Les Aventures de Télémaque (Fénelon)

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Page de frontispice des Aventures de Télémaque ornées de figures gravées d'après les desseins de C. Monnet, peintre du roi, par Jean Baptiste Tilliard.
La première page du premier livre des Aventures de Télémaque

Les Aventures de Télémaque est le titre d'un roman didactique de Fénelon, publié en 1699.

Résumé[modifier | modifier le code]

Premier livre[modifier | modifier le code]

Télémaque, conduit par Minerve qui a pris la figure de Mentor, est jeté par une tempête dans l’île de Calypso. Cette déesse, inconsolable du départ d’Ulysse, fait au fils de ce héros l’accueil le plus favorable, et, concevant aussitôt pour lui une violente passion, elle lui offre l’immortalité, s’il veut demeurer avec elle. Pressé par Calypso de faire le récit de ses aventures, il lui raconte son voyage à Pylos et à Sparte, son naufrage sur la côte de Sicile, le danger qu’il y courut d’être immolé aux mânes d'Anchise, le secours que Mentor et lui donnèrent à Aceste, roi de cette contrée, dans une incursion de Barbares, et la reconnaissance que ce prince leur en témoigna, en leur donnant un vaisseau phénicien pour retourner dans leur pays.

Deuxième livre[modifier | modifier le code]

Suite du récit de Télémaque. Le vaisseau tyrien qu’il montait ayant été pris par une flotte du roi d'Égypte Sésostris, Mentor et lui sont faits prisonniers et conduits en Égypte. Richesses et merveilles de ce pays : sagesse de son gouvernement. Télémaque et Mentor sont traduits devant Sésostris, qui renvoie l’examen de leur affaire à un de ses officiers appelé Métophis. Par ordre de cet officier, Mentor est vendu à des Éthiopiens qui l’emmènent dans leur pays, et Télémaque est réduit à conduire un troupeau dans le désert d’Oasis. Là, Termosiris, prêtre d’Apollon, adoucit la rigueur de son exil en lui apprenant à imiter le dieu, qui, étant contraint de garder les troupeaux d’Admète, roi de Thessalie, se consolait de sa disgrâce en polissant les mœurs sauvages des bergers. Bientôt Sésostris, informé de tout ce que Télémaque faisait de merveilleux dans les déserts d’Oasis, le rappelle auprès de lui, reconnaît son innocence, et lui promet de le renvoyer à Ithaque. Mais la mort de ce prince replonge Télémaque dans de nouveaux malheurs : il est emprisonné dans une tour sur le bord de la mer, d’où il voit Bocchoris, nouveau roi d’Égypte, périr dans un combat contre ses sujets révoltés et secourus par les Phéniciens.

Troisième livre[modifier | modifier le code]

Suite du récit de Télémaque. Le successeur de Bocchoris rendant tous les prisonniers phéniciens, Télémaque est emmené avec eux sur le vaisseau de Narbal, qui commandait la flotte tyrienne. Pendant le trajet, Narbal lui dépeint la puissance des Phéniciens et le triste esclavage auquel ils sont réduits par le soupçonneux et cruel Pygmalion. Télémaque, retenu quelque temps à Tyr, observe attentivement l’opulence et la prospérité de cette grande ville. Narbal lui apprend par quels moyens elle est parvenue à un état si florissant. Cependant, Télémaque étant sur le point de s’embarquer pour l’île de Chypre, Pygmalion découvre qu’il est étranger et veut le faire prendre : mais Astarbé, maîtresse du tyran, le sauve, pour faire mourir à sa place un jeune homme dont le mépris l’avait irritée. Télémaque s’embarque enfin sur un vaisseau chypriote, pour retourner à Ithaque par l’île de Chypre.

Le roman[modifier | modifier le code]

À la croisée du roman d'apprentissage et du manifeste politique anti-absolutiste[modifier | modifier le code]

Les Aventures de Télémaque est un roman d'aventures publié en 1699 et composé à l'intention des élèves royaux, en particulier du duc de Bourgogne, le fils du dauphin, dont Fénelon était le précepteur[1]. Ce roman, conjointement épopée et traité de morale et de politique, provoqua à la fois la disgrâce de Fénelon à la cour et sa célébrité immédiate et postérieure.

