Lepa Mlađenović

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Lepa Mladjenovic
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Lepa Mlađenović et Лепа МлађеновићVoir et modifier les données sur Wikidata
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Lepa Mlađenović (serbe : Лепа Млађеновић), née le , est une autrice, militante féministe et pacifiste serbe. Elle joue un rôle central dans la deuxième vague féministe en Serbie.

Elle est reconnue pour avoir pris partie contre les conflits en Yougoslavie et dans des groupes de soutien aux femmes victimes de violences de guerre et de violences sexistes. Elle est aussi à l'origine de la fondation, en 1990, d'Arkadia, la première association LGBT de Belgrade, puis en 1994, de Labris, la première organisation lesbienne du pays.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et débuts du militantisme[modifier | modifier le code]

Lepa Mlađenović naît à Belgrade. Elle entreprend des études de psychologie et est diplômée de la faculté de philosophie de l'université de Belgrade en 1980. En tant qu'étudiante, elle s'oppose au système éducatif qu'elle juge rigide. Elle écrit des lettres de protestation aux professeurs critiquant les règles conservatrices qui n'autonomisent pas les étudiants[1].

Le premier mouvement social auquel Lepa Mlađenović participe activement est le réseau pour les alternatives à la psychiatrie, dont le but est de désinstitutionnaliser la psychiatrie en raison de sa violence et de son exclusion[2]. Elle initie et co-organise « Psychiatrie et société », une conférence internationale de trois jours en 1983 au centre culturel des étudiants de Belgrade[1]. Elle s'investit ensuite bénévolement dans des centres de santé mentale à Trieste, en Italie. Elle écrit sur la psychiatrie démocratique en Italie[2] et les centres de thérapie communautaire développés à partir du mouvement antipsychiatrie, à Londres.

Activisme féministe[modifier | modifier le code]

L'engagement féministe de Lepa Mlađenović commence en 1978 lorsqu'elle participe à DRUG-ca Žena (en français : « Camarade Femmes »)[3],[4], la première conférence internationale des femmes organisée par des féministes yougoslaves au centre culturel étudiant de Belgrade. Cet évènement marque un tournant pour les féministes et la société civile dans l'ex-Yougoslavie[5],[6]. En 1982, Lepa Mlađenović co-organise le groupe féministe « Femmes et Société » à Belgrade[7],[8].

Lepa Mlađenović participe à la première réunion féministe yougoslave à Ljubljana en 1987, organisée par le collectif féministe LILIT et le groupe lesbien LILIT LL de Slovénie[9],[10]. La réunion encourage la sororité, les discussions sur les violences à l'égard des femmes, la santé reproductive mais aussi l'art et, plus largement, la culture et les premières initiatives lesbiennes[11]. Avec d'autres militantes de « Femmes et société », Lepa Mlađenović confonde une ligne d'appels pour les femmes et les enfants victimes de violences à Belgrade en 1990. Elle s’investit aussi auprès des femmes victimes de la guerre[12].

En 1991, elle rejoint Stasa Zajovic et d'autres figures féministes anti-guerre pour fonder « Women in Black »[13],[14],[15]. Le groupe commence par des veillées hebdomadaires pour protester contre le régime serbe, puis tient sa première conférence le [14].

De 1992 à 2012, Lepa Mlađenović travaille auprès des femmes victimes de violences en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et en Hongrie. En 1993, elle fonde le Autonomni Ženski Centar AŽC (centre autonome des femmes)[16],[17], elle est conseillère psychologique et coordinatrice de l'équipe du centre jusqu'en 2011. Lepa Mlađenović anime aussi de nombreux groupes de soutien pour les femmes et des ateliers d'alphabétisation pour les militantes (en particulier les lesbiennes) dans les Balkans[1]. Elle œuvre aussi en Italie avec l'ONG Donne in Rete contro la violenza[18].

Engagement pour les lesbiennes[modifier | modifier le code]

Symbole du labrys auquel l'association lesbienne Labris emprunte son nom.

