Les Économistes atterrés

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Les Économistes Atterrés

Cadre
Zone d’influence Drapeau de la France France
Fondation
Fondation 2011
Identité
Siège 14e arrondissement de Paris
Site web http://www.atterres.org/

Les Économistes atterrés est une association française créée le et regroupant des chercheurs, des universitaires et des experts en économie.

Présentation[modifier | modifier le code]

L'objet de l'association consiste à animer la réflexion collective et l'expression publique des économistes opposés à « l'orthodoxie néo-libérale »[1],[2].

Leur action se traduit par des publications (notes, articles, communiqués, livres) et des interventions lors de réunions publiques[3],[4] dans les médias qui les sollicitent[5]. Ils proposent des alternatives aux « politiques d'austérité ».

Pendant la campagne électorale de l'élection présidentielle française de 2017, les économistes atterrés critiquent les programmes d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen et de François Fillon. L'association déclare toutefois ne soutenir aucun candidat[6]. Selon le magazine Politis, elle salue certaines des propositions financières et monétaires de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon et applaudit « l’ambition commune de rompre avec les politiques d’austérité »[7]. Le collectif avait prévenu qu'il pouvait « advenir que tel ou tel média les proclame « soutien » de l’un ou l’autre candidat » mais qu'il entendait seulement contribuer « au débat citoyen en discutant les propositions de politiques économiques » des différents candidats.

Certains membres figurent à titre individuel parmi les signataires d'une tribune d'économistes en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon[8],[9]. Certains membres de l'association se revendiquent antilibéraux et anticapitalistes ou altermondialistes ; d'autres se placent dans la lignée de Keynes. Le mouvement trouve un écho au-delà de l'extrême gauche[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, André Orléan et Henri Sterdyniak publient en 2010 une tribune dans Le Monde[10], et publient le Manifeste d'économistes atterrés, dans lequel ils font une présentation critique de dix postulats inspirant, selon eux, les décisions des pouvoirs publics partout en Europe, et auxquels ils opposent vingt-deux contre-propositions.

L'association est créée début 2011 après le grand succès public de ce manifeste[11], signé par 630 économistes[12].

Membres[modifier | modifier le code]

Les membres de l'association sont[13] :

Critiques[modifier | modifier le code]

Le négationnisme économique[modifier | modifier le code]

Leurs thèses sont sévèrement critiquées dans le livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg Le négationnisme économique : et comment s'en débarrasser (2016)[14]. Pour les auteurs de cet ouvrage, « l'économie est devenue une science expérimentale ». Comme dans les autres domaines de la science, par exemple la recherche médicale, l'analyse économique compare des groupes tests où une mesure est mise en œuvre avec des groupes témoins.

La science économique aurait donc permis, dans les dernières années ou les dernières décennies, de dégager certains principes qui présentent toutes les garanties scientifiques. Par exemple, au sujet de la politique des pôles de compétitivité, les études montrent que l'intervention des pouvoirs publics via la subvention et la sélection de projets spécifiques n'améliore pas véritablement les performances des entreprises. Quant aux abaissements de charges, ils sont efficaces mais à condition d'être concentrés au voisinage du salaire minimum.

Selon les auteurs, les études publiées dans des revues académiques, ayant subi un processus de relecture par les pairs, permettent, lorsqu'elles produisent des résultats convergents, de produire l'image la plus fiable sur l'état du monde. Le « négationnisme scientifique », notamment économique, est alors l'attitude de ceux qui s'opposent sans justification, selon les auteurs, à ces résultats, prétendant souvent s'opposer à la « pensée unique » ou mettre en lumière des failles de la recherche « orthodoxe » : les auteurs citent comme exemples le discours des industriels du tabac autrefois, aujourd'hui de certains grands patrons ou économistes « hétérodoxes » tels que « les Économistes atterrés ». Ils précisent que « des résultats qui apparaissent pour la première fois dans des rapports ou des livres, même à gros tirage, n’ont aucune fiabilité »[14].

Les auteurs incitent donc les médias à faire plus souvent appel à des économistes présentant des garanties scientifiques que l'on peut vérifier sur des sites tels que celui d'IDEAS.

Les économistes atterrés répondent par le livre : Misère du scientisme en économie[15].