Et pour cause : Fénelon y raconte les pérégrinations de Télémaque, accompagné de Mentor, avatar de Minerve — prétexte d'un enseignement moral et politique qui fut également — et surtout — vu, à l'époque, comme une satire du règne de Louis XIV : « l'arrogant prince Idoménée y transparaît ainsi comme une image particulièrement évocatrice du Roi Soleil[1]. » Cette critique implicite de l'absolutisme louis-quatorzien apparut immédiatement comme un manifeste transparent en faveur du droit naturel contre le droit divin. De ce point de vue, l'œuvre de Fénelon exerça une profonde influence sur la pensée philosophique du XVIIIe siècle, celle des Lumières. Ainsi, Montesquieu la qualifia de « livre divin de ce siècle »[2] et s'en inspira en adoptant le même procédé de distanciation dans ses Lettres persanes[1].

Un succès d'édition majeur à l'échelle européenne[modifier | modifier le code]

Le roman rencontra immédiatement un vif succès[3] : « Le Télémaque a été pendant deux siècles, de 1699 à 1914, un des livres les plus réédités, les plus lus de toute la littérature[4]. » Les premiers exemplaires (publiées en 1699 sans l'accord de l'auteur[réf. souhaitée]) ayant été détruits dès leur parution, des réseaux clandestins se chargèrent de diffuser l'ouvrage[1]. Ainsi, Adrian Moetjens publia une version clandestine la même année que sa première publication par Pierre Marteau[5]. L'ouvrage connut une foule d'éditions. Dès 1699, on trouve cinq éditions différentes, plus une traduction en espagnol, seulement chez Moetjens[6]. Le texte de référence, considéré comme l'original, est celui de 1717[7].

La diffusion de l'œuvre de Fénelon s'étendit, bien au-delà de la France, à toute l'Europe, via des traductions dans quasiment toutes les langues. Comme le souligne Nathalie Ferrand, le roman a été « tellement traduit en Europe que le décompte exact de ses traductions reste encore à faire »[8]. Télémaque a même été mis en vers latins[8] (une première fois à Berlin en 1743, une seconde fois à Paris, par Étienne Viel en 1808). Sa diffusion fut telle qu'il servit de support d'apprentissage de la langue française (il y eut de nombreuses éditions bilingues, franco-allemandes, franco-italiennes, etc.), voire étrangères : ainsi, dans l'espace allemand, on publie de nombreuses versions traduites en italien ou en anglais du roman de Fénelon, avec une évidente visée d'apprentissage linguistique[9]. Du reste, Télémaque est « historiquement, en 1726, le premier livre publié en anglais sur le sol allemand »[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

Marivaux publia une parodie des Voyages de Télémaque, Le Télémaque travesti, en 1717.

Balzac fait référence au livre dans Le Père Goriot, le salon de la pension Vauquer étant « tendu d'un papier verni représentant les principales scènes de Télémaque ».

Les Aventures de Télémaque occupe une place à part[10], à la fois symbolique et praxéologique, au cœur de la doctrine pédagogique dite de L'Enseignement Universel de Joseph Jacotot.

En 1922, Louis Aragon a publié un récit en sept chapitres également intitulé Les Aventures de Télémaque qui reprend l'histoire du roman de Fénelon tout en y incorporant des références au mouvement littéraire auquel appartenait l'auteur, le surréalisme. Il dépasse ainsi le statut de simple pastiche pour adopter la forme de l'hommage.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Delphine Reguig-Naya, Fénelon, les leçons de la fable. Les Aventures de Télémaque, PUF-CNED, Paris, 2009

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, Les Circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, p. 210.
  2. Cité par Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, op. cit., p. 210.
  3. Nathalie Ferrand, « Les circulations européennes du roman français, leurs modalités et leurs enjeux », in Pierre-Yves Beaurepaire et Pierrick Pourchasse (dir.), Les Circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 404.
  4. Préface de l'édition de Jacques Le Brun.
  5. (fr) Une très rare édition des Aventures de Télémaque par Fénelon (1699). Exemplaire de Jean-Baptiste de Junquières (1713-1788), pasticheur du Télémaque, sur Bibliophilie.
  6. Récherche dans le fonds de la BnF.
  7. Il fut réimprimé en 1717 par les soins de la famille de Fénelon.
  8. a, b et c Nathalie Ferrand, op. cit., p. 405.
  9. Nathalie Ferrand, op. cit., p. 406.
  10. Javier Suso López, « Télémaque, au cœur de la méthode Jacotot », Documents pour lʼHistoire du Français langue étrangère ou seconde, Bolonia – Lyon, série A, vol. 30,‎ , p. 157-169 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]