Leo Spitzer

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Leo Spitzer
Naissance
Vienne (Autriche)
Décès (à 73 ans)
Forte dei Marmi (Italie)
Nationalité Autrichien
Profession

Leo Spitzer (né à Vienne, le 7 février 1887 et mort à Forte dei Marmi, le 16 septembre 1960[1]) est un stylisticien, philologue et théoricien de la littérature autrichien, qui enseigna à l'université de Marbourg, pour terminer sa carrière à l'Université John Hopkins à Baltimore.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après l'accession des Nazis au pouvoir en 1933, il a d'abord été déchu de son titre de professeur et s'est exilé, comme son collègue Erich Auerbach, d'abord à Istanbul, puis aux États-Unis. Ses œuvres furent écrites en allemand anglais, espagnol, italien. Ses recherches portent surtout sur la littérature française. Il est l'un des fondateurs de ce que l'on nomme la « stylistique moderne ».

En 1955, il reçut le prestigieux prix Antonio Feltrinelli pour la philologie et l'histoire littéraire.

Théorie[modifier | modifier le code]

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Leo Spitzer a veillé à promouvoir la vision allemande de la théorie littéraire. Influencé par Humboldt, Schleiermacher, Dilthey et Heidegger, il a cherché à développer une stylistique expérimentale et immanente, et cela à partir de la « méthode du cercle herméneutique ». Selon lui, la littérarité d'une œuvre est issue uniquement de la structure formelle, langagière de l'œuvre elle-même. De même, cette littérarité n'est, en fait, que les contenus précédents (?). C'est ainsi que le littéraire devient celui qui décortique les différents niveaux de structures pour en tirer des thèses pertinentes quant à la portée de l'ouvrage, sa construction, son esthétique, son originalité, etc. On retient de sa théorie le concept métapsychologique d'« écart stylistique »(?) Cette conceptualisation s'applique plutôt à Riffaterre, après la mort de Spitzer.

En réalité, comme l'avait signalé le Professeur Fubini, qui fut un collègue de Spitzer, Spitzer travaille selon deux manières : au début, il travaille avec un "mood" freudien, cernant en quelque sorte, le "mythe personnel" de l’écrivain, comme le concrétisera plus tard Charles Mauron[2]. Un essai représentatif de cette manière est l'essai sur le Style de Diderot ("The Style of Diderot", paru en 1948 à Princeton UP) où Spitzer met en parallèle (même si les droites concernées ne se rencontrent hélas jamais !) le rythme (ou séquentialisation de l'écriture) et celui du désir masculin.

L'autre manière est la manière structurale où Spitzer organise sa lecture de façon méthodique (et pas "méthodiste" pour un sou !) à la manière d'un Erwin Panofsky (notamment dans ses "Essais d' Iconologie" parus en 1939 et traduits chez Gallimard en 1967). Il s'agit d'intellectuels de la même époque et de forte parenté et à qui on pourrait adjoindre Eric Auerbach ("Mimesis" traduit également chez Gallimard). Spitzer reconstitue ainsi, comme Panofsky, la vision du monde (= en all. la "Weltanschauung" ou vision du monde de l'écrivain).

Signalons, pour terminer provisoirement, que la postérité de L. Spitzer est quasi nulle malgré une apparente et hypocrite déférence à sa démarche, de la part de stylisticiens, notamment ceux qui sévissent dans les jurys de concours, qui rivalisent de cuistrerie en faisant ingurgiter aux étudiants une stylistique démesurément grammaticale et vide à mourir de références à l'histoire des idées contrairement à ce qu'indique la parenté de Spitzer avec Auerbach et Panofsky. Cette attitude obstinée, est bien représentée en France par des stylisticiennes comme C. Narjoux ou C. Reggiani, bien encouragées, il faut le noter, par l'IG des Lettres. L'autre fléau (des concours) est la réintroduction de la rhétorique aristotélicienne (épidictique, delibératif, judiciaire) qui ne convient point à des textes écrits mais s'applique à la rhétorique des hommes politiques de la Grèce antique.

Ainsi se perd, se dilapide, un bien (la véritable stylistique) qui eût été précieux pour les étudiants qui doivent se contenter, pour le moment, de faire, en place et lieu de stylistique, de la ...grammaire..en texte !

