimes[modifier | modifier le code]

Inspirée d'une certaine Melicent Holliday, la Veuve Douglas, riche habitante de St. Petersburg, est une belle femme pieuse d'une quarantaine d'années qui vit avec sa sœur célibataire, Miss Watson, dans un manoir située à Cardiff Hill. Apparaissant au chapitre V, elle passe au premier plan de l'histoire au chapitre XXIX, alors que Joe l'Indien projette de la mutiler pour se venger de son défunt mari, alors juge, qui l'a fait fouetter en public. Huck la sauve et, en récompense, la veuve le prend sous son toit, et se propose de le « civiliser »[54].

Le Dr. Robinson ne joue aucun rôle dans l'histoire sinon d'être poignardé à mort. C'est un apothicaire respecté qui a la passion de la recherche : c'est lui qui loue les services d'Injun Joe et de Muff Potter pour exhumer le cadavre de Hoss Williams sur lequel il a l'intention de pratiquer certaines expériences scientifiques[54]

Autres personnages[modifier | modifier le code]

Mr. Sprague est le curé de la paroisse, et le Gallois Mr. Jones, qui vit avec ses fils près de là résidence de la veuve Douglas, est le premier à réagir lorsque Huck alerte le voisinage sur l'imminence des projets criminels d'Injun Joe. Quant au juge Thatcher, père de Becky, c'est une célébrité locale qui inspire le respect à tous. Ses fonctions le conduisent à prendre en charge les intérêts de la communauté, par exemple, par mesure de précaution, à faire murer l'ouverture de la grotte, ou encore à gérer le trésor que les enfants ont finit par trouver[54].

Amy Lawrence est le premier amour de Tom que ce dernier s'empresse de laisser tomber à l'arrivée de Becky Thatcher dans la ville. Ben Rogers, quant à lui, est l'ami de Tom qui se fait berner en acceptant de blanchir la clôture de Tante Polly à sa place. Alfred Temple est un nouvel arrivant qui arbore de magnifiques vêtements. Comme Amy Lawrence, il se laisse prendre aux manigances amoureuses de Tom et Becky, puisque cette dernière prétend le courtiser pour éveiller la jalousie de son amoureux[54].

Restent Mr. Walters le gérant de l'école du dimanche et Mr. Dobbins, l'instituteur : le premier se ridiculise en tentant de s'attirer les bonnes grâces du juge en décernant un prix à Tom alors qu'il sait pertinemment qu'il ne le mérite pas ; quant au second, il reste affublé de la tristesse permanente de n'être pas devenu médecin et son alcoolisme le voue aux risées de ses élèves[54].

Circonstances de publication[modifier | modifier le code]

Incertitude sur le public visé[modifier | modifier le code]

Le , Twain envoie le manuscrit à Howells avec une note de mise en garde :

« Ce n'est pas un livre pour garçons. Il ne doit être lu que par des adultes. Il n'a été écrit que pour les adultes[56] ».

Or, Howells, tout en exprimant un jugement très positif sur le roman, conseille à Twain de le publier en tant que livre pour les garçons :

« Je suis resté debout jusqu'à une heure du matin pour le terminer, parce que je ne pouvais pas le lâcher ! C'est vraiment une formidable histoire d'enfants. [...] Mais je pense que vous devriez en faire très explicitement une histoire pour la jeunesse[57]. »

Twain est d'abord irrité ; il finit néanmoins par admettre l'idée quand sa femme, Olivia (Livy), lui donne le même conseil. Une légende veut que Twain a été contraint d'adapter substantiellement le texte à un lectorat plus jeune, conformément aux avis de Howells et de Livy ; de fait, Mark Twain a atténué certaines grossièretés relevées par ses deux lecteurs[58], mais aucun manuscrit ne permet d'affirmer qu'il a apporté autre chose que quelques corrections mineures.

Deux éditions[modifier | modifier le code]

Livre de collection, couverture bleue et lettres dorées
Édition américaine de 1876.

En novembre 1875, Twain donne ce manuscrit à l'American Publishing Company, en la personne d'Elisha Bliss, qui l'envoie à True Williams pour en faire les illustrations. Pour des raisons non élucidées, l'œuvre ne paraît qu'un an plus tard chez cet éditeur ; dans le même temps, Twain fait publier le texte chez Chatto and Windus, à Londres, en juin 1876, sans illustration. Des éditions pirates paraissent très vite au Canada et en Allemagne. L'American Publishing Company publie finalement son édition en décembre 1876, la première à être illustrée.

Ces deux éditions diffèrent légèrement. Après avoir achevé son manuscrit, Twain en a fait faire une copie. C'est cette copie que lit et annote Howells, et Twain y apporte ses propres corrections ensuite reportées sur le manuscrit original, mais dont certaines lui échappent. L'édition anglaise est établie d'après cet exemplaire, tandis que l'édition américaine est fondée sur le manuscrit original. De plus, Twain s'occupe personnellement de la révision des épreuves de l'édition américaine, ce qu'il ne fait pas pour l'édition anglaise. L'édition américaine fait donc autorité.

Situation de Twain en 1876[modifier | modifier le code]

Mark Twain est un écrivain déjà célèbre avant de publier Tom Sawyer : ses récits de voyages et ses conférences sont connus, et il est considéré comme l'un des meilleurs humoristes américains (James Russell Lowell avait qualifié La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras de « plus beau morceau d'humour écrit en Amérique »[60]).

Au moment de la publication du roman, Twain est marié avec Olivia depuis six ans, a deux filles, Susy et Clara, et s'est installé à Hartford, Connecticut, dans une vaste et couteuse demeure. Le train de vie qu'il y mène est pour lui une source de soucis financiers et il espère que Tom Sawyer sera un aussi grand succès de librairie que The Innocents Abroad.

L'accueil critique[modifier | modifier le code]

D'après Lee Clark Mitchell, Les Aventures de Tom Sawyer « peut prétendre […] à être le plus populaire des romans américains » (« lays claim […] to being America's most popular novel »)[61].

Pourtant, publié au moment du centenaire des États-Unis, le roman n'a d'abord qu'un faible succès[62], bien moins que Le Voyage des innocents, (Innocents Abroad), à peine 20 000 exemplaires, ce que Twain considère comme un échec. Il reçoit toutefois de bons comptes rendus[63].

De plus, considéré comme un livre pour la jeunesse, encore que Mark Twain a précisé dans la préface qu'il est aussi destiné aux adultes, il a souffert de n'avoir pas été assez tôt pris au sérieux. Twain s'est évertué à corriger cette impression en multipliant les mises en garde : « Tom Sawyer n'est pas un livre pour les enfants, j'écris pour des adultes qui ont été des petits garçons[C 18] », ou encore « Ce n'est pas un livre pour garçons. Il ne doit être lu que par des adultes[C 19]. ». Cela dit, en 1877, le New-York Evening Post vient à la rescousse de Mark Twain en écrivant que l'idée qu'un tel roman puisse être destiné aux enfants ne saurait être qu'une plaisanterie de l'auteur.