Dans le magazine Alternatives économiques, André Orléan critique le livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg[16]. Il estime que la science économique n'est pas devenue une science expérimentale. Sur 187 articles publiées en 2013 dans le journal de l’American Economic Association, il en a compté « 7 pouvant être considérés comme utilisant – ou étant en lien – avec l’expérimentation aléatoire, soit 4 % ». Or, selon lui, Pierre Cahuc et André Zylberberg prennent en compte non seulement les « expérimentations aléatoires », qui sont limitées car très coûteuses mais également les études empiriques qui utilisent l'économétrie[16]. Un deuxième argument d'André Orléan est que l'un des auteurs, Pierre Cahuc, est un économiste qui fait de la théorie, et un peu d'économétrie, donc pas d'expérimentation aléatoire. Or, comme le mentionne Jean Tirole dans un mémo dans Assumption in economics : « La théorie fournit le cadre conceptuel. C'est également la clé pour comprendre les données. Sans théorie – c'est-à-dire sans système d'interprétation – les données sont au mieux un ensemble d'observations et de corrélations intéressantes, sans implications claires pour la politique économique. Inversement, une théorie est enrichie de preuves empiriques, qui peuvent invalider ses hypothèses ou ses conclusions et peuvent ainsi l'améliorer ou la renverser. Ce travail empirique s'est étendu pour dominer l'économie dominante est en fait une bonne nouvelle pour la théorie, en raison de leur complémentarité »[17].

L'utilisation des méthodes d'expérimentation aléatoire en économie a été consacrée par la remise du prix Nobel d'économie 2019 à Esther Duflo, Abhijit Banerjee et Michael Kremer.

Tentative de création de la section « Institutions, économie, territoire et sociétés »[modifier | modifier le code]

En 2015, certains chercheurs en sciences sociales, notamment du groupe des économistes atterrés, souhaitaient la création au sein du Conseil national des universités d'une section « Institutions, économie, territoire et sociétés ». Jean Tirole s'oppose à celle-ci dans une lettre ouverte à la ministre chargée de l'Enseignement supérieur, Najat Vallaud-Belkacem, dans laquelle il considère qu'elle serait « une catastrophe pour la visibilité et l’avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays »[18]. Dans cette lettre, il écrit : « Il est indispensable que la qualité de la recherche soit évaluée sur la base de publications, forçant chaque chercheur à se confronter au jugement par les pairs. C’est le fondement même des progrès scientifiques dans toutes les disciplines. Chercher à se soustraire à ce jugement promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme. Les économistes autoproclamés « hétérodoxes » se doivent de respecter ce principe fondamental de la science. La création d’une nouvelle section du CNU vise à les soustraire à cette discipline »[18]. La section en question n'est finalement pas créée.

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Nous, les Atterrés - L'association », sur atterres.org, (consulté le 19 décembre 2014).
  2. Sylvia Zappi, « Les économistes de gauche poussent François Hollande à se démarquer de la politique d'austérité », Le Monde, 8 novembre 2011.
  3. a et b « Les « économistes atterrés » font leur show », L'Expansion,‎ (lire en ligne).
  4. Colloque des économistes atterrés, Vidéo Synthèses et perspectives, 9 octobre 2010.
  5. « Les Économistes atterrés s'invitent dans la campagne présidentielle », Christine Monin et Laurent Grzybowski, La Vie, 10 janvier 2012.
  6. « Les Economistes atterrés et l’élection présidentielle de 2017 », sur atterres.org (consulté le 14 février 2020).
  7. (en) « Les Économistes atterrés égratignent Macron et adoubent Hamon et Mélenchon », Politis,‎ (lire en ligne).
  8. Un collectif d'universitaires et d'artistes, « Pour une politique économique sérieuse et à la hauteur des enjeux, votons Mélenchon », sur Libération.fr, (consulté le 14 février 2020)
  9. « Un rappel aux économistes qui soutiennent Mélenchon », La Tribune,‎ (lire en ligne).
  10. Philippe Askenazy, Thomas Coutrot et Henri Sterdyniak, « Pourquoi nous sommes des économistes atterrés », sur lemonde.fr, .
  11. Agathe Cagé, Faire tomber les murs entre intellectuels et politiques, Fayard, , p. 121.
  12. La liste des 630 signataires du Manifeste d'économistes atterrés (au ) figure à la fin de l'ouvrage, p. 61-68 de l'édition 2010 (Les Liens qui libèrent).
    Début 2018, l'ouvrage avait été vendu à 400 000 exemplaires : cf. « Les économistes atterrés : histoire d'un best-seller », sur Charles (revue), .
  13. « Qui sommes-nous? », sur Les Economistes Atterrés (consulté le 20 mars 2019)
  14. a et b Marc Vignaud, « Ces « négationnistes » qui ruinent la science économique », Le Point, .
  15. Un des chapitres est en ligne sur le site de l'auteur : Michel Husson, « Quand la « science » pète les plombs ».
  16. a et b « Quand Messieurs Cahuc et Zylberberg découvrent la science », sur Alternatives économiques (consulté le 14 février 2020).
  17. « Jean Tirole », sur École d'économie de Toulouse, (consulté le 7 mai 2020).
  18. a et b « Lettre ouverte de Jean Tirole à Najat Vallaud-Belkacem concernant l'ouverture d'une section multidisciplinaire d'économie au CNU (2015) », sur Association française d'économie politique, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]