Signalons aussi que l'actuel "Que Sais-Je", écrit de son vivant par G. Molinié en 1989 (n° 646),après celui, bien documenté de P. Guiraud en 1955, est une véritable aberration (on pourrait dire aussi, à la suite de Pascal -pas le Dr Pascal de Mimile Zola, mais Blaise- que c'est un "mystère persistant" en ce sens que l'auteur ne réfère qu'à ses propres élucubrations liges aux concepts hermétiques de Hjelmslev en occultant passablement l'apport de Bally et Spitzer pourtant fondateurs. Ce geste éditorial et universitaire impérialiste en diable permet de bien comprendre l'attitude des jurys de concours, friands de l'apport intellectuel de Paris 4 (De Molinié à Narjoux en passant par Reggiani).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Il serait vain et fastidieux de citer les œuvres de L. Spitzer. Nous renvoyons à la Bibliographie critique américaine de Baer et Shenholm publiée en 1991 (qui recense plus de 1000 items - attention, je n'ai pas dit : "i t'aime" !) aux States et aux ouvrages du spécialiste actuel de L. Spitzer : E. Karabétian et notamment le : "Léo Spitzer : Etudes sur le style (1918- 1931)" paru chez Ophrys en 2009 en attendant deux ouvrages à paraître incessamment sous peu.
Signalons tout de même ("Tout de même, prenons garde tout de même", comme aimait à le dire Julien Gracq), que Léo Spitzer a écrit la quasi intégralité de sa production stylistique dans des Revues, sous forme d'articles. Les recensions sous forme de volumes sont tardives pour certaines.
En allemand
  • Die Wortbildung als stilistisches Mittel exemplifiziert an Rabelais, Halle, Max Niemeyer, 1910
  • Studien zu Henri Barbusse, Bonn, F. Cohen, 1920
  • Italienische Kriegsgefangenenbriefe, Bonn, Hanstein, 1921
  • Italienische Umgangssprache, Bonn, Kurt Schroeder, 1922
  • Stilstudien, Munich, Hueber, 1928
  • Romanische Stil-und Literaturstudien, Marbourg, Elwertsche, 1931
En anglais
  • Linguistics and literary history, Princeton University Press, 1948
  • Essays on English and American Literature, éd. par Anna Granville Hatcher, Princeton University Press, 1962 (posthume)
  • Classical and Christian Ideas of World Harmony, éd. par Anna Granville Hatcher, préface de René Wellek, Baltimore, Johns Hopkins, 1963 (posthume) traduit en français sous le titre L'Harmonie du monde(voir infra)
En espagnol
La enumeración caótica en la poesía moderna, Buenos Aires, Instituto de Filologia, 1945
En français (version originale)
  • « Racine et Goethe », in Revue d’histoire de la philosophie et d’histoire générale de la civilisation, janvier 1933, p. 58-75
Traduites en français
  • Études de style, précédé de Leo Spitzer et la lecture stylistique par Jean Starobinski, traduit de l'anglais et de l'allemand par Éliane Kaufholz, Alain Coulon et Michel Foucault, Paris, Gallimard, 1970
  • Approches textuelles des Mémoires de Saint-Simon, avec Jules Brody, préf. d'Yves Coirault, Tübingen-Paris, G. Narr-J.-M. Place, 1980
  • L'Harmonie du monde. Histoire d'une idée, traduit de l'anglais par Gilles Firmin, Paris, Editions de l'éclat, 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Dictionnaire des genres et notions littéraires, préface de François Nourissier, Paris, Encyclopædia Universalis et Albin Michel, 2001, 2e édition.
  • (de) Heidi Aschenberg, Idealistische Philologie und Textanalyse : zur Stilistik Leo Spitzers, Tubingen, G. Narr, 1984
  • (en) E. Kristina Baer et Daisy E. Shenholm, Leo Spitzer on language and literature : a descriptive bibliography, New York, The modern language association, 1991
  • (en) James C. Catano, Language, history, style : Leo Spitzer and the critical tradition, Urbana, University of Illinois press, 1988.
  • (en) Geoffrey Green, Literary criticism and the structures of history : Erich Auerbach and Leo Spitzer, avant-propos de Robert Scholes, Londres, University of Nebraska press, 1982
  • Heike Hülzer-Vogt, « Réflexions sémantiques d'un romaniste : Léo Spitzer (1887-1960) sur le changement de sens », Histoire, Épistémologie, Langage, no 15 « Histoire de la Sémantique »,‎ , p. 131-151 (DOI 10.3406/hel.1993.2371, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.
  2. Voir de cet auteur : "Des métaphores obsédantes au mythe personnel" et "Psychocritique du genre comique", tous deux parus chez José Corti en 1963 et 1964. Cet éditeur était présent lui-même, de son vivant, dans sa librairie, rue de Médicis, près du Luxembourg à Paris. C'était également l'éditeur de Julien Gracq (à propos de qui certains parlaient de "C (G)rack, Boum, Hue du célèbre chanteur J. Dutronc). Ajoutons, pour terminer, que cet éditeur avait un tantinet un look de "marin d'eau douce".

Liens externes[modifier | modifier le code]