William Howells, dans le numéro 37 de l’Atlantic Monthly (mai 1876), parle d'une « merveilleuse étude de l'esprit du garçon qui vit dans un monde totalement différent de celui dans lequel il est corporellement présent au côté des adultes », mais il évoque surtout la moralité du roman et des personnages : « Tom ne jure presque pas » et Huck, selon lui, est sur une bonne voie, puisqu'il commence à vivre une « vie décente » à la fin du roman. L'Edinburgh Scotsman () parle d'un délicieux roman pour les gamins, malgré sa « forte saveur américaine », que les parents pourront sans crainte mettre dans les mains de leurs enfants. Richard Littledale (Academy, ) voit dans le livre, qu'il juge amusant, un intéressant témoignage sur le « genre d'animal qu'est l'écolier américain » (ou du moins qu'il était quelques décennies plus tôt), avec son imagination bizarre et ses superstitions. L'article du London Standard () juge qu'il s'agit d'une œuvre capitale dans le domaine de la littérature pour garçons ; ce compte rendu a ceci de remarquable qu'il met en valeur une identité propre de la littérature américaine, dont Tom Sawyer est une illustration exemplaire : la langue y est extraordinaire, et, bien que fondée sur l'anglais, est une langue différente, développée aux États-Unis, avec une autre grammaire et un argot qui lui est propre. Le Saturday Review (), dans un compte rendu lapidaire, regrette l'humour trop souvent extravagant et vulgaire qui serait habituel à l'auteur. Le San Francisco Chronicle () parle de l'un des meilleurs livres du « génial Mark Twain ». Le San Francisco Evening Bulletin () enchérit sur ce jugement, et estime que nulle part ailleurs les dons de Mark Twain n'ont été plus évidents, son imagination débridée plus libre et son humour plus authentique. Le personnage de Tom ne peut qu'avoir été profondément vécu et senti, et pour être peint avec autant de vivacité, il a dû jaillir de la conscience la plus intime de son créateur. Ce compte rendu, à l'opposé de celui de Howells, souligne également que Tom, débordant de perversité enfantine, ment, trompe, vole, et va ainsi de mal en pis. Le New-York Evening Post (1er février 1877) est plus critique, et juge que, si la première moitié de l'œuvre est caractéristique du meilleur Twain, le reste perd tout charme du fait du caractère grotesque du récit. Le compte rendu prétend que la prétention de Twain à considérer le roman comme une œuvre pour la jeunesse est l'une de ses grosses plaisanteries, et il est bien clair qu'il est on ne peut plus risqué de mettre un tel livre dans les mains d'un garçon risquant d'imiter Tom Sawyer.

En définitive, Tom Sawyer est devenu le plus grand succès de Twain, sans cesse réédité de son vivant. Depuis, il a connu des centaines d'éditions et a été traduit dans des dizaines de langues[62]. De plus, selon Hemingway il est considéré comme une œuvre fondatrice[65], et d'après Faulkner « le père » (the father de la littérature américaine[66].

Une palette de genres[modifier | modifier le code]

Le roman participe de plusieurs genres : autobiographique puisque l'histoire est en majeure partie fondée sur les souvenirs de l'auteur ; identitaire de la part du jeune héros, ce qui l'apparente, à cela près que l'histoire s'arrête à la fin de l'enfance, au bildungsroman ; picaresque avec des épisodes se suivant sans répit de manière chronologique[67] ; satirique aussi quand les mœurs d'une bourgade se trouvent montrés à la loupe ; comique enfin du fait des cocasseries des deux comparses, sans compter les pitreries involontaires de nombre d'habitants[68].

Composante autobiographique[modifier | modifier le code]

Carte des États-Unis avec, en rouge, la délimitation d l'État concerné

Tom Sawyer n'est pas écrit à la première personne, comme Les Aventures de Huckleberry Finn. Hutchinson explique que l'aspect autobiographique y reste délimité par les souvenirs de Hannibal, le village où le jeune Clemens a vécu ses années d'apprentissage[69], bourg destiné à se métamorphoser sous divers noms dans plusieurs œuvres de Twain, Les Aventures de Huckleberry Finn, Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur (A Connecticut Yankee at King Arthur's Court, 1889), La Tragédie de Pudd’nhead Wilson et la comédie des deux jumeaux extraordinaires (Pudd'nhead Wilson, 1894), L'Homme qui corrompit Hadleyburg (The Man that corrupted Hadleyburg 1899) et même Eseldorf situé dans l'Autriche de 1590 avec Le mystérieux étranger (The Mysterious Stranger, 1897-1906, resté inachevé)[70].

Comme l'indique la préface, le regard vers le passé demeure essentiellement indulgent, celui d'un auteur adulte appartenant à un monde moins hétérogène que celui de Huckleberry Finn[70] et dont la voix demeure bout en bout « assurée » (settled)[70]. Le lecteur imaginaire[71] est censé s'identifier à Tom, mais ce dernier étant condamné à ne pas grandir, cette connivence se voit en quelque sorte spoliée : le héros reste par défaut privé de ses privilèges, la richesse, un mariage avec le meilleur parti de la ville, le statut d'un notable local[72].

Pour autant, Tom a eu le temps de se forger une identité et comme le récit présente le point de vue d'un jeune garçon avec la complicité du narrateur, la route de l'enfance traverse nécessairement le monde des adultes[70].

Composante satirico-sentimentale[modifier | modifier le code]

La représentation sociale que fait Twain de St. Petersburg est perçue de manière très variée par les lecteurs de Tom Sawyer. Comme pour le personnage de Tom, affirme Alex Feerst[73], il existe plusieurs points de vue possibles : Bernard DeVoto y a vu la description nostalgique d'une communauté rurale et une idylle du temps passé[74], et Hutchinson considère que le caractère parodique des descriptions révèle plutôt une vie sociale terne et somnolente, dont la torpeur se révèle d'autant plus que, par contraste, les aventures de Tom sont mouvementées[70]. Forrest Robinson, quant à lui, est même d'avis que la vie sociale n'y est fondée que sur la mauvaise foi et ne s'y nourrit que d'inepties[75]. Aussi l'atmosphère du village témoigne-t-elle d'un certain malaise ressenti par le narrateur, et selon Elizabeth Beck, le roman contient des zones sombres préfigurant les dernières années de Twain : « Les adultes de St. Petersburg sont accusés de vanité, d'hypocrisie, de fausses postures, de malhonnêteté, de tromperie, d'hystérie, d'enfantillage, d'auto-indulgence, d'avidité pour les sensations fortes et d'une ambition démesurée[68] ».