Lepa Mlađenović et Suzana Tratnik sont les deux représentantes de la Yougoslavie à la conférence de l'International Lesbian Information Service à Genève, de 1986. En 1990, avec Dejan Nebrigic et d'autres lesbiennes, elle fonde Arkadia[19], la première association LGBT de Belgrade, en activité jusqu'en 1997[1],[20]. En 1994, Lepa Mlađenović devient la première personne ouvertement lesbienne à s'exprimer lors d'une émission de télévision publique en Serbie. Elle y discute des problèmes rencontrés par la communauté LGBT[21]. L'année suivante, elle fonde la première association lesbienne sus le nom de Labris qui renvoie à la hache à double tranchant, symbole de la communauté lesbienne[20],[11]. En 2001, Lepa Mlađenović décrit l'expérience[22] :

« J'écrirais une lettre de solidarité avec un colis à une inconnue à Sarajevo, sachant qu'elle est sous le siège et les balles quotidiennement, et s'inquiéterait-elle d'être gênée un jour lorsqu'elle verrait une lesbienne devant sa porte qui écrirait ses lettres ? Pourquoi a-t-il toujours été si difficile de dire que certaines aides humanitaires provenaient de lesbiennes ? »

Lepa Mlađenović recevant le prix pour les femmes Anne Klein, en 2013.

Dans le cadre du développement de son association, Lepa Mlađenović est l'une des organisatrices de la première semaine lesbienne en Slovénie en 1997 (évènement que l'on doit au groupe lesbien féministe slovène Kasandra)[23]. Une quarantaine de personnes venant de Novi Sad, Maribor, Skopje, Belgrade, Zagreb, Pristina, Split et Ljubljana y participent. La deuxième semaine lesbienne a eu lieu à Sombor en 2000, et la troisième (toutes deux organisées par l'association Labris) se déroule à Novi Sad en 2004[24],[25].

Lepa Mlađenović prend aussi part dans l'organisation de la marche des fiertés de Belgrade en 2001. En 2012, elle lance avec d'autres militantes, une ligne d'appels dédiées aux lesbiennes. Depuis 2017, elle y est conseillère.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Lepa Mlađenović reçoit un prix de l'International Gay and Lesbian Human Rights Commission, pour sa contribution à l'activisme des droits des LGBT en 1994, lors de la marche des fiertés à New York[26],[20]. Elle déclare à ce propos : « L'endroit d'où je viens n'est pas la nation où je suis née, mais un pays lesbien perdu que je n'ai jamais eu - mais je parviendrai à le créer, d'une manière ou d'une autre[1]. »

