Les Aventures de Télémaque (Fénelon)

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Page de frontispice des Aventures de Télémaque ornées de figures gravées d'après les desseins de C. Monnet, peintre du roi, par Jean Baptiste Tilliard.
La première page du premier livre des Aventures de Télémaque

Les Aventures de Télémaque est le titre d'un roman didactique de Fénelon, publié en 1699.

Le roman[modifier | modifier le code]

À la croisée du roman d'apprentissage et du manifeste politique anti-absolutiste[modifier | modifier le code]

Les Aventures de Télémaque est un roman d'aventures publié en 1699 et composé à l'intention des élèves royaux, en particulier du duc de Bourgogne, le fils du dauphin, dont Fénelon était le précepteur[1]. Ce roman, conjointement épopée et traité de morale et de politique, provoqua à la fois la disgrâce de Fénelon à la cour et sa célébrité immédiate et postérieure.

Et pour cause : Fénelon y raconte les pérégrinations de Télémaque, accompagné de Mentor, avatar de Minerve — prétexte d'un enseignement moral et politique qui fut également — et surtout — vu, à l'époque, comme une satire du règne de Louis XIV : « l'arrogant prince Idoménée y transparaît ainsi comme une image particulièrement évocatrice du Roi Soleil[1]. » Cette critique implicite de l'absolutisme louis-quatorzien apparut immédiatement comme un manifeste transparent en faveur du droit naturel contre le droit divin. De ce point de vue, l'œuvre de Fénelon exerça une profonde influence sur la pensée philosophique du XVIIIe siècle, celle des Lumières. Ainsi, Montesquieu la qualifia de « livre divin de ce siècle »[2] et s'en inspira en adoptant le même procédé de distanciation dans ses Lettres persanes[1].

Un succès d'édition majeur à l'échelle européenne[modifier | modifier le code]

Le roman rencontra immédiatement un vif succès[3] : « Le Télémaque a été pendant deux siècles, de 1699 à 1914, un des livres les plus réédités, les plus lus de toute la littérature[4]. » Les premiers exemplaires (publiées en 1699 sans l'accord de l'auteur[réf. souhaitée]) ayant été détruits dès leur parution, des réseaux clandestins se chargèrent de diffuser l'ouvrage[1]. Ainsi, Adrian Moetjens publia une version clandestine la même année que sa première publication par Pierre Marteau[5]. L'ouvrage connut une foule d'éditions. Dès 1699, on trouve cinq éditions différentes, plus une traduction en espagnol, seulement chez Moetjens[6]. Le texte de référence, considéré comme l'original, est celui de 1717[7].

La diffusion de l'œuvre de Fénelon s'étendit, bien au-delà de la France, à toute l'Europe, via des traductions dans quasiment toutes les langues. Comme le souligne Nathalie Ferrand, le roman a été « tellement traduit en Europe que le décompte exact de ses traductions reste encore à faire »[8]. Télémaque a même été mis en vers latins[8] (une première fois à Berlin en 1743, une seconde fois à Paris, par Étienne Viel en 1808). Sa diffusion fut telle qu'il servit de support d'apprentissage de la langue française (il y eut de nombreuses éditions bilingues, franco-allemandes, franco-italiennes, etc.), voire étrangères : ainsi, dans l'espace allemand, on publie de nombreuses versions traduites en italien ou en anglais du roman de Fénelon, avec une évidente visée d'apprentissage linguistique[9]. Du reste, Télémaque est « historiquement, en 1726, le premier livre publié en anglais sur le sol allemand »[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

Marivaux publia une parodie des Voyages de Télémaque, Le Télémaque travesti, en 1717.

Balzac fait référence au livre dans Le Père Goriot, le salon de la pension Vauquer étant « tendu d'un papier verni représentant les principales scènes de Télémaque ».

Les Aventures de Télémaque occupe une place à part[10], à la fois symbolique et praxéologique, au cœur de la doctrine pédagogique dite de L'Enseignement Universel de Joseph Jacotot.

En 1922, Louis Aragon a publié un récit en sept chapitres également intitulé Les Aventures de Télémaque qui reprend l'histoire du roman de Fénelon tout en y incorporant des références au mouvement littéraire auquel appartenait l'auteur, le surréalisme. Il dépasse ainsi le statut de simple pastiche pour adopter la forme de l'hommage.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Delphine Reguig-Naya, Fénelon, les leçons de la fable. Les Aventures de Télémaque, PUF-CNED, Paris, 2009

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, Les Circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, p. 210.
  2. Cité par Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, op. cit., p. 210.
  3. Nathalie Ferrand, « Les circulations européennes du roman français, leurs modalités et leurs enjeux », in Pierre-Yves Beaurepaire et Pierrick Pourchasse (dir.), Les Circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 404.
  4. Préface de l'édition de Jacques Le Brun.
  5. (fr) Une très rare édition des Aventures de Télémaque par Fénelon (1699). Exemplaire de Jean-Baptiste de Junquières (1713-1788), pasticheur du Télémaque, sur Bibliophilie.
  6. Récherche dans le fonds de la BnF.
  7. Il fut réimprimé en 1717 par les soins de la famille de Fénelon.
  8. a, b et c Nathalie Ferrand, op. cit., p. 405.
  9. Nathalie Ferrand, op. cit., p. 406.
  10. Javier Suso López, « Télémaque, au cœur de la méthode Jacotot », Documents pour lʼHistoire du Français langue étrangère ou seconde, Bolonia – Lyon, série A, vol. 30,‎ , p. 157-169 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]