Les traits de caractère des habitants, issus du Midwest conservateur, religieux et puritain que l'auteur évoque également dans plusieurs de ses œuvres, ne sont donc pas flatteurs. En 2008, le traducteur Bernard Hœpffner parle d'une bande de « connards qui votent pour Bush[76] » : certains sont portés sur l'alcool, comme l'instituteur, ce qui donne lieu à une scène comique où ce dernier est humilié publiquement ; la superstition[N 7]etc. — comme Mark Twain l'annonce dans la préface[18] —règne en maître, influence les décisions et donne lieu à de longues discussions casuistiques. Pour autant, plutôt qu'une critique sociale virulente et pessimiste, Twain préfère la posture ironique, façon pour lui de ne pas rompre le fil de son propre passéModèle:SfnBeck.

Assez grande maison traditionnelle, peinte en blanc, avec haute palissage à droite
Maison d'enfance de Twain, à Hannibal.

Ironie qui révèle la volatilité de l'opinion publique, désireuse de voir lyncher Muff Potter au plus vite, puis changeant soudain de direction — comme si elle ne l'avait jamais accusé —, lorsqu'il est innocenté ; ou encore de l'Église, véritable théâtre de vanité, ou même de l'enseignement de la morale, dont la rhétorique « sublime » et « cauchemardesque » (sublime and nightmarish) — c'est le narrateur qui commente — accable les jeunes filles lors de leur récitation de fin d'année (chapitre XXI) : « Mais ce qui faisait la particularité unique de ces travaux, ce qui les marquait et les défigurait irrémédiablement, c’était l’inévitable, l’intolérable sermon qui terminait chacun d’eux à la façon d’un appendice monstrueux. Peu importait le sujet. On était tenu de se livrer à une gymnastique intellectuelle inouïe pour le faire entrer coûte que coûte dans le petit couplet d’usage où tout esprit moral et religieux pouvait trouver matière à édification personnelle. L’hypocrisie flagrante de ces sermons n’a jamais suffi à faire bannir cet usage des écoles. Aujourd’hui encore, il n’y en a pas une seule dans tout notre pays, où l’on n’oblige les jeunes filles à terminer ainsi leurs compositions. Et vous découvrirez que le sermon de la jeune fille la plus frivole et la moins pieuse de l’école est toujours le plus long et le plus impitoyablement dévot[C 21] ».

En revanche, lorsque l'ensemble des villageois se mobilise pour retrouver Tom et Becky, Twain dépeint un village accablé et souffrant solidairement (sad et sullen), et lors du retour des « disparus », la spontanéité des effusions de joie se traduit par des larmes plus éloquentes que les mots : « les gens […] ne pouvaient même plus parler et erraient en versant des torrents de larmes[C 22] ».

Un statut ambigu[modifier | modifier le code]

Mark Twain livre dans la préface le double projet des Aventures de Tom Sawyer, marquant au passage l'ambiguïté de statut du livre :

« Although my book is intended mainly for the entertainment of boys and girls, I hope it will not be shunned by men and women on that account, for part of my plan has been to try to pleasantly remind adults of what they once were themselves, and of how they felt and thought and talked, and what queer enterprises they sometimes engaged in[80]. »

« Bien que mon livre ait surtout pour but de divertir garçons et filles, j’espère qu’il ne sera pas boudé pour cette raison par les hommes et les femmes, car je me suis également proposé de remémorer agréablement aux adultes ce qu’ils ont jadis été eux-mêmes, leurs sentiments, leurs pensées et leurs paroles, et dans quelles étranges entreprises ils s’engageaient parfois. »

Le roman est ainsi supposé être une œuvre pour la jeunesse, mais il s'agit en même temps d'un livre de souvenirs destiné aux adultes. Cette préface donne aussi une brève analyse du contenu : il sera composé de sentiments, de pensées, de paroles et d'entreprises propres à des enfants. L'enfant s'en amusera, y trouvant peut-être sa propre description, et l'adulte se remettra à l'esprit des sentiments, des pensées, des paroles déjà vécus, mais enfouis dans sa mémoire. Cette dualité est présente tout au long du livre : c'est un livre sur les enfants, dans lequel on trouve le point de vue de l'adulte qui se remémore avoir été enfant, qui s'efforce de rappeler les sentiments qu'il a ressentis en les présentant avec empathie, tout en ayant un recul inévitable, et parfois de l'ironie, dû à son âge. Le même schéma prévaut dans les Aventures de Huckleberry Finn, mais cette fois Twain mêlera le point de vue de l'enfant et de l'adulte en adoptant la forme du récit à la première personne[81].

De fait, Duick et Frison montrent que les changements abrupts de tonalité — l'humour succédant à des scènes abominables, « les « mauvais » garçons devenant parfois des « modèles » » —, l'ouvrage, tout en divertissant les enfants, incitent les adultes à réfléchir sur l'état de la société et l'universalité de la morale[82]. Certaines scènes et certains motifs, voire certains personnages sont étrangement ambivalents : « derrière chaque scène de souvenir d'enfance lumineux et ensoleillé qui éclaire le roman est tapi son contraire : un univers de cauchemar et de bêtise qui remet en cause les fondements mêmes du monde perdu de St. Petersburg[83]. »

L'ambivalence de la tension touche l'ensemble du roman. Tom Sawyer se veut une protestation contre la littérature de l'enfant modèle : en annonçant d'emblée que Tom n'en est pas un, Mark Twain se place dans les rangs d'un nouveau mouvement littéraire, celui du « mauvais garçon », justement, qui satirise la philosophie morale des histoires béni oui-oui. La distinction entre bonne et mauvaise conduite s'estompe, et ce n'est qu'avec Huckleberry Finn que seront définies les implications complexes d'une prétendue « mauvaise conduite », souvent plus morale « du fait de sa capacité à bouleverser les prémisses moralement « civilisées » d'un Sud esclavagiste[83]. »

Thématique[modifier | modifier le code]

Les thèmes contenus dans Les Aventures de Tom Sawyer concernent les enfants et, au-delà, la société tout entière, et aussi l'humaine condition.

Maturation du héros[modifier | modifier le code]

Messent relève l'importance des barrières et des fenêtres dans le roman. La palissade que Tom doit repeindre est censée avoir quelque 30 mètres de long sur 3 mètres de haut (chapitre XXVI) : son gigantisme est symbolique des barrières séparant le domaine privé de l'espace public, et la maturation de Tom représente un parcours dans lequel nombre de frontières doivent être franchies[84].

Espace public et espace privé[modifier | modifier le code]

D'un côté, l'autorité, celle du foyer qu'incarne Tante Polly et celle des institutions traditionnelles d'une bourgade de campagne telles qu'elles existaient « trente ou quarante années plus tôt » (thirty or forty tears ago)[85] ; de l'autre, la rébellion et le besoin de liberté sur quoi les punitions semblent rebondir sans effet[86]. Tom s'emploie à subvertir l'éthique exigeant que l'on travaille dur et perturber la routine des adultes par son imagination folâtre, allant même jusqu'à interrompre ses propres funérailles. C'est surtout hors des frontières du bourg qu'il atteint au génie, en marge de la civilisation, dans les forêts pour revivre l'aventure de Robin des Bois, sur l'île Jackson afin de réincarner les pirates de la Caraïbe, enfin dans la grotte McDougal au péril de sa vie de celle de sa petite fiancée[87].