La Novi Sad Lesbian Organization (NLO) rend hommage à Lepa Mlađenović en 2011 en ouvrant une salle de lecture lesbienne, féministe et antifasciste à son nom[27]. Elle reçoit aussi, en 2013, le prix pour les femmes Anne Klein[28] de la part de la fondation Heinrich Boell. Lepa Mlađenović vient à la cérémonie de remise des prix à Berlin avec 22 autres militantes lesbiennes[29].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) « Short Portrait: Lepa Mlađenović », sur Heinrich-Böll-Stiftung (consulté le )
  2. a et b (sr) Milka Obradovic, « Lepa Mlađenović, (anti) psihologistkinja: Menjati odnos prema ljudima koji pate », sur Yugopapir, (consulté le )
  3. (en) Sabrina P. Ramet, Social currents in Eastern Europe : the sources and consequences of the great transformation, Duke University Press, (ISBN 0-8223-1551-3, 978-0-8223-1551-3 et 0-8223-1548-3, OCLC 30735055, lire en ligne)
  4. (en) Maja Mikula, WOMEN, ACTIVISM AND SOCIAL CHANGE : Stretching Boundaries., Taylor and Francis, (ISBN 978-1-136-78271-8 et 1-136-78271-0, OCLC 904407240, lire en ligne)
  5. (sr) Žarana Papić, Zorica Ivanović et Daša Duhaček, Žarana Papić : tekstovi 1977-2002, (ISBN 978-86-84031-54-1 et 86-84031-54-7, OCLC 896311759, lire en ligne)
  6. (en) Chiara Bonfiglioli, Belgrade, 1978. Remembering the conference 'Drugarica Zena. Zensko Pitanje - Novi Pristup?' = 'Comrade woman.the women's question: a new approach?': thirty years after, Universiteit Utrecht, (OCLC 428113304, lire en ligne)
  7. (en) Marina Hughson (Blagojevic), « Unpacking Silence and Distortion: Mapping Misogyny in Serbia », Knjizenstvo: 5,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. (sr) « Feministička grupa "Žena i društvo" - Autonomni ženski centar », sur www.womenngo.org.rs (consulté le )
  9. (en) Ljubica Spaskovska, The last Yugoslav generation: The rethinking of youth politics and cultures in late socialism, Manchester University Press, (ISBN 978-1-5261-0633-9, lire en ligne)
  10. (sr) Nela Pamuković et Schwarz), Jaz, ti, one --- za nas : dokumenti jugoslovanskih feminističnih srečanj 1987-1991 = dokumenti jugoslavenskih feminističkih susreta 1987-1991 = dokumenti jugoslovenskih feminističkih skupova 1987-1991 = dokumenti od jugoslovenskite feministički srekjavanja 1987-1991 = dokumentet e takimeve feministe jugosllave 1987-1991, Društvo Vita Activa, (ISBN 978-961-92800-0-3 et 961-92800-0-8, OCLC 813577783, lire en ligne)
  11. a et b (sr) Damir Španić, « Feminizam i žene beat-generacije », [sic] - a journal of literature, culture and literary translation, no 1.10,‎ (ISSN 1847-7755, DOI 10.15291/sic/1.10.lc.3, lire en ligne, consulté le )
  12. (en) Charlotte Bunch, Demanding accountability : the Global Campaign and Vienna Tribunal for Women's Human Rights, Center for Women's Global Leadership, Rutgers University, (ISBN 0-912917-29-6 et 978-0-912917-29-0, OCLC 31632220, lire en ligne)
  13. (en) Cynthia H. Enloe, Globalization and militarism : feminists make the link, (ISBN 978-1-4422-6543-1, 1-4422-6543-4 et 978-1-4422-6544-8, OCLC 934938932, lire en ligne)
  14. a et b (en) Marguerite Guzman Bouvard, Mothers of adult children, (ISBN 978-0-7391-8300-7, 0-7391-8300-1 et 1-4985-1521-5, OCLC 828884617, lire en ligne)
  15. (en) « Women in Black », sur Radio National, (consulté le )
  16. (en) Laura McLeod, Gender politics and security discourse : personal-political imaginations and feminism in "post-conflict" Serbia, (ISBN 1-315-75825-3, 978-1-315-75825-1 et 978-1-317-63562-8, OCLC 919103452, lire en ligne)
  17. (en) Women in Conflict Zones Network, Feminists Under Fire: Exchanges Across War Zones, Between The Lines, (ISBN 978-1-896357-78-2, lire en ligne)
  18. (it) « D.i.Re - Donne in Rete Contro la Violenza », (consulté le )
  19. (en) Rada Iveković et Julie Mostov, From Gender to Nation, Longo, (ISBN 978-88-8063-341-9, lire en ligne)
  20. a b et c (sr) Saša Gavrić, Čitanka lezbejskih i gej ljudskih prava, Sarajevski Otvoreni Centar, (ISBN 978-9958-9959-3-4 et 9958-9959-3-X, OCLC 793911655, lire en ligne)
  21. (en) « One Step Forward », sur War Resisters' International (consulté le )
  22. (en) Lepa Mladjenovic, « III. Notes of a Feminist Lesbian during Wartime », European Journal of Women's Studies, vol. 8, no 3,‎ , p. 381–391 (ISSN 1350-5068, DOI 10.1177/135050680100800314, lire en ligne, consulté le )
  23. (hr) Super User, « Prva lezbijska nedjelja », sur Udruga LORI (consulté le )
  24. (hr) Super User, « Treća lezbijska nedjelja », sur Udruga LORI (consulté le )
  25. (en) « Our network, our strength: The Third Lesbian Week 2004 », sur Labris (consulté le )
  26. (en) « Awards », sur OutRight Action International, (consulté le )
  27. (hr) « U Novom Sadu otvorena Čitaonica Lepa Mlađenović — Vijesti », sur Libela (consulté le )
  28. (sr) Deutsche Welle, « Živeti sa svojim izborima | DW | 07.12.2012 », sur DW.COM (consulté le )
  29. « Lepa Mladjenovic - Speech on the Anne Klein Award » (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]