Lean (drogue)

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Une cuillerée du sirop à base de prométhazine et de codéine, montrant sa couleur pourpre caractéristique.

La lean (ou purple drank, dirty sprite, syzzurp, codé-sprite, tsikuni, syrup, Texas Tea...) est le terme utilisé pour désigner une concoction qui comprend un sirop codéiné dont la quantité ingérée est incompatible avec les recommandations de la notice du produit, afin de l'utiliser comme une drogue pour un usage récréatif.

Le mélange est devenu populaire dans la communauté hip-hop et du rap du sud des États-Unis dans les années 1990. Ce mélange est parfois utilisé comme alternative à l'alcool, ou utilisé avec, mais sa consommation est risquée puisqu'elle peut conduire à une dépendance ou à un abus. Plusieurs personnalités tels que des rappeurs américains sont mortes suite à une overdose.

Histoire[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Cette boisson est très appréciée dans le milieu du rap américain. Elle est aujourd'hui considérée comme un problème de santé publique aux États-Unis où la pratique est popularisée depuis les années 1990 par des rappeurs américains comme Lil Wayne[1], Ludacris[2],[1] ou d'autres artistes comme Justin Bieber[3].

En 2014, le rappeur Future sort la musique « Codeine Crazy » en référence à la boisson, qui participe avec l'aide de nombreux autres rappeurs, à l'augmentation de la consommation du mélange chez les adolescents[4].

En France[modifier | modifier le code]

En France, depuis 2013 environ, le purple drank est de plus en plus populaire auprès des adolescents[5]. L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies a détecté des « demandes suspectes de délivrance de codéinés, des cas d’abus, voire de dépendance, ainsi que des signalements avec une multiplication de cas à partir de 2015 »[1].

L'ordre national des pharmaciens a mis en garde contre la délivrance de ces médicaments, notamment aux adolescents[6]. Depuis le , suite à un arrêté, les médicaments codéinés sont uniquement vendus par ordonnance[7].

Avant cela, les médicaments à base de codéine étaient en vente libre en pharmacie d'officine en France sous forme de sirops et en comprimés, si la dose ne dépassait pas 30 mg par comprimé[8]. Néanmoins, un pharmacien, par déontologie, peut refuser la délivrance de ces médicaments s'il le juge nécessaire[9].

Consommation[modifier | modifier le code]

Le mélange se prépare comme un cocktail, dans lequel du sirop ou des comprimés codéinés sont dilués par une autre boisson tel que du soda, du jus de fruits ou encore une boisson énergisante. Les consommateurs y ajoutent souvent des bonbons, donnant plus de goût et de couleur. La couleur violette est caractéristique de la boisson bien que tous les sirops de codéine ne soient pas de la même couleur. La codéine se consomme avec un antihistaminique[1],[3] qui est généralement compris dans le sirop lui même mais qui peut être également pris à part. Le lean est parfois consommé avec de l'alcool ou du dextrométhorphane. Il est principalement consommé par un public jeune et inséré : lycéens, étudiants, jeunes actifs[1].

Effets[modifier | modifier le code]

L'article« Codéine » comporte une section détaillée des effets secondaires du médicament.

L'OFDT indique que la boisson provoque une euphorie, « une impression de légèreté, comme de voler » et un sentiment de bien être grâce à la codéine. Néanmoins, les effets indésirables dus à l'opiacé sont nombreux, c'est pourquoi un antihistaminique, comme la prométhazine, est associé au mélange afin de diminuer les démangeaisons et les vomissements[3]. Certaines personnes ne détournent pas seulement la codéine pour ses effets, mais aussi la prométhazine qui à haute dose, peut donner lieu à des hallucinations[10].

Malgré cela, cette drogue peut donner lieu à des troubles selon la sensibilité individuelle[11],[1],[12],[13],[14] : altération du sommeil, bouffée de chaleur, démangeaison, problème de transit, éruption cutanée, gonflement du visage, dépression, dépression respiratoire, dépendance, convulsions et overdose.

Prévention[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

En 2017, de plus en plus de rappeurs prennent conscience et dénoncent les drogues, notamment le rappeur Trippie Redd dans un entretien, où il s’exprime et dit que « la lean est de l'héroïne liquide, n'en buvez pas »[réf. nécessaire].

En France[modifier | modifier le code]

Le lancement d’une pétition par la mère de Pauline, 16 ans, morte le à la suite d’une overdose de médicaments codéinés a provoqué une prise de conscience autour des problèmes que pose ce mélange[15]. Ainsi, la prévention contre ce cocktail a été renforcée par un arrêté le , de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a inscrit les médicaments à base de codéine sur la liste des produits délivrés sur ordonnance[7]. Les pharmaciens sont aussi conviés à la vigilance.