Cette liberté que sa petite bande s'octroie tient de l'utopie d'un monde sans entrave sociale. Twain évoque « le délice ressenti à se réveiller frais et reposé dans le profond silence et le calme des bois[C 23] » ; et pour décrire le plaisir à se baigner dans la rivière, le vocabulaire choisi évoque les cabrioles et les ébats de jeunes animaux (prance, frolicetc.), alors que sont peu à peu jetés les vêtements, ces derniers vestiges de la civilisation[89],[90].

Premier pas hors de l'infantilité[modifier | modifier le code]

Il coïncide avec l'entrée en scène de Joe l'Indien, homme de la nuit[90], d'abord dans un cimetière désaffecté. Twain accuse le caractère gothique de la scène, l'air immobile, le hululement de la chouette, des ombres se mouvant dans les ténèbres : pour la première fois, plane une menace sur la ville et désormais, l'atmosphère quasi pastorale cède au cauchemar[90]. Tom est témoin d'une scène barbare : un cadavre exhumé, un meurtre, un innocent accusé. Le processus de prise de conscience se déroule en deux étapes : d'abord, craignant pour sa propre sécurité, le jeune garçon garde le silence et tente d'apaiser ses doutes avec quelques bricoles offertes au prisonnier dans sa geôle ; le déclic se produit au tribunal lors du procès : dans ce lieu symbolique de l'autorité, il surmonte ses frayeurs et donne publiquement sa version des faits ; un seuil est franchi, l'innocence cède à l'expérience, et le sens des responsabilités l'emporte sur les lâchetés de l'âge enfantin[90].

Tom et Joe : doubles opposés[modifier | modifier le code]

Cynthia Griffin Wolff fait remarquer que d'un certain point de vue, Tom et Joe l'Indien sont des doubles opposés[91]. Tom « joue » la violence et passe son temps à faire trembler les gens, mais Joe, lui, l'a met réellement en œuvre, tue, et sa revanche envers la Veuve Douglas promet d'être d'une sauvagerie inouïe. De plus, comme Tom, il franchit les limites symboliques de St. Petersburg : son corps agile et nerveux lui permet de sauter par les fenêtres, de se glisser par les petites anfractuosités de la roche comme le font les jeunes enfants ; en quelque sorte, il porte à l'extrême les tendances anti-sociales et rebelles qui, chez Tom, restent à l'état d'ébauches[91].

Cet étrange jumelage se poursuit dans l'épisode de la grotte McDougal, que Messent qualifie de « mouvement final du roman sur le plan vertical[CCom 3] », alors que côte à côte mais sans le savoir, les deux s'enfoncent « de labyrinthe en labyrinthe[CCom 4] ». L'aventure prend une dimension mythique car, dans ce monde des ténèbres, un triangle relationnel se forme avec le jeune héros perdu face au méchant familier des lieux, et une figure virginale et vulnérable en la personne de Becky[92]. En une scène hybride, tenant à la fois du roman gothique et du Bildungsroman[94], Tom se révèle à la hauteur de la situation : non seulement il ne souffle mot de sa rencontre à Becky pour ne pas l'effrayer davantage, mais crânement, réussit à la sortir indemne de l'enfer[95].

Le roman est entré dans sa dernière phase : Tom a réussi son rite de passage, la population l'acclame en héros et bientôt, le trésor qu'il va trouver récompensera son accession à la maturité et, plus prosaïquement, sa totale intégration dans la société[95]. Messent note que, symboliquement, Joe l'Indien meurt devant une ouverture fermée. À la différence de celles du reste du livre, cette barrière n'a pu être franchie et l'élément nuisible de la communauté se voit ainsi éliminé[95].

Dès 1877 le San Francisco Evening Bulletin évoque en Tom un personnage « débordant de perversité enfantine » (overflowing with childish perversity), sans que cette qualification ne soit à proprement parler péjorative[96] : Tom Sawyer est « un conformiste, un beau-parleur qui joue à l'homme libre[97]. » Et, pour Messent, si Tom perturbe le quotidien des adultes, sa rébellion n'est possible que sur le fond des conventions et des valeurs sociales d'un village dans lequel il est finalement intégré et où il rencontre le succès[84].

Le rebelle intégré[modifier | modifier le code]

Cette insertion de Tom dans sa communauté situe la limite du portrait qu'en trace Twain comme symbole de liberté, limite qui peut être vue comme une forme d'inauthenticité. Tom Sawyer serait un roman de formation où le personnage joue dans les limites permises par les adultes, puis cesse progressivement de jouer pour adhérer aux valeurs du monde des grands[98]. Trop socialisé, Tom a cessé de passer par les fenêtres de la liberté et a perdu le droit d'être conduit jusqu'à l'âge d'homme ; il est devenu un « rebelle intégré » (a sanctioned rebel)[99] et Twain l'abandonne pour Huckleberry Finn qui ne s'intègre jamais[95] : « J'ai décidé de ne pas conduire le garçon au-delà de l'enfance, écrit-il. Je crois que cela lui serait fatal à moins que ce ne fût autobiographiquement — comme Gil Bas — […] Si l'histoire se poursuivait et si je l'amenais à la maturité, ce serait le condamner au mensonge comme tous ces héros de littérature à quatre-sous, ce qui susciterait le mépris souverain du lecteur. Ce n'est pas un livre pour enfants, d'aucune façon. Il ne sera lu que par des adultes[C 24]. »[100].

La liberté[modifier | modifier le code]

Tout au long du roman, la liberté se définit par la transgression des règles régissant la société. La bonne conduite, telle que les adultes la définissent, implique une perte de liberté : cela signifie blanchir la palissade le samedi, s'ennuyer à l'école et à celle du dimanche, s'habiller conformément à des règles convenues, comme le fait le nouveau venu que Tom rosse pour être trop bien vêtu. Huck, qui est dispensé de telles obligations parce qu'il n'y a personne pour les lui imposer, reçoit l'admiration des autres enfants car il représente un symbole de liberté.

Tom, quant à lui, se trouve à mi-chemin entre la liberté et la prison : sous la férule de Tante Polly, il est tenu d'aller à l'école et à celle du dimanche, de bien se tenir à l'église, de ne pas casser les pots. Cependant, dès qu'il le peut, il s'échappe pour vivre sa vie qu'il définit par d'autres règles, aussi absolues que les autres : le code d'honneur des pirates et des voleurs repose sur des superstitions auxquelles la plus stricte adhésion est requise. Ces transgressions ont un prix, par exemple lorsque Tom bouleverse sa tante en restant sur l'île Jacob sans lui donner signe de vie. Son sens des responsabilités a ses limites : même après la découverte du trésor, alors que sa sauvagerie enfantine l'a quittée, il forme toujours l'espoir de devenir le chef d'un gang crapuleux, mais respectable.

