Legio I Armeniaca

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La Legio I Armeniaca (Première légion arménienne)[N 1] fut une légion de l’armée romaine durant l'Antiquité tardive créée vraisemblablement au IIIe siècle pour défendre la province d’Arménie.

Toile de fond[modifier | modifier le code]

L’Arménie arsacide vers l’an 150.

L’Arménie fut, pendant des siècles, l’objet de luttes entre les empires romain et parthe d’abord, sassanide ensuite. Divisée en deux parties par l’Euphrate, l’Arménie mineure comprenait la région comprise entre le Pont et la Cappadoce, alors que l’Arménie majeure s’étendait à l’est jusqu’à la frontière parthe. L’ensemble du pays fut conquis par Pompée : l’Arménie majeure devint un État-client ou, plus exactement, un État-tampon sous protectorat romain, alors que l’Arménie mineure était rattachée à la Cappadoce[1]. Les premiers empereurs romains firent et défirent les rois d’Arménie jusqu’à ce que Néron en 66 fasse monter sur le trône un Arsacide (donc Parthe) supposément loyal à Rome, Tiridate Ier. Celui-ci toutefois joua les Romains contre les Parthes et vice-versa, jusqu’à ce que Trajan, durant sa campagne d’Orient de 113-117, occupe le pays qu’il transforma en province romaine[2]. Si le pays put conserver un roi autochtone, celui-ci était étroitement surveillé par les légions romaines installées depuis dans le pays.

Au IIIe siècle, avec la perte de la Mésopotamie, l’influence de Rome sur la région commença à diminuer. Entre 224 et 226, l’État parthe des Arsacides fut remplacé par la Perse des Sassanides[3] et quelques années plus tard, en 252, Shapur Ier, fils du fondateur de la dynastie, envahit l’Arménie, fit assassiner le roi Tiridate II et installa sur le trône son fils Hormizd, dans la tradition voulant que le roi d'Arménie soit issu de la famille du Roi des Rois, au pouvoir à Ctésiphon[4]. Shapur fut toutefois défait par Gordien III, lequel mourut tragiquement durant la campagne ; son successeur, Philippe l’Arabe, se hâta de conclure une entente avec Shapur rétablissant la frontière sur l’Euphrate. Théoriquement indépendante, l’Arménie continua à jouer le rôle d’État-tampon sous la surveillance de Rome[5],[6]. Shapur revint à la charge en 296-297, mais fut finalement battu et la frontière repoussée au-delà du Tigre par l’annexion de cinq provinces « trantigritanes » et la construction d’un limes protégé par une série de fort ou furent installées des troupes en permanence (limitanei)[7]. Le traité de paix de 298 confirma la suzeraineté de Rome sur l’Arménie et fixa la frontière entre les deux empires jusqu’au traité de Jovien avec Shapur II en 363 par lequel les territoires arméniens conquis sous Dioclétien furent redonnés aux Perses[8].

Histoire de la légion[modifier | modifier le code]

Insigne de bouclier de la legio I armeniaca selon la Notitia Dignitatum

On ignore la date de la création de la légion et sous quel empereur elle fut levée; il est vraisemblable cependant que sa création date du IIIe siècle[9]. On sait toutefois que et la légion I et sa jumelle la légion II consistaient en limitanei dont la tâche était de protéger la province d’Arménie où elles étaient stationnées[10].

En 363, la légion prit part aux campagnes de Julien qui, désireux de rééditer l’exploit de Trajan en 116, espérait se rendre jusqu’au golfe Persique. En dépit d’un premier succès à Séleucie, celui-ci fut arrêté devant Ctésiphon et dut battre en retraite; son successeur, Jovien, dut accepter l’abandon des territoires arméniens conquis sous Dioclétien[11].

En 382, la légion fut envoyée dans la province romaine d’Isaurie alors en proie à l’agitation. Le comes Isauriae (comte d’Isaurie), Matronianus, utilisa la légion pour fortifier les murs de la ville d’Arnemurium (aujourd’hui Eski Anamur en Turquie)[12].

Selon la Notitia Dignitatum, recension rédigée vers 400[N 2], la Legio I Armeniaca était alors une legio pseudocomitatensis sous les ordres du magister militum per Orientem (général en chef pour l’Orient)[13]. Les pseudocomitatenses étaient des détachements provenant de troupes surveillant les frontières (limitanei), ayant été temporairement affectés aux forces mobiles (comitatenses) pour une campagne (par exemple contre les Perses), mais intégrées dans ces forces par la suite[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. (Adkins (1994) pp. 55 et 61)
  2. On doit toutefois consulter la Notitia Dignitatum avec prudence, car diverses mises à jour, surtout en ce qui concerne l’armée de l’empire d’Occident, ont été faites de façon partielle et conduisent à des invraisemblance.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Arnold (1976) p. 20.
  2. Arnold (1976) pp. 108-111.
  3. Arnold (1976) p. 150.
  4. Arnold (1976) p. 18.
  5. Arnold (1976) p. 105 et 116.
  6. Zosso (2009) p. 167.
  7. Zosso (2009) p. 233.
  8. Arnold (1976) p. 152.
  9. Lendering (2002).
  10. Grosse (1920) p. 91.
  11. Zosso (2009) pp. 303 et 305.
  12. Feld (2005) p. 156.
  13. Notitia Dignitatum Or. VII.
  14. Goldsworthy (2000)p.  172.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Dion Cassius, Histoire romaine
  • Amianus Marcellinus, Res Gestae

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • (en) Arnold, W.T. Roman Provincial Adminstration. Chicago, Ares, 3e éd., 1974 (ISBN 0-89005-027-9)
  • (en) Bunson, Matthew. Encyclopedia of the Roman Empire. New York, Facts on File, 1994 (ISBN 0-8160-2135-X)
  • (de) Feld, Karl. Barbarische Bürger. Die Isaurier und das Römische Reich (Millennium-Studien), Berlin, de Gruyter, 2005 (ISBN 978-3-110-18899-8)
  • (en) Goldworthy, Adrian. Roman Warfare. Phoenix, 2000, (ISBN 978-0-753-82258-6)
  • (de) Grosse, Robert. Römische Militärgeschichte von Gallienus bis zum Beginn der byzantinischen Themenverfassung. Berlin, Weidmann, 1920
  • (en) Luttwak, Edward N. The Grand Strategy of the Roman Empire, from the First Century A.D. to the Third. Baltimore (Maryland) Johns Hopkins University Press, 1976 (ISBN 978-0-801-82158-5)
  • Mahé, Annie et Jean-Pierre. L’Arménie à l’épreuve des siècles, Gallimard, Paris, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 464), 2005 (ISBN 978-2-07-031409-6)
  • François Zosso et Christian Zingg, Les empereurs romains : 27 av. JC- 476 ap. JC, Paris, Errance, coll. « Hespérides », , 468 p. (ISBN 978-2-877-72390-9)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

(traduction du précédent)