La ministre de la santé Agnès Buzyn a appliqué cette restriction par un arrêté à application immédiate avec pour objectif d'empêcher l'utilisation récréative d'un mélange à base de codéine par les adolescents. Néanmoins, ce sont les plus âgés qui se disent être touchés par la mesure. Aucune mesure d’accompagnement n’a été prise au niveau national. Agnès Buzyn a été interpellée le à l’Assemblée nationale, évoquant le cas problématique de la boisson, sans parler des autres cas d’usage de la molécule[16].

Certains spécialistes en addictologie redoutent à l'application de l'arrêté, l’apparition de circuits d’approvisionnement à l’étranger grâce à Internet, voire la prise de substances plus dangereuses. Les habitués qui ne cherchent pas un autre moyen d’approvisionnement pourront se voir confrontés à un sevrage agressif et dangereux[16].

Consommation mortelle[modifier | modifier le code]

En France, le nombre de morts causé par l'abus d'opiacés et d'opioïdes médicamenteux comme la codéine chaque année est incertain et sous-estimé d'après Nathalie Richard, directrice adjointe du service Médicaments du système nerveux central à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, car « il y a une sous-notification des cas déclarés à l'Agence du médicament »[17]. Il est estimé que des centaines de décès chaque année sont liés à un opioïde, soit plus que les décès suite à des overdoses d’héroïne.

Dans le monde, « les opioïdes sont responsables chaque année d’environ 70 000 décès par overdose », un nombre en constante augmentation selon des données de l’Organisation mondiale de la santé[18]. La boisson est impliquée dans le décès des rappeurs américains Pimp C[3], DJ Screw, ainsi qu'ASAP Yams[19], plus récemment, celui de Fredo Santana[20]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f « La codéine, « drogue des ados », en 5 questions », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  2. ANSM, « Usage détourné de médicaments antitussifs et antihistaminiques chez les adolescents et les jeunes adultes », Point d'Information, 2016
  3. a b c et d James Draper, « What is Sizzurp? Prescription cough syrup may have caused Fredo Santana's death », mirror,‎ (lire en ligne)
  4. « Le "Purple Drank", le cocktail codéiné qui fait rage aux États-Unis », Franceinfo,‎ (lire en ligne).
  5. lefigaro.fr, « Ces ados qui transforment le sirop contre la toux en drogue », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  6. « "Purple drank" : ces ados qui se droguent avec du sirop pour la toux », RTL.fr,‎ (lire en ligne)
  7. a et b « Arrêté du 12 juillet 2017 portant modification des exonérations à la réglementation des substances vénéneuses », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le 3 août 2017)
  8. « Risque d'addiction : ordonnance désormais obligatoire pour les médicaments à la codéine », Europe1,‎ (lire en ligne)
  9. « Quand le sirop pour la toux devient une drogue pour les jeunes », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  10. « Fiches OMS d'information à l'usage des prescripteurs - Médicaments utilisés en anesthésie : Prométhazine », sur apps.who.int, (consulté le 6 décembre 2017)
  11. « Le lean chez les adolescents… faut il interdire la vente libre de codéine ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  12. B. A. Sproule, U. E. Busto, G. Somer et M. K. Romach, « Characteristics of dependent and nondependent regular users of codeine », Journal of Clinical Psychopharmacology, vol. 19, no 4,‎ , p. 367–372 (ISSN 0271-0749, PMID 10440466, lire en ligne)
  13. « Le danger des purple drank, ces mélanges explosifs à base de médicaments en vente libre grâce auxquels les ados se font planer », Atlantico.fr,‎ (lire en ligne)
  14. Shih-Chen Kuo, Ya-Chu Lin, Shu-Min Kao et Yea-Huei Kao Yang, « Probable codeine phosphate-induced seizures », The Annals of Pharmacotherapy, vol. 38, no 11,‎ , p. 1848–1851 (ISSN 1060-0280, PMID 15466903, DOI 10.1345/aph.1E189, lire en ligne)
  15. Hélène Assekour et Mattea Battaglia, « Codéine sur ordonnance : dans les pharmacies, un certain « flottement » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  16. a et b Hélène Assekour et Mattea Battaglia, « Codéine : les usagers pris de court par l’arrêté ministériel », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  17. « Les médicaments à la codéine désormais interdits à la vente libre », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  18. Pascale Santi, « Opiacés : En France, des centaines de morts par an », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  19. « Les causes du décès d'ASAP Yams révélées » (consulté le 20 mars 2015).
  20. « Le rappeur américain Fredo Santana meurt à l'âge de 27 ans », FIGARO,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]