La mort[modifier | modifier le code]

La mort est omniprésente dans le roman, réelle, mise en scène ou en tant que menace. Tom est un orphelin et la disparition de ses parents n'est pas expliquée ; il assiste, avec Huck, au meurtre du Dr. Robinson. Les habitants de St. Petersburg le considèrent comme noyé lorsqu'il part jouer aux pirates sur l'île Jackson avec Huck et Joe. Il fait de ses funérailles le théâtre de son retour surprise. Il lutte avec sa conscience pour savoir s'il sauvera Muff Potter de la pendaison. Avec Huck, il craint d'être tué par Joe l'Indien. Tom et Becky frôlent la mort lorsqu'ils se perdent dans la grotte où Joe l'Indien trépasse peu après. D'après Cynthia Griffin Wolf, « l'identification finale » (final identification)[101] concerne Tom et Injun Joe, le personnage le plus mystérieux du roman, dont le lecteur ignore le passé, quelle est la nature de son antagonisme avec le Dr. Robinson, pourquoi le mari de la veuve Douglas l'a fait fouetter[102]etc.

La morale[modifier | modifier le code]

La morale est présentée de plusieurs manières dans le roman, généralement négatives. À travers le personnage de Huck et de l'adhésion de Tom à une association pour l'interdiction du tabac et de l'alcool, c'est le désir de l'interdit qui est souligné, ce qui montre aux yeux de Twain que la morale est la source principale de l'immoralité. Plus tard, dans un essai comme Qu'est-ce que l'homme ? (What is man?)[N 8], Twain développera cette même idée en considérant que la liberté morale attribuée à l'homme le rend capable du mal. À l'église, c'est l'hypocrisie et la vanité du révérend que Twain ridiculise à travers l'épisode des bons points échangés par Tom avec ses camarades ; l'hypocrisie se voit aussi critiquée lorsque Twain évoque les devoirs des jeunes filles, et les absurdes contraintes moralisatrices qu'elles sont tenues de respecter[78].

Bien que Twain se défende de tout romantisme, le fait est que les conduites ou sentiments moraux qui ne font pas l'objet de son ironie ou de sa critique sont ceux qui, de manière spontanée, sont issus du sentiment ou du naturel des personnages : tante Polly est une vieille femme d'un naturel généreux, ce qui la retient de châtier Tom comme elle le souhaiterait. Tom évite à Becky une punition humiliante par un acte de noblesse spontané dont il est le premier à s'étonner. Son sens de la justice sauve Muff Potter de la potence[70]. La bonté des habitants de St. Petersburg, pourtant si critiqués par Twain, s'exprime par leur désespoir lors de la disparition des enfants, d'abord lors de leur escapade sur Jackson Island, puis dans l'épisode de la grotte McDougal, et à chacune de ces occasions, par la ferveur de leur joie lors de leur retour.

Forme[modifier | modifier le code]

Narration[modifier | modifier le code]

Tom Sawyer peut sembler manquer de cohérence structurelle. Le récit se borne à une énumération d'événements semblable à celles du roman picaresque, strictement chronologique[103]. De plus, les voix entendues se suivent et finissent par s'empiler les unes sur les autres, mais chacune garde son ton et son style qui d'emblée définissent la personnalité particulière du personnage auquel elle appartient. Ainsi, la tante de Tom, « typique de la population des Américains moyens de St. Petersburg et de leur manière de s'exprimer[103]. »

De ces différentes voix vernaculaires s'élève une autre plus conventionnelle, chargée de contrôler l'ensemble, celle du narrateur qui domine, se plaît à des apartés éditoriaux, des rappels au lecteur, des passages satiriques émanant d'un jugement social supérieur. Ainsi, alternent style élevé et style populaire, « au point que Twain semble hésiter quant au choix stylistique qu'il veut faire[104]. »

Un roman en action[modifier | modifier le code]

Mark Twain ne propose pas de portraits de ses personnages, qui ne sont presque jamais décrits, non plus qu'il il ne fait de descriptions détaillées des lieux, bien que les décors naturels fassent l'objet d'une plus grande attention de sa part.

Les personnages sont présentés par leurs actions et les sentiments qui les font agir (certains sentiments reviennent souvent, comme la peur, l'amour, l'amour propre et la culpabilité), et il y a peu de descriptions physiques ou d'introspections : Tom est un garçon d'un âge indéterminé qui aime à s'amuser aux dépens d'autrui et à se faire valoir, tante Polly est une vieille femme généreuse, et le lecteur n'en apprendra pas beaucoup plus au cours du roman. L'époque elle-même reste indéterminée, et la chronologie de l'œuvre est surtout marquée par les jours de la semaine, chronologie dont les repères ont tendance à s'estomper lorsque les héros sont dans la nature (épisode de l'île) ou perdus dans la grotte (un des épisodes finaux du roman).

Les techniques humoristiques[modifier | modifier le code]

Twain utilise des formes d'humour qu'il a déjà abondamment utilisées dans ces œuvres précédentes. Un exemple caractéristique est la practical joke, qui consiste à placer une personne dans une situation de victime, comme lorsque Tom se fait passer pour mort et qu'il est pleuré par tout le village. Ce type d'humour ne va pas sans cruauté, comme l'illustre Twain avec le retour incognito de Tom dans son village, hésitant à prévenir sa tante qu'il est toujours en vie pour lui épargner son chagrin, avant d'y renoncer pour ne pas gâcher l'effet de surprise de ce type de plaisanteries. L'originalité de la mise en scène des funérailles de Tom et de ses amis est qu'elle se termine par la joie partagée du manipulateur et de ses victimes.

vieux chat avec des herbes dans la gueule regardant le spectateur
« Peter avait l’air ravi. ».

Une autre technique est l'attribution de traits humains à un animal, comme l'illustre au chapitre XII, la scène de Tom donnant son « médicament », de l'« oromicine », à Peter, le chat de tante Polly :

« “Don’t ask for it unless you want it, Peter.” But Peter signified that he did want it. “You better make sure.” Peter was sure. “Now you’ve asked for it, and I’ll give it to you, because there ain’t anything mean about me; but if you find you don’t like it, you mustn’t blame anybody but your own self.” Peter was agreeable. »

« « N’en demande pas, si tu n’en veux pas, Peter », fit Tom. Peter fit comprendre qu’il avait bel et bien envie de goûter au breuvage. « Tu es bien sûr que ça te plaira ? » Peter dut répondre par l’affirmative. Bon, déclara Tom. Je vais t’en donner puisque tu y tiens. Mais, si tu n’aimes pas ça, tu ne t’en prendras qu’à toi-même. » Peter avait l’air ravi. »

Les suites : cycle de Tom et Huck[modifier | modifier le code]

Mark Twain donna plusieurs suites à Tom Sawyer qui apportent un éclairage rétrospectif sur le premier roman de la série et qui ont, surtout pour ce qui concerne Huck Finn, influencé la perception des lecteurs sur le statut et le propos de l'œuvre. Mis à part Huck Finn, les œuvres du cycle de Tom et Huck sont considérées comme des échecs littéraires.

Les Aventures de Huckleberry Finn[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Aventures de Huckleberry Finn.

Les Aventures de Huckleberry Finn commencent immédiatement après Les Aventures de Tom Sawyer, et l'on retrouve les mêmes personnages. Les deux romans ont été très souvent comparés, ce qui a donné lieu à plusieurs types de remarques. Cette comparaison a souvent eu pour résultat, selon les commentateurs, de dévaloriser l'étude de Tom Sawyer pour elle-même et de conforter une vision enfantine du livre.

En premier lieu, le second roman est jugé littérairement très largement supérieur au premier : Tom Sawyer demeure un texte d'un style classique qui ne possède pas la profondeur morale de Huckleberry Finn : il est construit de manière erratique autour de petites scènes rappelant les Esquisses anciennes et nouvelles, alors que Huck Finn est doté d'une narration solidement structurée et brillante. C'est pourquoi, Tom Sawyer pâtit généralement de la comparaison, et n'est parfois considéré que comme une préparation au grand chef-d'œuvre de Mark Twain, Huck Finn : Tom Sawyer est, de ce point de vue, le roman secondaire dans lequel est né le héros de l'un des plus grands romans américains[105].

Un autre type de remarques concerne le contraste de ton qui existe entre les deux romans. Tandis que Huck Finn est un roman sombre et violent, Tom Sawyer serait une « idylle comique de l'enfance », composées de souvenirs idéalisés, une œuvre fondamentalement légère et fantaisiste. Selon Cynthia Griffin Wolff[106], cette comparaison des deux romans diminue la complexité morale de Tom Sawyer, et tend à reléguer le roman dans une catégorie simpliste de roman sur l'enfance américaine.

Huckleberry Finn accentue les côtés déplaisants du personnage de Tom, et les premiers chapitres apparaissent comme une manière de le congédier, parce que son histoire ne présente plus aucun intérêt aux yeux de l'auteur[107]. Rétrospectivement, Les Aventures de Tom Sawyer épuisent les possibilités du personnage, tandis que Les Aventures de Huckleberry Finn commencent un récit d'aventures qui peut être considéré comme toujours ouvert, inépuisable. Cette différence, pour certains commentateurs, est marquée par Twain par une différence de titre qui n'est pas reproduite en français : Les Aventures de Tom Sawyer (The Adventures of Tom Sawyer), mais Aventures de Huckleberry Finn (Adventures of Huckleberry Finn), sans l'article défini[108].

Tom Sawyer en voyage[modifier | modifier le code]

Tom Sawyer en voyage, court roman publié en 1894, souligne d'emblée deux traits de caractère de Tom qui sont le point de départ du récit et qui étaient déjà présents dans Les Aventures de Tom Sawyer : son désir de se faire un nom et la croyance aveugle qu'il place dans l'autorité indiscutable des romans d'aventures qui le rend méprisant à l'égard de Huck et Jim, deux ignorants à ses yeux :

« Vous figurez-vous que Tom Sawyer fut satisfait après toutes ses aventures ? [...] Non, il ne le fut pas. Le succès lui mit tout juste le poison dans le sang, et il en souffrait davantage du mal de l’aventure. Voilà tout le résultat qu’eut son succès. »[109]

Tom Sawyer détective[modifier | modifier le code]

Huckleberry Finn et Tom Sawyer chez les Indiens[modifier | modifier le code]

Huckleberry Finn et Tom Sawyer chez les Indiens est une œuvre que Twain a subitement abandonnée et laissée inachevée, peut-être à cause de la tournure particulièrement sombre et brutale que l'histoire avait prise. Elle confirme la vision que l'auteur se faisait des Indiens, illustrée par le personnage de Joe l'Indien dans Les Aventures de Tom Sawyer : dans ce texte, en effet, les Indiens enlèvent et violent des femmes[110], ce qui fait écho au traitement que Joe l'Indien se propose de faire subir à la veuve Douglas au chapitre XXX :

« Quand on veut se venger d’une femme, on ne la tue pas, on la défigure. On lui fend les narines, on lui coupe les oreilles. [...] Je l’attacherai à son lit. Si elle saigne trop et qu’elle en meurt, tant pis pour elle. Je ne verserai pas une larme sur son cadavre. »

La postérité : Tom Sawyer, un mythe[modifier | modifier le code]

Tom Sawyer est devenu un personnage populaire et familier. Témoin de ce succès, le roman est adapté pour le cinéma du vivant de Twain. Pour autant, une telle popularité ne va pas sans une appropriation du personnage par le public qui tend à négliger les aspects les plus rudes du texte ainsi que ses charges critiques[111].

Éditions et bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

Les éditions de Tom Sawyer sont innombrables ; les premières et certaines autres reposent sur les manuscrits. À cet égard, le site du Mark Twain Project, qui est considéré comme la meilleure autorité en la matière, prépare une nouvelle édition de l'œuvre. Le manuscrit original, composé de 876 feuilles manuscrites est conservé à l'université Georgetown, Washington, D.C.

  • The Adventures of Tom Sawyer, Chatto and Windus, 1876.
première édition de l'œuvre, à Londres.
  • The Adventures of Tom Sawyer, American Publishing Company, 1876.
édition américaine, illustrée par True Williams.
  • The Adventures of Tom Sawyer; Tom Sawyer Abroad; Tom Sawyer, Detective, edited by John C. Gerber, Paul Baender, and Terry Firkins, The Works of Mark Twain, volume 4, University of California Press, 1980, (ISBN 978-0-520-03353-5).
Première édition d'après les corrections apportées au manuscrit et l'édition américaine.
  • The Adventures of Tom Sawyer, Collectors Reprints Inc., 1991, facsimilé
  • The Adventures of Tom Sawyer, The Oxford Mark Twain, 1996, (ISBN 978-0-19-510136-2).
    Facsimilé de l'édition américaine.
  • (en) Mark Twain et Stuart Hutchinson, Tom Sawyer & Huckleberry Finn, Ware, Herfordshire, Wordsworth Classics, , 396 p. (ISBN 9781853260117)
  • (en) Mark Twain, The Adventures of Tom Sawyer, Hammersmith, Collins Classics, , 272 p. (ISBN 9780007420117)

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

La traduction de Twain est un sujet d'étude à part entière[112], et avec Les Aventures de Huckleberry Finn, Les Aventures de Tom Sawyer posent au moins deux problèmes aux traducteurs : d'une part, c'est un livre d'habitude rangé dans la catégorie littérature de jeunesse ; d'autre part, Twain fait entrer dans la littérature le parler des populations du sud des États-Unis[112].

Il en résulte que les premières traductions, tenues de respecter un certain niveau littéraire et certaines idées sur la littérature pour les enfants, réécrivent, adaptent, suppriment ou ajoutent. On peut ainsi noter la suppression presque systématique du chapitre XXII dans lequel l'instituteur, ivre en public, se fait humilier par des élèves. Jusque dans les années 1960, il n'existe pas de réelle traduction en français de Tom Sawyer[112].

  • Les Aventures de Tom Sawyer, traduction de William-L. Hughes, Paris, A. Hennuyer, 1884 — illustrations d'Achille Sirouy.
La première mise en français du texte, « traduit avec l'autorisation de l'auteur », est en fait une réécriture du livre. Le traducteur, employé du ministère de l'Intérieur, « scolarise » le texte[113].
  • Mark Twain et François de Gaïl, traducteur, Les Aventures de Tom Sawyer, Hammersmith, Collins Classics, , 272 p. (ISBN 9780007420117)
Le traducteur a eu un réel souci d'intégralité, mais la traduction reste par endroit une adaptation[114].
  • Les Aventures de Tom Sawyer, traduction de Bernard Hœpffner, Tristram, 2008.
Bernard Hœpffner utilise une langue au plus près de celle de Twain, d'où l'usage de l'argot et l'emploi de néologismes[115].
  • (en+fr) Mark Twain, Bernard Dhuicq (traducteur) et Danièle Frison (traductrice), Along the Mississippi : Tom Sawyer, Huckleberry Finn, Life on the Mississippi (extraits), Paris, Éditions Pocket, coll. « Bilingue, Langues pour Tous », , 219 p. (ISBN 9782266138666)
  • (en+fr) Mark Twain (trad. Caillé et Dubois-Mauvais), Les aventures de Tom Sawyer, Les éditions de Londres, coll. « Bilingue », , 567 p. (ISBN 9781910628584)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Elizabeth Beck, Critical Essays on the Adventures of Tom Sawyer, New York, G. K. Hall,
  • (en) Leland Krauth, Mark Twain & Company: Six Literary Relations [« Mark Twain et consorts : six relations littéraires »], Athens, Géorgie, University of Georgia Press, , 307 p. (ISBN 9780820325408, lire en ligne)
  • (en) Cynthia Griffin Wolff, « The Adventures of Tom Sawyer: A Nightmare Vision of American Boyhood » [« Les Aventures de Tom Sawyer, vision cauchemardesque de l'enfance d'un garçon américain »], The Massachusetts Review, vol. 21, no 4,‎ , p. 637-652.
  • (en) Linda A. Morris, « The Adventures of Tom Sawyer and The Prince and the Pauper as Juvenile Literature », dans A Companion to Mark Twain [« Les Aventures de Tom Sawyer et Le Prince et le pauvre »], Londres, Blackwell, .
  • Ronald Jenn, « Les Aventures de Tom Sawyer, traductions et adaptations », dans Christine Raguet-Bouvart, De la lettre à l'esprit : traduction ou adaptation ?, Presses de la Sorbonne Nouvelle, coll. « Palimpseste » (no 16), , p. 137-150.
  • (en) Mark Twain (R. Kent Rasmussen, introduction et notes), Autobiographical Writings, Londres, Penguin Classics, coll. « Autobiography, Literature », , 493 p. (ISBN 9780143106678)
  • (en) Charles A. Norton, Writing Tom Sawyer: The Adventures of a Classic [« L'Écriture de Tom Sawyer, les aventures d'un roman classique »], Jefferson, N.C., McFarland, , 160 p. (ISBN 9780899500676)
  • (en) Gary Scharnhorst, Critical Essays on the Adventures of Tom Sawyer [« Essais critiques sur Les Aventures de Tom Sawyer »], New York, G. K. Hall, , 246 p., 6.2 x 1 x 9.5 inches (ISBN 978-0816173204)
  • Mark Twain et Claude Grimal, Les Aventures de Tom Sawyer, Paris, Flammarion, coll. « GF », , 290 p., 10.8 x 17.8 cm (ISBN 9782081342453), « Introduction »
  • Mark Twain (trad. Bertrand Hoepfner), Les Aventures de Tom Sawyer, Auch, (ISBN 978-2-907681-67-4)
  • (en) Hutchinson, Stuart, Mark Twain: Tom Sawyer and Huckleberry Finn, ed., New York: Columbia University Press, 1998.
  • (en) Louis J. Budd, « Mark Twain », The Contemporary Reviews, Cambridge, Cambridge University Press,‎ .
  • (en) Stephen Railton, “Going Home: Tom Sawyer”, in Mark Twain: A Short Introduction, Mass Malden, Blackwell, 2004
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  • (en) Claude Grimal, « Introduction », dans The Adventures of Tom Sawyer, Note de 1902, , p. 15
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Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations originales de l'auteur[modifier | modifier le code]

  1. « I will now claim - until dispossessed - that I was the first person in the world to apply the type-machine to literature. That book must have been The Adventures of Tom Sawyer. I wrote the first half of it in '72, the rest of it in '74. My machinist type-copied a book for me in '74, so I concluded it was that one »
  2. « Most of the adventures recorded in this book reply occurred; one or two experiences of my own, the rest those of boys who were schoolmates of my own. Huck Finn is drawn from life; Tom Sawyer also, but not from an individual: he is a combination of the characteristics of three boys whom I knew, and therefore, belongs to the composite order of architecture[8] ».
  3. « Thus perished the good little boy who did the best he could, but didn’t come out according to the books. Every boy who ever did as he did prospered except him. His case is truly remarkable. It will probably never be accounted for « Sketches New and Old » (consulté le 28 décembre 2017) ».
  4. « And he grew up and married, and raised a large family, and brained them all with an ax one night, and got wealthy by all manner of cheating and rascality; and now he is the infernalest wickedest scoundrel in his native village, and is universally respected, and belongs to the legislature « Sketches New and Old » (consulté le 28 décembre 2017) ».
  5. « Why, you might look, and look, all through the Sunday-school books from now till next Christmas, and you would never come across anything like this « Sketches New and Old » (consulté le 28 décembre 2017) ».
  6. « In another minute, he was flying down the street with his pail and a tingling rear, Tom was whitewashing with vigor, and Aunt Polly was retiring from the field with a slipper in her hand and triumph in her eye[23] ».
  7. « Tom said to himself that is was not such a hollow world after all. He has discovered a great law of humain action, without knowing it, namely, that in order to make a man or a boy covet a thing, it is only necessary to make the thing difficult to attain. If he had been a great and wise philosopher, like the writer of this book, he would now have comprehended that work consists of whatever a body is obliged to do and that play consists of whatever a body is not obliged to do[25] ».
  8. « He knew that in her heart his aunt was on her knees to him, […] but he refused recognition of it. He pictured himself lying sick unto death and his aunt bending over him beseeching one little forgiving word, but he would turn his face to the wall, and die with that word unsaid. […] And he pictured himself brought home from the river, dead, with his curls all wet, and his sore heart at rest. How she would throw herself upon him, and how her tears would fall like rain, and her lips pray God to give her back her boy and she would never, never abuse him any more! But he would lie, cold and white and make no sign[26] »
  9. « Let us draw the curtain of charity over the rest of the scene[28] ».
  10. « yawned, sighed, forgot the beetle entirely, and sat down on it. Then there was a wild yelp of agony and the poodle went sailing up the aisle[29] ».
  11. « Huckleberry was always dressed in the cast–off clothes of full–grown men, and they were in perennial bloom and fluttering with rags. His hat was a vast ruin with a wide crescent lopped out of its brim; his coat, when he wore one, hung nearly to his heels and had the rearward buttons far down the back; but one suspender supported his trousers; the seat of the trousers bagged low and contained nothing, the fringed legs dragged in the dirt when not rolled up [31] ».
  12. « And always coming to school or when we're going home, you're to walk with me, when there ain't anybody looking—and you choose me and I choose you at parties, because that's the way you do when you're engaged." "It's so nice. I never heard of it before." "Oh, it's ever so gay! Why, me and Amy Lawrence—" The big eyes told Tom his blunder and he stopped, confused. "Oh, Tom! Then I ain't the first you've ever been engaged to!" The child began to cry[33] ».
  13. « it must be very peaceful, he thought, to lie and slumber and dream forever and ever, with the wind whispering through the trees and caressing the grass and the flowers over the grave, and nothing to bother and grieve about, ever any more. If he only had a clean Sunday–school record he could be willing to go, and be done with it all […] Ah, if he could only die TEMPORARILY! [34] ».
  14. « The boys dressed themselves, hid their accoutrements, and went off grieving that there were no outlaws any more, and wondering what modern civilization could claim to have done to compensate for their loss. They said they would rather be outlaws a year in Sherwood Forest than President of the United States forever [36] ».
  15. « Tom, look here, Tom, being rich ain't what it's cracked up to be. It's just worry and worry, sweat and sweat, and a-wishing you was dead all the time[47] ».
  16. « She has come handy to me several times in my books, where she figures as Tom Sawyer's Aunt Polly[52] ».
  17. « He is Sid in Tom Sawyer. But Sid was not Henry. Henry was a very much finer and better boy than ever Sid was[53] »
  18. « Tom Sawyer is not a book for children, I write for grown-ups who used to be children[64] ».
  19. « This is not a book for little boys. It must be read by adults only »
  20. « Barley-corn, barley-corn, inju-meal shorts,/ Spunk Water, spunk water, swaller these warts[77] ».
  21. « A prevalent feature in these compositions was a nursed and petted melancholy; another was a wasteful and opulent gush of "fine language"; another was a tendency to lug in by the ears particularly prized words and phrases until they were worn entirely out; and a peculiarity that conspicuously marked and marred them was the inveterate and intolerable sermon that wagged its crippled tail at the end of each and every one of them. No matter what the subject might be, a brain-racking effort was made to squirm it into some aspect or other that the moral and religious mind could contemplate with edification. The glaring insincerity of these sermons was not sufficient to compass the banishment of the fashion from the schools, and it is not sufficient to-day; it never will be sufficient while the world stands, perhaps. There is no school in all our land where the young ladies do not feel obliged to close their compositions with a sermon; and you will find that the sermon of the most frivolous and the least religious girl in the school is always the longest and the most relentlessly pious. But enough of this. Homely truth is unpalatable[78] ».
  22. « […] tried to speak but couldn't, and drifted out raining tears all over the place[79] ».
  23. « delicious sense of repose and peace in the deep pervading calm and silence of the woods[88] ».
  24. « I have finished the story and didn’t take the chap beyond boyhood. I believe it would be fatal to do it in any shape but autobiographically—like Gil Blas. […] If I went on, now, and took him into manhood, he would just like like all the one-horse men in literature and the reader would conceive a hearty contempt for him. It is not a boy’s book, at all. It will only be read by adults. It is only written for adults. »

Citations originales des commentateurs[modifier | modifier le code]

  1. « he was transported back to the barefoot days in sunny grubby Hannibal[3] ».
  2. « for those who know the novel, the outline comme as something of a shock; almost nothing here is recognizable[3] ».
  3. « final vertical spatial move of the novel[92] ».
  4. « labyrinth beneath labyrinth[93] ».

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L’« École du dimanche » ou parfois « École biblique » (Sunday_school) est une institution typiquement protestante, car mettant l'accent sur la lecture personnelle de la Bible (Sola_scriptura)[1],[2], et d'origine anglo-saxonne. Au XIXe siècle, le pasteur en est souvent le directeur, non seulement en raison de ses diplômes universitaires, mais aussi parce que dans la tradition protestante, l'enseignement est la fonction principale de cet office.
  2. Voir l'épisode de l'île (chapitres 13 à 17), où Tom se fait passer pour mort. Revenu incognito dans son village, il a l'intention de prévenir secrètement sa tante qu'il est toujours en vie, afin d'atténuer le chagrin de la vieille femme ; cependant, il renonce au dernier moment, séduit par la perspective d'une mise en scène de son retour à sa propre oraison funèbre
  3. Plusieurs chapitres ont pour théâtre l'île Jackson qui, séparée de l'Illinois par un canal large de 200 mètres, se trouvait à quelques encablures de Hannibal et était, d'après Mark Twain dans Tom Sawyer, longue de plus de 4 kilomètres pour une largeur de 400 mètres. Elle apparaît également dans Les Aventures de Huckleberry Finn. Évoquée comme un havre de l'enfance auquel l'adulte fatigué songe avec nostalgie, elle correspond à Glasscock Island ou Pearl Island, aujourd'hui disparue. De nos jours, cependant, les cartes touristiques donnent ce nom à l'une des îles situées à proximité de Hannibal.
  4. La grotte McDougal est en réalité la « Grotte McDowell », appelée aujourd'hui « Grotte Mark Twain » (Mark Twain Cave), en hommage à l'auteur de Tom Sawyer et Huclkeberry Finn.
  5. En réalité, il fut un temps où le mari de la veuve, alors juge de paix, avait fait fouetter Injun Joe en public pour délit de vagabondage
  6. Mark Twain ne paraît pas s'être soucié de ce point : dans un chapitre, Tom perd une dent, alors que son amour pour Becky le situe plutôt au début de l'adolescence.
  7. Quelques exemples : un chien qui hurle annonce la mort ; un cadavre qui saigne montre son meurtrier ; le chat mort peut soigner les verrues, mais dans un cimetière à minuit ; ou encore « eau de pluie, eau de bois mort, grâce à toi ma verrue sort[C 20] »
  8. Le texte est un dialogue, en six parties, entre un vieil homme et un jeune homme qui se déroule sur plusieurs jours. Le vieil homme cherche à convertir son interlocuteur à l'idée que l'homme est une machine, déterminée par des forces extérieures, qui pour l'essentiel sont l'hérédité, l'environnement et l'éducation. Cette anthropologie conduit à dénier à l'homme tout mérite et toute culpabilité, en ne lui attribuant, comme cause de ses actes, que la nécessité de satisfaire ses besoins. Le libre arbitre, l'héroïsme, le génie, la vertu et le vice sont des illusions humaines.

Références[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]